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Full text of "Correspondance complète de madame duchesse d'Orléans née Princesse Palatine, mère du régent; traduction entièrement nouvelle par G. Brunet, accompagnée d'uné annotation historique, biographique et littéraire du traducteur"

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CORRESPONDANCE 

DE     MADAME 

DUCHESSE  D'OELÉANS 


CORRESPONDANCE 

DE     MADAME 

DUCHESSE  D'OELÉANS 


VO  3.\'a>\  Mrs  c  "\ 

CORRESPONDANCE 


DE  MADAME 

DUCHESSE  D'ORLÉANS 

Extraite  des  lettres  publiées  par  M.  de  Ranke  et  M.  HoUand 

TRADUCTION      ET      NOTES 
PAR 

ERNEST  JAEGLÉ 
II 


PARIS 

A.  QUANTIN,  IMPEIMEUR-ÉDITEUR 

7,      RUE    SAINT-BENOIT 
1880 


130 

lîîO 
-t.  2. 


CORRESPONDANCE 


DE    MADAME 


DUCHESSE     D'Or.LEANS 


A    LA    RAUGRAVE   AME  LIE -KLIS  ABE  TH  . 

Versailles,  lo  12  janvier  1708. 

...  Cela  m'a  réjouie  au  fond  de  l'âme  d'apprendre 
que  ce  bon  Heidelberg  est  si  bien  restauré.  Dieu  le 
préserve  de  malheurs  à  venir.  Mais  depuis  la  mort  de 
M.  de  Louvois,  on  n'incendie  plus  comme  de  son 
temps.  J'espère  donc  que  la  ville  ne  sera  plus  réduite 
en  cendres.  Dites-moi,  je  vous  prie,  où  vous  logez,  et 
dans  quelle  rue.  Je  voudrais  savoir  aussi  si  l'église  du 
Saint-Esprit  et  le  pont  du  Neckar  sont  rebâtis.  Pour- 
quoi l'électeur  ne  fait-il  pas  restaurer  le  château  ?  Il 
en  vaut  bien  la  peine.  L'air  est  bon  dans  la  ville,  mais 
au  château  il  est  meilleur  encore... 

n.  1 


CORRESPONDANCE 


A    LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 
Versailles,  le  9  juin  1708.  Dix  liouïos  et  quart  du  matin. 

...  On  vient  de  m'annoncer  que  M.  d'Antin,  le  fils 
légitime  de  M"""  de  Montespan,  a  obtenu  la  charge  de 
Mansard,  qui  lui  rapporte  50,000  francs.  En  outre,  le 
roi  dépense  annuellement  10  millions  en  construc- 
tions :  1  million  est  pour  le  surintendant.  De  plus,  il 
nomme  à  deux  ou  trois  cents  emplois,  ce  qui  lui  vaut 
de  l'argent.  C'est  donc  une  charge  des  plus  lucratives 
que  celle  de  surintendant  des  bâtiments... 

Fontainebleau,  le  11  juillet  nOS, 

...  Samedi  dernier,  M.  de  Gacé  apporta  la  nouvelle 
que  Gand  s'est  rendu,  mais  que  la  citadelle  tient 
encore.  Lundi,  le  comte  de  La  Mothe  envoya  le  jeune 
Fretteville  pour  annoncer  que  non  seulement  la  cita- 
delle de  Gand  a  capitulé,  mais  encore  que  la  ville  de 
Bruges  est  tombée  entre  nos  mains,  sans  effusion  de 
sang.  Pourtant  le  château  de  Gand  a  coûté  la  vie  à 
deux  personnes,  et  cela  d'une  drôle  de  manière.  Un 
bourgeois,  mécontent  de  ce  qu'on  rendait  Gand  aux 
Français,  au  moment  où  l'on  ouvrit  la  porte  de  la  cita- 
delle, descendit  ses  culottes  et  présenta  le  derrière  à 
la  sentinelle.  Le  soldat  se  fùcha,  prit  cela  pour  un 
affront  et  lui  lâcha  son  coup  de  fusil  juste  en  cet  en- 
droit-là. 11  tomba  raide  mort.  Un  sien  ami,  pour  le 
venger,  tua  le  soldat,  et  ainsi  finit  la  guerre... 


DE    MADAME,  DUCHESSE   D'ORLÉANS.  3 

Fontainebleau,  le  21  juillet  170S. 

...  Mon  fils  a  prisTortose.  Les  assiégés  ont  fait  une 
défense  des  plus  opiniâtres.  Finalement,  ils  firent 
encore  une  sortie,  le  9  dans  la  nuit,  qui  coûta  la  vie 
à  trois  cents  des  gens  de  mon  fils.  Il  était  aussi  dans 
la  tranchée,  et  c'est  un  grand  bonheur  qu'il  n'ait  pas 
été  tué.  Le  10,  ils  battirent  la  chamade  :  le  gouver- 
neur, un  comte  d'Effern,  envoya  des  otages  et  un 
projet  de  capitulation  qui  ne  plut  pas  à  mon  fils.  Il  en 
fit  un  lui-même,  renvoya  les  otages  du  gouverneur, 
et  lui  fit  dire  qu'au  cas  où  il  ne  signerait  pas  cette 
capitulation  il  donnerait  l'assaut  immédiatement. 
Ceux  de  la  ville  n'en  voulurent  pas  courir  la  chance 
et  signèrent  tout...  Une  clause  delà  capitulation  porte 
qu'on  livrera  aussi  un  château  fort  situé  dans  les 
montagnes  et  appelé  Allez  (?).  Il  est  occupé  par  deux 
mille  hommes  et  coupe  les  communications  entre  les 
royaumes  d'Aragon  et  de  Valence... 

Je  sais  que  vous  aimez  lire  les  lettres  de  mon  fils; 
je  vous  envoie  donc  copie  de  sa  dernière... 

Fontainebleau,  lo  1"  août  1708. 

...  Je  savais  bien  qu'on  avait  perdu  une  bataille  \ 
mais  je  n'en  savais  pas  le  détail,  car  il  n'est  pas  permis 
d'en  parler.  Défense  est  faite  aux  gens  qui  sont  à  l'ar- 
mée d'en  dire  quoi  que  ce  soit  dans  leurs  lettres... 

1.  Oudenardc. 


4  CORRESPONDANCE 

Fontainoblcau,  lo  11  août  1708. 

...  .Tavoiie  que  la  reddition  de  Tortose  m'a  réjouie 
au  fond  de  l'âme,  et  cela  d'autant  plus  que  les  princes 
ici,  tels  que  M.   le  Duc,  le  prince  de  Gonti,  M    du 
Maine  et  le  comte  de  Toulouse  avaient  tenu  la  chose 
pour  impossible.  M.  le  Duc,  devant  le  roi,  disait  d'un 
air  moqueur  à  M""  d'Orléans  que  mon  fils  avait  mal  en- 
tamé le  siège  et  qu'il  ne  prendrait  pas  la  ville.  Mais 
le  plus  plaisant  de  l'affaire,  c'est  que  pour  se  moquer 
de  moi  ils  m'envoyèrent  un  matin  M.  Dangeau  pour 
me  complimenter  de  ce  que  Tortose  s'était  rendue  et 
de  ce  que  j'avais  reçu  un  courrier  spécial,  et  le  soir  du 
même  jour  le  marquis  de  Lambert  arriva  porteur  de 
la  nouvelle  qu'effectivement  la  ville  avait  capitulé. 
J'aurais  voulu  que  vous  vissiez  l'air  fâché  de  M.  le 
Duc  et  du  prince  de  Conti.  Ils  n'auraient  pu  faire  une 
pire  figure  si  on  leur  avait  annoncé  qu'ils  allaient 
mourir.  Cela,  je  l'avoue,  a  encore  accru  ma  joie. 
J'étais  heureuse  aussi  de  ce  que  le  roi  parût  également 
en  avoir  du  contentement,  que  cette  fois-ci  il  ne  parta- 
geât pas  le  chagrin  que  causait  aux  autres  le  bonheur 
de  mon  fils,  mais  qu'il  se  montrât  tendre  pour  son 
neveu... 

Fontainebleau,  lo  18  août  1708. 

J'avoue  que.  Dieu  merci  !  mon  fils  ne  manque  pas 
d'esprit.  Il  n'a  pas  mal  étudié  non  plus  et  sait  un  peu 
plus  de  choses  que  les  autres  princes  de  la  famille 
royale.  Les  difficultés  l'attirent,  c'est  pourquoi  il  né- 
"•11 '^e  un  peu  trop  les  choses  faciles.  Il  n'est  parvenu 


DE   MADAME,  DUCHESSE   D'ORLÉANS.  5 

à  s'emparer  de  Lérida  et  de  Tortose  que  grâce  à  sa 
propre  opiniâtreté  :  tout  le  conseil  de  guerre  y  était 
opposé.  Puis  aussi  on  le  laissait  manquer  de  tout  :  il 
a  dû,  à  force  d'industrie,  faire  subsister  son  armée  ; 
sans  cela,  lui  et  elle  seraient  morts  de  faim... 

A    LA   RAUGHAVE   AMÉLIE -ÉLIS  ABL'TH  . 

Meudon,  le  3  septembre  1708. 

...  Vous  croyez  donc,  chère  Amélie,  qu'à  l'armée  il 
n'y  a  pas  un  grand  nombre  de  mauvais  garnements 
qui  ont  la  même  inclination  que  les  Français!  Si  vous 
croyez  cela,  vous  vous  trompez  fort.  Les  Anglais  sont 
tout  aussi  acharnés  et  ne  se  conduisent  pas  mieux. 
Vous  me  faites  rire  aussi  de  vous  imaginer  que  ce 
péché  ne  se  commet  pas  en  Allemagne.  Croyez-moi, 
les  Allemands  s'entendent  bien  aussi  à  cet  art-là.  Si 
Charles-Louis  n'avait  pas  été  présent,  le  prince  d'Ei- 
senach,  qui  est  tombé  en  Hongrie,  aurait  tué  le  prince 
de  Wolfenbuttel.  Celui-ci  voulait  lui  faire  violence, 
et  l'autre  n'entendait  pas  de  cette  oreille-là.  Charles- 
Louis  m'a  raconté  aussi  que  toute  l'Autriche  était 
infestée  de  semblables  vices... 

A    LA    DUCHESSE   DE    HANOVRE. 

Versailles,  le  28  octobre  1708. 

...  A  l'exception  des  maltôtiers  et  des  gens  d'affaire, 
il  y  a  peu  de  personnes  ici  qui  puissent  se  targuer  de 
grande  richesse.  Villars  seul  s'est  enrichi  dans  le 


6  CORRESPONDANCE 

Palatinat.  Le  maréchal  de  Marsin  lui  a  dit  un  jour  en 
face  que  ses  richesses  n'étaient  que  du  bien  mal 
acquis.  «  Ce  n'est  pas  du  bien  mal  acquis,  répondit 
Yillars,  puisque  le  roy  me  l'a  donné!  »  —  «  Le  roy  ne 
sauroit  vous  donner  ce  qui  n'est  pas  a  Luy,  répondit 
Marsin,  et  je  ne  vouderois  pas  avoir  autant  à  me 
reprocher...  « 

Marly,  le  4  novembre  1708. 

...  Mon  fils  m'écrit  une  chose  qui  me  fait  bien  rire. 
Voici  ses  propres  paroles  :  «  J'ay  receue  vne  lettre  de 
la  reine  douariere  d'Espagne  qui  me  charge  comme 
son  cousin  et  comme  cauallero  d'entreprendre  sa 
deffence,  je  ne  say  s'il  faudera  jetter  le  gand  contre 
la  Duchesse  de  Gramont,  en  tout  cas  je  prie  qu'on 
m'excuse  de  la  jouste...  » 

A    LA    UAUGRAVE    AMÉLIE -EL  ISABE  TH  . 

Versailles,  lo  17  novembre  170S. 

...  Vous  avez  bien  raison  d'aimer  le  séjour  du  Pala- 
tinat. Tout  y  est  bon  :  l'air,  l'eau,  le  boire  et  le  man- 
ger. Je  jure  que  je  préférerais  bien  y  demeurer  avec 
Louise  et  vous  et  que  nous  passions  notre  vie 
ensemble  plutôt  que  de  vivre  à  cette  cour-ci,  à  condi- 
tion de  voir  tous  les  ans  ma  tante  pendant  quelques 
mois  et  mes  enfants  aussi  quelquefois  dans  le  courant 
de  l'année... 


DE    MADAME,  DUCHESSE    D'ORLÉANS. 

Versailles,  le  l'^"'  décembre  IIOS. 

...  Nous  sommes  au  l^"^  décembre  aujourd'hui... 
C'est  le  jour  où  se  présentent  les  créanciers  et  où  il 
faut  payer  :  j'ai  déjà  donné  cent  cinquante  pistoles... 

M.  le  Dauphin  a  fait  la  remarque  que  s'il  gèle  fort 
avant  la  Saint-Martin,  l'hiver  n'est  ni  rude  ni  dur... 

...  Je  me  souviens  fort  bien  du  nom  de  M.  Linen- 
schloss.  Le  fils  est  donc  devenu  professeur  comme  le 
père  l'était  de  mon  temps  ?  Mieg  est  sans  doute  le  fils 
de  celui  que  j'ai  connu  ;  mais  alors  il  est  le  frère  de 
la  belle  Amélie!  Le  père  était  vice-chancelier.  Je 
connais  Lintz  et  je  me  souviens  parfaitement  de  ce 
chenapan  de  Seyller.  Il  était  ici  l'année  de  la  paix 
de  Ryswick,  mais  il  n'a  pas  voulu  me  faire  visite, 
quoiqu'il  fût  venu  comme  envoyé  de  l'empereur.  Je 
le  rencontrai  par  hasard  à  la  promenade,  au  canal. 
Il  devint  si  pale  qu'il  fallut  l'emmener.  Il  avait  fait 
cent  mensonges  ici,  disant  qu'il  av*ait  été  élevé 
avec  moi,  qu'il  était  mon  frère  de  la  main  gauche.  Il 
n'est  pas  changé,  je  l'ai  immédiatement  reconnu.  11 
n'avait  jamais  joué  dans  la  comédie  de  Séjan,  mais 
bien  dans  le  Pastor  fido  ^  :  il  y  faisait  Ergaste,  le 
confident  de  Myrtile.  Le  bibliothécaire  Fuchs  donnait 
Séjan,  Schutz  Tibère,  mon  frère  Macron  et  Drusus, 
Clos  Agrippine,  le  comte  de  Witgenstein  Néron,  le 
comte  de  Bentheim  Drusus  ;  mais  je  ne  sais  plus  qui 
faisait  Caligula... 

Ne  soyez  donc  pas  simple  au  point  de  croire  que 

1.  Le  ftci'o  de  Madame  avait  organisé  un  thoàU'o  d'amateurs. 


CORRESPONDANCE 

les  jeunes  hommes  par  le  temps  qui  court  vivent  sans 
maîtresses.  Cela  n'est  pas  le  moins  du  monde  désho- 
norant pour  un  homme  de  qualité... 

A    LA    DUCHESSE   DE  HANOVRE. 

Versailles,  le  16  décembre  1~08. 

...  Notre  reine  d'Espagne  s'est  tellement  fâchée  de 
ce  que  sa  sœur  fût  si  insolente  envers  moi  qu'elle  a 
chargé  mon  fils  de  bien  lui  recommander  de  sa  part 
d'avoir  à  faire  sa  paix  avec  moi.  Elle  lui  a  écrit  aussi 
une  lettre  si  dure  à  ce  propos  que  le  roi  a  demandé 
à  mon  fils  ce  que  tout  cela  voulait  dire.  Il  l'a  approuvé 
d'engager  la  duchesse  de  Bourgogne  à  se  remettre 
avec  moi,  ajoutant  que  si  elle  tenait  encore  vis-ù-vis 
de  moi  une  conduite  dont  j'eusse  à  me  plaindre,  il  ne 
l'approuverait  nullement.  Là-dessus  la  duchesse  a 
chargé  mon  fils  de  me  dire  qu'elle  ne  désirait  rien 
tant  que  de  bien  vivre  avec  moi.  Je  me  suis  inconti- 
nent rendue  auprès  d'elle  et  lui  ai  dit  :  «  Madame, 
mon  fils  vient  de  me  donner  une  grande  joye  en 
m'assurant  que  d'ornavant  vous  voulez  bien  avoir 
plus  de  bonté  pour  moy  que  vous  n'en  avez  eue  je 
tacheres  a  ne  jamais  rien  faire  qui  puisse  vous 
desplaire,  ce  na  jamais  esté  mon  jntention  et  j'ay  esté 
en  cela  plus  malheureuse  que  coupable.  »  Elle-devint 
rouge  comme  le  feu  et  toute  décontenancée  :  «  Vous 
prenes  ma  timidité  pour  aversion,  »  dit- elle.  —  «  Et 
pourquoy,  répondis-je,  series-vous  timide  avec  moy, 
qui  n'ay  auttre  intention  que  de  vous  honnorer  et 


DE    MADAME,  DUCHESSE    D'ORLÉANS.  9 

approuver.  »  —  «  Ne  parlons  plus  du  passé,  fit-elle, 
j'espère  que  vous  seres  dornavant  plus  Contente.  »  — 
«  Je  le  seres  tousjours,  répondis-je,  pourvue  que 
vous  ayes  vn  peu  de  bonté  pour  moy.  »  Là-dessus, 
elle  se  mit  ù  parler  d'autre  chose... 

M.  de  Vendôme  est  de  retour  ici.  Il  est  venu  me 
voir  aujourd'hui  :  il  a  pris  énormément  d'embon- 
point... 

Versailles,  le  23  décembre  ITOS. 

...  Ci-joint  des  chansons  nouvelles  qui  me  sont 
parvenues  sans  que  je  sache  de  qui  elles  me  viennent  : 
on  me  les  a  envoyées  par  la  poste.  Dans  l'une  de  ces 
chansons,  on  prétend  que  M.  d'O  s'est  sauvé  comme 
Polichinelle  au  théâtre  des  Marionnettes.  En  France, 
tout  est  afiaire  de  vogue.  Maintenant  c'est  la  mode 
d'avoir  peur,  et  de  se  sauver,  et  d'être  battu,  comme 
jadis  de  battre  l'ennemi  et  de  le  mettre  en  fuite... 

Qu'il  y  ait  des  colonels  en  bas  âge  ?  Cela  provient 
de  ce  qu'on  vend  et  achète  les  charges... 

Versailles,  le  10  janvier  1*09. 

...  Certes  j'ai  à  vous  remercier  de  ces  belles  mé- 
dailles! Vous  ne  vous  figurez  pas  quel  amusement 
c'est  pour  moi.  Je  passe  des  journées  entières  à  les 
regarder,  comme  aussi  mes  médailles  antiques.  Lundi 
dernier  j'en  ai  de  nouveau  acheté  cent  cinquante  avec 
l'argent  que  le  roi  m'a  donné  pour  mes  étrennes.  J'ai 
présentement  un  cabinet  de  médailles  d'or,  une  véri- 
table suite  de  tous  les  empereurs,  depuis  Jules  César 

1. 


10  CORRESPONDANCE 

jusqu'à  Héraclius.  Il  n'y  manque  rien  et  dans  le 
nombre  il  y  a  des  pièces  très  rares  que  le  roi  n'a  pas. 
J'ai  eu  tout  cela  à  fort  bon  compte  :  il  y  en  a  deux 
cent  soixante  que  je  n'ai  payées  que  leur  poids.  J'ai 
quatre  cent  dix  médailles  d'or  en  tout.  Je  m'amuse  à 
entendre  disputer  curieux  et  savants  et  je  me  fais 
raconter  les  histoires  inscrites  sur  le  revers  ;  cela  me 
divertit  énormément.  Vous  avez  raison  :  les  médailles 
faites  à  Hanovre  sont  incomparablement  plus  belles 
que  celles  de  Nuremberg... 

"Versailles,  le  17  janvier  1709. 

...  Je  ne  peux  compter  obtenir  l'amitié  de  la  «  jeune 
plante  1  »,  qui  est  si  mal  élevée.  La  seule  chose  que 
j'exige  et  que  je  puisse  obtenir  d'elle,  c'est,  quand 
elle  se  moque  de  moi,  que  ce  ne  soit  pas  en  face, 
qu'elle  me  réponde  quand  je  lui  demande  une  chose, 
qu'elle  ne  dise  pas  tout  juste  le  contraire  de  ce  que 
je  dis,  moi,  et  qu'elle  soit  polie  quand  je  vais  chez 
elle... 

J'ai  la  toux  tellement  fort  que  je  ne  peux  sortir. 
J'en  suis  redevable  à  la  politesse  de  M.  le  Dauphin. 
Dimanche  dernier  il  faisait  un  froid  atroce  et  l'on 
avait  allumé  un  terrible  feu  dans  la  cheminée  de  la 
salle  où  nous  mangeons.  M.  le  Dauphin  et  M""^  la 
duchesse  de  Bourgogne  sont  assis  à  droite  du  roi  ;  les 
ducs  de  Bourgogne  et  de  Berry  à  l'autre  bout,  moi  je 
suis  auprès  de  la  duchesse  de  Bourgogne  et  M"^  d'Or- 

1.  La  duchesse  do  Bourgogne. 


DE    MADAME,  DUCHESSE   D'ORLÉANS.         11 

léans  à  l'autre  bout  auprès  des  princes;  le  roi  droit 
devant  la  cheminée. 

...  Si  personne  ne  se  met  devant  moi,  j'ai  le  grand 
feu  en  pleine  figure.  La  méchanceté  était  d'autant 
plus  grande  que  M.  le  Dauphin  pouvait  se  chauffer  sans 
qu'il  fût  nécessaire  que  le  feu  me  gênât,  mais  dès 
qu'une  personne  voulait  se  placer  devant  moi,  il  lui 
faisait  signe  de  la  main  de  s*en  aller  :  cela  m'a  immé- 
diatement donné  la  migraine,  la  toux  et  le  rhume... 

A    LA    RAUGRAVE     AMÉLlE-KLIS  ABETH. 

Vorsaillcs,  le  10  janvier  1709. 

...  De  mémoire  d'homme  il  n'a  fait  aussi  froid;  oii 
n'a  pas  souvenance  d'un  pareil  hiver.  Depuis  quinze 
jours,  on  entend  parler  tous  les  matins  de  gens  qu'on 
a  trouvés  morts  de  froid,  on  trouve  dans  les  champs 
les  perdrix  gelées.  Tous  les  spectacles  ont  cessé  aussi 
bien  que  les  procès  :  les  présidents  ni  les  conseillers 
ne  peuvent  siéger  dans  leurs  chambres  à  cause  du 
froid... 

A    LA    DUCHESSE     DE     HANOVRE. 

Versailles,  le  27  janvier  llOO. 

M.  de  Vendôme  ne  manque  pas  du  tout  d'intelli- 
gence ;  avec  cela  il  a  de  la  science,  mais  il  ne  se  peut 
contraindre  en  rien  :  c'est  Là  l'éducation  d'ici.  Et  en 
outre  il  est  très  paresseux,  ce  qui  gâte  tout,  mais  il  a 
du  courage.  Sous  ce  rapport,  il  ne  lui  manque  rien. 


12  CORRESPONDANCE 

Avec  cela  il  se  laisse  souvent,  dit-on,  mener  par  ses 
gens,  mais  quand  il  agit  par  lui-même  tout  va  bien... 

Versailles,  le  30  janvier  no9. 

...  Il  me  faut  d'abord  vou3  dire  la  nouvelle  que  j'ai 
apprise  chez  la  duchesse  de  Bourgogne  :  tous  les  ré- 
formés ont  perdu  leur  ennemi  le  plus  acharné,  à 
savoir  le  confesseur  du  roi,  le  père  La  Chaise.  Il  avait 
quatre-vingt-cinq  ans.  Il  y  aura  de  fameuses  intrigues 
pour  cette  place-là... 

A     LA     RAUGRAVE     A  M  É  LIE -É  LI  S  A  B  E  TH  . 

2  février  1709. 

...  Le  froid  est  si  horrible  en  ce  pays-ci  que  depuis 
l'an  1606,  à  ce  qu'on  prétend,  on  n'en  a  pas  vu  un  tel. 
A  Paris  seulement  il  est  mort  2/i,000  personnes  du 
5  janvier  à  ce  jour. 

On  ne  sait  pas  ce  que  c'est  que  d'aller  en  traîneau 
ici.  Ou  bien  on  n'en  a  pas  du  tout,  ou  si  l'on  en  a  ce 
sont  de  lourdes  et  laides  machines  qu'on  ne  peut 
regarder... 

A  LA  DUCHESSE  DE  HANOVRE, 

Marly,  lo  1  février  1709. 

...  Le  duc  de  Bourgogne  et  le  duc  de  Berry  ont  été 
élevés  ensemble,  de  la  même  façon,  mais  ils  sont 
d'humeur  bien  différente.  Le  duc  de  Berry  n'est  pas 
dévot  du  tout,  il  n'a  de  considération  pour  rien  au 
monde,  ni  pour  Dieu  ni  pour  les  hommes,  aucune 
maxime,  il  n'a  cure  de  rien,  pourvu  qu'il  se  divertisse, 


DE    Mx\DAME,   DUCHESSE    D'ORLEANS.        13 

peu  importe  comment,  tout  lui  est  bon.  Voici  ses 
amusements  ordinaires  :  il  tire  des  coups  de  fusil, 
joue  aux  cartes,  cause  avec  des  jeunes  femmes  qui 
n'ont  pas  le  sens  commun  et  fait  le  goinfre.  Voilà  ses 
plaisirs.  J'allais  oublier  les  glissades  sur  la  glace; 
cela  en  fait  partie  aussi. 

Mon  fils  est  d'une  toute  autre  espèce.  Il  aime  la 
guerre  et  s'y  entend;  il  n'aime  pas  tirer  des  coups  de 
fusil,  ni  jouer,  ni  chasser;,  mais  il  aime  tous  les  arts 
libéraux  et  par-dessus  tout  la  peinture...  Il  s'amuse  à 
disliller;  il  aime  la  conversation  :  il  ne  cause  pas  mal. 
Il  a  fait  de  bonnes  études  et  sait  beaucoup  de  choses, 
car  il  a  une  bonne  mémoire.  11  aime  la  musique  et  les 
femmes.  Pour  ce  dernier  article,  je  voudrais  qu'il  s'y 
adonnât  un  peu  moins,  car  il  se  ruine  lui  et  ses 
enfants,  et  cela  l'amène  souvent  à  fréquenter  trop 
mauvaise  compagnie. 

Je  ne  dis  pas  que  le  roi  soit  marié  ;  mais  supposé 
qu'il  le  fût  et  qu'il  voulût  déclarer  son  mariage,  pas 
une  âme  n'y  trouverait  à  redire  un  mot.  Le  Dauphin 
aussi  —  le  bruit  en  court  —  a  contracté  un  mariage 
clandestin.  Le  duc  de  Bourgogne  a  trop  peur  du  roi 
et  de  la  dame  pour  oser  ouvrir  la  bouche;  la  dame 
et  la  duchesse  de  Bourgogne  ne  font  qu'une  âme 
dans  deux  corps,  le  duc  de  Berry  ignore  lui-même  qui 
il  est,  ne  sait  rien  et  tient  tout  pour  bien.  Vous  pou- 
vez donc  hardiment  admettre  que  ce  ne  sont  pas  les 
princes  qui  ont  mis  obstacle  â  la  déclaration  du  ma- 
riage. Des  gens  pensant  savoir  le  fin  de  l'affaire 
assurent  que  jusqu'ici  l'empêchement  venait  du  père 
La  Chaise   le  confesseur  du  roi  qui  vient  de  mourir... 


14  CORRESPONDANCE 


A  LA  RAUGRAVE  LOUISE. 

Marly,  le  9  février  1709. 

...  Un  de  mes  petits  chiens  vient  de  sauter  sur  ma 
table  et  sur  ce  papier  même  :  il  a  effacé  tout  ce  mot, 
comme  vous  voyez.  La  dame  qui  a  accompli  cette 
belle  action  s'appelle  Caudale,  née  Robe.  Ce  nom  lui 
vient  de  ce  que  sa  mère  est  accouchée  d'elle  sur  ma 
robe  de  velours... 

Les  loups  aussi  font  rage  ici  :  ils  ont  dévoré  le  cour- 
rier d'Alençon  avec  son  cheval  et  en  avant  du  Mans 
ils  ont  attaqué,  à  deux,  un  marchand... 

Versailles,  le  16  février  1709. 

j'étais  bien  triste  quand  on  m'apporta  votre  lettre  : 
on  venait  de  m'annoncer  l'affligeante  nouvelle  de  la 
mort  de  notre  tante^  la  princesse  Louise  de  Mau^ 
buisson.  Elle  est  enfin  morte  après  une  longue  ma^ 
ladie,  et  quoiqu'une  femme  ne  puisse  guère  atteindre 
un  âge  plus  élevé  —  elle  est  morte  à  quatre-ving-six 
ans  et  neuf  mois  —  je  n'en  ai  pas  moins  été  fort 
peinée,  car  d'abord  la  bonne  princesse  m'aimait 
mieux  que  ses  autres  nièces,  quoiqu'elles  eussent  été 
élevées  auprès  d'elle...  Secondement  je  crains  que  ce 
décès  ne  bouleverse  notre  chère  électrice  et  ne  nuise 
à  sa  santé,  et  enfin  ce  m'était  un  vrai  plaisir  d'aller 
dîner  quatre  ou  cinq  fois  l'an  là-bas,  de  passer  toute 
la  journée  avec  ma  tante,  d'épancher  mon  cœur  dans 
son  sein  et  de  revenir  le  soir  par  le  frais... 


DE    MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        15 


A  LA   DUCHESSE   DE   HANOVRE. 

Versailles,  le  21  février  HOQ. 

...  Avant-hier  je  reçus  la  visite  d'un  conseiller 
danois  fraîchement  débarqué.  «  Comment  votre  roi  se 
divertit-il  en  Italie?  lui  demandai-je.  —  Pas  aussi 
bien  qu'il  l'avait  espéré,  répondit-il.  —  Qu'est-ce 
donc  que  cette  rumeur,  repris-je ,  que  dans  toute 
l'Allemagne  on  prête  au  roi  l'intention  de  se  débar- 
rasser de  la  reine  et  d'en  prendre  une  autre?  »  Il  se 
mit  à  rire  et  dit  :  «  Je  sais  bien  que  ce  bruit-là  court, 
mais  on  grossit  bien  l'affaire.  Il  est  vrai,  hélas!  que 
c'est  un  différend  survenu  entre  le  roi  et  la  reine  qui 
est  la  cause  de  ce  voyage  d'Italie,  mais  le  roi  n'a 
jamais  songé  à  divorcer  et  encore  moins  à  en  épouser 
une  autre.  Le  discord  vient  de  ce  que  le  roi  ayant 
résolu  d'avoir  cet  hiver  un  carnaval  et  des  opéras 
pour  se  divertir,  les  pasteurs  ont  persuadé  à  la  reine 
que  si  elle  le  tolérait,  le  roi  se  damnerait  et  elle  avec, 
et  qu'il  mènerait  une  vie  comme  le  roi  Auguste.  Elle 
lui  a  donc  fait  une  opposition  absolue  et  a  fait  prêcher 
ses  ministres  publiquement  contre  ces  projets.  Cela  a 
indisposé  le  roi.  «  Du  moment,  dit-il,  que  la  reine  ne 
«  veut  pas  que  je  me  divertisse  en  sa  compagnie,  je 
«  m'en  vais  aller  me  divertir  si  loin  qu'elle  ne  pourra 
«  pas  m'incommoder.  »  Et  là-dessus  il  a  résolu  et  mis 
à  exécution  le  voyage  de  Venise.  Cette  histoire  me 
semble  si  naturelle  que  je  la  crois  vraie... 


16  CORRESPONDANCE 


A  LA  RAUGHAVE  LOUISE. 

Versailles,  le  23  février  1700. 

Bien  sûr  que  j'ai  fort  connu  l'apotliicaire  Nebel  et 
sa  jolie  petite  femme!...  Il  avait  un  assez  grand 
jardin  à  Heidelberg,  où  le  fruit  était  étendu  en  espa- 
liers, comme  ici... 

Demain  un  nouveau  médecin  va  me  prêter  serment: 
c'est  un  jeune  homme  de  quarante-deux  ans.  C'est 
mon  quatrième  docteur  depuis  que  je  suis  en  France: 
celui-ci  sans  doute  m'achèvera,  puisque  j'ai  près  de 
quinze  ans  de  plus  que  lui...  Je  ne  le  connais  pas, 
mais  on  m'a  dit  tant  de  bien  de  lui  que  je  l'ai  pris... 

Versailles,  le  2  mars  1709. 

...  Hier  on  m'a  conté  une  lamentable  histoire  d'une 
pauvre  femme  qui,  au  marché,  volaunpain  dans  une 
boulangerie.  Le  boulanger  lui  courut  après,  elle  se 
mit  à  pleurer  et  dit  :  «  Si  l'on  savait  ma  misère,  on 
ne  me  reprendrait  pas  ce  pain  ;  j'ai  trois  petits  enfants 
tout  nus,  sans  feu  ni  pain,  ils  crient  pour  en  avoir,  je 
n'ai  plus  pu  l'endurer,  voilà  pourquoi  je  l'ai  pris,  » 
Le  commissaire  devant  lequel  on  l'avait  menée  lui 
répondit  :  «  Faites  bien  attention  à  ce  que  vous  dites, 
car  je  vais  vous  accompagner  chez  vous.  »  Et  il  y 
alla.  En  entrant  dans  la  chambre,  il  vit  trois  petits 
enfants  tout  nus,  assis  dans  un  coin,  s'enveloppant  de 
vieilles  loques;  ils  tremblaient  de  froid,  comme  on 
tremble  quand  on  a  la  fièvre.  11  demanda  à  l'aîné: 


DE   MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉAjNS.        17 

«  Où  est  votre  père?  —  Derrière  la  porte  »,  dit  l'en- 
fant. Le  commissaire  voulut  voir  ce  que  l'homme 
faisait  là  derrière.  De  désespoir,  il  s'était  pendu... 

On  m'écrit  à  l'instant  de  Paris  qu'une  demoiselle  y 
a  prédit  sa  propre  mort  et  d'autres  choses  encore... 
Elle  doit  avoir  dit  entre  autres  qu'une  grande  bataille 
va  être  livrée  cette  année  près  de  Béthune,  que  les 
nôtres  la  gagneront  et  qu'après  seulement  on  fera  la 
paix.  D'ici  à  quelques  mois  nous  verrons  si  la  pro- 
phétie est  vraie.  Mais  ce  qui  s'est  trouvé  être  vrai, 
c'est  que  la  demoiselle  est  morte  au  jour  et  à  l'heure 
qu'elle  avait  dit... 

Parmi  les  sauvages  du  Canada,  il  y  en  a  beaucoup 
qui  voient  les  choses  à  venir.  11  est  venu  ici,  il  y  a  dix 
ans,  un  gentilhomme  français,  ancien  page  du  ma- 
réchal d'IIumières.  11  avait  épousé  une  de  mes  femmes 
de  chambre.  11  avait  amené  un  sauvage  avec  lui.  Un 
jour  qu'il  ne  songeait  à  rien,  étant  à  table,  le  sauvage 
devint  triste  et  se  mit  à  faire  des  grimaces.  «  Qu'as- 
tu?  dit  Longueuil,  —  car  ainsi  se  nommait  le  gentil- 
homme. —  Quelqu'un  t'a-t-il  fait  du  mal?  —  Non,  dit 
le  sauvage,  qui  se  mit  à  pleurer  amèrement.  --  Je 
veux  absolument  savoir  ce  que  tu  as,  reprit  Longueuil. 
—  Ne  me  force  pas  à  te  le  dire,  répliqua  le  sauvage, 
cela  te  touche  de  plus  près  que  moi.  »  11  voulut  le 
savoir  quand  même.  «  Eh  bien,  lui  dit  le  sauvage,  j'ai 
vu  par  la  fenêtre,  tout  à  l'heure,  comme  ton  frère  a 
été  assassiné  au  Canada,  en  tel  et  tel  endroit,  par  un 
tel.  »  Longueuil  se  mit  à  rire  et  dit  :  «  Tu  es  devenu 
foui  —  Je  ne  suis  pas  fou!  répondit  le  sauvage. 
Prends  note  de  ce  que  je  te  dis,  tu  n'apprendras  que 


18  CORRESPONDANCE 

trop  tôt  que  c'est  la  vérité.  »  Chacune  des  personnes 
présentes,  pour  la  curiosité  du  fait,  prit  note  de  la 
chose,  y  ajoutant  le  jour  et  l'heure.  Six  mois  après, 
quand  les  vaisseaux  revinrent  du  Canada,  Longueuil 
reçut  la  nouvelle  que  son  frère  était  mort  exactement 
comme  le  sauvage  l'avait  vu  par  la  fenêtre,  dans  les 
airs.  Ceci  est  une  histoire  absolument  vraie... 

Versailles,  le  16  mars  1709. 

...  Ce  sont  les  méchantes  gens  et  non  le  mauvais 
temps  qui  sont  cause  que  je  ne  reçois  pas  exactement 
mes  lettres  de  Hanovre.  Ce  qui  me  prouve  clairement 
qu'on  me  fait  des  bouffonneries  c'est  que,  par  exemple, 
on  me  remet  tel  jour  trois  postes  du  vendredi  qu'on  a 
arrêtées  au  passage,  mais  pas  du  tout  celle  que  je 
devrais  recevoir  ce  jour-là;  une  autre  fois  on  fait  de 
môme  avec  la  poste  du  lundi  et  pour  bien  me  montrer 
que  mes  lettres  ont  été  ouvertes,  puis  recaclietées, 
on  prend  un  feuillet  qui  appartient  au  dernier  paquet 
et  on  le  met  dans  le  premier,  et  tous  les  feuillets  des 
autres  paquets  on  les  entremêle  tellement  que  pour 
pouvoir  lire  les  lettres  il  faut  perdre  un  quart  d'heure 
à  les  ranger... 


A    LA    DUCHESSE    DE     HANOVRE. 

Versailles,  le  7  avril  1700. 

...  Hier,  à  la  place  Maubert,  cent  dames  de  la  halle 
ont  mis  à  mort  un  commissaire.  On  les  a  toutes  prises 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLEANS.        19 

et  enfermées.  Cela  provient  de  ce  que  le  pain  ren- 
chérit. Il  a  fallu  doubler  aussi  la  garde  de  M.  d'Ar- 
genson,  qu'on  veut  également  tuer... 

Marly,  le  18  avril  1709. 

...  Je  suis  comme  vous,  de  ma  vie  je  n'ai  pu  com- 
prendre V Apocalypse.  Mon  confesseur  actuel  est  rai- 
sonnable en  tout,  sauf  en  ce  qui  a  trait  à  la  religion. 
Il  en  a  une  bien  sotte  et  pourtant  il  a  de  l'esprit  : 
c'est  l'éducation  qui  est  cause  de  cela.  Il  est  tout  autre 
que  mes  deux  précédents  confesseurs,  le  père  Jordan 
et  le  père  de  Saint-Pierre.  Ils  convenaient  des  baga- 
telles et  des  mauvaises  clioses  qu'il  y  a  en  cette  reli- 
gion-ci, mais  celui-ci  n'en  veut  rien  faire.  Il  veut 
qu'on  admire  tout.  J'en  suis  incapable,  je  ne  donne 
pas  là-dedans.  En  outre,  dit-il,  je  ne  suis  pas  assez 
docile.  Mais  je  lui  ai  dit  sans  ambages  que  j'étais  trop 
vieille  pour  croire  à  toutes  ces  bagatelles  de  miracles. 
Le  jeudi  saint  il  est  arrivé  une  chose  plaisante  dont 
j'ai  bien  dû  rire.  Je  revenais  de  l'église,  où  j'avais 
communié.  On  se  mit  à  parler  de  miracles,  quelqu'un 
raconta  comme  quoi  M.  le  Prince,  le  père  de  celui 
qui  est  mort  en  dernier  lieu,  et  M"'"  la  Princesse 
Palatine  ^  s'étaient  convertis  parce  que,  ayant  tenu 
exposé  à  la  flamme  d'une  bougie  du  bois  de  la  croix 
de  Jésus-Christ,  ce  bois  n'avait  pas  pris  feu.  «  Ce 
n'est  pas  là  un  miracle,  dis-je,  car  il  y  a  du  bois  en 
Mésopotamie  qui  ne  brûle  pas.  —  Vous  ne  voulez 

1.  Anne  de  Gonzaguc. 


20  CORRESPONDANCE 

pas  croire  aux  miracles,  dit  le  père  Lingère  *?  —  J'ai 
la  preuve  en  main,  »  répondis-je.  Et  cela  était  vrai^  car 
Paul  Lucas  m'a  vendu  un  gros  morceau  de  ce  bois, 
qui  devient  rouge  ardent  mais  ne  brûle  pas.  Et  me 
levant  je  m'en  fus  chercher  mon  bois,  le  donnai  au 
père  Lingère  et  le  lui  fis  bien  examiner,  afin  qu'il  ne 
doutât  pas  que  ce  fût  du  bois.  Il  en  coupa  un  mor- 
ceau et  jeta  le  restant  au  feu.  Il  y  devint  rouge  comme 
le  fer,  mais  ne  brûla  pas.  De  qui  se  moqua-t-on  et  qui 
fut  penaud?  Ce  fut  mon  bon  confesseur,  car  je  n'ai 
pu  m'empêcher  de  rire.  Mais  il  se  remit  et  dit  qu'il 
n'était  écrit  nulle  part  que  le  bois  de  la  sainte  croix 
ne  brûlait  pas;  ceux  qui,  par  conséquent,  l'exposent 
au  feu,  ont  tort.  «  Mais,  dis-je,  si  vous  n'aviez  pas  eu 
la  preuve  que  ce  bois  est  incombustible,  ne  m'eus- 
siez-vous  pas  fait  un  crime  de  ne  pas  croire  à  ce 
grand  miracle?  »  Lui-même  finalement  dut  rire  et 
avouer  que  s'il  ne  l'avait  pas  vu  il  n'aurait  pas  ajouté 
foi  à  ce  que  je  disais  de  ce  bois.  Lui  et  le  père 
Cannet  auraient  été  bien  ensemble.  Quand  M"'*  de 
Rathsamhausen  m'entend  ainsi  disputer  avec  lui,  elle 
a  coutume  de  dire:  «  J'espère  que  Dieu  aidant,  Yotre 
Altesse  Royale  finira  par  donner  une  bonne  éducation 
à  son  confesseur...  » 

A    LA   RAUCRAVE   LOUISE. 

Versailles,  le  20  avril  1709. 

...  Dites-moi  donc  quel  nom  les  médecins  donnent 

1.  De  Linièrcs. 


DE   MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.         21 

à  la  maladie  d'Amelise?  Elle  aurait  pu  vous  faire  la 
réponse  qu'un  mourant  fit  à  un  moine  qui  l'exhortait 
à  prendre  patience  :  «  Mon  père,  dit-il,  rien  n'est  plus 
aisséque  de  prêcher  la  patiance;  mais  mettes  moyen 
vostre  place  avec  une  si  bonne  santé  et  soyes  aussi 
malade  que  je  suis,  vous  veres  si  la  patiance  est 
aissée.  » 

De  mourir,  chère  Louise,  c'est  la  dernière  sottise 
qu'il  nous  soit  donné  de  faire.  Il  faut  donc  la  faire  le 
plus  tard  possible,  surtout  quand  on  est  utile  à  quel- 
qu'un en  ce  monde,  comme  vous  l'êtes  à  vos  neveux 
et  nièces.  Votre  neveu  ne  me  connaît  pas;  je  crois 
donc  qu'il  ne  se  soucie  guère  de  mon  approbation  :  il 
l'a  quand  même,  et  entière;  je  donne  tout  à  fait  tort 
à  son  père.  On  a  beau  être  fils  unique,  on  n'a  pas 
besoin  pour  cela  d'être  un  grand  lâche,  et  Notre- 
Seigneur  Dieu  peut  partout  nous  prendre  sous  sa 
garde...  Il  vaut  donc  mieux  que  votre  neveu  devienne 
un  homme  capable  en  faisant  campagne  et  en  voya- 
geant, plutôt  que  de  se  tenir  coi  à  la  maison  et  de  ne 
songer  qu'à  perpétuer  la  race  et  à  faire  des  enfants. 
En  pareille  occasion,  il  est  permis  à  un  jeune 
homme  de  ne  pas  strictement  obéir  à  son  père;  tout 
le  monde  vous  louera  de  faire  une  échappée  et  de 
partir  en  guerre...  Je  suis  sûre  que  le  duc  de  Schom- 
berg,  quelque  irrité  qu'il  veuille  paraître,  est  heureux 
au  fond  de  l'àme  que  son  fils  ait  pris  ce  parti,  et  qu'il 
l'en  estime... 


22  CORRESPONDANCE 

Versailles,  le  27  avril  HOQ. 

...  Le  prince  Eugène  a  de  l'esprit  et  du  mérite,  mais  il 
est  petit  et  laid  de  sa  personne;  il  a  la  lèvre  supérieure 
si  courte  qu'il  ne  peut  pas  fermer  la  bouche;  on  voit 
donc  tout  le  temps  deux  grosses  dents  fort  longues.  Il 
a  le  nez  un  peu  retroussé  et  les  narines  assez  ouvertes  ; 
mais  les  yeux  ne  sont  pas  laids  et  très  vifs... 

On  attend  aujourd'hui  le  courrier  qui  dira  si  nous 
avons  la  paix  ou  la  guerre.  Que  Dieu  détourne  celle-ci 
de  nous... 

A   LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Marly,  le  2  mai  1709, 

...  La  reine  Anne  a  bien  raison  de  ne  pas  vouloir 
d'un  autre  mari.  A  en  juger  par  ce  qu'on  m'a  dit  de 
de  celui  qui  vient  de  mourir,  elle  n'a  pas,  sous  le  rap- 
port de  la  conversation  et  de  la  société,  perdu  grand'- 
chose  en  perdant  le  prince  Georges.  S'enfermer  dans 
une  chambre  obscure,  c'est  bien  malsain.  Peut-être 
aussi  qu'elle  n'y  reste  pas  tout  le  temps.  D'après  ce 
qu'on  dit  ici  du  duc  de  Marlborough,  je  crois  que  lui 
et  le  prince  Eugène  viennent  en  Hollande  plutôt  pour 
empêcher  la  paix  que  pour  y  aider.  Aussi  commence- 
t-on  à  croire  qu'elle  ne  se  fera  pas... 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.        23 

A    LA    RAUGRAVE   LOUISE. 

Marly,  le  2  mai  1709. 

...  Quand  les  médecins  mettent  ainsi  tout  en  latin, 
j'ai  toujours  envie  de  leur  dire  comme  M.  Grichar 
dans  la  comédie  :  «  Eh,  parle  français,  excrément  dû 
colége!  »  Si  la  pauvre  humanité  avait  un  carreau  de 
vitre  dans  l'estomac,  par  lequel  les  docteurs  pussent 
regarder,  je  crois  qu'ils  trouveraient  les  moyens  qu'il 
faut  pour  guérir  les  gens  ;  mais  du  moment  qu'il  leur 
faut  tout  deviner,  il  n'y  a  rien  d'étonnant  à  ce  qu'ils 
tâtonnent  ainsi.  Je  suis  bien  en  peine  d'Amelise,  car 
sa  maladie,  avec  toutes  ses  convulsions,  me  paraît 
dangereuse... 

Versailles,  le  L8  mai  1709. 

...  Je  n'ai  jamais  su  quel  nom  porte  votre  neveu.  Je 
vois  par  une  lettre  de  M"''  de  Malause  qu'on  l'appelle 
raylord  Arouische  ^  M'est  avis  que  c'est  Là  un  drôle 
de  nom.  Il  ne  manque  pas  de  voyelles! 

A    LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Versailles,  lo  19  mai  1709. 

...  Notre  bonne  feue  reine  parlait  un  étrange  fran- 
çais. D'abord  jamais  un  u.  tout  en  ou.  En  outre,  elle 
disait  una  servillieta  pour  une  serviette,  la  sancta 
Biergen  pour  la  sainte  Vierge,  des  eschevois  pour  des 

1.  Harwich 


24  CORRESPONDANCE 

chevaux,  et  beaucoup  d'autres   semblables    choses 

encore... 

Versailles,  le  (5  juin  n09;  truis  heures  de  l'après-dîncc. 

...  Je  ne  pensais  pas  que  M.  de  Torcy  fût  peureux 
au  point  de  s'évanouir.  Il  est  de  retour  à  présent, 
comme  vous  avez  vu  par  ma  dernière  lettre.  Mylord 
Fausegen*  a  fort  mal  opéré  par  rapport  à  la  paix. 
Elle  ne  se  fera  pas.  On  se  défendra  jusqu'à  la  dernière 
goutte  de  sang,  et  tout  le  monde  est  tellement  aigri, 
qu'il  y  aura,  je  crois,  de  terribles  batailles,  Je  frémis 
rien  que  d'y  penser... 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE. 

Versailles,  le  8  juin  1709. 

Certes,  il  me  faut  faire  ici  uniquement  ce  que 
veulent  les  autres.  J'avais  les  mains  moins  liées  tant 
que  feu  mon  mari  était  en  vie;  je  ne  peux  découclier 
de  Versailles  sans  la  permission  du  roi... 

Croyez-vous  qu'on  n'entende  pas  de  lamentations 
ici?  Jour  et  nuit  on  n'entend  que  cela!  La  famine  est 
tellement  violente  à  cette  heure,  que  des  enfants  se 
sont  entre-dévorés.  Le  roi  est  si  bien  décidé  à  conti- 
nuer la  guerre,  que  ce  matin  il  a  envoyé  à  la  Monnaie 
tout  son  service  en  or,  les  assiettes,  les  plats,  les 
salières,  en  un  mot  tout  ce  qu'il  avait  d'or,  pour  en 
faire  des  louis... 

1.  Milord  Townsend  (?). 


DE   MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        25 

A    LA    DUCHESSE   DE    HANOVRE. 

Marly,  le  13  juin  1709. 

Cela  s'est  trouvé  être  vrai  :  M.  de  Chamillart  a  été 
renvoyé,  et  H.  Voisin,  qui  est  conseiller  d'État  et 
intendant  de  Saint-Cyr,  a  pris  sa  place.  Mais  il  lui 
faut  donner  à  Chamillart  800,000  livres;  le  roi  lui  a 
accordé  une  pension  viagère  de  20,000  écus,  dont  la 
moitié  sera  servie  à  sa  femme  si  elle  devait  lui  sur- 
vivre. Son  fils  reçoit  une  pension  de  12,000  livres,  et 
achète  la  survivance  de  la  charge  de  M.  de  Cavois', 
qui  est  celle  de  grand  maréchal  des  logis.  M.  de  Cha- 
millart a  accepté  sa  disgrâce  avecunegrande  fermeté 
d'âme.  Il  dit  au  duc  de  Chevreuse  et  à  Beauvillers,  qui 
étaient  venus  la  lui  annoncer  de  la  part  du  roi,  qu'il 
avait  lui-même  senti  que  la  charge  devenait  trop 
lourde  pour  lui,  et  que  souvent  il  l'avait   dit  au  roi.. 

Je  ne  sais  pas  la  vraie  cause  de  cette  disgrâce.  Je 
vais  vous  mander  ce  qu'on  en  dit  dans  le  public.  Tl  y 
a  différents  bruits  qui  courent  à  ce  sujet.  Les  uns 
prétendent  qu'il  lui  est  impossible  de  rendre  compte 
de  23  millions  qui  étaient  entre  ses  mains.  Il  ne  les  a 
pas  pris,  ajoute-t-on,  mais  donnés  à  des  gens  intéres- 
sés qui,  de  crainte  que  la  chose  ne  soit  divulguée,  ont 
ourdi  sa  disgrâce  et  mis  leur  créature  en  sa  place... 

D'autres  donnent  la  raison  suivante  :  Le  pape,  s'at- 
tendant  à  avoir  la  guerre  avec  l'empereur,  a  fait 
demander  au  roi  des  armes  par  le  nonce,   ce  que  le 

1.  Cavoio. 

ir.  2 


20  CORRESPONDANCE 

roi  a  refusé  tout  net,  disant  qu'il  n'avait  pas  assez 
d'armes  dans  ses  arsenaux  pour  ses  propres  troupes. 
Dès  que  le  nonce  fut  rentré  chez  lui  à  Paris,  un 
inconnu  se  présenta,  demandant  à  le  voir.  Il  le  fit 
entrer.  «  Monsieur,  dit  cet  homme,  je  sais  que  le  roi 
vous  a  refusé  des  armes;  mais  si  vous  voulez  souscrire 
à  M'""  de  Chamillart  et  à  ses  filles  un  billet  portant 
que  le  pape  leur  donnera  20,000  livres,  vous  en  aurez 
tant  que  vous  voudrez  et  qu'il  vous  en  faudra.  «  Et 
ainsi  fut  fait.  Le  pape  eut  les  armes.  Il  a  raconté  lui- 
môme  la  chose  au  maréchal  de  Tessé;  le  nonce  l'a 
rapportée  au  maréchal  de  Bouftlers.  Les  deux  maré- 
chaux en  ont  fait  part  à  M'"*  de  Maintenon  pour 
qu'elle  en  informe  le  roi,  ce  qu'elle  fit,  et  c'est  de  là 
que  doit  provenir  cette  disgrâce.  Je  vous  ai  raconté 
cet  événement  dans  tous  ses  détails,  parce  que  je  sais 
que  vous  aimez  à  entendre  de  ces  histoires  véri- 
diques-là... 

A    LA    RAUGRA\E    LOUISE. 

Marly,  lo  13  juin  IIOO. 

...  Bien  des  gens  ont  espéré  que  la  paix  se  ferait... 
mais  les  propositions  des  alliés  sont  trop  barbares; 
mieux  vaut  succomber  et  périr  que  d'y  accéder.  Je 
ne  sais  comment  on  a  pu  imaginer  de  telles  conditions, 
et  croire  que  notre  roi  les  accepterait.  Le  proverbe 
dit  :  «  La  superbe  est  Tavant-coureur  do  l'abaisse- 
ment^  »   J'espère   donc   que  l'insolence   de  mylord 

1 .  Hoffart  (Hochmuth)  kommt  iw  dcm  Fall, 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        27 

Marlborough  et  du  prince  Eugène  recevra  son  châti- 
ment. Celui-ci  ne  devrait  pas  oublier  que  ce  pays-ci 
est  sa  patrie  et  qu'il  est  né  sujet  du  roi.  Je  suis  fort 
piquée  contre  lui  de  ce  qu'il  ait  mis  obstacle  a  la  paix, 
à  quoi  le  poussait  non  pas  l'amour  du  bien  général, 
mais  son  intérêt  personnel... 

Le  ministre  de  la  guerre  Chamillart  a  été  destitué: 
on  a  mis  à  sa  place  un  conseiller  d'État,  intendant  de 
Saint-Cyr.  Ce  dernier  nom  vous  apprend  bien  qui  a 
fait  la  chose... 

Marly,  lo  2^  juin  1*00. 

...  De  cette  façon  la  paix  est  rendue  impossible  :  les 
propositions  sont  par  trop  barbares.  Vouloir  lâcher 
un  grand-père  contre  son  propre  petit-fils  qui  a  tou- 
jours été  soumis  et  obéissant  à  son  égard,  c'est  bar- 
bare et  païen.  Voilà  ce  que  je  ne  peux  souffrir;  je  suis 
persuadée  que  Dieu  punira  ceux  qui  ont  inventé 
cela... 

Murly,  lo  29  juin  n09. 

...  De  ma  crampe  je  ne  dirai  plus  que  ceci  :  ma 
tante,  notre  chère  électrice,  m'a  envoyé  des  pieds 
d'élan*  dont  je  me  trouve  fort  bien... 

Les  docteurs  ont  fait  dix  saignées  si  terribles  à  mon 
cousin  de  La  Trémoille  que,  quand  on  l'ouvrit,  on  n'a 
découvert  d'autre  cause  à  sa  mort  que  celle-ci  :  il 
n'avait  plus  une  goutte  de  sang  dans  les  veines.  Il  y  a 

1.  Madame  avait  une  toux  spasmocUque.  Elle  s'enveloppait  le  cou  de 
peaux  d'élan. 


2S  CORRESPONDANCE 

deux  ans,  le  même  médecin  a  exécuté  de  la  même 
façon  la  femme  de  ce  seigneur... 

Versailles,  le  6  juillet  1*09. 

...  La  maladie  d'Amelise  me  paraît  bien  dangereuse. 
Il  y  a  deux  ans,  un  jeune  Lorrain,  le  fils  du  comte  de 
Brienne  et  petit-fils  de  M.  Darmaniac  S  avait  cette 
maladie-là  :  il  était  à  la  mort.  On  lui  fit  prendre  force 
médecines  pour  le  faire  uriner.  11  eut  alors  un  flux 
d'urine;  c'est  ce  qui  Ta  sauvé.  M.  Fagon  dit  que  l'hy- 
dropisie  de  poitrine  ne  peut  se  guérir  autrement... 

Le  roi  a  envoyé  sa  vaisselle  d'or  à  la  IMonnaie,  cela 
n'est  que  trop  vrai,  mais  il  n'y  a  pas  envoyé  celle 
en  argent,  ni  moi  non  plus,  mais  les  princes  du  sang 
ont  envoyé  la  leur... 

A    LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Versailles,  le  11  juillet  HOO. 

...  Il  n'est  que  trop  vrai,  le  proverbe  qui  dit  : 
«  Mieux  vaut  être  avec  les  lions  et  les  dragons  qu'avec 
une  méchante  femme.  »  La  princesse  des  Lrsins, 
voyant  que  mon  fils  s'est  fait  aimer  des  Espagnols,  l'a 
jalousé  et  lui  a  joué  un  bien  vilain  tour.  Un  gentil- 
homme de  mon  fils,  son  aide  de  camp,  avait  fait,  l'an 
dernier,  une  chute  de  cheval  et  s'était  cassé  la  jambe. 
Il  y  ressentait  encore  de  fortes  douleurs;  il  pria  mon 
fils  de  lui  permettre  d'aller  à  Barèges,  pour  prendre 

1.  D'Armagnac,  le  grand  ccu.vcr. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        29 

les  eaux.  Il  s'y  rendit  en  passant  par  l'Espagne.  Ce 
qu'apprenant,  la  princesse  a  persuadé  au  roi  d'Espagne 
de  le  faire  arrêter  comme  criminel  d'État,  afin  qu'on 
suspectât  mon  fils  d'ourdir  des  projets  de  révolte 
contre  ce  roi,  auquel  il  a  rendu  de  si  grands  et  utiles 
services.  Voyez  la  fausseté  de  cette  femme  :  au  mo- 
ment même  où  elle  joue  ce  tour  à  mon  fils,  elle  m'écrit 
une  grande  lettre  et  m'y  fait  des  protestations  d'ami- 
tié plus  fortes  que  jamais!  Peut-être  ne  devrais-je  pas 
confier  ces  choses  à  la  poste;  mais  je  suis  trop  pleine 
de  cette  méchanceté,  je  ne  peux  m'en  taire  vis-à-vis 
de  vous.  Ledit  gentilhomme  s'appelle  Flottes...  11  y 
aura  un  terrible  éclat...  Mon  Dieu,  que  je  suis  donc 
lasse  de  n'entendre  parler  que  de  choses  fâcheuses! 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE. 

Versailles,  le  23  juillet  1709. 

...  Je  vous  remercie  bien  des  gazettes.  Elles  me 
divertissent  fort,  et  quand  je  les  ai  lues,  je  les  donne 
à  deux  pages  allemands  que  j'ai,  un  Neuhof^  et  un 
Keversberg,  pour  qu'ils  conservent  l'habitude  de  l'alle- 
mand et  n'oublient  pas  la  langue... 

Je  suis  de  très  mauvaise  humeur  aujourd'hui...  un 
trésorier  m'a  affreusement  volée...  On  est  trop  inté- 
ressé dans  ce  pays.  Ces  ventes  et  achats  de  charges, 
cela  fait  des  filous  de  tous  les  employés.  Tout  est 

1.  Qui  fut  depuis  le  roi  Théodore  de  Corso.  (Note  du  D'  Fricdlaen- 
dor  chez  M.  Holland.) 

2. 


30  CORRESPONDANCE 

ennui  et  désagrément.  Mais  que  dire  à  cela?  «  Ou  la 
gesvre  est  liée,  il  faut  qu'elle  broutte  «.■. 

Versailles,  le  27  juillet  1~09. 

Bien-aimée  Louise,  je  suis  très  en  peine  de  votre 
santé  depuis  que...  je  sais  votre  malheur.  Yous  ne 
pouvez  douter  qu'Amelise  ne  soit  au  ciel,  elle  qui  a  si 
bien  vécu  et  qui  a  été  si  pieuse!... 

Je  porterai  le  deuil  d'Amelise  comme,  liélas  !  j'ai 
déjà  porté  celui  de  vos  frères  et  de  votre  sœur  ! 

Marly,  le  10  août  1709 

...  11  fait  une  chaleur  horrible...  On  transpire  telle- 
ment dans  les  chambres  qu'on  ne  fait  que  s'éponger. 
Gela  vous  fait  comprendre  la  métamorphose  de  celles 
qui  ont  été  changées  en  sources,  de  Biblis,  de  Ciane  ' 
et  autres. 


A    LA    DUCHESSE    DE   HANOVRE. 

Versailles,  le  12  août  17G9. 

...  En  entrant  à  Paris  par  la  porte  Saint-Honoré, 
je  vis  les  gens  courir  avec  des  mines  bouleversées, 
quelques-uns  disant  :  «  Ah!  mon  Dieu!  »  Les  fenêtres 
étaient  garnies  de  monde,  il  y  en  avait  jusque  sur  les 
toits.  En  bas,  dans  la  rue,  on  voyait  mettre  les  volets 
à  toutes  les  boutiques  et  fermer  les  portes  des  mai- 
sons. Le  Palais-Royal  même  était  fermé.  Je  ne  savais 

1.  Byblis.  Cyane.  {Mclanwr])hûS"s  d'Ovide.) 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.        31 

pas  ce  que  cela  voulait  dire,  mais  quand  j'entrai 
dans  la  cour  intérieure  et  que  je  descendis  de  voi- 
ture, une  bourgeoise  que  je  ne  connais  pas  vint  à 
moi  et  dit  :  «  Savez-vous,  madame,  qu'il  y  a  une 
révolte  dans  Paris  qui  dure  depuis  quatre  heures  du 
matin?  »  Je  crus  qu'elle  était  folle  et  me  mis  à  rire, 
mais  «  je  ne  suis  pas  folle,  madame,  dit-elle,  ce  que 
je  vous  dis  est  très  vray  et  si  vray  qu'il  y  a  déjà 
liO  personnes  de  tues  «.  —  Est-ce  vrai?  demandai-je 
à  quel(iues-uns  de  mes  gens.  «  Ce  n'est  que  trop  vrai  1 
répondirent-ils  et  c'est  pour  cela  que  nous  avons 
fermé  les  portes  du  Palais-Royal.  »  Je  demandai  la 
cause  de  la  révolte.  La  voici  : 

On  travaille  au  rempart  et  à  la  porte  Saint-Martin 
et  on  donne  à  chaque  ouvrier  trois  sous  et  une  miche 
de  pain.  Il  y  en  avait  deux  mille.  Mais  ce  matin-là, 
sans  qu'on  s'y  attendît,  il  en  vint  quatre  mille  qui 
demandèrent  à  grands  cris  du  pain  et  de  l'ouvrage. 
Comme  on  ne  pouvait  faire  droit  à  leur  demande  et 
qu'une  femme  se  montrait  fort  insolente  on  la  prit  et 
la  mit  alancan  ^  Alors  commença  le  tumulte  :  aux 
quatre  mille  étaient  venus  se  joindre  six  mille  autres 
qui  arrachèrent  la  femme  du  carcan. 

Il  s'était  mêlé  à  la  foule  beaucoup  de  laquais  sans 
place  qui  se  mirent  à  crier  qu'il  fallait  piller.  Ils  cou- 
rurent aux  boulangeries  et  les  dévalisèrent.  On 
appela  les  soldats  de  la  garde  pour  tirer  sur  la  ca- 
naille. Mais  ils  s'aperçurent  qu'on  n'avait  pris  ce  parti 
que  pour  les  eflrayer  et  que  les  mousquets  n'étaient 

1.  Madame  veut  dii'o  :  au  cai'can. 


32  CORRESPONDANCE 

pas  chargés  à  balle.  «  Attaquons-les,  crièrent-ils  alors, 
ils  n'ont  point  de  plomb.  »  Dès  lors  les  soldats  se 
virent  dans  la  nécessité  d'en  tuer  quelques-uns  à 
coups  de  fusil.  Cela  dura  de  quatre  heures  du  matin 
jusqu'à  midi. 

En  ce  moment,  le  maréchal  de  Boufflers  et  le  duc 
de  Gramont  vinrent  à  passer  par  hasard  à  l'endroit 
où  était  la  révolte  et  où  volaient  les  pierres.  Ils  des- 
cendirent de  leur  carrosse,  parlèrent  au  peuple, 
jetèrent  de  l'argent  à  la  foule  et  promirent  d'infor- 
mer le  roi  qu'on  leur  avait  promis  du  pain  et  de 
l'argent  et  qu'on  ne  leur  en  avait  pas  donné.  Inconti- 
nent la  révolte  s'apaisa.  Les  gens  lancèrent  aussitôt 
leurs  chapeaux  en  l'air  en  criant  :  «  Vive  le  roy  et 
du  pain  !  » 

Les  Parisiens  sont  pourtant  de  braves  gens  de  se 
calmer  si  vite...  Mais  autant  ils  aiment  leur  roi  et  la 
famille  royale,  autant  ils  détestent  M'"^  de  Mainte- 
non.  Il  faisait  très  chaud  ;  je  voulus  respirer  un  peu... 
Mais  à  peine  étais-je  à  ma  fenêtre  qu'il  se  forma  un 
grand  attroupement,  les  gens  me  couvraient  de  béné- 
diction, mais  ils  se  mirent  à  tenir  de  si  horribles 
propos  sur  la  dame  que  je  dus  rentrer  et  fermer  les 
fenêtres.  Aucun  de  mes  gens  ne  put  plus  se  montrer, 
car  dès  qu'ils  en  voyaient  un  à  la  fenêtre  ils  recom- 
mençaient leurs  discours,  disant  sans  se  gêner  qu'ils 
voudraient  la  tenir  pour  la  mettre  en  pièces  ou  la 
brûler  comme  une  sorcière... 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.        33 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE. 

Marly,  le  31  août  n09. 

...  Vous  avez  eu  bien  raison  de  ne  pas  permettre 
qu'on  fasse  l'autopsie  d'Amelise...  Depuis  qu'on  ouvre 
tant  de  monde,  on  ne  volt  pas  qu'un  seul  ait  été 
sauvé!  Ici  on  ne  fait  l'autopsie  que  vingt-quatre 
heures  après  le  décès  :  le  corps  n'est  plus  chaud 
alors.  Dans  mon  testament,  j'ai  défendu  qu'on 
m'ouvre... 

Versailles,  le  14  septembre  1709. 

...  11  y  a  quatre  jours,  les  nôtres  ont  perdu  une 
bataille  près  de  Mons  \  mais  cette  fois-ci  ils  se  sont 
battus  avec  acharnement,  aussi  est-il  tombé  énormé- 
ment de  monde  des  deux  côtés...  M"'"  Dangeau  a  son 
fils  unique-  horriblement  blessé.  On  lui  a  coupé  la 
cuisse  tout  près  du  ventre.  On  ne  sait  pas  encore  s'il 
en  réchappera.  Je  crains  qu'elle  n'arrive  juste  pour 
le  voir  mourir. 

Les  franciscains  d'ordinaire  ont  une  façon  plai- 
sante de  prêcher.  Je  n'ai  jamais  entendu  parler  du 
père  Abraham  ^... 

La  landgrave  de  Darmstadt  est  morte.  Dès  lors  ils 

1.  La  bataille  de  Malplaquot. 

2.  Courcillon. 

3.  Abraham  a  Sancta  Clara  (Hans-Ulricli  Mcgerli,  1644-1709), 
moine  augustin,  célèbre  par  ses  prédications  satiriques  et  burlesques. 
Il  était  né  à  Kreenheinstettcn  en  Souabe,  et  passa  la  plus  grande 
partie  do  sa  vie  à  Vienne.  Léopold  I"  le  nomma  en  1677  prédicateur 
de  la  cour.  Schiller  a  fort  bien  imité  son  genre  dans  la  Capucinade 
du  camp  de  Wallenstein. 


34  CORRESPONDANCE 

ont  un  double  deuil  à  cette  cour-là,  car  sans  doute 
ils  le  porteront  aussi  de  rélectrice  palatine  douai- 
rière. On  pourrait  comme  chant  funèbre  chanter  à 
ces  deux  princesses  le  vieux  vaudeville  : 

Dans  la  rue  de  la  TournoUe 
Un  coup  de  foudre  est  tombés; 
n  n'a  pas  cassés  de  cervelle 
Car  il  n'en  a  point  trouvés. 

Elles  n'en  avaient  guère  en  eiTet... 

Vous  saurez  maintenant  que  la  chose  est  vraie  : 
Mercy  a  été  battu  \  mais  les  vôtres  ont  eu  leur 
revuuije  en  Flandre... 


A    LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Vcrsaillos,  le  19  septembre  1709. 

...  On  n'entend  que  des  choses  attristantes  :  l'une 
pousse  des  cris  ù  cause  d'un  fils  qu'elle  a  perdu,  l'autre 
à  cause  d'un  gendre,  celui-ci  à  propos  de  son  père, 
celle-là  à  propos  de  son  neveu.  Tout  le  monde  se 
lamente  au  sujet  du  pain  qui  coûte  huit  sous  la 
livre  à  présent,  et  bien  des  gens  meurent  de  faim... 
11  y  a  aussi  des  personnes  qui  sont  profondément 
aflligées  quoiqu'elles  n'aient  perdu  aucun  des  leurs 
dans  la  bataille... 

M'"<=  la  duchesse  de  Bourgogne,  depuis  deux  ans, 
se  pique  d'une  grande  passion  pour  son  mari.  Elle  a 
M.  de  Vendôme  en  grande  aversion,  je  ne  sais  pas 

1.  11  lut  battu  à  Uumersheim. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.        35 

pourquoi,   au    fond.  Quand    elle  l'aperçoit,  elle  dé- 
tourne la  tète  et  change  de  couleur. 


Versailles,  le  28  septembre  1709. 

...  Puisque  je  vous  fais  tenir  cette  lettre  par  une 
occasion  sûre,  et  non  par  la  poste,  j'y  joins  quel- 
ques chansons,  que  vous  n'avez  pas  encore  je  crois. 
Je  trouve  la  dernière  fort  gentille.  Cela  est  très  vrai 
que  tout  le  monde  ici  est  dana  la  détresse  à  cause  de 
cette  dame.  Le  plaisant  de  l'affaire  est  qu'elle  donne 
une  part  de  ses  bénéfices  au  roi  afin  qu'il  approuve 
tout  et  à  la  duchesse  de  Bourgogne  aussi.  C'est  pour 
cela  qu'on  lui  laisse  tout  faire.  En  attendant,  per- 
sonne ne  reçoit  d'argent,  on  ne  nous  paie  qu'en  assi- 
gnations. Ce  n'est  que  du  papier  et  encore  faut-il 
courir  après,  car  par  exemple,  ce  qu'on  devrait  tou- 
cher aujourd'hui,  l'assignation  en  ajourne  le  paiement 
à  trois,  quatre  et  même  cinq  mois,  et  alors  encore 
on  a  bien  de  la  peine  à  se  faire  payer.  La  disette  est 
affreuse;  partout  on  voit  des  gens  s'affaisser  littérale- 
ment morts  de  faim...  partout  on  n'entend  que 
plaintes  et  gémissements,  des  plus  grands  aux  plus 
infimes... 

Toute  la  cour  est  pleine  d'intrigues.  Les  uns  veulent 
obtenir  la  faveur  de  la  puissante  dame  \  les  autres 
celle  de  M.  le  Dauphin,  d'autres  encore  celle  du  duc 
de  Bourgogne.  Car  lui  et  son  père  ne  s'aiment  pas,  le 
fils  méprise  le  père,  il  est  ambitieux  et  veut  gouver- 
ner. Le  Dauphin  est  sous  la  domination  absolue  de 

1.  M™'-'  tle  Maintenon. 


3G  CORRESPONDANCE 

sa  sœur  bâtarde,  ^1"^"=  la  Duchesse.  La  princesse  de 
Conti  est  devenue  l'alliée  de  celle-ci  afin  de  ne  pas 
perdre  tout  pouvoir  sur  lui.  Tous  sont  opposés  à  mon 
fils  :  ils  ont  peur  que  le  roi  ne  le  voie  d'un  bon  œil 
et  qu'il  ne  fasse  le  mariage  de  sa  fille  aînée  avec  le 
duc  de  Berry.  La  Duchesse  en  voudrait  bien  pour  sa 
propre  fille,  c'est  pourquoi  elle  accapare  le  duc  de 
Berry.  Mais  la  duchesse  de  Bourgogne  qui  voudrait, 
elle  aussi,  gouverner  le  Dauphin  aussi  bien  que  le 
roi,  est  jalouse  de  M"^  la  Duchesse.  Elle  a  donc  fait  un 
pacte  d'amitié  avec  notre  M"'^  d'Orléans,  pour  contre- 
carrer l'autre  :  c'est  une  plaisante  comédie  d'in- 
trigues enchevêtrées  et  je  pourrais  dire  avec  la 
chanson  :  «  Si  on  ne  mouroît  pas  de  faim,  il  en  fau- 
deroit  mourir  de  rire...  »  La  vieille  lance  ce  monde-là 
les  uns  contre  les  autres,  pour  gouverner  d'autant 
mieux... 

Marly,  29  septembre  1709. 

...  Des  quatre  chirurgiens  qui  soignent  Yillars,  il 
n'y  en  a  pas  deux  qui  soient  du  môme  avis.  Aussi  le 
roi  a-t-il  envoyé  en  Flandre,  Maréchal,  son  chirur- 
gien, pour  voir  ce  qu'il  y  aurait  à  faire.  Villars  est 
fort  soucieux,  car  il  y  a  plus  de  cinq  ans  on  lui  a  pré- 
dit tout  ce  qui  lui  est  arrivé,  à  savoir  qu'il  devien- 
drait très  riche,  qu'il  parviendrait  aux  plus  hautes 
dignités,  serait  fait  maréchal  de  France,  duc  et  pair, 
mais  aussi  que  cette  année-ci  il  perdrait  une  bataille, 
serait  blessé  et  mourrait.  Voilà  ce  qu'il  a  en  tète  et 
ce  qui  le  tracasse  énormément  :  ce  serait  dommage 
qu'un  si  brave  homme  mourût  ! 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        37 

Versailles,  le  15  octobre  1709. 

Bérénice  est  l'une  des  comédies  de  Racine  qui  me 
plaisent  le  moins  :  car  je  ne  peux  souffrir  que  la 
reine  aime  encore  Titus  quand  elle  voit  qu'il  est  las 
d'elle  et  qu'il  la  renvoie  avec  son  rival.  Toutes  ses 
pleurnicheries  à  ce  propos  m'impatientent.  Elle 
aurait  dû  bonnement  épouser  le  roi  de  Comagène  et 
dédaigner  Titus.  J'ai  souvent  vu  cette  comédie,  mais 
je  ne  savais  pas  que  le  roi  et  M""=  Colone  '  en  eussent 
fourni  le  sujet,  car  elle  n'a  été  faite  que  longtemps 
après... 

Versailles,  le  17  octobre  1709. 

...  Le  maréchal  de  Boufflers  n'inventera  pas  la 
poudre  ni  ne  sera  un  fauteur  d'hérésies  :  il  est  des 
gens  plus  fins  que  lui.  Mais  il  a  bon  cœur,  c'est  réel- 
lement un  honnête  homme  et  véridique,  on  peut 
croire  ce  qu'il  dit;  il  fait  tout  le  bien  qui  est  en  son 
pouvoir...  Il  est  sans  peur  à  la  cour,  dit  la  vérité  au 
roi  et  n'est  pas  un  flatteur,  c'est  pourquoi  je  l'estime 
grandement. 

Les  Français  sont  de  vrais  agneaux,  ils  se  laissent 
mener  comme  on  veut,  dès  qu'ils  ont  confiance  en 
leurs  généraux;  les  officiers  pour  la  plupart  sont  de 
braves  gens... 

Le  czar-  a  de  grandes  et  belles  qualités,  il  a  agi  de 
telle  sorte  qu'il   faut  beaucoup  l'estimer.   Il   serait 

1.  Mario  Mancini. 
•2.  Pierre  lo  Grand. 


38  CORRESPONDANCE 

temps  que  le  roi  de  Suède  cessât  de  guerroyer,  car, 
entre  nous  soit  dit,  cela  le  rend  par  trop  brutal  et 
rustre;  il  devrait  apprendre  la  politesse  du  czar... 

Je  crains  fort  que  le  czaréwitsch  ne  soit  bien  le  fils 
de  sa  mère.  S'il  en  était  ainsi,  la  pauvre  princesse  de 
Wolfenbuttel  ^  serait  très  malheureuse... 

Tant  mieux  si  le  prince  royal-  s'est  foulé  le  pied  ; 
cela  l'empêchera  d'aller  à  la  tranchée,  au  siège  de 
Mcins.  S'il  avait  immédiatement  mis  le  pied  dans  de 
l'eau  glacée,  il  eût  été  guéri  de  suite.  A  l'Opéra,  les 
danseurs  ont  souvent  de  ces  accidents-là,  et  alors  ils 
emploient  ce  remède  :  ils  ont  derrière  la  scène  des 
cuveaux  avec  de  l'eau  et  de  la  glace... 

A   LA    RADGRAVE    LOUISE. 

Versailles,  le  26  octobre  n09. 

...  Je  suis  bien  aise  que  vous  n'ayez  perdu  personne 
des  vôtres  dans  cette  affreuse  bataille.  Tous  les  jours 
nous  voyons  arriver  des  officiers  qui  marchent  avec 
des  béquilles.  Un  jeune  homme  qui  a  été  mon  page  et 
qui  n'est  au  service  que  depuis  un  petit  nombre  d'an- 
nées est  là,  dans  ma  chambre,  avec  des  béquilles  aussi. 
Gela  vous  fait  pitié.  Un  gentilhomme  alsacien,  de  la 
famille  de  Wangen,  est  arrangé  de  la  même  façon... 
Sort-on,  eh  bien  on  est  suivi  d'une  foule  de  pauvres 
qui  sont  noirs  de  faim... 

1.  Charlotte-Christine-Sophie,  mariée  en  1711  nu  czatéwitsch  Alexis, 
fils  do  Pierre  le  Grand  :  morte  en  1715. 

2.  Le  prince  ruyal  de  Prusse,  Frédéric-Guillaumo. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        39 

Versailles,  lo  2  novembre  1709. 

...  J'espère  pouvoir  aller  à  Murly  mercredi,  car  ou 
prétend  que  l'Électeur  de  Bavière  y  viendra  jeudi.  On 
le  dit  fort  poli;  je  crains  donc  qu'il  ne  veuille  me 
faire  visite  et  ne  vienne  me  voir  ici;  or,  comme  on  est 
prompt  à  dire  que  j'ai  reçu  certains  paquets  et  dit 
certaines  choses  auxquelles  je  n'ai  de  loin  pas  songé, 
je  me  mettrai  dans  la  foule  à  Marly,  pour  qu'on  ne 
trouve  rien  à  alléguer  contre  moi ,   car   la   vieille 

dame nourrit  contre  mon  fils  et  moi  «  une  haine 

implacable  »,  comme  on  dit  ici. 

A     LA     DUCHESSE    DE     HANOVRE. 

Mari)-,  lu  7  novembre. 

...  En  ce  moment,  le  roi*  et  le  comte  d'Arco  passent 
devant  ma  fenêtre  dans  une  de  ces  voitures  que 
traînent  les  Suisses-.  Voilà  qui  ne  s'appelle  pas  préci- 
sément voyager  incognito,  car  eux  seuls  sont  en  rou- 
lette, et  tous  les  gens  de  la  cour  marchent  à  coté,  à 
pied. 

Au  moment  où  je  finissais  d'écrire  le  mot  «  à  pied  », 
on  est  venu  me  dire  que  l'Électeur  de  Bavière  était 
au  salon.  J'y  suis  vite  allée  pour  le  voir,  je  lui  ai  parlé 
aussi.  Je  peux  bien  vous  rapporter  notre  conversa- 
tion, elle  n'a  pas  été  longue.  Il  dit,  sans  préambule  : 

1.  Madame  a  sans  doulc  voulu  dire  l'Electeur  (de  Bavière),  le 
comte  d'Arco,  général  bavarois. 

2.  Dangeau  ai)pelle  ces  voilures  des  «  roulettes  ». 


40  CORRESPONDANCE 

«  Vous  voyes  madame  encore  vn  de  vos  parants  jnco- 
gnito.  »  —  «  Il  est  vray  Monsieur,  répondis-je,  que  j'ay 
déjà  eue  Ihonneur  de  voir  mons.  l'Électeur  de  Cologne 
vostre  frère  ici,  et  j'ay  fort  souhaittes  davoir  Ihon- 
neur de  vous  voir  et  de  vous  Cognoistre  aussi,  car 
vue  personne  a  qui  je  vient  d'escrire  vous  aime  tant, 
et  ma  dit  tant  de  louange  sur  vostre  chapittre  qu'elle 
m'a  donnée  cette  Envie.  » 

«  Je  crois,  reprit-il,  que  nous  ferons  bien  de  conti- 
nuer notre  conversation  en  français,  il  me  semble 
qu'on  n'aime  pas  à  nous  entendre  parler  allemand.  — 
Rien  de  plus  facile,  dis-je,  parlons  toujours  français.  » 
Et  il  dit  dans  cette  langue  :  «  Si  je  parlois  plus  alle- 
ment  avec  vous  vous  ne  m'entenderies  pas.  »  —  «  J'ay 
estée  trop  accoustumée  a  parler  a  mad'=  la  Dauphine,  » 
repris-je,  pour  ne  pas  vous  entendre.  —  «  Yous  par- 
loit-EUe  allement  ?  »  demanda-t-il.  —  «  Toujours,  » 
dis-je.  —  «  Mais,  continua-t-il,  a  qui  ay  je  lobligation 
de  vous  avoir  dit  du  bien  de  moy?  »  —  «  Aves  vous 
de  la  peine  a  le  deviner  ?  »  demandai-je.  11  dit  en 
rian  :  «  Je  devine  a  pressent  'qui  c'est  c'est  vue 
princesse  d'un  grand  Esprit  et  bien  du  meritte  jl  est 
vray  que  nous  avons  fait  vne  grande  amitié  ensemble 
et  Elle  m'a  fait  Ihonneur  de  me  dire  qu'avant  de 
m'avoir  cogneu  Elle  ce  sentoit  quelque  rancune  contre 
la  maison  de  Bavière  *  mais  qu'a  pressent  tout  estoit 


1.  L'électrice  Sophie  était  Qllo  de  rélecteur  palatin  Frédéric  V,  roi 
de  Bohême,  qui  fut  dépouillé  de  la  dignité  électorale  au  profit  du  duc 
Maximiliea  de  Bavière.  La  paix  de  Westphalie  rendit  le  Palatinat  du 
Ehin  à  son  fils  Charles-Louis,  pèro  de  Madame,  et  créa  pour  lui  la 
huitième  Kur.  Le  Haut-Palatinat  resta  à  la  Bavière. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        41 

effacé  cela  ma  fait  grand  plaisir.  Elle  avoit  sa  fille 
avec  Elle  qui  aimoit  autant  la  mussique  que  moy 
nous  nous  misme  a  faire  une  mussique  ensemble 
jusques  après  cela  lenuyait  et  Elle  dissoitsi  vous  vous 
esties  Espousses,  vous  ne  ferles  que  des  rossignols.  » 

Le  roi, nous  interrompit.  L'électeur  a  parlé  avec  le 
duc  de  Bourgogne,  le  maréchal  d'Arco  avec  moi.  Puis 
je  suis  rentrée  dans  mon  appartement  pour  terminer 
cette  lettre... 

L'électeur  est  très  content  du  roi.  Il  est  vrai  que 
quand  notre  roi  veut  bien  traiter  quelqu'un,  personne 
au  monde  ne  s'entend  à  être  aussi  avenant  que  lui  : 
pas  de  contrainte  dans  les  manières,  une  politesse  si 
grande  et  un  tel  charme  dans  le  parler  et  la  voix 
qu'on  le  prend  immédiatement  en  affection... 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE. 

Marh',  le  9  novfcQibrc  1709. 

...  Est-il  possible  que  vous  n'ayez  jamais  vu  de 
chasse  à  courre  ?  J'ai  vu  prendre  certainement  plus 
de  mille  cerfs  et  fait  mainte  bonne  chute  à  la  chasse. 
Sur  les  vingt-six  que  j'ai  faites,  je  n'ai  eu  de  mal 
qu'une  seule  fois... 

Dans  une  demi-heure,  nous  allons  assister  à  la 
musique.  Ce  ne  sont  que  des  rabâchages,  car  on 
chante  uniquement  les  vieux  opéras  de  LuUi.  Il  m'ar- 
rive  souvent  de  m'endormir  en  les  écoutant... 


42  CORRESPONDANCE 

Versailles,  le  IG  novembre  n09. 

...  De  mon  temps,  M""  votre  mère  n'avait  d'autre 
maison  à  Heidelberg  que  la  maison  suédoise  en  bois 
qui  se  trouvait  en  avant  du  premier  pavillon,  mais  je 
ne  peux  croire  que  si  vous  portiez  plainte  à  l'électeur 
de  ce  que  les  moines  vous  ont  pris  votre  maison,  il 
ne  vous  fît  justice.  Ce  qui  est  vrai,  c'est  que  les 
prêtres  prennent  de  toutes  mains  sans  beaucoup  se 
soucier  de  savoir  à  qui  les  choses  appartiennent... 

Versailles,  le  23  novembre  1709. 

...  Dieu  merci  !  l'électeur  de  Bavière  est  reparti 
mercredi  dernier.  J'avoue  que  cela  m'a  pei  le  de  voir 
un  électeur  comme  lui,  à  une  cour  où  il  a  un  beau- 
frère  et  deux  neveux  %  ne  manger  avec  aucun  d'eux. 
Nul  de  ses  parents  n'a  pris  la  peine  de  lui  montrer 
Versailles  et  Meudon  ;  cela  m'a  vraiment  choquée.  Le 
premier  jour  tout  alla  convenablement  :  le  roi  fait 
bien  les  choses  ;  mais  après  c'a  fort  mal  été... 

J'ai  là  mon  pctit-fils  et  trois  ou  quatre  jeunes  gar- 
çons qui  jouent  aux  petits  jeux.  Ils  me  font  bien  rire, 
car  ils  jouent  de  très  bon  cœur.  Cela  me  rappelle 
mes  jeunes  ans  ! 

Versailles,  le  30  novembre  1709. 

...  Je  viens  de  rire  aux  larmes.  Je  crois  qu'en  huit 
ans  il  ne  m'était  pas  arrivé  de  rire  si  cordialement. 


1.  Le  Dauphin,  les  ducs  do  Bourgogne  et  de  Bcrry. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        43 

Une  bien  grosse  dame,  la  maréchale  de  Clérembault, 
a  failli  tomber  dans  le  feu.  Elle  a  si  drôlement  tré- 
buché par-dessus  l'un  de  mes  petits  chiens,  que  de 
ma  vie  je  n'ai  rien  vu  d'aussi  plaisant.  M"""  de  ChCi- 
teauthiers  l'a  rattrapée  par  le  bras  et  retenue  :  elle 
ne  s'est  fait  aucun  mal... 

Versailles,  lo  9  dôcembre  1709. 

...  Il  gèle  très  fort  depuis  trois  jours  :  tous  les  bas- 
sins des  fontaines  devant  mes  fenêtres  sont  couverts 
d'une  épaisse  couche  de  glace  ;  demain  certainement 
on  pourra  patiner... 

La  dame  toute  puissante  se  défie  de  moi,  car  sa  vie 
durant  elle  m'a  contrecarrée.  Du  temps  de  feu  mon 
mari,  les  favoris  de  celui-ci  avaient  gagné  la  dame  à 
leur  cause...  lui  disant  qu'ils  connaissaient  son  passé 
et  la  menaçant  de  le  dévoiler  au  roi  si  elle  ne  prenait 
pas  leur  parti.  Je  tiens  de  la  dame  même  qu'ils 
l'avaient  menacée  ;  seulement  elle  ne  m'a  pas  dit  de 
quoi  ;  mais  par  les  amis  du  chevalier  de  Lorraine  j'ai 
appris  quelles  menaces  ils  lui  avaient  faites.., 

[Mari}-,  le  M  doccmbro  1709. 

...  La  duchesse  d'Orléans  nous  a  gratifiés  d'une 
cinquième  fille.  La  pauvre  enfant  a  été  fort  mal 
accueillie  de  tous  :  elle  m'a  vraiment  fait  pitié.  On 
l'appelle  M""  de  Montpensier.  C'est  une  belle,  grande 
et  forte  enfant  :  c'est  dommage  que  ce  ne  soit  pas  un 
garçon.  M"'"  sa  mère  a  été  malade  quarante  heures  : 
elle  nous  a  fait  longtemps  veiller. 


44  CORRESPONDANCE 

A    LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Versaillas,  le  5  janvier  1710. 

...  Mon  fils  a  enfin,  de  son  propre  mouvement,  brisé 
avec  sa  brunette.  Il  ne  la  verra  plus.  Il  lui  en  coûte, 
car  il  l'aime  toujours  encore,  mais  il  a  les  motifs  les 
plus  puissants  du  monde  d'agir  de  la  sorte.  D'abord 
elle  était  horriblement  rapace,  jamais  il  ne  lui  don- 
nait assez  ;  secondement,  elle  le  traitait  comme  un 
esclave,  lui  disait  des  mots  grossiers  comme  on  n'en 
dit  pas  à  un  valet  de  chiens  :  elle  lui  donnait  des 
coups  de  pied  ;  elle  exigeait  de  lui  une  soumission 
telle  qu'au  premier  signe  il  lui  fallait  tout  quitter 
pour  venir  lui  rendre  ses  devoirs...  11  fallait  que  son 
fils  fût  mieux  vêtu  que  le  duc  de  Chartres  ou  bien 
mon  fils  attrapait  des  sottises;  elle  lui  faisait  fré- 
quenter la  pire  compagnie,  il  ne  lui  était  pas  permis 
d'en  voir  d'autre  :  tout  Paris  en  était  scandalisé... 

Mon  fils  a  bien  fait  de  prendre  ce  parti,  car  le  roi 
était  fort  fcàché  de  la  chose;  à  la  longue  il  eût  pu  en 
résulter  pour  lui  un  plus  gros  chagrin  encore,  si  par 
hasard  ses  ennemis  avaient  poussé  le  roi  h  expédier 
la  donzelle  au  moyen  d'une  lettre  de  cachet.  C'eût  été 
un  vrai  affront  pour  lui  et  peut-être  cela  l'aurait 
amené  à  faire  quelque  sottise...  On  peut  lui  chanter 
l'air  de  Roland  : 


."^ortes  pour  jam.iis  en  ce  jour 
Des  liens  honteux  de  l'amour,  etc. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS         45 


A   LA    UAUGRAVE  LOUISE. 

Versailles,  le  11  janvier  1110. 

...  Je  ne  jurerais  pas  qu'il  ne  m'arrive  tantôt  une 
bonne  toux,  car  depuis  trois  jours  mon  thermomètre 
ne  marque  que  9  degrés  de  moins  que  Tan  dernier. 
Je  crois  que  je  suis  la  seule  en  France  qui  ne  prenne 
aucune  médecine,  à  moins  d'être  gravement  malade  : 
je  m'en  suis  ))ien  trouvée  jusqu'ici,  je  continuerai  donc 
à  me  traiter  de  la  même  façon.  Mon  nouveau  médecin 
qui  n'a  jamais  rien  vu  de  pareil  m'a  demandé  le  plus 
sérieusement  du  monde  si  je  n'avais  pas  apporté 
d'Allemagne  des  remèdes  ou  un  préservatif.  J'en  ai 
bien  ri... 

M""'  la  duchesse  de  Bourgogne  est  dans  son  neu- 
vième mois,  on  l'a  saignée.  Elle  a  fait  étal)lir  un  joli 
théâtre  dans  sa  salle  à  manger,  on  n'y  joue  que  la 
comédie;  ce  soir  nous  aurons  le  Misanthrope...  Mer- 
credi nous  avions  Polyeucle  et  l'Esprit  de  contra- 
diction... 

Versailles,  ce  diniancho  lOjanvicr  1710. 

...  De  la  comédie,  on  s'est  immédialement  rendu  à 
table.  On  avait  joué  Drilan)iiciis  et  comme  divertisse- 
ment l'Avocat  Pathelin.  Les  deux  pièces  ont  été  bien 
rendues...     ' 


46  CORRESPONDANCE 

A    LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

A'ersaillcs,  1g  19  janvier  1710. 

...  Vous  aurez  sans  nul  doute  entendu  raconter 
combien  le  duc  de  Bourgogne  est  dévot.  Il  l'est  au 
point  qu'il  ne  veut  regarder  d'autre  femme  que  la 
sienne.  Celle-ci,  pour  le  taquiner  un  peu,  dit  une  fois 
à  M™^  de  La  Vrillière  de  se  mettre  à  sa  place  dans  son 
lit.  Ce  soir-là  elle  fit  semblant  d'avoir  bien  sommeil. 
Le  duc,  heureux  de  ce  que  sa  femme  voulût  une  fois 
se  coucher  de  bonne  heure,  et  avant  lui,  se  déshabilla 
bien  vite  pour  aller  se  coucher  aussi.  Quand  il  entra 
dans  la  chambre  de  sa  femme,  il  demanda  :  «  Où  est 
Madame  ?  »  Elle  répondit  :  «  Me  voicy  »  comme  si 
elle  était  couchée,  et  lui  d'aller  vite  vers  le  lit,  de  se 
débarrasser  de  sa  robe  de  chambre  et  d'y  sauter. 
Mais  à  peine  y  était-il  que  la  duchesse  s'approcha  et 
faisant  semblant  d'être  fâchée  :  «  Est-il  possible,  dit- 
elle,  que  vous  qui  faittes  le  dévot  je  vous  trouve  cou- 
ché entre  deux  drap  avec  vne  des  plus  jolis  dames  de 
ces  pais  cy  ?  »  —  «  Que  voulles-vous  dire  ?  »  s'écria- 
t-il.  —  «  Reguardes  qui  est  couché  auprès  de  vous,  « 
répondit-elle.  Il  se  mit  en  colère  et  prit  le  moine  par 
les  épaules.  Il  jeta  la  dame  hors  du  lit,  elle  n'eut  pas 
le  temps  de  se  remettre  ni  de  prendre  ses  pantoufles 
devant  le  lit,  car  il  voulait  très  sérieusement  la  battre 
avec  ses  pantoufles  à  lui  :  elle  dut  se  sauver  sans  sa 
chaussure  ;  lui  ne  put  la  rattraper,  mais  il  lui  criait 
toute  sorte  d'invectives  :  «  Villaine  effrontée  »  était 
ce  qu'il  lui  disait  de  moins  fort.  On  voulait  lui   faire 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        47 

entendre  raison,  mais  personne  ne  pouvait  parler  à 
force  de  rire.  A  la  fin  pourtant  la  colère  tomba.  Il  y  a 
quelques  jours,  la  maréchale  deVeuffré^  voulut  l'em- 
brasser de  force,  il  se  défendit  longtemps,  et  quand 
il  n'en  put  plus  il  lui  enfonça  une  grosse  épingle  dans 
la  tète  et  cela  tellement  fort  qu'il  faut  qu'elle  garde 
la  chambre  et  le  lit  :  Joseph  lui-même  n'a  pas  poussé 
les  choses  aussi  loin... 

A    LA    RAUGRAVE   LOUISE. 

V^crsailles,  le  26  janvier  1710. 

...  On  invente  de  bien  jolies  choses  à  présent.  C'est 
ainsi  qu'un  Carme  a  fait  un  tableau  mouvant  au  roi. 
Mais  vous  ne  savez  peut-être  pas  ce  que  c'est  qu'un 
Carme?  C'est  un  moine;  on  l'appelle  le  père  Sébas- 
tien. Eh  bien,  c'est  lui  qui  a  fait  le  tableau  où  se 
meuvent  plus  de  cent  pièces  :  les  femmes  font  la  les- 
sive et  battent  le  linge  ;  les  hommes  fendent  du  bois, 
ferrent  les  chevaux  ;  il  y  en  a  deux  qui  scient  ;  d'au- 
tres sont  assis  dans  des  chaises  et  font  des  saints  ;  un 
mendiant  ôte  le  chapeau  et  demande  la  charité,  puis 
quand  le  monde  a  passé  il  le  remet...  A  la  porte  du 
château,  il  y  a  une  horloge  qui  marche  fort  bien... 
Dans  le  lointain  est  une  mer  où  les  navires  voguent  à 
pleines  voiles...  Ce  qui  est  gentil  aussi,  c'est  une 
roue  à  l'aide  de  laquelle  on  sort  les  pierres  des  car- 
rières :  elle  tourne  tout  lentement  tant  que  la  pierre 
n'est  pas  dehors,  mais  une  fois  que  celle-ci  est  sortie, 

1.  Do  Cœuvres? 


48  CORRESPONDANCE 

la  roue  se  met  à  tourner  très  vite,  absolument  comme 
dans  la  réalité... 

Versailles,  le  9  février  1710. 

...  J'ai  là  mon  petit-fils,  douze  pages  et  dix  autres 
jeunes  gentilsliommes,  qui  chantent,  sautent,  rient  et 
font  un  tel  vacarme  qu'on  ne  s'entend  pas  soi-même, 
à  peine  si  je  sais  ce  que  j'écris  ou  ce  que  je  dis  :  je 
'suis  persuadée  qu'on  les  entend  à  un  quart  de  lieue 
d'ici... 

Vers.iillcs,  le  15  février  niO,  10  h.  du  matin. 

...  Je  trouve  mon  petit-fils  si  délicat  que  je  ne  peux 
croire  qu'il  vivra  longtemps.  A  la  vérité,  il  est  grand 
pour  son  âge,  mais  tout  son  organisme  est  faible  et 
frêle.  A  mon  sens,  les  enfants  sont  plus  gentils  quand 
ils  sont  un  peu  volontaires,  c'est  un  indice  qu'ils  sont 
intelligents...  De  ma  vie  je  n'ai  donné  de  soufllet  h 
mon  fils,  mais  je  lui  ai  administré  la  verge  comme  il 
faut  :  il  s'en  souvient  encore.  Les  soufflets  sont  dan- 
gereux, ils  peuvent  léser  la  tête... 

A    LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Versailles,  dimanche  9  mars  1710,  10  h.  et  demie  du  matin. 

...  Il  n'est  pas  étonnant  que  le  duc  de  Berry  se  con- 
duise comme  un  enfant.  Il  ne  parle  avec  personne  de 
raisonnable.  Nuit  et  jour  il  est  dans  la  chambre  de  la 
duchesse  de  Bourgogne,  où  il  fait  le  valet  de  chambre 
de  ses  dames.  L'une  se  fait  apporter  une  table  par 
lui,  l'autre  son  ouvrage,  la  troisième  lui  donne  une 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.        49 

autre  commission;  il  se  tient  debout  ou  bien  est  assis 
sur  un  petit  tabouret,  tandis  que  toutes  les  jeunes 
dames  sont  étendues  ou  bien  dans  une  chaise  à  bras, 
en  écliarpe,  ou  bien  sur  un  lit  de  repos... 

Versailles,  le  19  mnrs  1710,  10  h.  du  matin, 

...  J'ai  entendu  dire  que  le  duc  de  Savoie  convoite 
le  Milanais  pour  lui-même.  J'espère  qu'il  no  le  lais- 
sera pas  à  son  cadet  ^.. 

Le  duc  de  Marlborough,  à  ce  queje  vois,  agit  comme 
le  seigneur  Harpagon  dans  la  comédie  de  Molière... 

Versailles,  lo  3  avril  1710. 

...  Cro5'ez]bien  qu'à  la  messe  même  il  y  a  des  dis- 
tinctions de  rang.  C'est  ainsi,  par  exemple,  que  les 
petits-fils  de  France  seuls  peuvent  avoir  des  clercs  de 
la  chapelle  qui  répondent  la  messe  et  tiennent  une 
torche  depuis  le  Sanctus  de  la  préface  jusqu'au  Do- 
mine non  siun  dignus  ;  les  prin&esses  du  sang  n'ont 
droit  ni  à  l'un  ni  à  l'autre  :  elles  font  répondre  la 
messe  par  leurs  pages.  A  la  fin  de  l'acte,  le  prêtre 
vous  présente  le  corporal  à  baiser.  Cela  aussi  ne  va' 
pas  plus  loin  que  les  Enfants  de  France,  de  même  que 
la  prérogative  de  boire  d'un  calice  rempli  d'eau  et 
de  vin.  Celle-là  non  plus  ne  s'étend  pas  aux  princes 
du  sang... 

1.  Le  priiico  Eugùne. 


50  CORRESPONDANCE 

Versailles,  le  12  avril  ITIO, 

...  Peu  de  gens  savent  que  c'a  été  un  véritable  acte 
de  clémence  de  la  part  du  roi  de  faire  donner  à  la 
comtesse  de  Soissons  le  conseil  de  passer  à  l'étranger, 
car,  qu'elle  fût  innocente  —  comme  je  l'ai  toujours 
cru  —  ou  réellement  coupable,  il  est  certain  que 
M'"'  de  Montespan  et  Louvois  avaient  des  témoins  dont 
la  déposition  —  si  elle  était  restée  en  France  —  lui 
eût  coûté  la  tête,  car  ils  étaient  prêts  à  affirmer 
qu'elle  avait  empoisonné  son  mari.  Vous  voyez  donc 
que  sous  ce  rapport  le  prince  Eugène  a  tort  de  se 
plaindre  du  rof.  De  plus,  celui-ci  a  fait  de  grands 
cadeaux  à  la  comtesse  tant  qu'elle  n'a  pas  quitté  le 
pays  :  les  moindres  étaient  de  trois  mille  pistoles, 
très  souvent  ils  se  montaient  à  quatre,  à  cinq  mille... 

Versailles,  le  2"  avril  1710. 

...  Notre  roi  d'Espagne  est  fort  aimé  de  ses  sujets. 
Ils  lui  resteront  fidèles  jusqu'à  la  dernière  extrémité. 
11  ne  reçoit  aucun  secours  de  son  grand-père.  Tout 
est  à  ses  frais  et  aux  frais  de  ses  sujets.  On  a  vrai- 
ment grand  tort  de  croire  que  le  roi  —  je  dis  notre 
roi  et  non  le  roi  d'Espagne  —  ne  veut  pas  de  la  paix... 

Mari}',  le  8  mai  1710. 

...  Il  n'est  que  trop  vrai  que  le  régiment  des  gardes 
s'est  mal  comporté  dans  la  dernière  bataille  ^  :  laplu- 

1.  11  se  dit  qu'il  (le  duc  do  Guiche)  a  rendu  auprès  du  roi  do  bons 
oflicos  à  MM.  les  officiers  des  gardes,  l'ayant  désabusé  de  beaucoup 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLEANS.        51 

pari  des  officiers  sont  déjeunes  niais,  des  fils  de  gens 
de  robe  de  Paris,  qui  de  leur  vie  n'ont  vu  un  homme 
mort.  Toutes  ces  charges  ont  été  achetées.  Quand  ils 
doivent  se  battre,  ils  prennent  peur  et  se  sauvent,  et 
les  soldats,  quand  ils  voient  cela,  font  de  même,  ce 
qui  est  facile  à  comprendre.  Tous  les  ans  on  les  habille 
de  neuf... 

A  LA  RAUGRAVE    LOUISE. 

Marly,  le  10  mai  HIO. 

...  Je  vous  plains,  ma  chère  Louise,  d'avoir  à  suivre 
ainsi  des  procès,  car  selon  moi  c'est  chose  fort  en- 
nuyeuse. La  duchesse  de  Mecklembourg,  sœur  du  duc 
de  Luxembourg,  m'écrivit  une  fois  de  Paris  :  «  Vous 
avez,  Madame,  essuyés  tous  les  maux  de  la  vie  hors 
un,  qui  est  des  plus  violents,  qui  est  d'avoir  un  procès 
et  d'estre  obligez  a  plaider...  » 

Ma  fille  ressent  une  grande  commisération  pour  la 
princesse  de  Hombourg.  Je  suis  bien  aise  qu'elle  ait 
gagné  son  procès;  mais  il  m'a  été  impossible  cette 
fois-ci  de  solliciler  pour  elle,  parce  que  ses  biens  con- 
fisqués avaient  été  donnés  au  prince  de  Birkenfeld.  II 
est  mon  cousin  et  ami,  je  n'ai  donc  pas  pu  solliciter 
contre  lui... 

Marly,  le  13  mai  niO. 

...  Ici    la  paix  a  la  fièvre  tierce  :  un  jour  on  dit 

ilo  reproches  contre  la  vérité.  (Lettre  de  la  marquise  d'Uselles,  3  nov. 
nO'J.) 


52        -  CORRESPONDANCE 

qu'elle  est  signée,  et  le  lendemain  on  est  de  nouveau 
à  la  guerre... 

A  LA   DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Marly,  lo  5  juin  1710. 

...  Lundi,  le  roi  prenait  médecine.  Quand  je  vins 
vers  lui,  il  me  dit  :  «  Vous  me  paroisié  bien  gaye  hier 
madame.  »  —  «  Monsieur,  répondis-je,  j'avois  l:)ien  rai- 
son de  l'estre,  car  mon  fils  venoit  de  me  parler  de  la 
part  de  V.  M.  »  —  «  Je  suis  ravi,  répli(iua  le  roi, 
d'avoir  fait  quelque  chose  qui  vous  soit  agréable 
Madame,  et  j'espère  que  ce  mariage  nous  unira  encore 
davantage.  »  —  «  Rien,  répondis-je  ne  peust,  plus 
m'attacher  n'y  mon  fils  à  V.  M.  que  nous  le  sommes 
de  tout  temps,  mais  assurément  s'il  pouvoit  estre  pos- 
sible qu'il  y  eust  de  Togmantalion,  ce  mariage  le 
feroit,  il  nous  comble  d'honneur  et  joye.  »  —  «  Votre 
joye  m'en  fait  beaucoup,  dit  le  roi,  mais  n'en  parles 
pas  encore  de  2  ou  3  jours.  »  Puis  on  causa  d'autre 
chose,  car  mes  dames  entraient  en  ce  moment.  Le 
soir,  quand,  à  sept  heures,  après  la  promenade,  j'étais 
à  ma  fenêtre  à  écrire  à  la  reine  d'Espagne  et  à 
M'""  de  Savoie,  la  duchesse  de  Bourgogne  avec 
toutes  ses  dames  et  son  mari  accoururent  tout  d'un 
coup  et  s'écrièrent  :  «  Madame  nous  votis  amenons 
le  duc  de  Berry,  car  le  Roy  vient  de  déclarer  tout 
haut  qu'il  Espousscra  Mademoiselle.  Le  Roy  va  vous 
le  dire  et  M^'  aussi,  nous  les  avons  devancés.  » 
Je  dis  à  la  duchesse  de  Bourgogne  :  «  Alheur  qu'il 
m'est  permis  de  parler,  je  vous  assureres  Madame 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        53 

que  j'ores  vne  recognoissance  éternelle  de  touttes  les 
soins  es  peines  que  vous  vous  estes  donnée  pour  cette 
affaire;  je  say  aussi  —  dis-je  au  duc  de  Bourgogne  — 
que  vous  Taves  tousjours  désirés  dont  je  vous  rends 
mille  grâces.  )>  Au  duc  de  Berry  je  dis  :  «  Venes  que 
je  vous  embrasse,  car  vous  voila  plus  que  jamais, 
comme  dissoit  Madame  la  Dauphine,  le  bery  de 
Madame  »  (car  elle  l'appelait  mon  Berry,  il  le  sait 
bien),  et  je  l'ai  embrassé  de  tout  cœur.  «  Je  n'ay  point 
auttre  chose  à  vous  demander.  Madame,  dit-il,  que  de 
resprendre  pour  moy  la  mesme  amitié  et  bontés  que 
vous  avies  pour  moy  pandant  toutte  mon  Enfance  et 
de  recomancer  a  me  donner  vos  bons  advis,  »  Je  me 
mis  à  rire  et  répondis  :  «  Je  croi  qu'il  veaut  mieux 
que  je  vous  demande  pardon  de  vous  avoir  estes  si 
souvent  jmportune,  mais  je  ne  l'ay  pas  fait  pour  mon 
plaisir,  et  si  Madame  la  Dauphine  ne  me  l'avoit  ordon- 
nés en  mourant,  je  m'en  seroit  bien  gardée,  vous 
estes  trop  grand  pour  qu'on  vous  donne  des  advis, 
aussi  je  ne  vous  en  jmportuneres  point,  je  me  Con- 
tenteres  de  faire  mille  vœux  pour  vous,  et  made  la 
Duchesse  de  bery,  je  vous  ores  dans  mon  Cœur  je 
vous  aimeres  tendrement  mais  je  suis  trop  vieille  pour 
vous  voir  souvent  Car  je  ne  vous  puis  estre  bonne  a 
rien,  soyez  heureux  gay  et  Content  et  je  jouires  de 
vostre  Contentement.  » 

A  peine  eus-je  fini,  qu'arrivèrent  le  roi  et  M.  le 
Dauphin.  Ceci  aussi  se  passa  bien.  Mon  fils  et 
M""  d'Orléans  ne  croyaient  pas  que  la  chose  serait 
déclarée  sitôt;  ils  s'étaient  rendus  à  Saint-Cloud  pour 
cacher  leur  joie,  qui  est  indicible.  J'envoyai  aussitôt 


54  CORRESPONDANCE 

un  laquais  et  fis  par  écrit  mon  compliment  à  Made- 
moiselle... 

Dès  le  lendemain  je  me  rendis  auprès  de  M™"  de 
Maintenon  pour  la  remercier^  car  elle  s'est  fort  bien 
conduite  dans  cette  affaire.  Elle  était  très  gaie  ce 
jour-là;  notre  conversation  n'a  pas  langui;  on  assure 
qu'elle  a  été  contente  de  ce  que  je  lui  ai  dit... 

■Versailles,  le  8  juin  ITIO. 

...  C'est  inouï  comme  notre  roi  est  changé  de  figure  ; 
mais  il  a  encore  la  mine  belle  et  imposante,  et  quand 
il  parle  il  est  toujours  agréable.  La  toute-puissante 
dame  et  la  pupille^  ont  bien  travaillé  pour  nous... 

Versailles,  le  19  juin  1710. 

...  On  n'a  pas  puni  le  chevalier  de  Bouillon,  quoique 
je  me  sois  pul)liquement  plainte  de  lui.  S'il  avait  fait 
à  la  femme  d'un  ministre  ce  qu'il  m'a  fait,  à  moi  et  à 
la  duchesse  de  Hanovre,  on  l'aurait  bien  châtié,  lui 
et  ses  compagnons. 

En  effet,  à  en  juger  par  sa  lettre,  il  semblerait  que 
le  cardinal  de  Bouillon  a  la  cervelle  un  peu  détraquée. 
J'espère  qu'à  force  d'être  vain,  il  deviendra  totalement 
fou.  Il  n'est  plus  beau  du  tout,  et  il  louche  plus  que 
jamais.  Le  roi  ne  l'a  pas  voulu  laisser  aller  à  Rome,  à 
cause  de  ses  intrigues  perpétuelles  :  il  n'y  a  pas  au 
monde  de  plus  grand  intrigant  que  lui.  11  doit  avoir 
écrit  au  duc  de  Vendôme  une  lettre  plus  insensée 

1.  La  duchesse  de  Bourgogne. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.        55 

encore  que  celle  qu'il  écrivit  au  roi.  Le  duc  de  Ven- 
dôme et  sa  femme  ne  s'étaient  pas  connus  avant  leur 
mariage.  Ils  n'avaient  jamais  parlé  ensemble  et  ne 
s'étaient  vus  que  de  loin... 

Versailles,  le  29  juin  ITIO. 

Ceci  est  un  trait  caractéristique  chez  tous  ceux  qui 
aiment  à  bâtir  :  ils  aiment  à  changer  et  à  recommen- 
cer. Notre  roi  est  ainsi;  il  n'y  a  pas  d'endroit  à 
Versailles  qui  n'ait  été  modifié  dix  fois,  et  souvent  il 
arrive  que  c'est  tant  pis... 

L'électeur  de  Bavière  ne  prend  pas  souvent  le  bon 
parti,  sans  cela  il  n'aurait  pas  fait  deux  ou  trois 
voyages  extravagants  en  venant  ici.  Quand  on  voit 
celui  de  Cologne  %  on  ne  peut  s'étonner  de  ce  qu'il 
ait  agi  comme  il  l'a  fait  :  c'est  l'innocence  person- 
nifiée!... 

A    LA   R  AU  G  RAYE    LOUISE. 

Versailles,  le  ô  juillet  1710. 

...  Cette  fois-ci,  votre  encre'  est  fort  bonne.  C'est 
en  Lorraine  qu'elle  vaut  le  moins.  Ma  fille  en  a  fait 
venir  de  Paris  pour  que  je  puisse  lire  ses  lettres,  car 
en  Lorraine  toute  l'encre  est  comme  de  l'eau. 

Ce  soir  à  cinq  heures  on  célébrera  les  fiançailles 
dans  le  cabinet  du  roi  et  l'on  signera  le  contrat,  et 
demain  à  onze  heures  se  fera  le  mariage,  tout  à  fait 
sans  bruit... 

1.  Son  frèro. 


56  CORRESPONDANCE 

Mademoiselle,  ma  petite-fille,  ne  sera  une  altesse 
royale  qu'à  partir  de  demain  ;  aujourd'hui  on  l'appelle 
encore  altesse  sérénissime.  Valtesse  royale  ne  va  pas 
au  delà  des  petits-fils  et  petites-filles  de  France.  C'est 
une  drôle  d'histoire  que  ce  mariage  et  la  façon  dont 
il  a  été  fait;  seulement  ce  ne  sont  pas  des  choses 
qu'on  puisse  confier  à  la  poste;  mais  c'est  plutôt  la 
haine  que  l'amitié  qui  en  est  la  cause. 

Vous  faites  de  Dangeau  un  duc  ;  à  peine  s'il  est 
marquis!  Son  fils  est  bien  marié;  il  a  la  plus  belle 
femme  de  France;  elle  est  de  bonne  maison,  mais  qui 
ne  peut  entrer  en  comparaison  avec  celle  de  M""'  Dan- 
geau, la  mère^  Pour  ce  pays-ci,  cela  passe.  La  jeune 
dame  est  riche,  voilà  qui  est  certain.... 

Marly,  le  12  juillet  HIO. 

...  M.  de  "Weissenbach  est  arrivé  il  y  a  trois  jours. 
Avant  que  je  ne  parte  de  Versailles,  il  m'a  remis  la 
boîte  avec  les  quatre  flacons  de  baume  universel, 
comme  aussi  quantité  de  boîtes  renfermant  des  em- 
plâtres de  Nuremberg.  Le  baume  a  aussitôt  opéré  un 
miracle.  L'une  de  mes  femmes  de  chambre  a  de  con- 
tinuels maux  de  tête,  si  forts  que  souvent  elle  a  l'air 
d'une  morte.  J'en  ai  de  suite  fait  l'essai  sur  elle  ;  il  a 
produit  un  effet  inespéré... 

J'ai  déjà  fait  réponse  à  la  princesse  de  Hombourg. 
Si  elle  avait  été  en  litige  avec  un  Français,  je  me 
serais  volontiers  employée  en  sa  faveur,  mais  du  mo- 
ment que  la  partie  adverse,  c'est  le  bon  comte  de 

1.  Néo  comtesso  de  Loowenstoin. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.        57 

Hanau,  qui  a  été  en  quelque  sorte  élevé  auprès  de 
moi  et  que  j'ai  marié,  il  m'est  impossible  de  solliciter 
le  roi  contre  lui.  Tout  ce  que  je  peux  faire  pour  la 
princesse,  c'est  de  rester  neutre  et  de  ne  me  mêler 
en  rien  de  cette  affaire. 

Marly,  le  27  juillet  1710. 

...  Présentement,  les  jeunes  gens  se  piquent  de  ne 
rien  savoir  ni  connaître  ;  le  jeune  Tonnerre,  qui  est 
d'une  des  meilleures  maisons,  fait  la  révérence  plus 
gauchement  qu'aucun  paysan  derrière  sa  charrue  :  ne 
rien  savoir,  ne  s'entendre  à,  rien,  être  impoli,  gros- 
sier, c'est  là  la  gentillesse  du  temps  actuel...  Nous 
n'avons  rien  de  neuf  ici,  car  ceci  ne  vous  intéressera 
guère,  que  le  roi  est  allé  à  cheval  tirer  des  perdrix, 
tandis  que  les  jeunes  gens  se  font  traîner  en  rou- 
lette... 

Versailles,  le  2  août  1710. 

...  J'ai  reçu  une  lettre  de  M""  de  Malause  qui  m'an- 
nonce la  mort  de  votre  nièce*;  je  vous  plains  de  tout 
mon  cœur.  On  voit  bien  que  le  cantique  luthérien  dit 
vrai  :  «  Il  ne  croît  pas  d'herbe  contre  la  mort,  ù  chré- 
tiens; tout  est  mortel  sur  terre  »,  car  il  n'y  a  pas 
d'endroit  au  monde  où  l'on  ait  de  meilleurs  remèdes 
contre  la  petite  vérole  que  l'Angleterre,  et  l'on  y 
meurt  tout  comme  ailleurs... 

1.  Une  fille  du  duc  de  Scbomberg, 


58  CORRESPONDANCE 

Versailles,  le  17  août  1710. 

...  Je  sais  que  rÉlectrice  palatine  est  de  nouveau 
remise;  la  reine  douairière  d'Espagne  me  l'a  écrit.  Si 
elle  avait  régné  pour  le  bien  du  pays  et  qu'elle  fût  une 
personne  qu'on  aurait  pu  amèrement  regretter,  elle 
serait  morte  pour  sûr,  mais  du  moment  qu'elle  ruine 
lePalatinat,  elle  est  restée  en  vie.  Notre-Seigneur  Dieu 
sait  bien  qu'il  est  le  maître,  et  qu'il  dispose  de  toute 
cliosecommeill'aarrèté  detouteéternité,  et  non  comm  e 
cela  nous  semblerait  bon  à  nous  autres  humains... 

La  marquise  de  Richelieu  peut  bien  courir  le  monde 
seule  avec  des  hommes  :  elle  est  ce  qu'on  appelle  ici  : 
honle  belle.  Son  cousin,  le  prince  Eugène,  ne  se  soucie 
guère  d'elle,  à  ce  que  je  crois;  il  s'incommode  peu 
des  dames  :  quelques  beaux  pages  feraient  mieux  son 
affaire... 

A    LA     DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Versailles,  lo  17  août  1710. 

...  L'apanage  du  duc  de  Berry  n'est  pas  encore 
réglé.  Les  Enfants  de  France  ne  possèdent  pas  de 
charges,  mais  ils  ont  de  grosses  pensions  pour  entre- 
tenir leurs  maisons;  leurs  femmes  également  pour 
leurs  maisons  à  elles,  et  ces  pensions  ne  sont  pas 
comptées  dans  l'apanage.  Entre  nous  soit  dit,  je  pré- 
férerais bien  être  un  comte  souverain  de  l'Empire 
riche  et  indépendant  qu'un  enfant^  car  dans  le  fait 
nous  ne  sommes  autre  chose  que  des  esclaves  cou- 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLEANS.        59 

ronnés.  Si  je  ne  vous  avais  pas  dit  cela,  j'eusse 
étouffé... 

Le  cardinal  de  Bouillon  était  à  Rome  le  représen- 
tant du  roi;  il  ne  pouvait  donc  moins  faire  que  d'exé- 
cuter ses  ordres,  mais  faire  semblant  en  public  d'exé- 
cuter ceux  qui  avaient  trait  à  l'archevêque  de  Cambrai 
et  en  secret  y  contrevenir,  cela  n'est  pas  permis,  et 
c'est  en  quelque  sorte  un  affront  pour  le  roi,  que  son 
premier  aumônier  et  ambassadeur  le  traite  comme  un 
enfant  :  il  s'est  donc  fâché  à  bon  droit. 

Si  en  réalité  le  cardinal  avait  été  un  si  grand  ami 
de  M.  de  Cambrai,  il  aurait  pu  supplier  le  roi  de  ne 
pas  lui  donner  d'ordres  contre  lui  ;  mais  tromper  en 
toute  chose  le  roi  son  maître,  cela  ne  pouvait  rester 
impuni... 

Marly,  le  21  août  1710. 

...  M.  de  Vendôme  vint  me  faire  ses  adieux  hier.  Il 
va  en  Espagne  commander  l'armée  sous  le  roi.  Mais 
je  ne  sais  comment  il  s'y  prendra  :  il  boite  des  deux 
pieds,  il  peut  à  peine  se  tenir,  tellement  il  a  la  goutte. 
Sa  femme  va  être  bien  triste,  car  elle  l'aime  beau- 
coup, dit-on.  J'imagine  que  c'est  le  compliment  qu'il 
lui  a  fait  lorsqu'il  a  dû  l'épouser  qui  l'aura  charmée. 
Je  le  trouve  bien  gentil.  «  Mad.,  lui  dit-il,  je  ne  suis 
pas  gallant,  je  ne  vous  feres  pas  de  grand  compli- 
ment, tout  ce  que  je  vous  dires  seuUement,  c'est  que 
puisque  vous  vouliez  bien  que  j'aye  l'honneur  de  vous 
Espousser,  que  je  ne  vous  contraindrez  jamais  en  rien, 
vous  serez  toujours  vostre  Maistresse  absolue  et  la 


CO  CORRESPONDANCE 

mienne.  »  Je  trouve  ce  compliment  vraiment  tou- 
chant... 


A   LA    RAUGRAVE   LOUISE. 

Marly,  le  21  août  1710. 

...  Je  suis  étonnée  que  cet  ecclésiastique  italien  ait 
fait  son  apparition  en  soutane,  du  moment  qu'il  va  en 
Hollande  et  en  Angleterre,  car  d'ordinaire  ils  portent 
d'autres  habits,  mettent  une  cravate  et  ont  l'épée  au 
côté.  Puisque  ces  Italiens  ont  de  grosses  têtes,  ils 
pourraient  passer  pour  luthériens  plutôt  que  pour 
catholiques... 

Marly,  le  4  septembre  1710. 

...  A  l'avenir  je  vais  être  plus  économe  du  baume 
d'Augsbourg*  :  deux  fioles  ont  vite  disparu,  car  je  ne 
savais  pas  la  manière  de  s'en  servir,  vous  aviez  oublié 
de  me  l'écrire... 

Mari}',  le  "  septembre  1710. 

...  La  grande-duchesse-  et  sa  fille  ne  s'écrivent  ja- 
mais. La  grande-duchesse  est  paresseuse,  elle  n'aime 
pas  à  écrire  et,  entre  nous  soit  dit,  elle  se  soucie  fort 
peu  de  ses  enfants.  A  peine  son  deuxième  fils  eut-il 
passé  deux  jours  ici,  qu'elle  et  lui  se  sont  totalement 
brouillés.  Je  ne  crois  pas  môme  qu'elle  sache  que  sa 
fille  a  eu  la  petite  vérole... 

1.  Ou  banmo  universel. 

i.  Marguerite-Louibo  d'Orlùan^,  erandc-duchosse  de  Toscane. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        Gl 

A   LA  DUCHESSE    DE     HANOVRE. 

Marly,  le  1  septembre  HIO. 

...  La  duchesse  de  Berry  vient  me  voir  souvent, 
parce  que  le  roi  et  son  père  le  désirent;  mais,  au 
demeurant,  la  sympathie  qu'elle  a  pour  moi  n'est  pas 
grande... 

Cela  ne  m'étonne  nullement  que  le  pape  prenne  en 
main  la  cause  du  cardinal  de  Bouillon.  Si  le  roi  était 
heureux,  le  pape  l'approuverait  dans  tout  ce  qu'il  fuit 
au  cardinal,  mais  comme  la  fortune  sourit  à  l'empe- 
reur, il  faut  que  notre  roi  ait  tort... 

Versailles,  le  14  septembre  1710. 

...  Je  crains  que  le  duc  de  Vendôme  ne  soit  un  gé- 
néral sans  armée,  car  la  dernière  bataille  livrée  en 
Espagne  a  été  désastreuse  ^.. 

A   LA   RAUGRAVE   LOUISE. 

Versailles,  le  1-1  septembre  1710. 

...  Je  supporte  très  bien  les  vins  forts,  mais  je  ne 
les  trouve  pas  agréables  ;  ne  pouvant  de  ma  vie 
prendre  ni  bouillon  ni  potage,  il  faut  bien  que  je  les 
remplace  par  des  boissons;  je  bois  par  conséquent 
moitié  eau,  moitié  vin,  du  Champagne,  à  trois  ou 
quatre  reprises... 

1.  Le  roi  Philippe  avait  été  défait  devant  Saragosso  lo  10  août, 
II.  4 


62  CORRESPONDANCE 

Versailles,  le  21  septembre  1710. 

...  Ma  surintendante  reçoit  8,000  francs,  mais  il 
faut  qu'elle  paye  tous  ses  domestiques,  et,  en  fait 
d'étrennes,  on  ne  lui  donne  que  des  bagatelles... 

Je  parierais  bien  que  les  malheurs  du  roi  d'Espagne 
n'amèneront  pas  la  paix.  On  veut  rendre  la  France 
impuissante  et  l'Espagne  aussi,  et  Ton  ne  songe  pas  à 
la  paix!... 

Cela  me  surprend  que  ma  tante  ne  se  lasse  pas  de 
toujours  se  promener  au  même  endroit.  J'aime  à  va- 
rier mes  promenades,  et  je  me  fatigue  plutôt  d'un 
beau  jardin  que  d'une  forêt  inculte,  ou  de  prés  avec 
des  ruisseaux  et  des  saules... 

Versailles,  lo  G  octobre  1710. 

...  Les  chanoines  en  Allemagne  s'entendent  mieux  à 
vous  faire  raison  le  verre  à  la  main  qu'à  expliquer 
certains  points  touchant  la  religion.  Les  jésuites  ici 
croient  des  choses  que  ni  mon  confesseur  ni  moi  nous 
n'approuverions;  mais  il  me  semble  qu'ils  n'avancent 
ces  choses-là  que  pour  le  plaisir  de  disputer... 

Hanovre  et  Herrenhausen^  sont  devenus  une  petite 
Angleterre,  tellement  tout  y  est  rempli  d'Anglais... 

Je  suis  comme  vous,  chère  Louise,  je  ne  comprends 
pas  qu'on  se  remarie;  car,  ou  l'on  a  eu  des  motifs 
d'aimer,  ou  de  haïr  le  défunt.  L'a-t-on  aimé?  Com- 
ment peut-on  mettre  un  autre  à  sa  place.  A-t-on  été 

1.  Résidenco  d'été  près  do  llaaovro. 


DE   MADAME,  DUCHESSE  D'ORLEANS.        C3 

malheureuse?  Comment  ose-t-on  de  nouveau  s'expo- 
ser au  danger,  à  moins  qu'on  ne  meure  de  faim  et 
qu'on  trouve  quelqu'un  qui  vous  donne  du  pain;  dans 
ce  cas-là  seulement  la  chose  est  permise... 

A   LA    DUCHESSE   DE  HAJfOVRE. 

Versailles,  le  19  octobre  1~10. 

...  Ce  que  le  roi  peut  le  moins  endurer,  c'est  qu'on 
attaque  ses  ministres.  Il  punit  cela  aussi  sévèrement 
que  si  on  l'avait  attaqué  lui-même.  C'est  pourquoi 
Langallerie  et  La  Hautan  ne  pourront  rentrer  en 
grâce... 

A    LA    RAUGRAVE   LOUISE. 

Versailles,  le  23  octobre  HIO. 

...  J'ai  été  bousculée  toute  la  semaine  comme  un 
pauvre  chien  :  mille  choses  désagréables.  J'en  suis 
toute  quinteuse  encore.  Dieu  merci,  depuis  hier  c'est 
fini!  J'ai  dû  prendre  un  nouveau  secrétaire  qui  est  en 
même  temps  intendant  de  ma  maison.  Il  m'a  fallu 
réviser  les  livres  de  l'ancien,  ordonner  tout  à  nou- 
veau, et  cette  charge  qu'un  seul  peut  avoir,  ils  étaient 
quarante-cinq  à  y  prétendre.  C'a  été  un  long  tour- 
ment!... 

Mari}',  le  G  novembre  1710. 

...  Hier  nous  célébrions  la  Saint-Hubert.  Nous  avions 
déjà  pris  un  cerf  et  nous  en  courions  un  second, 
quand  je  vis  un  homme  s'avancer  au  galop  et  tomber 


6i  CORRESPONDANCE 

avec  son  cheval.  Je  crus  d'abord  que  c'était  un  pi- 
queur  ;  je  voyais  bien  qu'il  était  gravement  blessé,  car 
il  avait  de  la  peine  à  se  relever.  Quand  on  l'eut  remis 
sur  pied  et  que  je  regardai  sa  figure,  je  vis  que  c'était 
mon  fils.  Imaginez  mon  état!  Je  le  pris  dans  ma  ca- 
lèche et  le  conduisis  ici  :  il  souffrait  horriblement;  on 
ne  pouvait  savoir  si  le  bras  était  cassé  ou  luxé,  mais 
il  s'est  ti'ouvé  simplement  luxé.  Seulement  c'était  pré- 
cisément l'épaule  à  laquelle  il  a  déjà  deux  fois  été 
blessé  et  où  on  lui  a  coupé  des  nerfs;  la  douleur  était 
si  atroce  qu'il  avait  l'air  d'un  moribond.  Dès  que 
l'épaule  fut  remise  il  n'a  plus  souffert,  il  se  porte  de 
nouveau  bien,  et  on  lui  a  fait  une  saignée.  Il  ne  garde 
pas  la  chambre,  il  porte  le  bras  en  écharpe  et  circule 
partout  :  il  y  a  une  demi-heure  qu'il  est  là  auprès  de 
moi... 

Marly,  le  13  novembre  HIO. 

...  Je  n'ai  pas  encore  utilisé  les  services  de  mon 
nouveau  secrétaire,  car  comme  il  est  en  même  temps 
mon  intendant,  il  lui  a  fallu  se  rendre  dans  mon 
douaire  à  Moniargis  pour  vendre  mon  bois.  Son  oncle 
qui  est  mon  confesseur  écrit  pour  lui... 

Il  est  rare  en  ce  pays  de  trouver  quelqu'un  qui  ne 
soit  pas  intéressé...  Cela  provient  de  i'habitude  vicieuse 
qu'on  a  d'acheter  toutes  les  charges...  Pour  obvier  à 
cet  inconvénient,  je  n'ai  pas  fait  vendre  cette  fois-ci 
la  charge  de  secrétaire  et  je  l'ai  donnée,  à  condition 
qu'elle  ne  fût  pas  vendue  plus  tard.  J'ai  fait  de  même 
pour  la  charge  de  trésorier.  Je  l'ai  donnée  en  com- 
mission à  un  honnête  homme... 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        65 

Versailles,  lo  22  novembre  H 10. 

...  Hier  je  fus  à  Paris.  J'avais  invité  à  dîner  mon  fils 
et  la  grande-duchesse.  Le  soir,  nous  devions  aller 
ensemble  à  l'Opéra...  En  voulant  vite  me  rendre  dans 
le  deuxième  cabinet,  une  partie  du  parquet  se  rompit 
sous  moi.  Je  ne  sais  comment  on  appelle  le  parquet 
en  allemand;  de  ma  vie  je  n'en  ai  vu  en  Allemagne  : 
rien  que  des  ais  et  des  planches...  Donc  un  morceau 
du  parquet  se  rompit  sous  mon  talon,  et  je  me  don- 
nai une  entorse...  On  m'a  portée  à  l'Opéra  en  chaise 
ouverte,  comme  le  pape... 

A    LA    DUCHESSE   DE   HANOVRE. 

Versailles,  le  27  novembre  1710. 

...  Voih\  bien  une  chose  qu'on  devrait  coucher  par 
écrit  :  à  quatre-vingts  ans  sonnés,  vous  étiez  assez  forte 
pour  danser  une  allemande  avec  votre  petit-fils.  Je  ne 
pourrais  pas  en  faire  autant.  Combien  le  prince  royal* 
a  raison  de  ne  pas  aimer  la  danse  française!  c'est 
ennuyeux  pour  ceux  qui  dansent  et  pour  ceux  qui 
regardent... 

A  LA  RAUGRAVE  LOUISE. 

Versailles,  le  30  novembre  1710. 

...  La  comédie  a  repris  ici  depuis  mardi,  et  la  se- 
maine dernière  nous  avons  eu  :  Cw7ia  et  les  Agio- 

1.  Do  Prusse. 


66  CORRESPONDANCE 

leurs  le  mardi,  Jodelel  prince  le  jeudi,  et  hier  le  Comte 
d'Essex  et  r Esprit  de  contradiction... 

...  Qu'à  Heidelberg  on  soit  venu  au  baisemain  de  la 
reine  des  Romains,  ce  n'était  que  justice,  mais  l'em- 
pereur ne  devrait  pas  souffrir  qu'aucune  dame  lui 
baisât  la  main.  Notre  roi  ne  le  permettrait  pas... 

A    LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Versailles,  le  1  décembre  1710. 

...  Quand  le  roi  Charles  ^  était  à  Madrid,  mylord 
Stanhope  alla  voir  un  vieux  grand  d'Espagne  âgé  de 
cent  ans  juste  et  qui  avait  été  jadis  son  grand  ami. 
Ce  vieillard  avait  encore  toute  sa  tète.  Stanhope  lui 
demanda  pourquoi  il  n'allait  pas  à  la  cour.  «  J'ai 
reconnu  Philippe  V  comme  roi,  répondit-il;  toute  ma 
vie  je  n'aurai  -qu'un  Dieu,  qu'une  loi  et  qu'un  roi,  et 
com.me  j'ai  vécu  je  mourrai.  Si  vous  avez  à  me  deman- 
der quelque  chose  pour  vous  personnellement,  je  vous 
servirai  de  grand  cœur  comme  étant  mon  vieil  ami, 
mais  si  vous  voulez  me  parler  de  votre  roi  Charles,  je 
vous  prierai  de  ne  plus  prendre  la  peine  de  me  venir 
voir,  car  je  ne  changerai  jamais.  « 
Pas  un  grand  n'a  rendu  hommage  au  roi  Charles,  à 
exception  des  Napolitains.  La  plupart  des  Castillans 
sont  restés  bien  fîdèles  au  roi  Philippe... 

1.  I. 'archiduc,  corapétitour  do  Pliiliiipc  V. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.        07 

A   LA    r.ADGRAVE    LOUISE. 

Versailles,  le  14  décembre  HIO. 

...  Hier  soir  nous  avons  eu  une  grande  frayeur,  mon 
fils,  le  duc  de  Berry  et  moi;  le  pauvre  duc  en  est  tout 
pfde  aujourd'hui  encore.  La  duchesse  soudain  tomba 
en  synco.pe  ;  nous  crûmes  que  c'était  une  attaque 
d'apoplexie,  mais  après  que  la  duchesse  de  Bourgogne 
lui  eût  aspergé  la  figure  de  vinaigre,  elle  revint  à  elle, 
et  d'affreux  vomissements  la  prirent.  Il  n'y  a  rien 
d'étonnant  à  cela  :  pendant  deux  heures,  à  la  comé- 
die, elle  n'a  fait  que  manger  toute  sorte  d'horreurs, 
des  pèches  au  caramel,  des  marrons,  de  la  pâte  de 
groseilles  vertes  et  autres,  des  cerises  sèches  avec 
beaucoup  de  limon  dessus,  puis  à  table  elle  a  mangé 
du  poisson  et  bu  entre  temps.  Se  sentant  mal,  elle  n'a 
voulu  rien  en  laisser  paraître  et  s'évanouit.  Aujour- 
d'hui elle  est  de  nouveau  alerte  et  bien  portante,  mais 
avec  sa  manie  de  manger  gloutonnement,  elle  se  ren- 
dra bien  malade,  car  elle  ne  veut  pas  croire  ce  qu'on 
lui  dit.  Mais  en  voilà  bien  assez  sur  ce  chapitre... 

Je  suis  heureux  que  la  chasse  vous  plaise,  mais  il 
faut  que  je  rie  de  ce  que  vous  ignoriez  à  ce  point  les 
termes  de  vénerie.  En  allemand,  je  n'en  pourrais  par- 
ler, mais  en  français  je  m'y  entends,  et  cela  à  fond; 
je  dirais  :  «  Un  cerf  de  dix  cors  cistoit,  accompagnes 
de  deux  daquet,  mais  le  chien  ayant  sépares  leurs 
cerf,  l'ont  bien  chasses,  les  chien  ont  bien  tournes 
sur  les  voyes,  les  relais  ont  estes  bien  donnes,  la 
vieille    meutte  les  '-  6   chien,    welsi    va   vous  hette 

1.  Laisse. 


68  CORRESPONDANCE 

haut'  ho  mes  valets,  tayo,  tayo!  »  Dès  qu'on  voit  lo 
cerf,  on  parle  tout  le  temps  ici... 

Versailles,  le  21  décombro  1710. 

...  Je  perds  souvent  la  chasse,  par  considération 
pour  mes  chevaux.  Quand  on  chasse  dans  le  parc  d'ici, 
on  ne  traverse  ni  landes  ni  terres  labourées,  mais 
quand  on  chasse  ailleurs,  on  passe  fort  bien  par  les 
champs.  S'il  y  a  des  dégâts,  les  paysans  remettent  une 
réclamation  par  écrit,  on  en  fait  l'estimation  et  on 
les  paie.  A  Fontainebleau,  en  trouve  des  landes  et  des 
rochers,  mais  les  villages  ne  sont  pas  fort  éloignés  les 
uns  des  autres... 

A    LA    DUCHESSE    DR    HANOVRE. 

Versailles,  le  21  décembre  1710. 

...  Tous  les  enfants  de  M'""  la  Duchesse  sont  de 
grands  garçons  et  de  grandes  filles.  La  prédiction  du 
grand  Condé  ne  s'est  pas  réalisée,  que  tous  ses  petits- 
enfants  finiraient  par  devenir  des  chiens  de  Boidof/ne. 

J'ai  connu  Langelli^.  Ce  n'était  pas  un  fou,  mais  il 
simulait  la  folie.  Il  savait  fort  bien  l'allemand.  Quand 
il  me  vit  :  «  Je  sais,  me  dit-il,  —  car  on  m'en  a  pré- 
venu, —  que  Votre  Altesse  Royale  craint  les  fous. 
N'ayez  pas  peur  de  moi  :  je  ne  le  suis  pas,  je  feins  de 
l'être,  mais  ne  me  trahissez  pas.  »  Je  lui  sus  gré  de 
m'avoir  avertie.  Monsieur  me  demanda  pourquoi  je 
n'avais  pas  peur  de  ce  fou.    «  Parce  qu'il  sait  l'alle- 

1.  IIo,  wolsi,  va,  holto  ho,  exclamations. 

2.  L'Angéli,  fou  du  prince  de  Condé  et  ensuite  du  roi. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        69 

mand  »,  lui  répondis-je.  Je  ne  voulais  pas  lui  dire  le 
reste.  Je  ne  mentais  quand  même  pas,  car  c'est  bien 
parce  qu'il  m'avait  parlé  allemand  que  je  ne  le 
craignais  plus... 

Marly,  le  11  janvier  1711. 

...  On  a  tellement  détourné  le  roi  de  toute  gran- 
deur, qu'il  n'y  songe  plus  du  tout. 

Le  dauphin  n'est  pas  ignorant,  en  réalité.  Il  a  beau- 
coup appris,  mais  il  ne  veut  jamais  parler  de  rien;  il 
met  toute  son  application  h  oublier  tout  ce  qu'on  lui  a 
enseigné,  «  car  tel  est  son  bon  plaisir  »  ;  on  n'en  sau- 
rait trouver  d'autre  motif.  Le  duc  de  Bourgogne  sait 
beaucoup  de  choses  et  a  fait  de  bonnes  études. 
J'ignore  comment  est  le  roi  d'Espagne;  mais  notre 
duc  de  Berry  n'a  rien  appris,  il  est  fort  ignorant,  et 
le  restera  sans  doute  sa  vie  durant... 

Versaill'3s,  lo  29  janvier  1711. 

...  Notre  roi  d'Espagne  est  àSaragosse  maintenant, 
avec  la  reine  et  le  prince  des  Asturics.  En  ceci  il 
montre  qu'il  a  de  l'esprit,  qu'il  laisse  faire  la  reine  et 
la  princesse  des  Ursins,  car  il  sent  bien  qu'elles  en 
ont  plus  que  lui.  Entre  nous  soit  dit,  nos  trois  princes 
ont  été  bien  mal  élevés...  et  dans  une  telle  crainte  et 
soumission  qu'ils  ne  savent  qu'obéir,  et  sont  inca- 
pables de  commander.  Mais  ce  roi  a  du  cœur;  on  lo 
mettrait  devant  cent  bouches  à  feu  en  lui  disant 
«  Reste  là  »,  qu'il  tiendrait  ferme  comme  un  mur;  par 
contre,  si  quelqu'une  des  personnes  auxquelles  il  est 
habitué  lui  disait  «  Ote-toi  de  là  »,  il  s'en  irait.  11  .se 


70  CORRESPONDANCE 

défie  de  lui-même.  Tout  ce  qu'on  lui  dit  de  faire  il  le 
fait,  mais  pas  davantage... 

Marly,  le  5  février  l~ll. 

...  Nulle  part  il  n'y  a  de  conversation;  à  Meudon, 
on  parle  entre  soi.  Monseigneur  cause  fort  peu,  aussi 
bien  que  le  roi.  Je  crois  que  celui-ci  compte  les  mots 
et  a  résolu  de  ne  jamais  dépasser  un  certain  chiffre. 
A  Saint-Cloud  pas  plus  qu'ailleurs  on  ne  cause.  Toutes 
les  dames  ont  une  telle  peur  de  dire  quelque  chose 
qui  pût  déplaire  ici  et  les  empêcher  d'aller  à  Marly, 
qu'elles  ne  parlent  que  de  toilette  et  de  jeu,  ce  qui 
me  semble  assez  ennuyeux... 


A    LA    RADGRAVE   LOUISE. 

Marlj-,  le  5  février  1711. 

...  J'apprends  avec  peine,  chère  Louise,  que  vous 
avez  pris  l'habitude  du  café  :  rien  au  monde  n'est 
plus  malsain,  et  journellement  je  vois  des  gens 
qui  sont  obligés  d'y  renoncer,  parce  que  cela  leur 
cause  de  graves  maladies.  La  princesse  de  Hanau  en 
est  morte,  au  milieu  des  plus  atroces  douleurs.  Après 
sa  mort,  on  a  retrouvé  le  café  dans  l'estomac  :  il  y 
avait  occasionné  de  petits  ulcères.  Que.  cela  vous 
serve  d'avertissement,  chère  Louise  !... 

Versailles,  le  -.^8  février  1711. 

Ci-joint  un  nouveau  flacon  de  l)aume  blanc.  Je  con- 
nais beaucoup  de  dames  ici  qui  s'en  mettent  sur  la 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        71 

figure ,  quand  il  est  préparé  à  l'esprit-de-vin.  Feu 
Monsieur  m'en  a  voulu  mettre  un  jour,  mais  je  ne  l'ai 
pas  souffert;  je  préfère  avoir  des  rides  que  des 
drogues  blanches  plein  le  visage.  Je  déteste  toute 
espèce  de  fard,  et  ne  peux  souffrir  le  rouge... 

...  On  ne  me  permet  môme  pas  d'aller  en  Lorraine; 
bien  moins  encore  pourrais-je  me  rendre  à  Aix-la- 
Chapelle.  Il  n'y  a  pas  d'esclavage  comparable  à  l'as- 
sujettissement où  le  roi  tient  sa  famille... 

Versailles,  lo  11  mars  1711. 

...  11  ne  m'est  pas  possible  d'envoyer  à  M'""  Brink  ce 
que  je  lui  avais  destiné,  car  le  roi  me  doit  onze  mois, 
et  les  gens  de  mon  fils  me  détiennent  deux  cent  mille 
francs;  de  ma  vie  je  n'ai  été  aussi  gênée.  Il  faut 
qu'elle  patiente  comme  moi;  quand  une  fois  je  me 
trouverai  dans  une  meilleure  position,  la  sienne  s'en 
ressentira  aussi... 

Envoyez-moi,  je  vous  prie,  une  petite  boîte  de 
pilules  de  Francfort.  11  y  a  des  gens  ici  qui  s'ima- 
ginent que  leur  vie  en  dépend,  et  qui  m'ont  supplié 
de  leur  en  faire  venir... 

Versailles,  le  lU  mars  1*11. 

...  Quitter  la  cour!  On  voit  bien,  chère  Louise,  que 
vous  ne  connaissez  pas  ce  pays.  J'ai  vu  ce  que  c'est 
par  l'exemple  de  feue  Madame  douairière  ^  la  tante 
de  mon  défunt  mari.  Elle  a  dû  vivre  à  Paris  comme 

1.  Marie -Jeanne  de  Savoie -Nemours,  veuve  de  Cliarlcs-Emma- 
nucl  II. 


73  CORRESPONDANCE 

une  bourgeoise;  à  peine  si  ses  gens  la  servaient.  Et 
moi  je  n'ai  pas  de  maison  à  Paris,  il  me  faudrait  aller 
habiter  mon  douaire  où  je  serais  abandonnée  de  tout 
le  monde  :  pas  une  personne  de  qualité  ne  voudrait 
rester  auprès  de  moi.  Tous  les  domestiques  aiment 
Paris;  ils  ne  peuvent  s'en  séparer,  ni  de  la  cour  non 
plus.  Je  mourrais  de  faim  et  de  soif  là-bas.  Ici,  quand 
on  ne  vous  voit  plus,  on  ne  vous  connaît  plus.  On  me 
persécute  afin  que  je  prenne  ce  parti,  que  je  sois 
misérable  et  que  je  souffre  de  toute  part.  Non,  je  ne 
le  ferai  pas!... 

A   LA  DUCHESSE   DE   HANOVRE. 

Versailles,  le  19  mars  1711. 

...  En  Allemagne,  on  sait,  en  général,  que  le  prince 
Charles-Frédéric  (?)  est  mort  empoisonné,  mais  on 
ignore  les  détails.  Ce  n'est  qu'ici  que  j'ai  appris  que 
c'est  la  Brinvilliers  qui  a  fait  le  coup.  Jamais  on  n'avait 
vu  pareille  pièce.  Elle  a  de  sa  propre  main  écrit  une 
sorte  de  confession  contenant,  dit-on,  de  telles  hor- 
reurs, que  les  juges  ont  ordonné  de  la  jeter  au  feu, 
afin  que  nul  ne  la  lût.  Elle  n'était  pas  laide;  blanche 
comme  la  neige,  elle  avait  la  peau  belle  et  lisse,  une 
petite  figure  modeste  et  douce;  elle  était  mignonne 
de  sa  personne... 

Versailles,  le  22  mars  ni  1. 

...  Les  vieilles  belles  que  j'ai  vues  étaient,  l'une,  la 
princesse  de  Guéménée,  la  mère  du  chevalier  de 
Rohan,  qui  a  eu  la  tête  tranchée,  l'autre,  M""=  de  la 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.        73 

Bassinière  ^  Nous  avons  encore  ici  une  dame  de 
soixante-dix  ans  qui  n'en  paraît  pas  quarante.  C'est 
M""=  du  Frenoy,  dont  M.  de  Louvois  fut  tellement 
amoureux... 

Versailles,  le  -26  mars  1~1]. 

...  M'""  du  Maine  s'est  mariée  très  jeune  et  a  trouvé 
un  mari  bien  complaisant,  avec  lequel  elle  n'a  pas 
besoin  de  se  contraindre.  Toujours  elle  a  obéi  à  ses 
propres  caprices  et  quintes.  Elle  ne  peut  vivre  sans 
divertissements,  et  il  faut  que  ce  soit  toujours  du 
nouveau.  Son  père,  M.  le  Prince,  faisait  grand  cas  de 
la  faveur  :  il  s'imaginait  qu'il  gouvernerait  la  France 
entière  par  M.  et  M"""  du  Maine.  M.  le  Prince,  celui 
qu'on  appelle  ici  le  Grand  Condé,  était  tout  aussi  lâche 
et  allaché  à  la  faveur.  S'il  n'avait  pu  marcher,  il  au- 
rait rampé!... 

A   LA  RAUGRAVE  LOUISE. 

Versailles,  le  28  mars  1711. 

...  On  m'a  tellement  rogné  les  ailes  —  et  cela  avec 
intention  —  que,  même  si  j'étais  mon  propre 
maître,  je  ne  pourrais  pas  voj^ager... 

On  m'a  promis  une  huile  de  cacao  venant  des  îles 
de  la  Guadeloupe,  et  qui,  m'assure-t-on,  doit  guérir 
mes  genoux...  Si  cette  huile  ne  fait  pas  d'effet,  j'es- 
sayerai du  baume  du  Pérou.  Mais  dans  quoi  faut-il  le 
faire  fondre?  car  de  lui-même  il  devient  de  suite  dur 
comme  de  la  corne... 

î.  Baziniére. 


74  CORRESPONDANCE 

A    LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Versailles,  le  4  avril  1~11. 

...  Le  prince  Eugène  porte  à  bon  droit  le  nom  de 
grand  vizir,  car  il  a  beaucoup  de  vertus  turques.  Je 
voudrais  bien  qu'il  eût  tant  à  faire  à  Vienne  qu'il  ne 
puisse  se  rendre  à  l'armée  ;  je  ne  peux  lui  pardonner 
l'intention  de  brûler  Versailles.  Je  voudrais  que  l'em- 
pereur le  chargeât  du  rôle  de  médiateur  entre  l'em- 
pereur de  Turquie,  le  roi  de  Suède  et  le  czar... 

A  LA  RAUGRAVE  LOUISE. 

Versailles,  ce  dimanclio  de  Pâcques,  5  avril  1711. 

...  D'avoir  été  si  longtemps  agenouillée  cette  se- 
maine-ci, cela  a  fait  grand  tort  à  mes  genoux...  Je 
n'y  mets  rien  que  de  la  flanelle  anglaise,  cela  est  plus 
commode  que  de  les  frotter  d'onguents,., 

Versailles,  le  9  avril  1~11. 

...  Il  est  arrivé  l'autre  jour  une  drôle  de  chose  avec 
les  pilules.  Un  maître  daulel  de  quartier  du  roi,  qui 
aime  énormément  le  cachou,  soupait  chez  la  per- 
sonne pour  laquelle  je  vous  les  avais  demandées. 
Celle-ci,  au  souper,  tenait  la  boîte  à  la  main.  Le  maître 
d'hôtel,  après  le  repas,  veut  être  bien  rusé,  et  piller 
le  cachou  de  son  ami  ;  il  se  lève  vite,  plonge  la  main 
dans  la  boîte  et  attrape  environ  vingt  pilules  qu'il 
avale  d'un  coup.  L'autre  eut  peur,  mais  le  mal  était 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.         73 

fait.  Néanmoins  il  ne  s'en  est  pas  mal  trouvé,  il  a  fort 
bien  dormi  cette  nuit-là,  mais  je  crois  qu'il  sera  quand 
même  puni  de  sa  gourmandise. 

M.  le  Dauphin  a,  par  précaution,  pris  médecine  et 
s'est  fait  saigner.  Aujourd'hui,  à  Meudon,  il  est  tombé 
dans  une  profonde  syncope,  il  a  la  fièvre  et  des  fris- 
sons, et  à  côté  de  cela  une  grande  envie  de  dormir. 
A  quoi  a  servi  la  précaution  alors? 

A    LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Versailles,  le  12  avril  1711. 

...  Jeudi  dernier  je  vous  mandais  que  M.  le  Dauphin 
a  été  pris  d'une  forte  fièvre.  Vendredi  je  lui  fis  visite. 
Il  y  avait  précisément  un  redoublement  de  fièvre,  mais 
il  était  calme  et  ne  divaguait  pas,  son  pouls  était  réglé, 
il  parlait  et  était  fort  tranquille.  Le  roi  était  dans  sa 
chambre.  11  s'est  enfermé  avec  M.  le  Dauphin.  M'"'  la 
Duchesse  et  la  princesse  de  Conti  restent  aussi  à 
Meudon.  On  a  renvoyé  tous  les  autres  ici,  avec  défense 
de  venir  le  voir;  mais  on  peut  voir  le  roi  au  jardin. 
Hier,  à  quatre  heures,  la  petite  vérole  s'est  déclarée  ; 
il  doit  l'avoir  très  fort.  Un  de  ses  valets  de  chambre 
en  est  déjà  atteint.  Jusqu'ici  la  maladie  suit  bien  son 
cours,  la  fièvre  diminue,  les  pustules  commencent  à 
devenir  blanches^  nous  espérons  donc  que  tout  ira 
bien... 

Marly,  le  10  avril  1*11. 

...  L'espoir  que  M.  le  Dauphin  en  réchapperait  s'est 
maintenu  jusqu'à  mardi  mutin.  Ce  jour-là,  lei)euple  de 


7(3  CORRESPONDANCE 

Paris,  qui  aimait  extrêmement  M.  le  Dauphin,  lui  en- 
voya les  liarengères.  l'allés  l'embrassèrent  en  lui  disant 
.qu'elles  allaient  faire  chanter  le  Te  Deum.  «  11  n'est 
pas  encore  temps,  répondit  Monseigneur,  attandes  que 
je  sois  tout  a  fait  guéris.  » 

Ce  môme  jour,  j'allai  ii  Meudon  pour  partager  la 
joie  du  roi  de  ce  que  M.  le  Dauphin  allât  si  bien. 
J'arrivai  à  cinq  heures,  et,  sachant  que  le  roi  était 
encore  au  conseil,  je  me  promenai  au  jardin  jusqu'à 
ce  qu'il  eût  fini;  alors  je  me  rendis  auprès  de  lui.  11 
me  reçut  le  plus  gracieusement  du  monde.  Il  me  re- 
prochait de  m'être  plainte  tellement,  quand  j'avais  la 
petite  vérole,  tandis  que  M.  le  Dauphin  ne  souffrait 
pas  du  tout.  «  Cela  viendra,  répondis-je,  forcément  il 
y  aura  des  pustules,  et  elles  lui  feront  mal.  »  A  six 
heures,  au  moment  môme  où  je  parlais,  on  vint  me 
dire  qu'il  avait  des  inquiétudes,  et  que  la  tête  enflait 
très  fort.  Tout  le  monde  s'imagina  que  c'était  la  sup- 
puration, et  l'on  se  dit  :  «  C'est  bon  signe  «. 

Quand  je  fus  à  Versailles,  toute  la  cour  d'Angle- 
terre vint  me  voir.  A  huit  heures,  ils  repartirent  pour 
Saint-Germain;  à  neuf  arriva  la  nouvelle  que  tout 
allait  bien,  mais  à  dix  on  m'écrivit  que  M.  le  Dauphin 
commençait  à  être  inquiet,  que  la  figure  était  enflée 
au  point  de  le  rendre  méconnaissable,  et  que  la  pe- 
tite vérole  se  jetait  particulièrement  sur  les  yeux.  Ceci 
encore  n'alarma  personne.  Je  soupai  comme  d'ordi- 
naire à  dix  heures,  à  onze  je  me  déshabillai  et  me  mis 
à  causer  encore  avec  la  maréchale  de  Clérembault, 
.Puis  je  voulus  dire  mes  prières  et  me  coucher,  quand 
à  minuit  je  fus  profondément  étonnée  de  voir  revenir 


DE  MADAME,  DUCEIESSR  D'OULEANS.         77 

la  maréchale  toute  bouleversée.  «M.  le  Dauphin  est  à 
la  mort,  me  dit-elle:  en  ce  moment,  le  roi  traverse 
Versailles  pour  se  rendre  à  Marly;  la  duchesse  de 
Bourgogne  a  fait  chercher  sa  voiture  pour  suivre  le 
roi.  »  Un  instant  après,  on  vint  dire  que  tout  était  fini 
et  que  M.  le  Dauphin  était  mort. 

Vous  imaginez  bien  l'horrible  frayeur  que  causa 
cette  nouvelle.  Je  fis  également  chercher  ma  voiture 
et  me  rhabillai  en  toute  hâte,  puis  je  courus  chez  la 
duchesse  de  Bourgogne,  où  j'assistai  à  un  spectacle 
navrant.  Le  duc  et  la  duchesse  de  Bourgogne  étaient 
bouleversés,  pâles  comme  la  mort,  et  ne  disant  pas 
un  mot;  le  duc  et  la  duchesse  de  Berry  étaient  éten- 
dus par  terre,  les  coudes  sur  un  lit  de  repos,  et 
criaient  tellement  qu'on  les  entendait  à  trois  pièces 
de  là;  mon  fils  et  M"""  d'Orléans  pleuraient  en  silence 
et  faisaient  leur  possible  pour  calmer  le  duc  et  la 
duchesse  de  Berry.  Toutes  les  dames  étaient  par  terre, 
à  pleurer  autour  de  la  duchesse  de  Bourgogne.  J'ac- 
compagnai le  duc  et  la  duchesse  de  Berry  à  leur  ap- 
partement; ils  se  couchèrent,  mais  n'en  continuèrent 
pas  moins  à  crier.  En  sortant,  la  duchesse  de  Bour- 
gogne me  dit  que  le  roi  avait  défendu  qu'on  vînt  à 
Marly  cette  nuit-là;  nous  ne  devions  y  aller  que  le 
lendemain  matin. 

Il  était  deux  heures  et  demie  quand  je  revins  chez 
moi  et  que  je  me  couchai.  Mais  je  ne  dormis  que  de 
cinq  à  six;  à  sept,  je  me  levai,  m'habillai,  et  à  huit  je 
vins  ici.  Le  temps  n'était  pas  comme  nous  autres,  car 
il  faisait  très  beau.  Quand  j'arrivai,  tout  était  encore 
fermé  chez  le  roi  ;  je  m'en  fus  chez  M""*  de  Maintenon. 


7R  CORRESPONDANCE 

Elle  me  raconta  comment  tout  s'était  passé.  «  A  dix 
heures,  me  dit-elle,  on  avait  encore  de  l'espoir,  mais 
ù  dix  et  demie  déjà,  tout  faisait  prévoir  une  issue 
funeste,  de  sorte  qu'immédiatement  on  a  fait  chercher 
l'extrême-onction.  Le  roi  était  au  dessert  quand  ou  le 
lui  vint  diTe.  Vous  vous  figurez  aisément  sa  frayeur. 
Il  voulut  aussitôt  se  rendre  dans  la  chambre  de  M,  le 
Dauphin,  mais  on  le  retint,  lui  disant  qu'il  arriverait 
tout  juste  pour  le  voir  mourir.  Là-dessus,  il  fit  im- 
médiatement chercher  sa  voiture.  Avant  qu'il  n'y  fût 
monté,  avec  M""^  de  Maintenon,  M'"''  la  Duchesse  et  la 
princesse  de  Conti,  le  pauvre  Dauphin  avait  cessé  de 
vivre.  Immédiatement  après  sa  mort,  il  est  devenu 
noir  comme  de  la  poix;  d'où  Ton  a  conclu  que  la 
fièvre  pétéchiale  était  venue  s'ajouter  à  la  petite 
vérole.  Tout  s'était  concentré  sur  la  tête;  il  n'avait 
presque  pas  de  boutons  sur  le  corps,  mais  le  nez  en 
était  couvert.  A  proprement  parler,  il  est  mort  étouffé. 
Le  corps  a  de  suite  dégagé  une  odeur  tellement  nau- 
séabonde qu'on  a  été  obligé  de  le  transporter  à  Saint- 
Denis  sans  cérémonie  aucune. 

J'ai  vu  le  roi  à  onze  heures.  Il  est  triste  à  faire 
pitié,  mais  malgré  cela  il  n'est  pas  chagrin,  il  parle  à 
tout  le  monde  avec  bonté,  donne  tous  ces  ordres  si 
tristes  avec  une  grande  fermeté  d'âme,  mais  à  tout 
moment  ses  yeux  s'emplissent  de  larmes,  et  il  soupire 
intérieurement;  j'ai  une  peur  extrême  qu'il  ne  tombe 
malade  lui  aussi,  car  il  a  fort  mauvaise  mine.  Je  le 
plains  de  toute  mon  âme. 

Ceux  qui  ont  cru  me  causer  un  grand  dommage  en 
m'aliénant  M.  le  Dauphin  m'ont  peut-être  sauvé  la  vie, 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        70 

car  si  lui  et  moi  nous  avions  encore  été  sur  le  même 
pied  qu'avant  la  mort  de  Monsieur,  j'aurais  peut-être 
pu  tomber  malade  de  frayeur  et  d'affliction,  ou  bien 
même  en  devenir  inconsolable,  tandis  que  présente- 
ment je  supporte  ce  malheur  patiemment  et  n'ai  de 
souci  qu'au  sujet  du  roi.  Je  plains  M.  le  Dauphin,  h 
la  vérité,  mais  je  ne  peux  m'affliger  autant  de  la  perte 
d'un  homme  qui  ne  m'aimait  pas  et  qui  m'avait 
entièrement  abandonnée,  que  s'il  était  toujours  resté 
mon  ami. 

A  l'instant  môme,  on  me  rapporte  ce  qui  a  été 
décidé  au  sujet  du  nouveau  Dauphin  (l'ancien  duc  de 
Bourgogne).  Il  ne  portera  pas,  comme  son  père,  le 
titre  de  Monseigneur  tout  court;  on  l'appellera  sim- 
plement «Monsieur»  en  lui  parlant;  en  parlant  de 
lui  on  dira  «  Monsieur  le  Dauphin  »,  mais  si  on  lui 
écrit  il  faudra  mettre  «  Monseigneur  »  dans  la  lettre... 

A   LA   RAUGRAVE  LOUISE. 

Marly,  le  IC  avril  1711. 

...  On  remarque  chez  le  roi  une  soumission  ù  la 
volonté  de  Dieu  telle  qu'on  ne  s'en  peut  faire  une  idée. 
Sa  seule  consolation  est  que  le  confesseur  de  Monsei- 
gneur assure  que  sa  conscience  était  en  parfait  état, 
et  qu'il  peut  espérer  qu'à  Pâques  il  a  bien  communié, 
que  par  conséquent  il  a  fait  une  fin  chrétienne.  Le  roi 
lui-même  tient  des  discours  si  pieux  que  cela  vous  va 
au  cœur;  il  m'a  fait  pleurer  toute  la  journée  d'hier... 
Aujourd'hui  j'ai  écrit  une  longue  lettre  à  ma  tante,  je 


80  CORRESPONDANCE 

suis  montée  chez  la  princesse  de  Conti  (son  escalier  a 
cinquante-six  marches  très  élevées),  je  me  suis  ren- 
due chez  M"''  la  Duchesse,  à  pied,  par  le  jardin,  puis 
j'ai  reçu  la  reine  d'Angleterre  ;  me  voici  fatiguée  comme 
un  chien,  aussi  m'est-il  impossible  de  vous  en  dire 
davantage,.. 

A   LA   DUCHESSE   DE    HANOVRE. 

Marly,  le  18  avril  1711. 

...  Tout  Paris  et  les  provinces  sont  au  désespoir  de 
cette  mort.  C'est  bien  sûr  un  affreux  poison  qui  a  tué 
le  pauvre  homme,  car,  à  ce  qu'on  m'a  raconté  hier, 
quand  il  a  rendu  l'âme,  on  a  vu  sortir  de  sa  bouche 
une  fumée  noire  dont  toute  sa  figure  est  devenue 
couleur  de  poix  et  est  restée  ainsi. 

Combien  d'intrigues  et  de  projets  n'a-t-on  pas  faits 
en  vue  du  jour  où  M.  le  Dauphin  serait  roi  !  M""^  la 
Duchesse  doit  avoir  menacé  la  duchesse  de  Bourgogne 
de  lui  faire  payer  chèrement  le  mariage  de  ma  petite- 
fille  la  duchesse  de  Berry,  et  maintenant  son  règne  a 
pris  fin;  à  part  l'avantage  d'être  admise  le  soir  dans 
le  cabinet  du  roi,  elle  n'en  a  pas  d'autres  que  moi  qui 
jamais  ne  me  suis  mise  d'aucune  cabale... 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE. 

Marly,  le  19  avril  Hll. 

...  Je  ne  suis  pas  digne  d'entendre  de  beaux  ser- 
mons :  je  ne   peux  m'enipccher  de  dormir;   le  ton 


DE   MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.         81 

dont  ils  sont  débités  exerce  immédiatement  cet  effet 
sur  moi.  A  Heidelberg,  ce  m'était  une  corvée  d'aller 
à  l'église  française  ;  ce  me  semblait  êti'e  tout  autre 
chose  que  le  culte  allemand.  Le  style  de  Marot'  me 
paraissait  plutôt  bouffon  que  dévot... 

La  maladie  du  Dauphin  était  horrible. 'La  duchesse 
de  Villeroy  n'a  fait  que  parler  à  son  mari,  à  Versailles; 
l'habit  qu'il  portait  et  avec  lequel  il  s'était  trouvé 
dans  la  chambre  du  malade  a  suffi  pour  infecter  sa 
femme;  il  s'en  trouvera  bien  d'autres  encore  dans  le 
même  cas... 

Marlj-,  le  ~  mai  1711- 

...  Notre  roi,  en  effet,  est  très  pieux,  mais  il  est  fort 
ignorant  des  choses  qui  ont  trait  à  la  religion  :  jamais 
de  sa  vie  il  n'a  lu  la  Bible  ;  il  croit  tout  ce  que  lui  disent 
les  prêtres  et  les  faux  dévols.  Il  n'y  a  donc  pas  lieu  de 
s'étonner  que  les  choses  aient  pris  une  si  mauvaise 
tournure.  On  lui  dit  :  «  Il  faut  que  ce  soit  ainsi.  »  Il 
n'a  jamais  entendu  autre  chose  et  croirait  se  damner 
en  écoutant  ce  que  d'autres  personnes  pourraient  lui 
dire... 

A     LA     DUCHESSE     DE     HANOVRE. 

Marly,  lo  9  mai  Hll. 

...  Certes  vous  avez  raison  en  disant  que  le  roi  est 
bien  fondé  à  regretter  M.  le  Dauphin.  Celui-ci  était 
parfait  pour  lui;  jamais  fils  n'avait  eu  pour  son  père 
un  tel  respect,  une  telle  obéissance,  autant  d'amoui 

1.  Dans  sa  traduction  des  Psaumes. 


Sti  COnr.ESPONDANCE 

filial.  Il  faut  lui  laisser  cela;  c'est  aussi  la  principale 
louange  qu'on  en  puisse  faire... 

Si  je  pouvais  trouver  l'occasion  de  parler  au  roi,  je 
ne  manquerais  pas  de  me  conformer  à  votre  ordre  et 
de  lui  marquer  combien  vous  le  plaignez.  Mais  à  table 
cela  est  bien  difficile  :  Sa  Majesté  ne  dit  pas  un  mot, 
personne  ne  parle  à  voix  haute,  et  je  ne  vois  le  roi 
nulle  part  ailleurs.  Plus  que  jamais  on  m'en  ôte  l'oc- 
casion. Je  ne  suis  pas  la  seule  à  qui  on  rende  de  mau- 
vais offices  auprès  du  roi.  Il  en  arrive  autant  à  ma 
fille  et  h  son  mari,  car  hier,  quand  je  vins  lui  faire 
ma  visite  de  condoléance,  il  s'est  plaint  de  tous  les 
deux.  «  Leurs  sentiments  me  sont  connus,  répondis-je  ; 
on  leur  fait  tort,  comme  à  d'autres  encore.  Je  prie 
Votre  Majesté  de  juger  par  vous-même  et  non  par 
d'autres.  »  Mais  c'est  bien  ainsi  que  vont  les  choses 
ici  :  on  croit  tout  ce  qu'on  dit  des  gens,  et  on  ne  leur 
donne  pas  l'occasion  de  se  justifier. 

M.  le  Dauphin  n'a  jamais  cru  qu'il  se  portait  aussi 
bien  que  les  médecins  le  prétendaient,  car  il  disait  à 
M™"  la  Duchesse,  qui  me  l'a  raconté  :  «  Voicy  vue  ter- 
rible maladie  pour  vn  homme  de  50  ans;  je  ne  croi 
pas  que  je  m'en  tire  bien.  »  M""''  la  Duchesse  est  en- 
core inconsolable,  ainsi  que  la  princesse  de  Conti. 
M'^"  Choin  est  très  triste ,  à  ce  qu'on  dit.  Le  roi  lui  a 
fait  une  pension  de  douze  mille  francs,  et  elle  garde 
sa  maison  de  Paris.  Le  Dauphin  a  laissé  une  fille  na- 
turelle qu'il  n'a  pas  reconnue.  C'est  à  présent  une 
personne  de  dix-sept  à  dix-huit  ans,  belle  comme  un 
ange,  de  visage  et  de  corps;  elle  est  au  désespoir. 
11  la  fait  appeler  M"'=  de  Fleury,   d'un  village  de  ce 


DE   MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.        Ki 

nom  qui  se  trouve  dans  le  parc  de  Meudon.  Dieu  sait 
ce  que  deviendra  cette  enfant  ! 

Il  n'y  a  pas  grande  amitié  entre  le  Dauphin  actael 
et  moi,  mais  il  était  toujours  poli  ù,  mon  égard,  et 
c'est  tout  ce  que  je  demande...  Il  est  plutôt  contrefait 
que  laid;  il  boite  et  est  bossu,  mais  les  traits  ne  sont 
pas  vilains,  il  a  de  beaux  yeux  pleins  d'intelligence... 
11  est  un  peu  trop  bigot,  mais  au  moins  ne  prêche-t-il 
pas!  Nos  princes  sont  tous  les  trois  fort  épris  de  leurs 
femmes... 

A  LA   RAUGRAVE    LOUISE. 

Marly,  le  38  mai  1~11, 

...  Quand  j'entends  nommer  Utrecht,  je  pense  à  mes 
jeunes  années,  au  temps  où  j'y  ai  été.  Plût  au  ciel  que 
nous  en  fussions  encore  là,  et  que  je  susse  ce  que  je 
sais  à  présent!... 

Hier  l'électeur  de  Bavière  vint  à  Marly,  mais  je  n'ai 
pas  eu  l'honneur  de  le  voir...  Mais  aujourd'hui  je  l'ai 
vu  et  lui  ai  causé  à  la  chasse.  Mon  Dieu!  qu'il  est 
changé  depuis  l'an  passé  !  Le  menton  pointu,  le  ner. 
de  même,  la  bouche  rentrante,  de  sorte  que  nez  et 
menton  se  touchent  presque... 

Marly,  le  .31  mai  1711. 

Il  me  semble  que  les  femmes  de  chambre  ne  se 
portent  jamais  bien;  j'en  ai  dix-huit,  et  pas  une  qui 
ait  une  bonne  santé.  Si  la  vôtre  prend  du  café,  il  pour- 
rait bien  lui  arriver  la  même  chose  qu'à  la  princesse 


8i  CORRESPONDANCE 

de  Hanau  ^..  A  cette  heure,  on  pense  aussi  que  le  café 
a  contribué  à  la  mort  de  M.  le  Daupliin  et  qu'il  lui  a 
corrompu  le  sang... 

AJ;;lA   duchesse    de    HANOVRE. 

Marly,  lo.Sl  mai  Hll. 

...  Je  crois  que  l'électeur  de  Bavière  s'imagine  qu'il 
a  cessé  d'être  un  comte  palatin  du  Rhin-  pour  deve- 
nir un  prince  français,  car  il  distingue  les  princesses 
du  sang  plus  qu'il  ne  me  distingue,  moi...  Jeudi  der- 
nier, ne  voyant  pas  la  princesse  de  Conti  au  salon,  il 
envoya  incontinent  un  gentilhomme  auprès  d'elle 
pour  demander  si  elle  s'était  trouvée  mal,  n'étant  pas 
descendue.  Mardi  il  était  de  nouveau  ici  ;  il  ne  m'a 
vue  nulle  part,  mais  il  ne  m'a  pas  envoyé  de  gentil- 
homme, et  quand  il  me  vit  à  la  chasse  il  était  tout  à 
fait  embarrassé,  comme  un  enfant;  mais  il  n'en  est  pas 
un,  il  para  être  au  moins  aussi  âgé  et  aussi  laid  que 
moi.  Je  suis  comme  M""=  de  Tiennes,  qui  avait  cou- 
tume de  dire  :  «  Quand  je  suis  contente  des  gens  je 
les  trouve  si  beau,  mais  quand  je  n'ay  pas  lieu  de 
l'estre  je  les  trouve  très  laids...  «  Et  j'ai  trouvé  l'élec- 
teur affreux... 

Marly,  le  11  juin  1711. 

...  Entre  jésuites  et  jansénistes,  il  y  a  une  guerre 
continuelle  ;  mais  les  jésuites  ont  le  roi  pour  eux,  ils 

1.  Lettre  du  .j  février  1111. 

2.  iiUnt  do  la  famille  de  Wiltclsbach  comme  Madame. 


DE  MADAME.   DUCHESSE  D'ORLÉANS.        85 

sont  donc  les  plus  forts.  Ils  tourmentent  les  autres 
d'une  façon  horrible.  On  ne  peut  mieux  faire  sa  cour 
qu'en  prenant  parti  contre  les  jansénistes.  Quant  à 
moi,  je  prends  en  pitié  tous  les  honnêtes  gens  qui 
sont  malheureux.  Quoique  je  compte  plus  d'amis 
parmi  les  jésuites  que  parmi  les  jansénistes,  il  me 
faut  reconnaître  que  ces  derniers  vivent  chrétienne- 
ment et  ne  méritent  pas  leur  infortune.  En  outre,  il 
me  fâche  de  voir  des  gens  qui  professent  la  môme 
religion  être  tellement  ennemis  les  uns  des  autres,  se 
!)aïr  et  se  persécuter... 

Marly,  le  14  juin  1711. 

...  L'impératrice  mère»  a  écrit  une  lettre  insensée  à 
notre  roi.  Il  ne  l'a  pas  acceptée.  En  lui  notifiant  la 
mort  de  l'empereur  Joseph,  elle  ajoute  que  son  fils,  le 
roi  Charles,  est  élu  empereur.  Elle  l'appelle  le  roi 
Charles  d'Espagne,  et  énumère  tous  les  royaumes 
d'Espagne,  sans  oublier  les  Indes...  On  trouve  fort 
insullant  d'avoir  mis  ainsi  la  légende  de  tous  ses 
titres... 

Marly,  le  IS  juin  nU. 

Je  sais  fort  bien  pourquoi  la  maison  d'Autriche  a 
une  telle  afTection  pour  les  siens  :  c'est  que  là  ils 
n'ont  pas  de  bâtards  ;  tout  l'amour  est  donc  reporté 
sur  les  princes  légitimes,  il  n'y  a  point  partage.  Mais 
où  il  y  a  des  bâtards,  on  ne  se  préoccupe  que  de  leur 

1.  L'impératrice  douairière  Éléonore.  Elle  gouvernait  l'empire  comme 
régente  pendant  que  le  successeur  de  Joseph  1",  Charles.  VI,  était 
encore  en  Espagne.  Il  ne  revint  à  Vienne  qu'en  janvier  1712. 


86  CORRESPONDANCE 

élévation,  et  l'on  déteste  ceux  qui,  par  la  nature  des 
choses,  prétendent  leur  être  supérieurs. 

Marlj',  le  28  juin  nil. 

...  Vous  et  moi  nous  sommes  de  la  confrérie  des 
ùmes  pacifiques,  aussi  bien  que  l'abbé  de  Saint-Pierre, 
qui  jadis  fut  mon  premier  aumônier.  11  fait  projets 
sur  projets  pour  arriver  à  la  paix  perpétuelle.  Il  veut 
écrire  tout  un  livre  là -dessus.  Voici  son  premier 
cahier;  mais  je  doute  qu'il  achève  l'ouvrage;  on  s'est 
bien  moqué  de  lui  déjà... 

Mari}-,  le  5  Juillet  1711. 

...  Je  ne  sais  quelle  rage  on  a  de  persécuter  les  jan- 
sénistes. Cela  a  causé  le  malheur  de  bien  des  braves 
et  honnêtes  gens.  On  n'a  pas  accusé  M.  de  Cambrai 
d'être  janséniste,  mais  bien  d'être  piétiste  K  Quant  à 
moi,  pour  dire  la  vérité^  je  l'ai  toujours  tenu  pour  un 
homme  honnête  et  intelligent.  Il  est  laid  de  sa  per- 
sonne, il  n'a  que  la  peau  sur  les  os  et  les  yeux 
enfoncés  dans  la  tête,  mais  il  cause  bien  agréable- 
ment, avec  une  grande  vivacité;  il  est  fort  poli  et 
même  gai.  Il  rit  volontiers  et  aime  à  causer  sans  façon. 
11  m'a  grandement  plu.  On  n'entend  plus  du  tout  par- 
ler de  M""^  Guion.  Celle-là,  je  ne  l'ai  jamais  vue. 
D'autres  m'ont  dit  qu'elle  était  fort  agréable.  A  la 
cour,  on  n'attribue  pas  la  disgrâce  de  M.  de  Cambrai 
"à  ses  opinions  religieuses,  mais  bien  à  ceci,  qu'il 

,  Madame  veut  dire  i<  quiétistc  ». 


DE  MADAME,    DUCHESSE  D'ORLÉANS.        87 

affermit  le  roi  dans  l'opinion  que  ce  n'est  pas  un 
péché  de  tenir  secret  un  mariage  déraisonnable.  Cet 
avis  ne  plut  pas  à  tout  le  monde,  dit-on;  c'est  pour- 
quoi on  prit  pour  prétexte  l'histoire  de  M"""  Guion,  et 
on  a  fait  pousser  M.  de  Cambrai  par  feu  M.  de  Meaux.., 

Marly,  le  20  juillet  nil. 

...  J'ai  toujours  entendu  dire  que  la  femme  de 
mylord  Marlborough  était  très  insolente  avec  la  reine 
Anne.  Celle-ci  a  donc  bien  fait  de  la  laisser  partir. 
Qu'est-ce  que  cela  peut  faire  à  mylord  Sunderland 
que  la  reine  soit  bien  ou  mai  servie  par  M""'  Masson? 
C'est  un  gaillard  bien  dangereux  que  ce  Sunderland, 
et,,  à  voir  ses  mines  modestes  et  paisibles,  on  ne  lui 
supposerait  pas  la  moindre  malice.  11  a  été  pendant 
longtemps  ambassadeur  en  France;  c'était  un  grand 
joueur  de  bassette;  il  jouait  toujours  à  Saint-Cloud 
avec  Monsieur  et  à  Paris  aussi,  où  je  le  voyais  sou- 
vent... 

Fontainebleau,  le  13  août  1811. 

...  Je  vous  assure  que  c'est  à  bon  droit  qu'on  vante 
M.  le  Dauphin.  Il  le  mérite.  M"'«  la  Dauphine  com- 
mence à  se  faire  aimer  de  tout  le  monde  par  sa  poli- 
tesse. Lundi  passé,  j'étais  invitée  à  dîner  chez  eux- 
On  ne  saurait  être  plus  poli  qu'ils  ne  l'ont  été  :  ils 
me  servaient  eux-mêmes.  11  y  avait  là  toute  une  dou- 
zaine de  duchesses,  et  ils  ont  parlé  avec  toutes... 


88  CORRESPONDANCE 

Fontainebleau,  lo  2  septembre  1711. 

...  Ce  qu'il  y  a  d'étonnant,  c'est  que  M'""  Scudéry  ^ 
qui  à  cette  heure  est  âgée  de  quatre-vingt-huit  ans,  a 
eu  la  petite  vérole  et  en  est  réchappée... 

M™"  laDauphine  est  souvent  impatiente  et  chagrine 
de  l'amour  que  le  duc  de  Berry  a  pour  sa  femme. 
Elle  dit  qu'il  est  par  trop  fade.  Ce  duc  n'est  pas  dévot 
du  tout,  il  prie  le  moins  qu'il  peut,  mais  on  l'a  tenu 
si  serré  que,  ayant  une  femme  maintenant  dont  il  peut 
faire  ce  qu'il  veut,  il  en  est  charmé  et  s'imagine  qu'on 
ne  peut  trouver  rien  de  plus  joli  au  monde.  Elle  ne 
l'est  pas  du  tout,  ni  sous  le  rapport  de  la  taille,  ni 
sous  celui  de  la  figure.  Elle  est  épaisse,  ramassée,  a 
de  longs  bras,  les  hanches  courtes;  elle  marche  mal 
et  a  mauvaise  grâce  en  tout  ce  qu'elle  fait;  elle  gri- 
mace horriblement,  a  la  figure  pleurarde,  marquée  de 
la  petite  vérole,  les  yeux  rouges,  —  d'un  bleu  clair  à 
l'intérieur,  —  la  figure  rougeaude  :  elle  paraît  bien 
plus  vieille  qu'elle  n'est  en  réalité.  Mais  ce  qu'elle  a 
de  parfaitement  beau,  c'est  la  gorge,  les  mains  et  les 
bras.  Elle  les  a  très  blancs  et  fort  bien  faits,  les  jambes 
aussi,  et  les  pieds  sont  gentils.  Je  ne  peux  comprendre 
pourquoi  elle  a  la  démarche  si  chancelante.  Avec  tout 
cela,  son  mari  et  son  père  s'imaginent  que  jamais 
Hélène  ne  fut  aussi  belle  que  l'est  la  duchesse  de 
Berry... 

Vorsaillos,  le  30  septembre  1711. 

...  M""'  deMaintenon  ne  paraît  pas  du  tout  son  âge. 

1.  Marie-Françoise  de  Martin-Vast,  1031-171-2,  connue  par  ses  Lettres, 


DE  MADAME.  DUCHESSE   D'ORLÉANS.        80 

Elle  a  maigri  un  peu,  cela  est  vrai,  mais  elle  a  fort 
bonne  mine  encore.  Je  ne  l'ai  pas  vue  de  près  depuis 
six  mois...  Le  portrait  du  roi,  où  il  est  représenté  assis 
tout  nu  sur  un  coussin,  la  couronne  sur  la  tête  et  le 
cordon  bleu  de  l'ordre  au  cou,  ce  portrait  est  encore 
ici... 

Mari}-,  le  14  octobre  1711. 

...  Mardi  dernier,  j'allai  voir  la  dame  toute-puis- 
sante. Elle  me  dit  de  renvoyer  mes  dames  dans  la 
chambre  à  côté.  Cela  commençait  si  sérieusement 
que  le  cœur  se  mit  à  me  battre,  et  que  je  crus  qu'elle 
allait  me  faire  la  leçon.  Je  fis  un  court  examen  de 
conscience,  mais  je  ne  trouvai  rien.  Voici  ce  qu'elle 
me  dit  :  Le  roi  avait  recommandé  à  mon  fils  et  à  sa 
femme  de  veiller  sur  la  conduite  de  leur  fille  et  non 
à  moi,  croyant  sûrement  que  je  le  ferais  de  moi- 
même,  comme  de  juste;  mais  apprenant  que  depuis 
ce  temps  je  ne  lui  ai  plus  rien  du  tout  dit,  Sa  Majesté 
a  ordonné  à  M"'"  de  Maintenon  de  me  donner  com- 
mission de  sa  part  de  sermonner  à  l'avenir  la  jeune 
personne.  Puis  elle  m'a  énuméré  les  points  auxquels 
il  faudrait  toucher  dans  ma  semonce.  «  Quoique  ce 
soit  chose  pénible,  répondis-je,  j'accepte  la  commis- 
sion, pour  prouver  à  Sa  Majesté  que  je  suis  prête  à 
lui  obéir  toujours  et  en  tout  ce  qu'il  lui  plaira  de 
m'ordonner;  mais  je  prie  Sa  Majesté  de  faire  dire  à  la 
duchesse  de  Berry  que  la  commission  me  vient  d'elle, 
afin  que  cela  produise  une  impression  plus  profonde 
sur  elle.  »  Ce  qu'il  fit. 

Ce   soir-là,  le  père,  la   mère  et  la  fille    vinrent 


00  CORRESPONDANCE 

me  trouver.  J'entrai  de  suite  en  matière  :  «  Ma  chère 
enfant,  vous  savez  que  je  ne  vous  ai  prêcliée  qu'une 
fois  depuis  votre  mariage;  mon  intention  était  de  ne 
plus  jamais  le  faire,  mais  j'ai  reçu  aujourd'liui  un 
ordre  du  roi,  auquel,  comme  bien  vous  pensez,  je  ne 
saurais  me  soustraire  :  c'est  de  vous  expliquer  pour- 
quoi lundi  dernier  il  ne  vous  a  pas  menée  à  la  chasse 
dans  sa  calèche.  La  raison  en  est  que  votre  conduite 
déplaît  au  roi.  »  Puis  je  lui  expliquai  la  chose  point 
pour  point  ;  «  et,  ajoutai-je,  si  vous  voulez  devenir 
parfaitement  malheureuse,  vous  n'avez  qu'à  continuer 
de  la  sorte;  mais  si  vous  voulez  être  heureuse,  il  faut 
commencer  par  vous  faire  aimer  de  tout  le  monde 
autant  que,  jusqu'à  ce  jour,  vous  vous  êtes  fait  haïr. 
Quand  le  roi  apprendra  d'un  chacun  combien  vous 
vous  êtes  corrigée  en  toute  chose,  il  vous  rendra  ses 
bonnes  grâces...  »  J'en  dis  bien  davantage  encore... 
Elle  a  pleuré  amèrement  et  a  promis  de  s'amender... 

Versailles,  ie  lô  novembre  1711. 

«  ...  Je  ne  parlerai  pas,  dis-je  à  la  duchesse  de  Berry, 
de  Notre-Seigneur  Dieu...  j'en  laisse  le  soin  à  votre 
confesseur.  Je  ne  vous  dirai  que  ceci  :  Il  sied  fort  mal 
à  une  personne  de  votre  âge  d'afficher  qu'elle  ne  croit 
pas  en  la  Divinité;  cela  entraîne  non  seulement  la 
colère  et  le  châtiment  de  Dieu,  mais  encore  le  mépris 
des  hommes...  Ce  que  je  vous  dis  là  ne  provient  pas 
de  ma  mauvaise  humeur,  ni  de  ce  que  je  suis  cha- 
grine ;  je  vous  le  dis  uniquement  parce  que  le  roi  me 
l'a  ordonné  et  parce  que,  continuai-je  en  riant,  la 
tendresse  que  vous  porte  M.  votre  père  est  aveugle  et 


DE  MADAME,    DUCHESSE  D'OnLÉAXS.         01 

que  M"''"  votre  mère  est  trop  paresseuse  pour  prendre 
la  peine  de  vous  relever  chaque  fois  que  vous  faites 
une  sottise,  soit  en  buvant  trop,  soit  encore  en  vous 
opiaiùtrant  à  tenir  tête  au  roi,  à  maltraiter  votre 
mari,  ou  à  lui  faire  jouer  de  vilains  rôles,  et  à  vivre 
mal  avec  M"'*'  la  Daupliine...  »  Mon  fils  gâte  souvent 
ce  que  je  suis  parvenue,  au  prix  de  mon  temps,  à 
remettre  en  ordre. 

Versailles,  lo  23  novembre  1711. 

...  Messieurs  de  l'Académie,  malgré  toute  leur  viva- 
cité, sont  bien  lents  dans  leur  opération.  Pendant 
longtemps,  quand  ils  faisaient  leur  dictionnaire,  on 
leur  a  reproché  d'être  restés  vingt  ans  à  la  lettre  Q. 
Mais  en  français ,  cela  est  bien  plus  plaisant  : 
«  Messieur  de  l'académie  pour  faire  leurs  dictionaire 
Estoit  demeures  20  an  sur  le  Q...  » 

Versailles,  le  5  décembre  1711. 

...  On  dit  qu'en  certains  endroits  il  n'est  pas  encore 
permis  aux  catholiques  de  lire  la  Bible,  mais  à  Paris 
cela  est  parfaitement  admis.  Quand  je  vins  en  France, 
c'était  la  mode  de  ne  pas  la  lire;  puis  tout  d'un  coup 
la  mode  changea  :  on  la  lut.  Je  n'ai  jamais  pu  savoir 
comment  cela  s'est  fait... 

On  commence  déjà  à  dire  «  la  reine  d'Angleterre  ^  » 
ici.  Ce  ne  sont  plus  les  passeports  qui  retiennent  les 
ambassadeurs... 

1.  En  parlant  de  la  reine  Anne. 


92  CORRESPONDANCE 

Versailles,  le  10  décembre  1711. 

...  Quand  on  aura  fini  de  copier  les  comédies  tra- 
duites en  allemand,  je  vous  prierai  humblement  de 
m'en  passer  quelques-unes,  car  j'ai  toujours  entendu 
dire  à  feu  mon  père*  que  les  comédies  espagnoles  sont 
bien  supérieures  aux  françaises,  mais  que  les  anglaises 
les  dépassaient  toutes,  et  de  beaucoup.  Aussi  en  fit-il 
traduire  une  que  mon  frère  a  représentée  avec  les 
pages  et  les  étudiants.  Elle  était  fort  belle;  c'était 
la  Chute  de  Séjan.  C'est  ce  qui  augmente  encore  la 
curiosité  que  j'ai  de  lire  celles-ci. 

J'ai  bien  pensé  que  Langallerie  n'avait  pas  fait  son 
livre  lui-même.  11  n'est  pas  savant  du  tout,  mais  fort 
entendu  à  la  guerre.  Il  aurait  mieux  fait  de  ne  jamais 
publier  de  livre,  car  celui  qu'il  fit  composer  et  impri- 
mer contre  M.  de  Chamillart  lui  a  cassé  le  cou.  Aussi 
était-ce  une  grande  folie  de  dire  la  vérité. 

A  LA   RAUGRAVE    LOUISE. 

Versailles,  le  12  décembre  l'il. 

...  Chardon  m'a  renvoyée  d'une  semaine  à  l'autre 
sans  me  faire  tenir  le  certificat  constatant  que  Cou- 
bert^  a  été  donné  au  prince  Dissenguien^  comme  bien 
confisqué.  Je  ne  l'ai  pas  encore,  mais  je  ne  veux  pas  tar- 

1.  L'électeur  Cliarles-Louis,  né  en  1017,  mort  on  1G80,  était  fils 
d'Elisabeth  Stuart,  sœur  do  Charles  !«■'. 

2.  Coubert  en  Brie,  domaine  acheté  on  1669  par  le  maréchal  de 
Schomberg. 

3.  U'isenghien. 


DE   MADAME,  DUCHESSI?;   D'ORLÉANS.        93 

der  davantage  à  vous  écrire,  car  Dieu  sait  combien  de 
temps  je  pourrai  le  faire  encore  :  Je  ne  vous  caclierai 
pas  qu'on  me  tient  ici  pour  gravement  malade  ;  à  la 
vérité,  il  ne  me  semble  pas  qu'il  en  soit  ainsi,  mais 
tous  les  médecins  disent  que  moins  je  me  sens  malade, 
plus  je  le  suis.  Et  pourtant  je  suis  grosse  et  grasse, 
je  n'ai  pas  mauvaise  mine,  j'ai  bon  appétit  :  seulement 
je  suis  toujours  un  peu  somnolente,  je  m'endors  par- 
tout, et  c'est  ce  qu'on  tient  pour  fort  grave  ici.  C'est 
pourquoi  hier  on  m'a  tiré  du  sang  ,  lundi  et  mercredi 
je  prendrai  médecine  pour  voir  s'il  n'y  a  pas  moyen 
de  me  débarrasser  de  cette  dangereuse  somnolence. 
Je  me  résigne  à  la  volonté  du  Tout-Puissant  et  suis 
tout  à  fait  calme,  quoi  qu'il  arrive.  Je  ne  souhaite  ni 
ne  redoute  la  mort.  Les  deux  premières  palettes  de 
sang  étaient  hideuses,  la  troisième  meilleure... 

Je  vous  prie,  chère  Louise,  continuez  à  me  raconter 
ce  qui  se  passe  à  Francfort,  car  voilà  ce  qui  m'amuse 
bien. 

Versailles,  le  31  décembre  1711. 

...  Sans  nul  doute  vous  avez  vu  beaucoup  de  belles 
et  magnifiques  choses  à  Francfort.  Ces  marchandises- 
là  ne  sont  plus  pour  ma  bourse  :  il  faut  que  je  m'en 
tienne  aux  bagatelles.  Pour  que  vous  voyiez  comme 
on  travaille  bien  ici  l'or  et  l'argent,  je  vous  envoie 
pour  le  nouvel  an  une  petite  boîte  en  argent  avec  une 
petite  bague. 


94  CORRESPONDANCE 

A   LA  DUCHESSE    DE    HANOVRE 

Ce  dimanche  3  janvier  1712,  6  h.  du  soir. 

Les  Catholiques  aussi  bien  que  les  Réformés  disent 
que  Dieu  châtie  ce  pays  pour  les  tourments  qu'on  a 
infligés  à  tant  d'honnêtes  gens  tant  réformés  que 
catholiques.  Toutes  les  fois  que  je  demande  un  passe- 
port pour  quelqu'un,  on  veut  savoir  si  ce  n'est  pas 
pour  un  réformé,  auquel  cas  on  me  le  refuserait.  Par 
là  vous  voyez  qu'il  serait  absolument  inutile  de  solli- 
citer pour  M^'"'  de  Neuville  ^  :  ces  biens-là,  on  les  con- 
fisque immédiatement... 

Versailles,  le  14  janvier  1*12. 

...  Mon  Dieu  I  que  les  enfants  opiniâtres  sont  chose 
ennuyeuse  et  désagréable  !  Après  avoir  employé  toute 
la  matinée  de  mardi  dernier  à  faire  la  leçon  à  la 
duchesse  de  Berry,  à  lui  dire  comment  elle  devait 
demander  pardon  au  roi,  elle  finit  par  me  répondre  t 
«  Il  fauderoit  que  j'eusse  bien  peu  de  mémoire  si  je 
ne  pouvois  retenir  ce  que  vous  me  dites.  Madame.  » 
Mon  fils,  contre  son  habitude,  l'exhorta  aussi  en  fort 
bons  termes  î  il  y  avait  donc  lieu  d'espérer  que  tout 
se  passerait  bien  et  que  le  roi  serait  content  d'elle. 
Lundi  déjà,  M™'"  sa  mère  avait  prié  celui-ci  de  per- 
mettre à  sa  fille  de  retourner  auprès  de  lui,  car  il  lui 
avait  fait  ordonner  par  moi  do  ne  plus  paraître  en  sa 
présence  jusqu'à  nouvel  ordre.  Mon  fils  aussi  intercéda 

1.    Mi'c  de  La  Neuville, 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.        95 

l)Our  elle,  mais  le  roi  lui  répondit  qu'il  ne  ferait  rien 
sans  m'avoir  consultée.  Le  soir,  je  suivis  Sa  Majesté 
dans  son  cabinet.  Le  voyant  tout  embarrassé,  je  lui 
dis  en  riant  :  «  Que  V.  M.  ne  s'embarrasse  pas  de  me_ 
voir  dans  ce  Cabinet  malgré  vous,  et  j'en  sortires 
dais  que  j'ores  eue  l'honneur  de  vous  parler  et  ce  que 
j'ay  a  dire  sera  court...  La  raison  qui  m'ameine  icy 
sans  que  V.  M.  m'ait  ordonné  de  la  suivre  dans  son 
cabinet,  c'est  que  mon  fils  et  Made  d'Orléans  m'ont 
dit  tous  deux  que  vous  ne  voulles  permettre  à  made 
la  Duchesse  de  Berry  de  paraistre  devant  Vous  Mon- 
sieur et  de  demander  pardon  à  V.  M.  de  Luy  avoir 
desplue  que  je  ne  joigne  ma  prière  à  la  Leurs  et  voila 
Seullement  ce  que  je  viens  de  faire.  » 

Le  roi  ne  répondit  rien  quant  aux  premiers  points. 
Mais  quant  au  dernier  :  «  Quoy  madame,  dit-il,  vous 
me  conseillez  de  revoir  déjà  made  de  Berry?  —  De 
conseil,  il  ne  m'apartiens  jamais  de  vous  en  donner, 
répondis-je  en  riant.  Mais  bien  de  suplier  V.  M.  de 
donner  cette  Consolation  à  Made  la  Duchesse  de  Berry, 
Car  je  vous  assure  qu'elle  est  bien  mortifiée  la  tape 
qu'on  luy  a  donnée  est  bonne  et  rude  Car  elle  avait  une 
grande  passion  pour  cette  fille  ^  —  «  Vos  Conseils  sont 
bon,  répondit-il  avec  une  grande  politesse,  ayant  bon 
Esprit  comme  vous  avez,  et  je  révères  demain  au 
soir  made  de  Bery,  vous  Luy  pouvois  dire  ou  man- 
der. » 

Je  lui  fis  une  grande  révérence  et  gagnant  la  porte  : 
«  Je  ne  respond  pas,  dis-je,  Comme  je  devrois  afin  de 

1.  Voir  la  lettre  à  la  raugrave  Louise  du  21  janvier  1~12. 


96  CORRESPONDANCE 

ne  retenir  plus  longtemp  V.  M.  de  La  Compagnie  qui 
L'attand.  »  Et  là-dessus  je  m'en  allai. 

Mardi  soir  la  duchesse  de  Berry  se  rendit  auprès  de 
M""^  deMaintenon.  Elle  ne  lui  dit  pas  un  mot  quoique 
je  lui  eusse  expressément  recommandé  de  commen- 
cer par  elle  en  parlant  comme  suit  :  «  J'ai  demandé 
à  voir  le  roi  dans  votre  chambre  espérant  que  vous 
aurez  la  bonté  de  m'aider  à  l'apaiser.;»  Au  lieu  décela 
elle  ne  luiditpas  un  mot  au  roi  non  plus  et  finalement 
se  mit  à  pleurer.  «  Je  vois  bien,  dit  alors  celui-ci, 
qu'il  faut  que  ce  sois  moy  qui  rompe  la  glace.  »  Tout 
s'est  passé  bien  froidement,  à  ce  que  le  roi  lui-même 
m'a  fait  la  grâce  de  me  raconter,  et  d'ailleurs  on  se  le 
figure  aisément,.. 

A   LA    RAUGRAVE    LOUISf: 

Versailles,  lo  M  jaavior  niS. 

...  Quant  à  ma  santé,  elle  en  est  toujours  au  même 
point.  Quand  je  suis  assise,  je  ne  sens  ni  gêne  ni  dou- 
leur, mais  quand  je  marche  un  peu  vite,  je  m'essouffle 
et  m'endors  facilement.  Moi,  j'attribue  tout  cela  à  mon 
grand  âge  et  à  ma  corpulence,  mais  les  docteurs  veu- 
lent à  toute  force  qu'il  y  ait  à  redouter  pour  moi  une 
attaque  d'apoplexie  et  unehydropisie... 

Mari}-,  le  21  janvier  nii. 

...  Une  maudite  femme  de  chambre  dont  M""' de  Berry 
avait  fait  sa  favorite  s'est  ingéniée  à  brouiller  mon 
fils  avec  sa  femme  et  M"'«  de  Berry  avec  sa  mère- 


DE  MADAME,    DUCHESSE  D'ORLÉANS.         97 

Celle-ci  s'est  fâchée,  elle  était  dans  son  droit  et  a  tout 
dit  au  roi,  qui  a  chassé  la  femme  de  chambre.  J'ai  été 
mêlée  à  cette  affaire  parce  que  le  roi  m'avait  ordonné 
de  gronder  la  duchesse  de  Berry  toutes  les  fois  qu'elle 
ferait  quelque  chose  de  mal.  Vous  pensez  bien  qu'il 
m'a  fallu,  des  deux  cotés,  chercher  à  rétablir  la 
paix... 

Marly,  le  31  janvier  1712. 

...  Je  suis  bien  aise  que  ces  petites  bagatelles  que 
je  vous  ai  envoyées  pour  le  nouvel  an  vous  aient  fait 
plaisir.  Soyez  sans  inquiétude  quant  à  ma  bourse.  Ce 
sont  là  des  magnificences  qu'elle  peut  bien  sup- 
porter... 

Je  vous  ai  envoyé  la  bague  pour  rire,  afin  que  vous 
voyiez  quelle  splendeur  je  déploie  en  fait  de  pierres 
précieuses,  pendantque  ma  petite-fille  a  au  doigt  des 
bagues  de  quarante  mille  francs,  et  pour  vous  montrer 
en  outre  comme  on  enchâsse  délicatement  ici.  Celle- 
là,  je  ne  pouvais  plus  la  porter  ,  elle  m'était  trop 
étroite... 

Nous  avons  eu  un  nouveau  malheui-  ici  :  M.  le  duc 
de  Berry  a  blessé  hier  par  inadvertance  M.  le  Duc  d'un 
coup  de  feu  à  l'œil,  à  la  chasse  ;  on  craint  qu'il  ne 
perde  l'œil,  le  droit.  Le  duc  de  Berry  est  au  déses- 
poir, car  il  aime  beaucoup  son  cousin... 

Ma  somnolence  et  mes  étouffements  empirent  de 
jour  en  jour... 


98  GOIIRESPONDANCE 

A    LA     DL'CIIESSE    DE    HANOVRE.      . 

Versailles,  le  11  février  1712. 

Il  n'y  a  pas  à  s'étonner  que  la  reine  d'Angleterre 
haïsse  le  duc  de  Marlborough  et  sa  femme  :  ils  ont 
été  par  trop  insolents  vis-à-vis  de  Sa  Majesté.  Mais  il 
me  semble  quand  même  qu'elle  devrait  lui  pardonner, 
parce  que,  à  l'armée,  il  n'a  que  trop  bien  fait  son 
devoir  tant  dans  les  batailles  qu'aux  sièges,  et  à  mon 
avis  les  triomphateurs  méritent  des  récompenses  et 
non  des  châtiments.  A  moins  que  la  reine  —  comme 
on  le  prétend  ici  —  n'ait  les  preuves  en  main  qu'il 
ait  voulu  la  détrôner  et  s'ériger  en  Protecteur  comme 
Cromwell;  auquel  cas  elle  a  eu  raison  de  le  faire  em- 
poigner et  jeter  en  prison,  car  ici  l'on  dit  qu'il  est 
déjà  arrêté... 

Je  ne  crois  pas  que  ces  IlarlayAk  ^  soient  parents  de 
ceux  d'ici.  Je  n'ai  jamais  entendu  dire  que  les  membres 
de  cette  famille  aient  été  s'établir  à  l'étranger... 

Marly,  le  1-1  février  1712. 

...  On  ne  peut  faire  fond  sur  rien.  Qui  est-ce  qui 
n'aurait  pas  promis  une  vie  longue  et  heureuse  à 
M""  la  Dauphine  ?  et  voilà  que  tout  est  anéanti.  Mon 
Dieu!  que  la  bonne  duchesse  de  Savoie  doit  être 
triste  !  Elle  me  fait  pitié.  Je  no  peux  penser  à  son 
affliction.  M.  le   Dauphin   est    profondément   triste 

1  Les  Ilarley  d'Angleterre.  Ilarloy,  comte  d'Oxford  (1661-17-2-1),  pre- 
mier ministre  ot  grand  trésorier  eu  1712,  créa  les  lotcncs  royales. 


DE  MADAMK,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.        90 

aussi,  mais  il  est  jeune,  il  peut  se  remarier  et  réparer 
sa  perte,  mais  celle  de  M""'  de  Savoie  est  irrémédiable, 
et  celle  du  roi  aussi.  Il  l'avait  élevée  tout  à  fait  à  son 
idée;  elle  était  toute  sa  consolation,  toute  sa  joie.  Elle 
avait  l'humeur  si  gaie  qu'elle  trouvait  toujours  le 
moyen  de  le  dérider,  quelque  maussade  qu'il  fût.  Cent 
fois  par  jour  elle  accourait  auprès  de  lui  et  chaque 
fois  lui  disait  quelque  chose  de  plaisant.  Elle  manque 
au  roi  sous  tous  les  rapports  :  il  n'y  a  rien  d'étonnant 
que  Sa  Majesté  soit  tellement  affligée... 

Marly,  lo  18  février  1713. 

...  Le  malheur  nous  accalmie  de  nouveau  :  ce  bon 
M.  le  Dauphin  a  suivi  sa  femme;  il  est  mort  ce  matin 
à  liuit  heures  et  demie...  L'affliction  du  roi  est  si 
grande  que  je  tremble  pour  sa  santé.  C'est  une  perte 
affreuse  pour  tout  le  royaume,  car  c'était  un  homme 
vertueux,  juste  et  intelligent...  Le  roi  avait  la  toux  et 
le  rhume,  on  ne  l'a  donc  pas  réveillé.  Mais  il  a  appris 
immédiatement  l'horrible  nouvelle.  Dès  que  nous 
avons  su  qu'il  en  était  informé,  nous  nous  sommes 
rendus  auprès  de  lui.  Il  ne  peut  y  avoir  de  spectacle 
plus  navrant.  Le  roi  perd  beaucoup  en  lui,  car  depuis 
la  mort  de  M.  son  père  il  le  faisait  assister  à  tous  les 
conseils  et  les  ministres  travaillaient  avec  lui.  Il  sou- 
lageait le  roi  où  il  pouvait,  était  miséricordieux,  fai- 
sait beaucoup  l'aumône  :  il  avait  vendu  tous  les 
joyaux  de  sa  mère  et  donné  l'argent  à  de  pauvres  ofli- 
ciers  blessés.  Il  a  fait  tout  le  bien  qui  était  en  son 
pouvoir,  et  de  sa  vie  il  n'a  fait  de  mal  à  personne. 

Jamais,  je  crois,  on  n'a  vu  ce  qu'on  va  voir  main- 


100  CORRESPO]NDANCE 

tenant  :  le  mari  et  la  femme  conduits  à  Saint-Denis 
dans  la  même  voiture!  Je  suis  sous  le  coup  d'une 
telle  frayeur  que  j'ai  peine  i\  me  remettre.  Je  ne  sais 
quasi  pas  ce  que  je  dis...  Tous,  tant  que  nous  sommes, 
nous  allons,  je  crois,  mourir  l'un  après  l'autre... 

Marly,  le  20  février  1712. 

...  Ce  n'est  pas  jour  de  poste  aujourd'hui;  mais 
quand  mon  cœur  est  angoissé  et  triste,  comme  il  l'est 
présentement,  je  ne  sais  de  meilleure  consolation  que 
de  conter  mes  peines  à  ma  bien-aimée  tante.  11  ne 
suffit  pas  que  je  sois  sincèrement  affligée  de  la  mort  de 
M"""  la  Dauphine  et  de  M.  le  Dauphin,  desquels,  de- 
puis deux  ans,  j'avais  de  réels  motifs  d'être  satisfaite; 
il  faut  qu'il  m'arrive  en  outre  une  chose  qui  m'est 
encore  plus  douloureuse  et  qui  me  perce  le  cœur: 
des  gens  qui  ont  l'âme  noire  ont  répandu  le  bruit 
dans  tout  Paris  que  mon  fils  a  empoisonné  le  Dauphin 
et  la  Dauphine.  Moi  qui  suis  sûre  de  son  innocence, 
—  j'en  mettrais  la  main  au  feu',  —  j'ai  d'abord  consi- 
déré la  chose  comme  une  plaisanterie;  je  ne  pensais 
pas  qu'on  pût  dire  cela  sérieusement  ;  mais  c'est  bien 
comme  cela  qu'on  l'a  raconté  au  roi.  Celui-ci  cepen- 
dant en  a  de  suite  parlé  à  mon  fils  avec  bonté  et  lui  a 
donné  l'assurance  qu'il  n'en  croyait  rien.  Mais  il  a 
conseillé  à  mon  fils  d'envoyer,  dans  son  propre  inté- 
rêt, son  chimiste,  le  pauvre  et  savant  Humberg  ^  à  la 
Bastille,  afin  qu'il  lavcât  son  maître  de  cette  accusa- 

1.  Guillaume  Homberg,  né  à  Batavia  en  iC)ô2,  mort  à  Paris  en  1715 
perfectionna  la  machine  pneumatique  d'Otto  de  Guérikc. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'OP.LÉANS.       101 

tion...  Je  suis  absolument  hors  de  moi.  D'aucuns  pré- 
tendent que  cette  méchanceté  vient  d'Espagne.  En  ce 
cas,  il  faudrait  que  la  princesse  des  Ursins  fût  un  vrai 
diable  et  qu'elle  poussât  bien  loin  sa  vengeance  contre 
mon  fils.  La  plaisanterie  qu'il  s'est  permise  à  l'égard 
de  cette  dame  lui  coûte  cher... 

Le  dimanche  21  février,  à  10  h.  du  matin. 

...  Il  faut  que  je  vous  raconte  la  'fin  de  Diistoire 
d'hier.  Mon  fils  a  envoyé  son  Humberg  à  la  Bastille 
pour  être  examiné.  Le  roi  fit  défense  de  l'y  recevoir. 
Premièrement  Sa  Majesté  ne  croit  pas  mon  fils  capable 
d'une  pareille  chose;  secondement  tous  les  médecins 
qui  ont  assisté  à  l'autopsie  attestent  qu'ils  n'ont  trouvé 
ni  chez  l'un  ni  chez  l'autre  la  moindre  apparence  de 
poison,  mais  que  M"'""  la  Dauphine  est  morte  de  la 
rougeole,  et  M.  le  Dauphin  du  mauvais  air  et  de  cha- 
grin..._ 

On  ne  peut  connaître  Humberg  sans  l'estimer  pour 
la  netteté  de  son  esprit;  il  n'est  pas  embrouillé  du 
tout,  comme  le  sont  d'ordinaire  les  savants,  ni  grave, 
ni  imposant  non  plus,  toujours  gai  au  contraire.  Il 
vous  débite  sa  science,  même  la  plus  abstruse,  comme 
en  badinant,  en  se  jouant  et  riant  de  lui-même.  Je  suis 
convaincue  qu'il  vous  plairait.  Il  a  la  voix  douce  et  le 
parler  lent,  mais  il  se  fait  fort  bien  comprendre. 

Les  sciences,  voilà  l'affaire  de  mon  fils  :  elles  con- 
viennent bien  à  sa  nature.  Mais  quand  il  veut  faire  le 
drôle,  on  en  a  des  nausées,  tellement  cela  lui  sied  mal, 
et  les  jeunes  gens,  sa  fille  elle-même,  se  moquent  de 
lui,  mais  rien  n'y  fait.  Il  est  comme  l'enfant  de  ce 

(p. 


102  CORRESPONDANCE 

conte  au  baptême  duquel  on  invita  les  fées  :  l'une  lu 
souhaite  une  belle  taille,  l'autre  l'éloquence,  la  troi- 
sième qu'il  apprenne  tous  les  arts,  la  quatrième 
qu'il  apprenne  tous  les  exercices,,  à  savoir  l'escrime, 
l'équitation,  la  danse,  la  cinquième  qu'il  devienne 
habile  dans  l'art  delà  guerre,  la  sixième  qu'il  ait  plus 
de  courage  que  tout  autre.  Mais  la  septième  fée,  on 
avait  oublié  de  l'inviter.  «  Je  ne  peux  reprendre  à  l'en- 
fant, dit-elle,  ce  que  mes  sœurs  lui  ont  donné,  mais 
sa  vie  durant  je  lui  serai  contraire,  de  telle  façon  que 
toutes  les  faveurs  qu'on  lui  a  accordées  ne  lui  servent 
à  rien.  Ainsi  lui  donnerai-je  une  démarche  si  vilaine 
qu'on  le  croira  bancal  et  bossu,  je  lui  ferai  tellement 
pousser  sa  barbe  noire  d'un  jour  à  l'autre  et  lui  ferai 
faire  en  outre  des  grimaces  d'homme  rêveur  qu'il  en 
sera  tout  défiguré;  je  le  dégoûterai  de  tous  les  exer- 
cices du  corps,  je  le  plongerai  dans  un  tel  ennui  qu'il 
prendra  en  aversion  tous  les  arts  qu'il  cultive,  la  mu- 
sique, la  peinture,  le  dessin  ;  je  lui  inspirerai  le  goût 
de  la  solitude  et  l'horreur  de  la  société  des  honnêtes 
gens...  » 

Versailles,  le  5  mars  1712. 

...  Je  suis  prise  d'une  grande  compassion  pour  le 
roi.  Il  se  contient  et  fait  bonne  mine,  et  pourtant  on 
voit  qu'il  souffre  intérieurement.  Que  Dieu  nous  le 
conserve,  car  les  choses  prendraient  une  étrange 
tournure  !  On  craint  déjà  que  mon  fils  n'ait  part  au 
gouvernement  que  nous  aurions  ;  c'est  pourquoi  l'on 
cherche  à  le  rendre  odieux  à  Paris  et  à  la  cour,  et  l'on 
répand  ce  bruit  d'empoisonnement  dont  je  vous  ai 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       103 

déjà,  parlé.  Il  ne  meurt  personne  à  la  cour  qu'on  ne 
l'en  accuse.  C'est  ainsi  qu'il  doit  avoir  empoisonné 
M.  de  Seignelay  aussi,  qui  est  mort  si  subitement... 

Versailles,  le  10  mars  1~12. 

Sans  nul  doute  vous  serez  saisie  de  frayeur  aussi  en 
voyant  que  le  malheur  continue  à  nous  accabler.  Les 
médecins  ont  commis  la  même  faute  qu'avec  M""'  la 
Dauphine.  Car  le  petit  Dauphin  était  déjà  tout  em- 
pourpré de  la  rougeole  et  en  transpiration,  qu'ilii  lui 
ont  fait  une  saignée,  puis  donné  de  l'émétique,  et  au 
milieu  de  Yopéralion  le  pauvre  enfant  est  mort.  Et  ce 
qui  prouve  bien  qu'ils  l'ont  tué,  lui  aussi,  c'est  que 
son  petit  frère  étant  atteint  de  la  même  maladie  et 
les  neuf  docteurs  étant  occupés  de  l'aîné,  les  femmes 
du  plus  jeune  se  sont  enfermées  avec  lui  et  lui  ont 
donné  un  biscuit  et  un  peu  de  vin.  Hier  l'enfant  avait 
une  forte  fièvre,  ils  ont  voulu  le  saigner,  mais  M"""  de 
\entadour  et  la  sous-gouvernante  du  prince,  M""'  de 
Villefort,  s'y  sont  fortement  opposées  et  n'ont  absolu- 
ment pas  voulu  le  souffrir.  Elles  l'ont  simplement  tenu 
bien  au  chaud,  et  cet  enfant  a  été  sauvé,  à  la  honte 
des  docteurs.  Si  on  les  avait  laissé  faire,  sûrement  il 
serait  mort. 

Il  faut  que  je  vous  raconte  en  gémissant  l'atroce 
méchanceté  des  gens  d'ici.  Quoique  mon  fils  ni  per- 
sonne des  siens  n'eût  jamais  approché  cet  enfant, 
on  dit  quand  même  publiquement  qu'il  a  empoisonné 
le  petit  Dauphin  aussi,  mais  qu'il  laisse  vivre  le  plus 
jeune,  de  peur  que  le  roi  d'Espagne,  qui  déteste  mon 
fils,  ne  revienne  ici.  Hier  des  gens  dignes  de  foi  ont 


104  CORRESPONDANCE 

entendu  des  propos  comme  celui-ci  :  «  Ali  !  qu'on  laisse 
mourir  aussi  Le  petit  Duc  d'Anjou,  afin  que  le  Royaume 
ne  demeure  pas  après  le  Roy  en  minorité.  »  On  n'en- 
tend de  telles  insolences  que  dans  ce  pays-ci... 

Versailles,  le  15  mars  1712. 

...  Je  suis  persuadée  qu'il  y  a  plus  de  cent  saints  qui 
ont  été  canonisés  sans  l'avoir  autant  mérité  que  feu 
notre  deuxième  Dauphin  (car  en  onze  mois  nous  en 
avons  perdu  trois,  ici,  c'est  une  affreuse  chose!  l'un 
à  l'âge  de  quarante-neuf  ans,  l'autre  à  vingt-six  et  le 
troisième  à  cinq).  Le  Dauphin  sûrement  est  mort  de 
chagrin  :  il  aimait  sa  femme  d'une  façon  inouïe;  l'af- 
fliction lui  donna  la  fièvre,  qui  pendant  quelques  jours 
ne  fut  pas  réglée,  puis  ce  devint  une  fièvre  quarte, 
on  le  saigna.  Après  la  mort  de  sa  femme,  il  lui  vint 
comme  une  éruption  de  pustules  au  front;  il  n'en 
resta  pas  moins  debout  et  ne  se  coucha  que  lundi 
soir;  il  lui  vint  beaucoup  de  taches  violàtres  avec  des 
boutons  proéminents,  autres  que  ceux  qui  d'ordinaire 
accompagnent  la  rougeole.  On  kii  donna  des  cordiaux 
et  on  provoqua  la  transpiration,  mais  l'éruption  ne  se 
fit  pas  bien.  Mercredi  dans  la  nuit,  quand  tout  le 
monde  se  fut  couché,  il  fit  dresser  un  autel  dans  sa 
chambre,  communia  avec  une  grande  dévotion,  et 
quelques  heures  après  il  reçut  l'extrême  onction. 
Immédiatement  après,  il  se  mit  à  divaguer  :  il  voulait 
se  lever,  aller  à  la  chasse,  à  la  guerre,  eut  des  accès 
de  fureur,  ne  connaissait  plus  personne.  A  partir  de 
huit  heures,  il  s'affaiblit  de  plus  en  plus,  et,  à  neuf 
heures,  il  rendit  l'âme.  De   onze  à  trois  heures  de 


DE   MADAMK,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       lOo 

raprès-dînée,  on  l'a  exposé  dans  sa  chambre  ^  Puis 
on  lui  fit  un  lit  dans  sa  voiture  et  de  cette  façon  on 
l'amena  à  Versailles.  Le  lendemain,  quand  les  vingt- 
quatre  heures  furent  écoulées,  on  fit  l'autopsie,  on 
trouva  tous  les  organes  pourris,  le  cœur  flétri  et 
déprimé,  d'où  l'on  a  conclu  qu'il  est  mort  de  chagrin... 

Versailles,  le  17  mars  1712. 

...  Je  suis  heureuse  pour  deux  raisons  d'être 
admise  dans  le  sanctuaire.  D'abord  on  ne  peut  parler 
au  roi  que  là,  et  pour  moi  qui  l'aime  et  le  respecte, 
c'était  chose  pénible  de  ne  pouvoir  l'entretenir 
qu'à  une  audience.  Secondement  cela  me  semblait 
une  véritable  disgrâce  d'être  la  seule  de  toute  la 
famille  royale  qui  en  fût  exclue...  Je  ne  sais  vraiment 
pas  pourquoi  on  me  permet  maintenant  de  venir  dans 
le  cabinet  du  roi...  je  ne  crois  pas  non  plus  que  les 
malheurs  qui  viennent  de  nous  frapper  aient  motivé 
ce  changement,  à  moins  qu'on  ne  veuille  me  faire 
croire  que  M""'  la  Dauphine  seule  était  cause  de  mon 
exclusion.... 

Versailles,  ce  samedi  19  mars  171-2. 

...  Je  ne  peux  trouver  le  motif  pour  lequel  mon  fils 
est  tellement  haï  à  Paris  :  de  sa  vie  il  n'a  fait  de  mal 
à  personne.  Feu  Monsieur,  son  père,  et  moi  ne  l'avons 
jamais  été:  présentement  je  ne  le  suis  pas  davantage. 
Grâce  à  Dieu,  je  crois  que  voici  la  vérité  au  sujet 
de  cette   intrigue  :  l'origine   en   est    que    beaucoup 

1.  A  Marly. 


lOG  CORP.ESPONDANCE 

d'entre  les  domestiques  de  mon  fils  étaient  jaloux  de 
Homberg,  parce  qu'il  en  fait  grand  cas....  Ces  do- 
mestiques ont  cru  nuire  uniquement  à  Homberg  en 
répandant  le  bruit  qu'il  manie  des  poisons,  mais  les 
politiques  qui  craignent  que  mon  fils  ne  soit  appelé  au 
Conseil,  qu'il  n'y  déploie,  si  j'ose  le  dire,  plus  d'esprit 
et  de  savoir  que  d'autres,  tous  ces  gens-là  ont  monté 
le  coup  contre  lui.  J'ai  tout  examiné  fort  minutieuse- 
ment :  le  roi  n'y  croit  pas,  aussi  peu  que  les  gens 
qui  ont  répandu  le | bruit;  seulement  on  le  propage 
quand  même  dans  le  peuple,  afin  de  lui  rendre  mon 
pauvre  fils  odieux.  Mais  j'espère  qu'on  va  être  plus 
prudent,  maintenant  qu'on  voit  commentle  roi  a  pris 
la  chose. 

C'est  la  faute  de  mon  fils  que  son  enfant  soit  si  gâtée 
et  si  volontaire,  il  l'a  mal  élevée.  Je  ne  crois  pas  que 
la  cour  imitera  les  manières  de  la  duchesse  de  Berry, 
car  elle  n'est  en  faveur  nulle  part... 

Ce  n'est  pas  là  le  genre  du  roi  de  causer  avec  les 
courtisans,  à  l'exception  de  ceux  qui  ont  été  auprès 
de  Sa  Majesté  dès  sa  jeunesse,  comme  M.  le  Grand, 
le  maréchal  de  Yilleroy  et  autres.... 

Quand  le  roi  ne  va  pas  au  tiré  où  à  Marly,  il  passe 
toute  l'après-dînée  auprès  de  M'"<^  de  Maintenon.  Il 
travaille  chez  elle  avec  les  ministres.  Tous  les  soirs 
je  fais  de  mon  mieux  pour  l'égayer  par  mon  bavar- 
dage. Quelquefois  je  parviens  à  le  faire  sourire. 

Ce  n'est  pas  ici  comme  en  Hollande.  H  n'est  permis 
à  personne,  si  ce  n'est  aux  ministres,  do  parler  des 
affaires  de  l'État.  D'autres  le  font  aussi,  mais  on  le  leur 
prend  en  mauvaise  part... 


.DE   MADAME,   DUCHESSE  D'OULÉAiNS.       107 

Versailles,  ce  jeudi  saint  -24  mars  Hl^. 

Dans  le  Sanctuaire,  on  parle  beaucoup  du  passé, 
mais  on  ne  dit  mot  du  présent,  ni  de  la  guerre,  ni  de 
la  paix;  on  ne  parle  pas  davantage  des  trois  Daupliins 
et  de  la  Dauphine,  pour  n'y  pas  faire  penser  le  roi. 
Dès  qu'il  se  met  à  en  parler,  vite  je  cause  d'autre 
chose  en  feignant  de  n'avoir  pas  entendu.  Plût  au  Ciel 
qu'il  n'y  eût  pas  de  plus  grosses  difli cultes  dans  la 
paix  que  de  reconnaître  la  reine  Anne  comme  reine 
légitime  d'Angleterre  et  d'agréer  les  princes  qu'elle 
désignera  pour  ses  héritiers...  Je  crois  que  quand  bien 
même  la  reine  Anne  n'aurait  pas  demandé  qu'on 
reconnût  l'électeur  de  Brunswick  en  cette  qualité,  on 
ne  l'eût  pas  moins  fait... 

Versailles,  ce  dimauclio  de  Pâques  i~l2,  10  h.  du  malin. 

...  Les  médecins  avouent  bien  qu'ils  ont  mal  traité 
M.  le  Dauphin  et  M""'  la  Dauphine  en  reconnaissant 
qu'ils  n'ont  pas  deviné  la  maladie  qu'ils  avaient... 

Précédemment  mou  fils  était  aimé  de  tout  le  monde, 
mais  depuis  l'affaire  d'Espagne  tout  Paris  le  déteste... 
On  affiche  au  Palais-Royal  des  placards  portant  : 
«  voicy  ou  se  font  Des  lotteries  et  ou  on  trouve  le 
plus  fin  poison.  »  Ces  lotteries,  c'est  pour  dire  que 
mon  fils  vit  avec  sa  fille  comme  Lot.  On  ne  demande 
pas  qu'il  soitbigot,  mais  on  trouve  mal  qu'il  blasphème 
et  nie  l'existence  de  Dieu,  et  en  ceci  on  n'a  pas  tort.  Je 
le  lui  ai  dit  cent  fois,  mais  il  ne  me  croit  pas 


108  CORRESPONDANCE 

Marly,  lo  8  avril  171-2. 

...  M.  Hasscnberg  vous  remettant  ceci  en  mains 
propres,  je  vais  vous  dire  d'où  vient  le  mallieur  de 
mon  fils.  M.  du  Maine,  M'^'^  la  Duchesse  et  M.  le  duc 
d'Antin  sont  les  créatures  les  plus  ambitieuses  que 
porte  la  terre.  Voyant  que  le  roi  a  de  l'inclination  pour 
mon  fils,  ils  ne  cherchent  tous  qu'à  le  déshonorer. 
Du  vivant  de  Monseigneur,  ils  n'ont  travaillé  contre 
lui  qu'auprès  de  celui-ci  et  du  duc  de  Bourgogne. 
Auprès  du  père  ils  ont  réussi,  mais  non  auprès  du 
fils,  qui  était  plus  juste;  mais  depuis  un  an,  depuis  la 
mort  'de  Monseigneur,  ils  ont  commencé  par  faire 
entrer  la  vieille  Maintenon  dans  leur  cabale.  Celle-ci 
a  représenté  au  roi  que  mon  fils  a  empoisonné  le  der- 
nier Dauphin  et  la  Dauphine.  Ils  s'imaginaient  que 
cela  effrayerait  tellement  le  roi  qu'incontinent  il 
renverrait  mon  fils  de  la  cour,  sans  examiner  la  chose. 
Et  j'ai  acquis  cette  certitude  par  le  fait  suivant  :  quand 
les  médecins  vinrent  annoncer  au  roi  qu'ils  avaient 
tout  examiné  scrupuleusement  et  que  bien  certaine- 
meut  nul  poison  n'avait  été  administré  à  ces  deux 
personnes,  le  roi  se  tourna  vers  M""'  de  Maintenon  et 
lui  dit  :  «  Eh  bien,  Madame,  eh  bien,  ne  vous  avais-je 
pas  dit  que  ce  que  vous  m'avez  dit  de  mon  neveu 
était  faux  ?  »  On  a  vu  à  Paris  des  gens  du  duc  d'Antin 
qui  répandaient  ces  bruits  parmi  le  peuple.  Par  là 
vous  voyez  que  nous  ne  nous  sommes  pas  trompés  : 
la  vieille  femme  voudrait  bien  voir  ses  élèves  sur  le 
trôn(î,  elle  nous  hait  tous,  mais  moi  je  ne  fais  pas  scm- 
))lant  de  savoir  la  chose. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      109 

Marly,  le  11  avril  1712. 

...  Le  roi  de  Danemark  a  bien  mauvaise  grâce  à  faire 
le  galant.  Il  n'est  pas  taillé  pour  cela,  il  ne  sait  pas 
s'y  prendre.  Je  n'y  peux  penser  sans  rire  :  je  le  vois 
d'ici  qui  fait  ses  grimaces  ;  il  est  pâle  comme  la  mort, 
il  ressemble  bien  plus  à  un  homme  qui  va  tomber  en 
syncope  et  être  pris  de  convulsions  qu'à  un  amoureux. 
On  peut  bien  lui  appliquer  le  proverbe  français  :  «  La 
Mort  n'a  pas  faim.  « 

Le  roi  traite  bien  mon  fils.  Cela  me  fait  espérer 
que  ces  mensonges,  Dieu  merci,  n'ont  pas  fait  d'im- 
pression sur  Sa  Majesté. 

Mon  fils  n'est  pas  de  sa  nature  porté  à  l'ivrognerie, 
mais  il  hante  souvent  fort  mauvaise  compagnie  et  il 
s'imagine  que  c'est  une  gentillesse  de  faire  le  bon 
drolle  avec  eux;  il  s'enivre  totalement  et  une  fois 
pris  de  vin,  il  ne  sait  plus  ce  qu'il  dit  ni  ce  qu'il  fait... 

A    LA    RAUGRAVE    LOtlSE. 

Marlj',  le  21  avril  1~12. 

...'J'ai  reçu...  les  deux  médailles  que  vous  m'avez 
envoyées,  chère  Louise,  elles  me  complètent  ma  suite, 
dans  l'histoire  de  notre  temps.  Je  vous  en  remercie 
de  tout  cœur  :  vous  me  rendez  un  grand  service  en 
me  les  envoyant...  J'en  ai  de  toute  sorte,  des  romaines, 
des  grecques,  en  or,  en  argent.  Celles  en  or,  je  les  ai 
achetées  ici,  ma  tante  m'a  fait  cadeau  de  celles  en 
argent.  J'en   ai  beaucoup    de   modernes  comme  ces 


110  CORRESPONDANCE 

deux-là,  et  c'est  vous  qui  m'en  avez  envoyé  un  grand 
nombre;  j'ai  donc  de  curieux  recueils  en  la  matière. 
J'espère  qu'avec  le  temps  mon  fils  aussi  y  prendra 
goût  et  que  la  peine  que  j'ai  eue  de  les  collectionner 
n'aura  pas  été  vaine.  Je  commence  à  me  connaître  un 
peu  en  médailles;  si  donc  vous  deviez  ne  pas  savoir 
que  faire  de  votre  livre  de  médailles  d'Auguste, 
envoyez-le-moi  toujours... 

A  LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Versailles,  le  l"^''  mai  1712. 

>..  Antoine  Ilamilton  ne  dit  pas  pour  quel  motif  le 
comte  de  Gramont  a  été  exilé.  Le  voici  :  Notre  roi  en 
ce  temps-là  était  très  galant,  il  s'était  épris  d'une  des 
demoiselles  de  la  reine  appelée  M"-^  de  La  Motlie, 
sœur  du  comte  de  La  Mothe,  et  nièce  par  alliance  de 
la  maréchale  de  La  Mothe.  Le  comte  de  Gramont 
était  également  amoureux  d'elle,  mais  voyant  qu'elle 
le  dédaignait,  il  en  chercha  la  cause  et  trouvant  qu'on 
lui  préférait  le  roi,  il  les  épia  un  jour.  Il  apprit  que  le 
roi  avait  un  rendez-vous  avec  elle.  Pour  être  bien 
seule,  la  demoiselle  avait  feint  une  migraine.  Le  comte 
de  Gramont,  de  son  pied  léger,  va  à  sa  chambre  ;  la  clef 
était  à  la  serrure,  il  ferme  la  porte  à  double  tour  et 
s'en  retourne.  Quand  le  roi  vint,  il  ne  put  entrer  et 
la  demoiselle  ne  put  pas  davantage  lui  ouvrir.  Il  s'in- 
forma des  personnes  qui  avaient  passé  par  là,  à  ce 
moment  de  la  journée.  On  sut  que  c'avait  été  le 
comte  de  Gramont  et  aussitôt  le  roi  l'exila... 

Il  alla  en  Angleterre.  C'est  à  cette  époque  qu'il  y 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.      111 

eut  toutes  les  aventures  que  vous  trouverez  dans  le 
deuxième  livre.  Dans  le  premier  se  trouve  relatée  sa 
galanterie  à  la  cour  de  Savoie.  Dès  que  je  pourrai 
avoir  le  tome  troisième,  je  vous  le  ferai  copier  et  vous 
l'enverrai... 

A    LA   RAUGRAVE    LOUISE. 

Versailles,  le  5  mai  1~12. 

...  Je  vous  remercie  bien  de  la  part  que  vous  avez 
prise...  à  ma  douleur,  au  sujet  de  l'affreuse  calomnie 
qu'on  a  répandue  sur  le  compte  de  mon  fils  innocent. 
Dieu  merci,  tout  est  fini  !  Même  ceux  qui  ont  clabaudc 
le  plus  nient  tout  à  présent  et  font  implorer  leur 
pardon  auprès  de  nous  ;  mais  ceux  qui  inventent  et 
répandent  de  telles  choses  ne  s'en  vantent  pas  ;  tout 
cela  se  fait  sous  main.  Je  vous  sais  grand  gré  d'avoir 
pris  ainsi  parti  pour  mon  fils... 

A    LA  DUCHESSE   DE   HANOVRE. 

Versailles,  le  8  mai  171'2. 

...  Ce  m'est  une  grande  joie  que  le  manuscrit 
d'Antoine  Hamilton  vous  divertisse  autant.  Je  le  pen- 
sais bien,  c'est  pourquoi  je  vous  l'ai  offert.  Mais  si 
vous  aviez  connu  comme  nous  le  comte  et  la  comtesse 
de  Gramont,  le  livre  vous  eût  amusée  davantage 
'encore.  Le  caractère  des  deux  époux  y  est  parfaite- 
ment bien  rendu.  Matta,  je  l'ai  connu  aussi,  et  le  petit 
Germain.  Le  bon  roi  Jacques  n'est  pas  mal  dépeint  non 
plus,  mais  à  mon  sens  il  maltraite  trop  mon  oncle 
Robert... 


112  CORRESPONDANCE 

Versailles,  le  12  de  mai  1712, 

...  Mon  fils  reçoit  comme  une  grâce  tout  ce  que 
vous  faites  pour  lui,  et  lui  dites.  Mais  il  a  un  vilain 
défaut:  il  sait  fort  bien  qu'il  a  tort,  il  l'avoue  lui-même, 
il  donne  raison  à  ceux  qui  le  blâment,  mais  ne 
s'amende  pas  pour  cela.  Quelquefois  cela  me  met  hors 
des  gonds!... 

Versailles,  le  21  mai  1712. 

...  Quoique  la  vieille  femme  soit  notre  pire  enne- 
mie, je  ne  lui  en  souhaite  pas  moins  de  vivre  long- 
temps et  cela  à  cause  du  roi,  car  tout  irait  dix  fois 
plus  mal  s'il  venait  à  mourir  maintenant,  et  il  aime 
tellement  cette  femme  que  bien  certainement  il  la  sui- 
vrait de  près  dans  la  tombe.  —  Ne  répondez  pas  à  ce 
que  je  vous  dis  dans  cette  lettre,  je  vous  prie.  — 
Quant  au  duc  de  Berry,  il  ne  serait  pas  si  sot  si  on  ne 
l'avait  pas  élevé  de  façon  à  en  faire  un  ignorant.  Il  ne 
sait  rien,  absolument  rien;  à  peine  s'il  sait  qui  .11  est 
lui-même.  Et  avec  cela  il  est  très  opiniâtre,  mais  fort 
épris  aussi  de  sa  femme.  Hélas!  elle  ne  l'est  pas  du 
tout  de  lui,  et  quoiqu'elle  se  tienne  mieux  à  cette 
heure  qu'elle  ne  se  tenait  précédemment,  je  crains 
qu'elle  ne  devienne  coquette.  Elle  a  trop  de  pente  à 
cela  et  «  bon  chien  chasse  de  race  ».  Madame  sa  mère, 
malgré  toute  sa  gravité,  n'est  jamais  sans  affaires, 
mais  il  faut  avouer  que  sous  ce  rapport  elle  se  gou- 
verne bien  :  elle  ne  fera  jamais  d'éclat.  Tout  Paris  la 
tient  pour  une  vestale;  mais  moi,  qui  vois  les  choses 
de  près,  je  sais  bien  ce  qui  en  est. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.       113 

Elle  est  bien  avec  moi  ;  je  me  garde  aussi  de  lui  faire 
le  moindre  chagrin,  et  toujours  je  conseille  à  mon 
fils  de  rester  sur  un  bon  pied  avec  elle,  car  à  quoi 
cela  lui  servirait-il  de  faire  un  éclat?  Le  roi  pren- 
drait le  parti  de  sa  fille  et  mon  fils  serait  obligé  de 
la  garder  malgré  l'éclat.  Il  vaut  donc  mieux  ne  rien 
laisser  paraître  et  bien  vivre  avec  elle,  cela  l'obligera 
à  rendre  de  bons  offices  à  mon  fils  auprès  du  roi  et  à 
parler  en  sa  faveur.  En  ceci,  mon  fils  suit  mon  con- 
seil çt  il  s'en  trouve  bien. 

Au  demeurant,  M.  le  duc  du  Maine  et  M'"''  la 
Duchesse  sont  les  créatures  les  plus  ambitieuses  du 
monde;  ils  font  tout  leur  possible  pour  tirer  à  eux  toute 
la  faveur  du  roi,  et  comme  le  duc  d'Antin  est  très  en 
crédit,  ces  deux-là  n'ont  rien  de  plus  pressé  à  faire 
que  de  s'arracher  leur  demi-frère  ^  :  ils  ne  s'aiment 
donc  pas  du  tout.  W^'  d'Orléans  et  M'"''  la  Duchesse 
se  haïssent  aussi  comme  deux  beaux  diables,  car 
M""'  la  Duchesse  voulait  que  le  duc  de  Berry  épousât 
l'une  de  ses  filles;  elle  ne  peut  pardonner  à  sa  sœur 
que  sa  fille  ait  eu  la  préférence,  et  à  cette  heure 
jyjme  d'Orléans  cherche  à  détourner  de  l'autre  son  plus 
cher  frère-,  ce  qui  occasionne  une  nouvelle  jalousie. 
Voilà  l'état  de  la  cour  intime  .. 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE. 

]M;irly,  co  samedi  18  juin  171-2. 

...  Ce  que  M.  Hassenberg  a  apporté  à  ma  tante...  est 

1.  Le  duc  d'Antin,  fils  légitime  do  M™<^  de  Montcspan. 

2.  Le  duc  du  Maine. 


114  CORRESPONDANCE 

le  modèle  d'un  parasol  expéditif,  qu'on  peut  facile- 
ment emporter  partout,  au  cas  où  la  pluie  viendrait 
à  vous  surprendre  en  pleine  promenade.  Le  même 
homme  qui  a  inventé  le  clavecin  brisé,  que  mon  fils  a 
une  fois  envoyé  à  la  reine  de  Prusse,  est  aussi  l'inven- 
teur de  ce  parasol... 

A    LA    DUCHESSE   DE    HANOVRE, 

Marly,  le  19  juin  1712. 

...  Bien  sûr  que  le  jeune  Pellnitz  est  à  Paris  et  qu'il 
vient  me  voir  souvent.  Je  vous  ai  déjà  écrit  combien 
il  me  paraît  bien  élevé,  car  tous  les  autres  jeunes  gens, 
quand  ils  vous  ont  répondu,  restent  là  sans  bouger, 
vous  font  une  grande  révérence  et  ne  disent  plus 
rien;  mais  lui  n'est  pas  ainsi,  il  fait  bon  causer  avec 
lui,  il  parle  tant  qu'on  veut,  et  bien;  je  ne  l'ai  pas 
encore  entendu  faire  le  Gascon... 

Il  faut  que  Notre  Seigneur  Dieu  ait  touché  le  cœur 
de  la  reine  Anne,  qu'elle  soit  maintenant  à  en  point 
partisan  de  la  paix.  Si  Dieu  l'a  résolu,  le  prince  Eugène 
avec  sa  mine  de  phève  ^  aura  beau  en  crever  de  rage, 
la  paix  se  fera  quand  même! 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE. 

Versailles,  lo  8  juillet  1712. 

...  Mon  côté  gauche  enfle  souvent  très  fort;  cela 
gêne  la  respiration.  Mais  mon  docteur  ne  veut  pas 

1.  ;Mine  de  fauve  ? 


DEMADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.      115 

que  je  dise  que  c'est  la  rate.  La  rate,  prétend-il,  est 
bien  loin  de  là... 

Je  ne  croirai  à  la  paix,  particulière  ou  générale, 
q,ue  quand  je  l'entendrai  proclamer  à  son  de  trompe 
par  les  hérodarmes  K.. 

Marly,  le  9  juillet  1712. 

...  La  poudre  de  milady  Kent  est  une  excellente 
chose  et  nullement  à  dédaigner;  elle  ne  fait  jamais 
transpirer,  à  moins  qu'on  n'en  prenne  une  forte  dose... 
II  faut  qu'un  mauvais  air  se  soit  subitement  aljattu 
sur  Hanovre  et  les  environs,  pour  que  tout  le  monde 
se  soit  ainsi  trouvé  mal  tout  d'un  coup.  Mais  cela  ne 
viendrait-il  pas  de  ce  que  tout  Hanovre  prend  trop  de 
café,  lequel,  dit-on,  est  fort  préjudiciable  à  l'estomac 
et  à  la  poitrine?...  J'imagine  que  les  gouttes  qui  vous 
ont  fait  tant  de  bien  à  vous  et  à  tant  d'autres  sont  de 
ces  gouttes  anglaises;  avec  un  grain  d'opium  on  en 
fait  cent,  à  l'aide  de  l'extrait  de  deux  racines  dont 
l'une  s'appelle  asarum  et  l'autre  sassafras.  Rien  au 
monde  ne  fait  plus  de  bien  à  la  poitrine. 

Qu'est  donc  devenu  notre  bon  maître  d'écriture 
avec  sa  main  brûlée?  11  était  original  à  force  de  timi- 
dité. Bien  souvent  je  lui  ai  fait  peur;  ce  n'en  était  pas 
moins  un  bon,  brave  et  honnête  garçon,., 

Marly,  le  10  juillet  1712. 

...  Les  troupes  du  prince  Eugène  ne  poussent  pas 
jusqu'à  Paris,  ce  serait  par  trop  impoli;  mais  elles 

1.  Los  hérauts  d'armes. 


110  CORRESPONDANCE 

battent  l'estrade  en  Champagne,  dans  le  pays  messin 
et  en  Picardie...  Si  Dieu  me  prête  vie  etque  je  revienne 
de  Fontainebleau,  j'essaierai  du  «  beaunie  noir  du 
Péroux  »... 


A    LA    DUCHESSE    DE   HANOVRE. 

Fontainebleau,  leSÛjuilliH  171-2. 

...  Pour  ce  qui  est  des  médailles  de  Heidelbergi  qui 
sont  en  la  possession  du  roi  de  Prusse,  je  peux  facile- 
ment vous  expliquer  comment  cela  s'est  fait.  Dans  son 
testament,  mon  père  avait  désigné  l'Électeur  de 
Brandebourg  comme  l'exécuteur  de  ses  dernières  vo- 
lontés, ajoutant  qu'on  lui  donnerait  ou  bien  la  tapis- 
serie de  Jules  César,  ou  toutes  les  médailles.  Moi, 
comme  bien  vous,  pensez ,  j'aurais  aimé  garder 
celles-ci;  mais  Monsieur,  qui  ji'y  entendait  absolu- 
ment rien,  me  dit  :  «  Je  vous  baisse  les  mains  les  mé- 
daille ne  seroit  que  pour  vostre  divertissement  et  je 
ne  m'en  soucie  pas,  mais  j'ay  besoin  de  tapisserie  et 
je  veux  celle  de  Julie  Cezar,  je  suis  le  maistre  de  la 
Comunauté  c'est  a  moy  de  choisir  et  je  le  veux.  » 

Il  ne  me  restait  qu'à  me  taire  et  à  laisser  les  choses 
suivre  leur  cours,  et  c'est  ainsi  que  toutes  les  mé- 
dailles de  mon  père  sont  allées  à  Berlin-, 

1.  Le  père  de  Madame,  l'électeur  Charles-Louis,  avait  une  fort  belle 
collection  de  médailles.  C'est  lui  qui  instruisit  dans  la  numismatique 
Lorenz  Begcr,  qui  publia  le  Tliesaiints  Palatimis.  (Note  duD'J.  Fried- 
laender,  directeur  du  Cabinet  royal  des  médailles  à  Berlin,  dans  l'édi- 
tion HoUand.) 

•2.  Comme  legs  et  souvenir  par  conséquent,  et  non  cornm^  part  de 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLEANS.       117 

Fontainebleau,  le  23  juillet  IIVI. 

...  .l'ai  trouvé  M'"""  de  Vendôme  bien  raisonnable. 
Elle  a  Tair  d'une  personne  qui  a  perdu  un  de  ses  bons 
amis;  elle  est  triste,  mais  ne  pleure  pas  beaucoup  et 
ne  fait  pas  la  désespérée.  Elle  parle  de  tout  bien  sen- 
sément. Mais  je  crains  qu'elle  ne  soit  une  veuve  peu 
riche.  Son  mari  laisse  énormément  de  dettes  et  tout 
son  duché  fait  retour  à  la  couronne... 

Fontainebleau,  le  3  août  ni-2. 

...  Le  roi  est  plutôt  à  louer  qu'à  blâmer  de  n'avoir 
pas  donné  de  bénéfice  au  prince  Eugène,  car  c'était 
un  si  grand  mauvais  sujet,  qu'il  eut  agi  contre  sa  con- 
science en  en  faisant  un  prêtre... 

M.  de  Louvois  a  horriblement  ravagé  le  Palatinat; 
eh  bien,  qu'on  ne  suive  plus  jamais  son  détestable 
exemple... 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE. 

Fontainebleau,  le  3  août  171-2. 

...  Ce  matin,  à  huit  heures,  au  moment  où  je  sor- 
tais du  lit,  la  nouvelle  est  arrivée  que  le  siège  de  Lan- 
drecies  est  levé.  Il  me  fallut  m'habiller  à  la  hâte  pour 
aller  faire  mon  compliment  au  roi.  Je  fus  obligée 
d'attendre  longtemps,  Sa  Majesté  n'était  pas  habillée. 
De  là,  je  dus  me  rendre  chez  M"-""  de  Maintenon  et  de 
chez  elle  à  la  messe,  avec  le  roi... 

succession,  ce  que  le  D""  Friedlaendor  semlile  croire.  (Édition  Holland, 
t.  IV,  p.  373.) 

7. 


118  CORRESPONDANCE 

Fontainebleau,  le  10  septembre  l'712. 

...  A  peine  notre  roi  d'Angleterre  était-il  parti,  que 
milord  Boulinhrock  ^  est  venu  à  Paris.  Ils  se  sont  vus 
à  rOpéra.  Maintenant  le  pauvre  jeune  roi  est  parti  et 
personne  ne  sait  où  il  est  allé.  Je  plains  la  reine  du 
fond  du  cœur,  elle  est  inconsolable.  Elle  mérite  une 
fortune  meilleure,  car  c'est  bien  la  princesse  la  plus 
vertueuse  du  monde.  Notre  roi  d'Angleterre,  le  vrai, 
n'est  plus  tellement  contraire  à  ceux  de  la  religion, 
car  il  n'a  pris  à  son  service  que  des  réformés... 

A  LA  DUCHESSE   DI2   HANOVRE. 

Versailles,  le  1"  octobre  lllâ. 

...  Notre  duchesse  de  Berry  est  plus  folle  et  plus 
polissonne  que  jamais.  Hier  elle  voulut  être  incivile 
avec  moi,  mais  je  lui  ai  franchement  dit  son  fait. 
Elle  vint  chez  moi,  fort  parée,  en  grand  habit, 
avec  plus  de  quatorze  poinçons  des  plus  beaux 
diamants  du  monde.  Elle  était  fort  bien,  sauf  qu'elle 
s'était  posé  deux  mouches  dans  la  figure,  ce  qui  ne 
lui  allait  pas  du  tout.  Quand  elle  parut  devant  moi: 
n  Madame,  dis-je,  vous  voiU\  à  merveille  mais  il  me 
semble  que  vous  aves  trop  de  mouches  cela  n'a  pas 
L'air  asses  haut,  vous  estes  La  première  personne  de 
ces  pais  cy,  cela  demande  vn  peu  plus  de  gravité  que 
d'être  mouchetée  comme  Les  Comédien  sur  Le 
théâtre.  »  Elle  fit  la  moue  et  me  répondit  :  «  Je  say 

1.  HolinKbroke. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       119 

,  que  VOUS  n'aimes  pas  les  mouches  et  que  vous  les 
trouves  mal,  mais  Comme  je  Le  trouve  fort  bien  et  je 
ne  veux  plaire  qu'à  moy.  »  —  «  C'est  vn  Ereur  de 
vostre  grande  jeunesse,  fis-je.  Car  plus  tost  que  de 
plaire  à  vous  mesme,  vous  deves  songer  à  plaire  au 
Roy.  »  —  0,  dit-elle,  Le  Roy  s'accoutume  à  tout,  et  moi 
j'ay  pris  mon  partis,  je  ne  metteres  en  Peine  de  Rien 
et  ne  me  soucie  de  rien.  »  —  «  Avec  ces  sentiment, 
dis-je  en  riant,  on  va  Loin.  Escoutes,  quand  je  vous 
dis  mon  sentiment  c'est  pour  vostre  bien,  parce  que 
j'y  suis  obligée  comme  vostre  grande  mère  et  parce 
que  Le  Roy  me  La  ordonnes,  sans  cela  je  n'en  dirois 
mot.  »  —  «  Ce  taire  est  vn  bon  partie^  répliqua-t-elle, 
Car  cela  ne  sert  de  rien,  et  on  ne  m'empêchera  pas 
de  faire  ce  que  je  veux.  «  —  Tant  pis  pour  vous,  dis-je, 
mais  Comme  tout  ce  que  je  vous  entend  dire  La,  sont 
des  abus  et  Erreurs  de  jeunesse,  j'espère  que  cela 
changera,  ne  vous  souvenes  vous  pas  avoir  ouy  dire  à 
made  la  dauphine  qu'on  ne  pensoit  pas  tousjours  de 
raesme  et  qu'elle  estoit  fâchée  de  n'avoir  pas  estes  plus 
tôt  raisonabel.  »  —  «  Pour  moy,  dit-elle,  je  me  trouve 
bien  et  ne  changeres  pas.  »  —  «  Cela  ne  suffit  pas, 
répondis-je,  que  vous  soyes  contente  de  vous,  il  faut 
que  tout  Le  monde  Le  puisse  estre.  »  Là-dessus  elle 
se  leva.  —  «  Voilà  une  petite  teste,  fis-je,  qui  vous 
donnera  bien  de  la  pênes.  —  a  Quelle  que  cela  veust 
dire,  »  reprit-elle.  —  «Vous  m'entendes,  répliquai-je, 
cela  suffit,  mais  si  vous  n'en  m'entendies  pas,  Lexpé- 
rience  vous  rendra  bien  tost  savante  sur  cela.  »  Et 
là-dessus  elle  partit. 
Par  là   vous  voyez  de  quelle  jolie  humeur  nous 


120  COrxRESPOiNDANCE 

sommes.  Le  soir  j'ai  raconté  à  son  père  tout  ce  qui 
s'était  passé,  a  Apprenez  à  votre  fille,  ajoutai -je, 
comment  elle  doit  me  parler.  Cette  fois-ci  j'ai  été 
patiente,  mais  je  ne  suis  pas  sure  de  l'être  toujours 
et  de  ne  pas  me  plaindre  au  roi  de  la  façon  dont  elle 
reçoit  mes  avis.  »  Mon  fils  a  eu  peur,  il  m'a  supplié  de 
ne  rien  dire,  me  promettant  de  bien  la  gronder... 

Rambouillet,  le  5  octobre  1712. 

...  Lundi  dernier  après  le  dîner,  à  deux  heures,  le 
roi  monta  en  voiture  me  fit  asseoir  ù  côté  de  lui; 
jyjmc  (l'Orléans  seule  se  trouvait  sur  le  siège  de  devant. .. 
Quand  nous  fûmes  arrivés  à  Saint-Cyr,  Sa  Majesté 
ordonna  d'aller  lentement,  car  les  deux  cent  cin- 
quante demoiselles  se  tenaient  là,  rangées  le  long  de 
la  route,  divisées  en  quatre  classes,  la  jaune,  la  bleue, 
la  verte  et  la  rouge.  M'"^  de  Maintenon  se  tenait  en 
face,  en  carrosse  :  elle  les  présenta  au  roi  ;  M""'  Dan- 
geau  et  M"'"  de  Quélus  étaient  ù  la  tête  des  demoiselles. 
Puis  nous  avons  été  très  vile;  nous  trouvâmes  un 
relais  à  ....  j'ai  oublié  le  nom,  mais  cela  vous  est  bien 
égal,  n'est-ce  pas  ?  et  à  huit  heures  nous  sommes  arri- 
vés ici..; 

A    LA    RAUCr.AVE    LOUISE 

Versailles,  ce  samedi  '22  octobre  1712. 

...  Demain  nous  assistons  au  Te  Deum  chanté  pour 
la  reddition  de  Bouchain,  qui  met  fin  à  cette  cam- 


DE  MAD4ME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       121 

pagne.  Fasse  Dieu  qu'il  n'y  en  ait  plus  d'autres  et  que 
la  paix  soit  conclue... 

Dans  les  gazettes  françaises,  on  trouve  rarement 
quelque  chose  de  mieux  que  les  communions  du 
roi  !... 

M.  Hariey  ^  a  plu  beaucoup  à  ma  tante,  comme  vous 
le  savez  déjà;  je  regrette  qu'il  ne  soit  pas  resté  plus 
longtemps.  Aucun  prince  n'est  plus  magnifique  que  ce 
seigneur  anglais  pour  ce  qui  est  de  faire  des  aumônes 
aux  pauvres... 

A    LA    DUCHESSE     UE    HANOVRE 

Marly,  le  19  novembre  ni2. 

...  On  ne  tient  plus  de  cour  du  tout.  De  sept  heures 
à  dix,  on  joue  chez  M"'"  la  duchesse  de  Berry.  Ceux 
qui  ne  jouent  pas  n'y  vont  pas.  Nous  avons  plus  besoin 
que  le  roi  reste  en  vie  que  vous  ne  pouvez  vous  l'ima- 
giner. S'il  mourait,  tout  serait  sens  dessus  dessous, 
car  nulle  part  il  n'y  a  ni  amitié  ni  confiance,  quelque 
proche  parent  qu'on  soit.  De  toute  la  famille  royale, 
le  roi  est  encore  celui  qui  a  meilleur  cœur. 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE 

Versailles,  le  8  décembre  ni-2. 

...  Si  j'assistais  à  vos  agapes,  je  n'y  brillerais  nulle- 
ment, car  je  ne  supporte  ni  le  thé,  ni  le  café,  ni  le 
chocolat.  Je  ne  peux  comprendre  comment  on  aime 
ces  choses-là.  Au  thé,  je  lui  trouve  un  goût  de  foin  et 

1.  Voir  la  lettre  du  4  février  1712. 


122  CORRESPONDANCE 

de  paille  pourrie,  au  café  un  goût  de  suie  et  de  lupin, 
le  chocolat  je  le  trouve  trop  doux.  Mais  ce  que  je 
mangerais  volontiers,  c'est  un  bon  birambrot  ou  une 
bonne  soupe  à  la  bière  ;  voilà  qui  ne  me  fait  pas  mal 
à.  l'estomac... 


A     LA     DUCHESSE     DE     HANOVRE. 

Versailles,  le  16  décembre  1713, 

...  Je  parle  fort  peu  au  roi.  Il  se  fait  raconter  ses 
chasses  par  le  comte  de  Toulouse,  qui  lui  décrit  aussi 
la  façon  dont  il  arrange  ses  maisons  et  aménage  ses 
forêts;  avec  les  princesses  aussi  il  s'entretient  de 
leurs  maisons;  je  place  un  mot  par  ci,  par  là;  le  roi 
me  fait  la  grâce  de  s'informer  de  ma  santé,  je  lui  en 
rends  compte,  quelquefois  de  façon  à  faire  rire  Sa 
Majesté. 

A    LA    KAUGRAVE     LOUISE. 

Versailles,  le  82  décembre  ni-?. 

...  Ma  santé  s'améliore  de  jour  en  jour,  je  ne  tousse 
plus  du  tout  la  nuit.  J'attribue  cela  à  un  breuvage 
qu'on  me  fait  prendre  tous  les  soirs  lorsque  je  me 
couche  :  on  prend  un  jaune  d'œuf  qu'on  fait  bouillir 
dans  de  l'eau,  avec  du  sucre  candi,  puis  on  le  bat 
jusqu'à  ce  qu'il  devienne  blanc  comme  du  lait,  et  je 
bois  cela  aussi  chaud  que  possible.  Je  suis  très  lasse 
encore  de  la  toux  violente  que  j'ai  eue  et  de  tous  les 
remèdes  qu'il  m'a  fallu  prendre  :  un  lavement,  sept 


DE  MADAME,  DUCHESSE   D'ORLÉANS.      123 

médecines,  en  pilules,  et  deux  saignées,  le  tout  dans 
l'espace  de  six  semaines. 

A    LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Versailles,  le  1-2  janvier  1713. 

...  La  reine  Anne  saitbien,en  son  âme  et  conscience, 
que  notre  jeune  roi  ^  est  son  frère,  et  vous  n'ignorez 
pas  qu'en  ce  temps-là,  des  gens  forts  partiaux  vous 
ont  écrit  d'Angleterre,  à  vous-même,  qu'il  n'y  a  pas 
eu  de  fraude.  En  outre,  le  jeune  roi  ressemble  trop 
à  toute  sa  race,  pour  qu'on  puisse  douter  de  sa  légi- 
timité, et  de  plus  M"'"'  sa  mère  est  trop  vertueuse  pour 
jamais  avoir  trempé  dans  une  telle  supercherie.  En 
effet  il  y  a  plus  de  vingt-quatre  ans  que  nous  la 
voyons  ici  qui  vit  comme  un  ange.  Je  suis  persuadée 
qu'avant  la  mort  de  la  reine  Anne,  sa  conscience  se 
réveillera  et  qu'elle  rendra  justice  à  son  frère... 

Marly,  le  23  de  janvier  1713. 

...  Il  n'est  pas  de  plus  grands  ni  de  plus  riches 
seigneurs  dans  toute  la  France  que  le  duc  du  Maine, 
son  frère  et  ses  enf.ints.  Mon  fils  et  mon  petit-fils 
sont  des  mendiants  à  côté.  Je  voudrais  que  mon  fils 
comprît  que  sa  fille,  M'^«  de  Berry,  est  bien  pourvue 
et  n'a  plus  besoin  qu'il  lui  donne  quoi  que  ce  soit,  car 
il  me  ruine,  il  ruine  ses  enfants  et  toute  sa  maison  à 
cause  d'elle.  Nous  n'obtenons  rien,  mais  le  trésorier 

1.  D'Angleterre,  le  prétendant  Jacques  Stuart. 


12i  CORRESPONDANCE 

a  ordre  de  donner  toujours  à  la  duchesse  de  Berry 
tout  ce  qu'elle  demandera.  Et  elle  use  largement  des 
bontés  de  son  père;  elle  ne  rougit  pas  le  moins  du 
monde  de  tendre  la  main... 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE. 

Versailles,  le  29  janvier  171.3. 

...  Je  suis  dans  des  transes  mortelles,  tellement  que 
de  la  nuit  je  n'ai  pu  fermer  l'œil  parce  que  la  poste 
de  Hanovre  a  fait  défaut...  Toutes  sortes  de  pensées 
tristes  et  chagrines  me  traversent  la  cervelle... 

Grâces  éternelles  soient  rendues  à  Dieu!  En  ce 
moment  mon  cousin  arrive  de  Paris,  qui  m'apporte 
une  gracieuse  lettre  de  ma  tante,  du  16  de  ce  mois. 
Un  palefrenier  la  laissa  traîner  dans  l'écurie.  C'est 
la  première  fois  que  cela  lui  arrive  :  je  lui  ai  par- 
donné, mais  s'il  me  joue  ce  tour-là  encore  une  fois 
sûrement  je  le  ferai  chasser,  mais  je  crois  qu'il  ne 
recommencera  pas... 

Je  vous  prie,  chère  Louise,  écrivez-moi  le  plus  tôt 
possible  s'il  est  vrai  que  les  brillants  d'un  bleu  violet 
soient  chose  rare  en  Allemagne,  comme  on  me  l'as- 
sure ;  actuellement  c'est  la  très  grande  mode  ici  de 
porter  de  ces  pierres-là. 

A    LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE. 

Tersaillos,  lo  \-Z  février  ]"13. 

...  M.  Pellnitz  n'a  pas  encore  pris  du  service  ici.  Je 
doute  que  cela  puisse  se  faire.  Il  aurait  bien  voulu 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       123 

m'emprunter  de  l'argent  et  à  mes  gens  aussi;  mais  je 
lui  ai  refusé  l'un  et  l'autre.  Moi-même  je  n'en  ai  pas 
présentement,  et  si  je  devais  ordonner  à  mes  gens  de 
lui  en  avancer,  il  faudrait  que  je  me  porte  sa  garante,  et 
Dieu  sait  où  cela  me  mènerait,  car  l'on  ne  peut  se  fier 
à  un  joueur.  Il  ne  veut  pas  changer  de  religion,  mais 
bien  entrer  dans  un  régiment  qui  est  tout  rempli  de 
luthériens  et  de  réformés.  Il  m'a  semblé  étrange  qu'il 
cherchât  à  prendre  du  service  juste  au  moment  où  il 
est  si  fort  question  de  la  paix.  Je  lui  en  ai  moi-même 
fait  l'observation.  Mais  il  dit  qu'il  est  tombé  dans  une 
telle  disgrâce  auprès  du  prince  royal  qu'il  ne  peut  pas 
songer  à  rester  à  la  cour  de  Berlin... 

A    LA     RAUGRAVE     LOUISE. 

Marly,  ce  dimanclic  19  février  1713. 

...  Tous  les  remèdes  qu'on  me  fait  prendre  sont 
sans  effet;  je  suis  tout  aussi  misérable  qu'avant...  Le 
café  que  je  bois  deux  fois  par  jour  ne  me  fait  ni  bien 
ni  mal,  et  je  suis  affligée  de  ma  somnolence  comme 
toujours... 

Marly,  le  -23  fùviier  1713. 

...  J'envoie  dans  ce  paquet  le  petit  diamant  bleu.  Je 
vous  prie,  écrivez-moi  franchement  si,  oui  ou  non,  il 
a  plu  à  ma  tante.  Je  sais  bien  que  ce  n'est  qu'une  ba- 
gatelle; mais  comme  c'est  quelque  chose  de  neuf, 
j'espère  que  cela  lui  plaira... 


126  CORRESPONDANCE 

Miirly,  lo  -2  mars  niO. 

...  J'avais  espéré  que  Sa  Majesté  ayant  pris  méde- 
cine hier,  ne  cliasserait  que  demain  et  qu'enfin  je 
trouverais  le  temps  de  vous  écrire  une  lettre  raison- 
nable, mais  le  diable  au  conlre-temps,  comme  on  dit 
ici,  a  tout  changé,  et  nous  avons  été  à  la  chasse 
aujourd'hui.  Un  diamant  violet  n'est  pas  le  moins  du 
monde  une  améthyste,  c'est  bien  un  vrai  diamant, 
comme  vous  avez  pu  le  constater  vous-même.  Fasse 
Dieu  qu'il  plaise  à  ma  tante!  Je  l'espère  uniquement 
pour  la  raison  que  c'est  une  rareté...  On  n'en  voit  ici 
que  depuis  trente  ans,  mais  le  roi  seul  en  avait  un, 
qui  était  bien  gros.  Quelques  années  après,  on  cher- 
cha à  s'en  procurer  un  second  pour  la  reine,  mais  il 
se  trouva  être  plus  petit.  Je  ne  sais  d'où  vient  celui 
que  j'envoie  à  ma  tante... 

A    LA    DUCHESSE   DE    HANOVRE. 

Versailles,  le  4  mars  171.3.  ; 

...  Il  faut  que  la  princesse  royale  ne  lise  pas  sou- 
vent du  français,  car  sans  cela  elle  épellerait  mieux 
et  apprendrait  l'orthographe. 

Il  y  a  peu  de  dames  en  France  qui  sachent  bien 
l'orthographe...' 

Je  crois  que  ce  malheur  est  arrivé  à  la  pauvre  reine  ^ 
parce  qu'elle  a  voulu  être  piétiste  et  que  toute  l'op- 

1.  La  troisicjiie  femme  du  roi  de  Prusse  Frédéric  I",  Sophie-Louise 
de  Mocklcmbourg-Grabow. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLEANS.       1^27 

position  qu'on  lui  a  faite  dans  l'exercice  de  sa  reli- 
gion, lui  a  fait  tourner  la  tête  et  finalement  Ta  rendue 
folle... 

Versailles,  le  10  mars  ni.3. 

...  Le  roi  m'a  fait  la  grâce  de  me  dire  qu'il  lui  était 
impossible  de  prendre  le  deuil  ^  comme  proche,  parce 
qu'il  n'existe  aucun  lien  de  parenté  entre  eux  deux,  ni 
comme  roi,  ne  l'ayant  de  sa  vie  reconnu  pour  tel. 
Puis  S.  M.  me  demanda  s'il  était  vrai  que  la  reine 
dans  un  accès  de  folie,  a  failli  étouffer  le  roi,  et 
qu'après  elle  a  perdu  la  raison  totalement.  Je  dus  lui 
raconter  toute  cette  histoire  dans  son  cabinet... 

Versailles,  ce  dimanche  de  Pâques,  10  avril  1713. 

...  Ce  devrait  être  un  jour  de  joie  aujourd'hui,  mais 
au  lieu  d'entendre  chanter  alléluia,  on  ne  voit  que 
larmes,  car  ce  pauvre  enfant,  le  duc  d'Alençon  est 
mort  à  minuit.  Je  l'ai  toujours  pensé  :  on  l'a  fait  venir 
trop  vite  avec  cette  saignée  !  Son  père  et  sa  mère  sont 
inconsolables...  Je  suis  bien  inquiète  aussi  au  sujet  du 
duc  de  Berry.  Il  a  tous  les  jours  ce  qu'on  appelle  une 
fièvre  lente  et  horriblement  mauvaise  mine,  son  frère 
n'en  avait  pas  une  pire  lorsqu'il  mourut... 

A    LA    RAUGRAYE     LOUISE 

Versailles,  le  30  avril  ni3. 

...  Je  ne  perds  ni  ne  gagne  à  la  paix.  Ce  qu'elle  a 

1.  Du  roi  do  Prusse  Frédéric  P'% 


128  CORRESPOJNDANGE 

-d'agréable  pour  moi,  c'est  de  voir  notre  duchesse  de 
Savoie  reine,  car  je  l'aime  comme  si  elle  était  ma 
propre  fille,  secondement  on  entendra  moins  de 
plaintes,  ce  qui  vous  donnait  bien  de  l'ennui,  et  troi- 
sièmement j'espère  que  les  postes  iront  plus  vite... 

Marly,  lo  13  mai  1713. 

...  Je  suis  dans  un  magnifique  jardin  et  ne  peux  me 
promener  !  Car  cette  maudite  saignée  et  la  médecine 
de  mardi  passé  m'ont  tellement  affaiblie  qu'il  m'est  tout 
à  fait  impossible  de  marcher.  On  m'a  tant  prêchée,me 
disant  que  si  en  ce  mois  de  mai  je  ne  me  faisais  pas 
tirer  du  sang  et  ne  prenais  pas  médecine,  je  retombe- 
rais infailliblement  dans  le  triste  état  où  je  fus 
l'hiver  dernier  !  Mais  je  crois  qu'ils  m'ont  donné  une 
dose  trop  forte,  car  en  deux  jours  la  purgation  a  agi 
dix-huit  fois,  avec  accompagnement  de  fortes  coliques  j 
si  j'en  prends  encore  une,  on  aura  vite  fait  de  m'ex- 
pédier  dans  l'autre  monde... 

Dimanche  matin,  le  14  mai,  1713. 

...  Pour  ce  qui  est  de  la  nièce  de  M.  QuinaultS  elle 
ajuste  six  ans  de  plus  qu'il  n'en  faut  avoir  au  moment 
où  l'on  quitte  Saint-Cyr.  Les  demoiselles  doivent  avoir 
moins  de  douze  ans  quand  on  les  y  reçoit,  et  elles 
quittent  la  maison  avant  d'avoir  vingt  ans... 

Vous  me  faites  rire  en  prenant  Sanzay  pour  un 
comte.  Us  sont  de  bonne  maison,  mais  de  simples 
gentilshommes... 

1.  Ailleurs  Madame  l'appdb  M.  Quen-.udt. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       l'i'J 

L'oncle  Coulange  est  un  gentil  petit  homme,  il  fait 
continuellement  de  jolies  chansons,  qui  n'offensent 
personne... 

Quant  au  diamant  bleu,  ce  n'était  pas  une  dépense 
au-dessus  de  mes  moyens  et  qui  pût  me  gêner  : 
comme  je  paye  bien,  j'ai  dos  marchands  ici  qui  me 
vendent  tout  par  posle  ^,  c'est-à-dire  que  mensuelle- 
ment on  donne  une  certaine  somme  jusqu'à  parfait 
payement. 

Versailles,  lo  3  juin  1713. 

...  Vous  me  donnez  des  inquiétudes  au  sujet  de 
votre  neveu  :  je  crains  qu'il  n'ait  la  phtisie.  C'est  une 
maladie  bien  dangereuse  pour  les  Anglais.  S'il  était 
atteint  de  cette  maladie  et  qu'il  y  eût  péril  en  la 
demeure,  il  faudrait  l'envoyer  à  Montpéliar  ^  :  beau- 
coup d'Anglais  y  ont  recouvré  la  santé  rien  qu'en 
respirant  cet  air-là...  La  maréchale  de  Clércmbault 
s'est  guérie  d'un  crachement  de  sang  sans  remède 
aucun,  uniquement  en  restant  toute  une  année  sans 
prononcer  une  parole  ;  elle  ne  parlait  que  par  signes, 
et  quand  on  ne  la  comprenait  pas  bien,  elle  écrivait 
ce  qu'elle  voulait  avoir,  mais  ni  un  mot,  ni  un  son 
n'est  sorti  de  sa  bouche... 

Versailles,  le  24  juin  1713. 

...  Je  ne  sais  quelle  sera  la  force  de  l'armée 
impériale,   mais  celle  de  notre   roi   se   montera  à 

1.  Par  postes. 

2.  Montpellier  et  non  Montbéliard.  (Note  de  M.  IloUand.) 


130  CORRESPONDANCE 

cent  cinquante  mille  hommes.  Landau  est  assiégé. 
Certes,  le  pauvre  Palatinat  est  à  plaindre.  Toutes  les 
prophéties  promettent  que  la  paix  se  fera  avant  qu'un 
an  ne  passe,  mais  les  anciens  prophètes  sont  morts 
et  je  ne  crois  pas  aux  modernes  !... 

Ma  tante  m'écrit  que  le  czar  Ta  choisie  pour  mar- 
raine... 

Tous  les  jours  je  bois  une  tasse  de  café  :  cela  chasse 
les  vents  et  m'empêche  d'engraisser,  c'est  pour  cela 
que  j'en  prends,  mais  je  dois  avouer  qu'il  ne  me  revient 
nullement. 

Mari}-,  le  22  juillet,  9  h.  et  quart  du  suir. 

...  A  ce  que  je  vois,  les  demoiselles  d'honneur  ^  sont 
des  enfants  gâtées.  Cela  arrive  ordinairement  quand 
il  y  en  a  une  dans  le  nombre  à  qui  il  n'est  permis  de 
rien  dire... 

Ma  tante  m'a  annoncé  la  mort  de  la  pauvre  Stuben- 
voU.  Elle  doit  avoir  été  plus  âgée  que  l'Électrice,  car 
j'étais  encore  une  enfant,  qu'elle  me  semblait  être  une 
vieille  demoiselle,  avec  des  dents  pourries  qui  ne  sen- 
taient pas  bon. 

Marly,  le  29  juillet  1713. 

...  J'avoue,  chère  Louise,  qu'il  me  fâche  de  voir  des 
Allemands  méprisant  leur  langue  maternelle  au  point 
de  ne  jamais  vouloir  parler  avec  d'autres  Allemands, 
ou  leur  écrire.  Cela  me  met  bien  en  colère,  et  si  je 
n'entendais  pas  un  chacun  vanter  la  reine  de  Prusse - 

1    A  la  cour  de  Hanovre. 

•2.  Petite-fille  d'une  Française  ûl  mêle  do  Frédéric  le  Grand. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       131 

comme  une  princesse  vertueuse,  je  craindrais  qu'en 
préférant  les  langues  étrangères  à  l'allemand  elle  ne 
veuille  approuver  aussi  les  vices  des  pays  étrangers  et 
qu'elle  n'oublie  nos  vieilles  maximes  allemandes,  qui 
pourtant  ne  sont  certes  pas  à  dédaigner. 

Jamais  je  ne  souffrirai  qu'on  me  frotte  avec  de  la 
graisse  humaine,  cela  me  dégoûte  trop. 

P.-S.  —  J'allais  oublier  de  vous  mander  que  les 
emplâtres  de  Nuremberg  opèrent  des  miracles  ici,  on 
m'a  instamment  priée  d'en  faire  venir  quelques  boîtes 
encore,  ayez  donc  la  bonté  de  m'en  envoyer  une  demi- 
douzaine... 

Marly,  le  15  août  1713. 

...  Je  trouve  que  l'ambre  est  bon  pour  la  santé,  il 
me  fait  du  bien  à  l'estomac,  mais  j'en  prends  bien 
rarement  et  peu  à  la  fois...  Ici  on  met  des  vessies  de 
porc  entre  le  taffetas  et  le  chapeau  ^  quand  on  suit  la 
chasse  à  cheval:- cela  empêche  les  coups  de  soleil, 
quelque  ardents  que  soient  ses  rayons. 

C'est  une  affreuse  chose  que  ce  tabac  !  J'espère  que 
vous  n'en  prenez  pas,  chère  Louise  ;  cela  me  met  hors 
de  moi  de  voir  arriver  toutes  les  femmes  d'ici  avec 
leur  nez  sale,  comme  si  elles  l'avaient,  sauf  votre 
respect,  frotté  dans  la  boue,  et  fourrer  leurs  doigts 
dans  les  tabatières  des  hommes:  il  faut  (lue  je  crache, 
de  dégoût... 

1.  Dans  la  doublure  du  chapeau. 


132  CORRESPONDANCE 

Marly,  ce  dimanche  13  août,  9  li.  et  demie  du  matin. 

...  Le  bon  abbé  Reigné  S  qui  fait  de  si  jolis  vers  — 
je  les  envoie  d'ordinaire  à  ma  tante  —  a  failli  mourir 
ces  jours-ci.  11  est  encore  bien  malade.  —  Il  s'est 
donné  une  indigestion  en  mangeant  trop  de  melon... 

Dimanche  après  midi. 

A  table  on  m'a  remis  votre  lettre  du  Zi...  Je  suis  bien 
aise  qu'on  ait  rendu  Coubert  à  votre  beau-frère... 

Marly,  la  19  août  1713. 

...  Je  sais  des  gens  qui  parieraient  leur  tête  qu'il  y 
a  une  galanterie  entre  le  prince  électoral-  et  M"'"  Ben- 
nigsen.  Mais  du  moment  que  vous  m'assurez  si  for- 
mellement qu'il  n'en  est  rien,  je  vous  crois... 

Je  me  suis  opposée  de  toutes  mes  forces  à  tout  ce 
qui,  selon  moi,  aurait  pu  être  préjudiciable  à  votre 
beau-frère  dans  l'affaire  de  Coubert,  et  j'ai  sollicité 
tant  que  j'ai  pu,  cela  est  très  vrai  ;  mais  je  n'ai  aucune 
part  à  ce  qui  a  été  fait  en  dernier  lieu;  je  crois  que 
c'est  à  l'équité  seule  du  roi  qu'il  est  redevable  de 
cette  restitution... 

Fontainebleau,  le  30  septembre  1"13. 

...  Les  Anglais  m'ont  donné  à  entendre  que  votre 

1.  Labbé  Ri'gnicr,  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  française. 

2.  Le  prince  électoral  de  Hanovre,  plus  tard  Georges  II  d'Angle- 
terre. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      133 

neveu  ^  a  le  mal  français.  Ne  laissez  pas  cette  maladie 
s'invétérer  et  envoyez-le  à  Paris.  On  l'y  guérit  mieux 
qu'en  aucun  autre  lieu  du  monde.  Miiord  Oglitliorpe 
m'a  promis  de  lui  obtenir  un  congé  du  duc  d'Ormond, 
afin  qu'il  puisse  rester  à  Paris  jusqu'à  ce  qu'il  soit 
guéri.  Pensez-y  sérieusement,  avec  cette  maladie-là 
il  ne  faut  pas  perdre  de  temps... 

Versailles,  le  2G  octobre  1713. 

...  Si  votre  neveu  n'a  que  lapctile  fjalanlerie,  cela 
vaut  mieu.x  que  s'il  avait  mal  à  la  poitrine  ;  mais  s'il 
a  la  grande,  cela  est  bien  dangereux  pour  la  poitrine 
même  et  cela  met  sa  vie  en  péril.  11  n'y  a  donc  pas 
de  temps  à  perdre  ;  il  faut  qu'il  se  fasse  guérir  bien 
vite... 

Mari}-,  le  3  novembre  1713. 

...  La  perte  de  votre  pauvre  neveu,  miiord  Har- 
vvicii,  m'a  causé  une  telle  frayeur  qu'en  l'apprenant 
j'ai  sursauté,  mes  yeux  se  sont  remplis  de  larmes  et 
j'ai  incontinent  supplié  le  Tout-Puissant  de  vous 
venir  en  aide. . . 

A    LA    DUCHESSE   DE   HANOVRE. 

Le  S  novembre. 

. . .  Notre  roi  aime  beaucoup  la  cannelle,  mais  S.  M. 
ne  peut  souffrir  l'ambre.  Dès  qu'il  sent  un  parfum,  il 

1.  Miiord  Ilarwich,  le  fils  du  duc  de  Scliomberg,  Je  môme  dont  il 
est  question  dans  la  lettre  du  3  juin  1713. 

u.  8 


\M  CORRESPONDANCE 

entre  en  transpiration  et  a  des  points  à  la  tête  :  il  faut 
immédiatement  brûler  du  papier... 

Marly,  le  19  novembre  171.?. 

...  On  a  raconté  à  ma  table  comme  quoi  deux  hom- 
mes d'esprit  ont  été  chez  M""  de  Détar  K  Ils  ont  affirmé 
que  jamais  ils  n'avaient  cru  aux  esprits,  mais  que 
maintenant  ils  y  croyaient.  L'un  est  l'abbé  Dubois, 
l'ancien  précepteur  de  mon  fils  ;  l'autre,  Fontenelle, 
de  l'Académie,  celui  qui  a  fait  le  livre  :  DeJa  Plura- 
lité da  monde.  On  a  raconté  aussi  tout  ce  qu'ils 
avaient  vu  et  entendu  et  j'ai  dit  à  Leplat  de  bien  faire 
attention,  afin  que  je  puisse  tout  vous  rapporter.  Mais 
mon  fils  pense  que  Fontenelle  ne  s'est  montré  croyant 
à  ce  point  que  parce  qu'il  est  mal  avec  les  jésuites. 
Ils  l'ont  accusé  de  ne  croire  à  rien  et  il  a  profité  de 
cette  occasion  pour  faire  montre  de  sa  foi.  Quant  à 
l'abbé  Dubois,  c'est  le  plus  grand  fourbe,  le  plus 
grand  hypocrite  de  Paris  :  il  se  garde  donc  bien  de 
dévoiler  les  fourberies  des  autres  ;  c'est  déjà  beaucoup 
de  sa  part  de  n'y  rien  ajouter  de  son  cru... 

Marly,  le  24  noveinbro  Ill3. 

...  Mon  fils  et  sa  fille  qui,  comme  vous  savez,  avaient 
tant  d'affection  l'un  pour  l'autre  qu'on  en  a,  hélas! 
tenu  de  méchants  propos,  se  mettent  à  cette  heure  à 
se  haïr  comme  le  diable,  se  querellent  journellement 
et,  ce  qu'il  y  a  de  pis,  la  fille  brouille  son  père  avec 

1.  M'ii^  Testard.  Voir  Journal  de  Dangcau,  dimanche  12  novembra 
1713  et  l'addition  de  Saint-Simon. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'OR  LÉANS.       13d 

son  mari.  Mon  fils  est  parti  pour  Paris  désespéré...  11 
me  cèle  tout,  mais  je  l'apprends  quand  même  :  sa 
femme  me  raconte  toutes  ces  choses,  mais  je  fais 
semblant  de  ne  rien  savoir... 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE. 

Versailles,  le  7  décembre  1713. 

...  Ëschechen  ^  n'est-ce  pas  ce  fameux  village  où 
tous  les  habitants,  ainsi  que  ceux  des  environs,  sont 
tenus  de  savoir  jouer  aux  échecs?... 

Versailles,  le  17  décembre  1713. 

...  Je  voudrais  bien  vous  écrire  plus  longuement, 
mais,  par  mesure  de  précaution,  on  m'a  tiré  du  sang 
hier.  J'en  suis  si  épuisée  que  je  m'imagine  qu'au  lieu 
de  me  donner  la  santé,  on  m'a  rendue  malade... 

A    LA     DUCHESSE    DE     HANOVRE. 

Versailles,  le  17  octobre  171.3, 

...  Ni  l'abbé  Dubois  ni  Fontenelle  ne  croient  aux 
esprits,  Fontenelle  feint  d'y  croire  afin  que  les  jésuites 
ne  puissent  lui  faire  un  reproche  de  son  incrédulité, 
comme  vous  l'avez  déjà  vu.  En  effet,  quand  il  m'a 
raconté  ce  qui  s'est  passé,  il  s'est  tordu  de  rire.  Il  me 

1.  Madame  se  trompe.  Le  village  en  question  a  nom  Stroopke  ou 
Strocbcck  (régence  de  Magdebourg).  A  cette  heure  encore  tout  habi- 
tant sait  jouer  aux  échecs;  les  enfants  l'apprennent  à  l'école  et  chaque 
année  il  y  a  un  concours  d'échecs.  (Note  de  M.  Holland.) 


i:{()  CORRESPONDANCE 

contait  ces  choses  de  telle  façon  que  j'ai  bien  vu  que 
ce  n'était  qu'une  feinte.  L'abbé  Dubois  est  tellement 
fourbe  que  son  plus  grand  plaisir  est  de  raconter  des 
choses  aux  gens  où  il  n'y  a  pas  un  mot  de  vrai.  11  n'a 
pas  son  pareil  en  fourberie.  Mon  fils  le  sait  bien; 
il  le  garde  quand  même  et  croit  tout  ce  qu'il  lui 
dit... 

Versailles,  le  27  décembre  1713, 

...  La  constitution  du  pape  contre  le  père  Quenel  * 
fait  un  bruit  affreux  ici.  Tous  lesévêques  sont  réunis 
à  ce  propos.  Je  ne  sais  rien  de  toute  cette  histoire, 
car  j'ai  le  temps  long  quand  j'en  entends  parler  et  ce 
qu'on  en  décidera  ne  m'empêchera  pas  de  bien  dor- 
mir. Quelqu'un  l'autre  jour  me  trouva  lisant  la  bible 
de  Lunebourg  et  me  reprocha  —  en  riant,  le  contre- 
venir aux  ordres  du  pape,.  —  «  Je  ne  fais  rien  contre 
l'institution  du  pape,  répondis-je  ;  il  a  interdit  la  bible 
du  père  Guenel  et  a  défendu  de  lire  les  Saintes  Écri- 
tures en  français.  La  bible  que  je  lis  n'est  pas  celle  du 
père  Quenel  ;  elle  n'est  pas  davantage  en  français  et, 
par  conséquent,  nullement  interdite...  » 

Versailles,  lo  7  janvier  1714.    ' 

...  On  prétend  que  l'électeur  de  Bavière,  en  appre- 
nant qu'il  n'était  plus  question  pour  lui  du  royaume 
deSardaigne,  en  a  été  tellement  dépité  qu'il  est  tombé 
malade.  Il  doit  recouvrer  le  Haut-Palatinat  et  la 
Bavière,  mais  il  ne  veut  pas  admettre  qu'on  inscrive 

1.  Quesnel. 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLfilANS.      137 

dans  le  traité  que  le  prince  électoral  épousera  une 
archiduchesse.  Il  a,  dit-on,  confié  tout  cela  à  la  gen- 
tille Desmares,  la  comédienne  :  celle-ci  l'a  dit  à  tous 
ses  bons  amis  et  c'est  ainsi  que  la  chose  a  été  ébruitée. 
-On  se  moque  bien  de  l'Électeur... 

A    LA   RAUGRAVE    LOUISE. 

Versailles,  le  7  janvier  1714. 

...  Je  ne  parlerai  plus  de  choses  saintes,  car  j'ai 
prorais  à  mon  confesseur  de  m'en  abstenir  à  l'avenir. 
Je  n'ai  jamais  appris  à  bien  manier  cette  langue- 
là... 

Je  ne  sais  comment  on  fait  les  ragoûts  français  en 
Allemagne,  mais  ici  l'on  ne  vous  sert  que  du  bouillon 
très  fort  que  je  ne  peux  souffrir,  du  poivre,  du  sel  — 
tant  qu'on  n'en  peut  plus  fermer  la  bouche  —  et 
beaucoup  d'oignons  et  d'ail,  le  tout  mêlé... 

A   LA  DUCHESSE   DE   HANOVRE. 

Versailles,  le  11  janvier  1714. 

...  A  l'instant  on  vient  me  dire  que  le  duc  de  La  Ro- 
chefoucauld est  enfin  mort  ce  matin,  à  sept  heures, 
après  une  longue  maladie,  une  fièvre  lente.  Il  y  a  deux- 
ans  il  a  été  subitement  frappé  de  cécité  complète  et , 
depuis,  il  s'est  toujours  mal  porté.  Il  avait  quatre- 
vingt-quatre  ans  et  se  faisait  toujours  encore  mener 
à  la  chasse,  comme  je  vous  l'ai  déjà  dit.  Il  a  beaucoup 
divagué  dans  sa  fièvre,  rêvant  constamment  chasse. 

8. 


138  CORRESPONDANCE 

C'est  qu'il  était  aussi  grand-veneur  et  grand-maître 
de  la  garde-robe,  et  il  avait  une  campagne  à  la 
Selle  ^  C'est  à  ce  propos  que  le  roi  lui  dit  une  fois 
qu'il  devait  chasser  dans  le  bassin  de  Fausses  reposes: 
«  Il  n'y  a  que  vous  en  France  qui  ailliez  de  La  garde- 
robe  à  La  Selle  et  de  La  Selle  au  bassin.  ■» 

Ce  n'est  pas  ici  comme  en  Allemagne.  Pourvu  qu'on 
se  corrige,  on  oublie  votre  conduite  antérieure.  M"'^  de 
Nemours  avait  coutume  de  dire  :  «  Il  n'y  a  qu'à  pren- 
dre patiance  en  France  ,  l'honneur  recroît  comme  les 
cheveux.  » 

L'électeur  de  Bavière  devrait  bien...  ne  pas  perdre 
misérablement  son  argent  avec  des  filous  qui  le  tri- 
chent journellement  et  se  moquent  de  lui  par-dessus 
le  marché.  De  l'hôtel  de  ville-  je  ne  soufllerai  mot  :  la 
Bastille  est  pleine  de  gens  qui  en  ont  parlé... 

Versailles,  le  25  janvier  1114, 

...  Vous  avez  appris  la  nouvelle...  que  le  roi  de  Prusse, 
dès  que  la  paix  générale  sera  conclue,  veut  faire  un 
voyage  en  France.  Si  S.  M.  avait  réellement  envie  de 
faire  ce  qu'entre  nous  j'appellerai  un  tour  de  jeu- 
nesse, pour  ne  pas  l'appeler  une  sottise,  il  vous  aurait 
caché  la  chose. 

La  comtesse  de  Wartemberg  commence  à  parler 
d'une  façon  plus  polie  et  à  mettre  de  l'eau  dans  son 
vin.  Elle  dit  à  présent  qu'elle  vient  en  France  unique- 

1.  La  Celle  Saiiif-C'loud. 

2,  A  propos  de  la  banqueroute  do  130  millions  sur  les  rentes  acquises 
depuis  1706. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLEA.NS.      139 

ment  pour  voir  le  roi  :  ayant  vu  l'empereur  et  beau- 
coup de  monarques,  elle  vient  exprès  pour  voir  S.  M., 
qui  est  le  plus  grand  de  tous.  , 

Tous  ceux  ((ui  la  voient  s'étonnent  du  grand  crédit 
qu'elle  a  eu  à  Berlin... 

A    LA  RAUGRAVE   LOUISE. 

Versailles,  le  25  janvier  1*14. 

...  Ici  les  jeunes  gens  s'amusent  beaucoup  à  des  bals 
en  masques.  Cette  nuit  a  eu  lieu  le  troisième,  qui  a 
duré,  dit-on,  de  minuit  à  huit  heures  du  matin... 

Nous  avons  d'horribles  petites  histoires  de  ce  bal  de 
Paris.  Une  gentille  petite  femme,  qui  était  grosse,  s'}- 
trouvait.  Dans  la  presse  elle  reçut  un  coup  de  pied: 
elle  est  morte  comme  Popée^  Ce  n'est  pas  un  empe- 
reur qui  lui  a  porté  le  coup,  mais  un  prince  du  sang 
royal  -,  un  jeune  coq  écervelé.  Je  remercie  Dieu  qu'il 
n'ait  pas  épousé  ma  petite-fille,  comme  M"'"  sa  mère  le 
désirait.  Il  ne  vaut  rien  de  quel  que  côté  qu'on  le 
prenne  et  il  a  une  laide  figure  tout  de  travers... 

Versailles,  le  4  février  \l\i,  9  h.  et  quart  du  soir. 

...  Dites-moi  donc  comment  la  petiteboîte  en  écaille 
que  j'ai  envoyée  à  ma  tante  lui  a  plu.  C'est  la  plus 
nouvelle  mode.  Pourvu  qu'elle  arrive  intacte,  car  c'est 
une  marchandise  bien  fragile...  Couchez-moi  par  écrit, 
je  vous  prie,  la  façon  do  préparer  les  choux  rouges... 
Je  veux  que  mes  cuisiniers  tentent  la  chose...  J'aime- 

1 .  Poppca  Sabina,  la  femme  de  Néron. 
•2.  Lo  Comte  do  Charolais  (?) 


140  CORRESPONDANCE 

rais  bien  avoir  aussi  copie  de  la  recette  pour  la  chou- 
croûte... 

Versailles,  le  8  février  1714. 

...  Hélas!  les  négociations  sont  totalement  rompues. 
Villars  revient  ici.  Le  comte  de  Broglio  m'a  commu- 
niqué votre  lettre  et  la  réponse  qu'il  vous  a  faite. 
C'est  un  homme  bien  élevé  et  honnête,  s'il  peut  vous 
rendre  service,  il  le  fera  bien  volontiers  :  il  n'est  pas 
intéressé  comme  le  maréchal  de  Villars... 

A  LA   DUCHESSE   DE   HANOVRE. 

Versailles,  le  11  février  1714, 

...  Du  moment  que  les  rois  de  la  chrétienté 
veulent  aussi  avoir  des  sérails,  ils  devraient  posséder 
des  palais  îi  part  pour  les  sultanes  tombées  en  digrûce  ; 
de  cette  façon  ils  ne  seraient  pas  dans  l'embarras.  La 
comtesse  Cossel  ^  ayant  vendu  son  honneur,  par  intérêt, 
il  n'est  que  juste  qu'elle  se  pousse  et  qu'elle  arrive  le 
plus  haut  qu'elle  peut... 

C'est  une  étrange  chose  que  les  femmes  galantes 
s'imaginent  avoir  l'honneur  sauf,  quand  on  leur  donne 
un  contrat  de  mariage.  M.  le  Dauphin  en  donna  un  à 
la  comtesse  du  Roure,  alors  que  M"'^  la  Dauphine  et  le 
comte  du  Roure  étaient  tous  deux  encore  en  vie, 
s'engageant  h  l'épouser  au  cas  où  sa  femme  à  lui 
et  son  mari  à  elle  mourraient.  Le  roi  apprit  la  chose, 
je  ne  sais  par  qui.  La  dame  fut  exilée  et  M.  de  Sei- 

1.  Maîtresse  d'Auguste  II, .roi  de  Pologne  et  électeur  de  Saxo.  Elle 
était  en  disgrâce  depuis  1712,  ce  que  Madame  semble  ignorer. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      lU 

gnelay  alla  chercher  le  contrat  qui  fut  brûlé  devant 
le  roi... 

A    LA     RAUGRAVE    LOUISE 

Versailles,  le  15  février  1114. 

...  Dans  ne  demi-heure  nous  allons  à  la  Comédie. 
On  joue  le  Malade  imaginaire  :  de  toutes  les  pièces 
que  Molière  a  faites,  c'est  celle  que  j'aime  le  moins  ; 
mais  il  faut  bien  se  montrer  quelquefois  aussi  aux 
endroits  où  vient  toute  la  cour... 

Versailles,  le  18  février  1711,  8  h.  et  demie  du  soir.     . 

...  Les  jeunes  femmes  de  Paris  sont  pour  la  plupart 
comme  de  vraies  folles... 

La  foule  et  la  presse,  voilà  ce  qui  ne  m'a  jamais 
embarrassée.  J'étais  vaillante  à  m'en  tirer  au  temps  où 
j'avais  de  bonnes  jambes  et  les  cuisses  solides.  Je  me 
souviens  encore  de  la  bonne  duchesse  de  Guise,  quand 
elle  voyait  une  presse  et  une  foule  qu'il  fallait  tra- 
verser, elle  s'accrochait  à  moi  comme  un  chat,  pour 
que  je  lui  aide  à  passer.  Au  mariage  de  Monseigneur 
on  me  porta  dans  la  salle  à  travers  la  foule,  sans  que 
mon  pied  touchât  terre... 

A    LA    DUCHESSE   DE    HANOVRE 

Versailles,  le  18  février  1"!  1. 

...  Je  ne  sais  rien  de  neuf  que  le  discours  qu'on  fait 
tenir  à  Paris,  à  Pasquin  et  à  Morphorio,  sur  la  réunion 
des    évoques,  après   qu'on   les  a   tous    chansonnés. 


142  CORRESPONDANCE 

«  Dis  moy  Pasquin,  demende  Morpliorio,  pourquoy  ces 
Évesques  sont  ils  assambles  en  France.  Te  voilà  bien 
ambarasses  Morpliorio,  répond  Pasquin,  ne  say  tu  pas 
que  ce  sont  des  Escollier  des  jésuistesqui  compossent 
pour  avoir  des  bonnes  places.  »  Vous  savez,  je  crois, 
que  les  élèves  des  jésuites  font  leurs  thèmes  pour 
obtenir  charges  des  dignités  :  l'un  est  empereur,  l'autre 
consul,  le  troisième  préteur,  et  c'est  là-dessus  qu'on 
a  fait  ce  dialogue... 

Versailles,  le  11  mars  1714. 

...  La  bonne  reine  d'Espagne  a  payé  pour  les  trois  K 
C'est  dommage,  car  on  ne  saurait  avoir  plus  d'esprit 
et  de  vertu  qu'elle  n'avait.  Mais  il  y  a  une  chose  qui 
m'étonne,  c'est  que  la  princesse  des  Ursins  a  persuadé 
au  roi,  à  ce  qu'on  prétend,  d'aller  au  tiré  immédiate- 
ment après  que  la  reine  eut  rendu  l'ùme  ;  une  heure 
après  elle  jouait  au  papillon,  et  quand  le  roi  revint  de 
la  chasse,  elle  fit  une  partie  d'échecs  avec  lui.  Les 
gens  qui,  comme  cette  princesse,  sont  tellement 
bourrés  de  politique,  n'aiment  rien  au  monde  qu'eux- 
mêmes.  Malgré  cela  j'ai  eu  de  la  peine  à  croire  la 
chose,  car  je  n'y  comprends  rien.  Mais  M"'  de  Cha- 
rolais,  qui  me  l'a  racontée,  dit  la  tenir  de  bonne 
source.  Seulement,  ceux  qui  prétendent  que  la  pauvre 
reine  estmorte  de  jalousie,  ceux-là,  je  peux  vous  l'assu- 
rer, ne  connaissent  pas  la  cour  d'Espagne  ;  car  d'abord 
le  roi  était  trop  pieux  pour  avoir  des  maîtresses,  et 

1.  La  reine  Anne  était  moribonde,  et  le  10  février  la  reine  d'Angle- 
terre, «  qui  est  à  Saint-Germain  »,  la  veuve  de  Jacques  II,  avait  reçu 
les  sacrements,  tellement  elle  était  malade  de  la  lîè\Te. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      iW 

secondement  la  reine  dominait  le  roi  d'une  façon 
absolue,  il  ne  faisait  pas  un  pas  sans  la  consulter  et 
l'aimait  en  outre  tellement  qu'elle  n'avait  rien  à  re- 
douter. La  reine  a  été  atteinte  de  consomption  parce 
qu'on  a  voulu  la  guérir  d'une  maladie  qu'elle  n'avait 
pas... 

Versailles,  Ig  lô  mars  1714, 

...  Ce  soir  ou  demain  arrivera  le  héros  de  la  paix, 
le  maréchal  de  Villars.  On  la  dit  fort  avantageuse  pour 
le  roi  et  les  électeurs  bavaroise  Celui  de  Bavière 
recouvre,  dit-on,  le  Haut-Palatinat  et  redevient  pre- 
mier Électeur.  Mais  depuis  quand  l'empereur  peut-il 
traiter  au  nom  des  électeurs  et  sans  leur  concours  et 
au  nom  de  l'Empire  aussi  ?  Cela  m'étonne  grandement, 
il  faut  qu'en  Allemagne  tout  soit  horriblement  changé 
depuis  mon  départ!.. 

Versailles,  le  29  mars  1714. 

...  Comme  je  les  connais,  j'estime  qu'on  ne  peut 
faire  grand  fond  sur  l'amitié  des  Anglais,  qu'ils  soient 
Toris  ou  Wighs... 

Le  roi  ne  parle  plus  du  tout  ;  c'est  que  de  jour  en 
jour  on  le  rend  plus  soupçonneux... 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE 

Marly,  le  1-3  avril  1714. 

...  Ma  sciatique  a  disparu,  mais  mes  pauvres  genotix 
sont  faibles  encore  et  me  font  toujours  mal...  On  m'a 

1.  C'est-à-dire  pour  l'électeur  de  Bavière  et  pour  son  frère,  l'élcc- 
t»ur  de  Cologne. 


Ui  CORRESPONDANCE 

purgée  une  fois,  les  douleurs  n'ont  pas  cessé  ;  peu  après 
le  maréchal  de  Tessé  m'a  donné  une  bague  dans 
laquelle  est  enchâssé  un  ongle  de  lièvre,  de  telle  façon 
que  le  doigt  est  en  contact  avec  l'ongle.  Depuis  que  je 
porte  cette  bague  je  n'ai  plus  rien  senti,  je  ne  l'ùte 
que  quand  je  me  lave  les  mains. . . 

Marly,  le  29  avril  1711. 

...  Ce  matin  j'ai  eu  la  joie  de  recevoir  en  même 
temps  deux  paquets  de  ma  tante...  Ce  qui  m'étonna 
c'est  que  le  premier  ait  été  ouvert  à  Hanovre  même, 
on  m'a  fait  de  plus  une  vraie  polissonnerie  de  page, 
car  pour  bien  me  prouver  que  les  deux  lettres  ont  été 
lues,  on  en  a  entremêlé  les  feuillets  de  l'une  avec  ceux 
de  l'autre.  11  n'y  a  qu'un  ivrogne  qui  ait  pu  faire  cela, 
je  m'imagine  donc  que  c'est  le  comte  Platen  ;  il  n'a 
qu'à  lire  la  lettre  que  j'écris  aujourd'hui  même  à  ma 
tante  ;  il  y  trouvera  son  compte. . . 

A    LA   DUCUESSE    UE    HANOVRE 

Marly,  le  S  mai  1*1 1. 

...  Nous  avons  ;iotre  duc  de  Berry  fort  dangereuse- 
ment malade  ici  :  dans  la  nuit  de  dimanche,  ou  plutôt 
lundi  matin,  avant  quatre  heures,  il  fut  pris  de  fièvre 
et  de  frissons,  mais  il  cela  la  chose,  se  leva  et  s'habilla; 
il  voulait  se  rendre  à  la  médecine  du  roi.  Les  frissons 
le  reprirent,  il  ne  put  pas  s'en  cacher  davantage,  les 
maux  de  tête  étaient  trop  forts,  il  dut  se  coucher.  La 
fièvre  allait  toujours  en  augmentant,  accompagnée  de 
forts  vomissements.  D'abord  il  rendit  des  matières 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       145 

vertes,  puis  tout  à  fait  noires...  Quand  hier  on  examina 
ces  dernières,  on  vit  que  c'était  uniquement  du  sang 
caillé  qu'il  rendait  par  le  haut  et  le  bas.  Les  docteurs 
en  furent  tout  réjouis,  car  ils  s'imaginaient  qu'il  était 
hors  de  danger  et  qu'ils  pourraient  arrêter  le  sang,  et 
nous  nous  rendîmes  tous  à  Versailles  pour  participer 
à  la  joie  de  M""=  de  Berryde  voir  le  duc  sauvé. 

Mais  la  nuit  dernière  il  a  été  pris  de  tels  vomisse- 
ments qu'il  rend  tout  ce  qu'il  a  dans  le  corps;  il  est 
donc  bien  dangereusement  malade,  quoiqu'il  n'ait  plus 
de  fièvre  et  que  les  redoublements  aient  cessé.  A 
l'instant  même  on  lui  tire  du  sang  pour  la  cinquième 
fois.  Je  suis  persuadée  que  c'est  la  forte  dose  d'émé- 
tique  qu'on  lui  a  donnée  qui  est  cause  de  tout,  car  il 
en  a  pris  neuf  grains,  cela  a  bien  pu  faire  éclater  une 
veine.  D'autres  disent  qu'il  y  a  huit  jours,  à  lâchasse, 
son  cheval  ayant  butté'trèsfort,  il  a  fait  un  effort  pour 
le  retenir,  et  de  cette  façon  s'est  ouvert  une  veine, 
mais  qu'il  a  tenu  la  chose  secrète... 

A  l'instant  même  je  sors  de  sa  chambre,  on  lui  a  fait 
sa  huitième  saignée...  Il  a  mangé  une  assiettée  de  gelée 
qu'il  n'a  pas  rendue... 

Mari)',  le  6  mai  1711. 

Hélas!  je  ne  disais  que  trop  vrai,  en  vous  écrivant 
jeudi  dernier  que  le  pauvre  duc  de  Berry  n'en 
réchapperait  pas,  car  le  pauvre  prince  est  mort  ven- 
dredi à  quatre  heures  du  matin.  Trois  quarts  d'heure 
avant  de  mourir  il  parlait  encore.  Il  est  mort  avec  une 
grande  fermeté,  se  repentant  d'être  lui-même  la 
cause  de  son  trépas  et  regrettant  de  ne  pas  pouvoir 
II.  9 


146  CORRESPONDANCE 

encore  une  fois  voir  sa  femme.  Jusqu'à  sa  fin  il  a 
montré  une  grande  considération  pour  le  roi  son 
grand-père,  car  quand,  d'une  façon  indirecte,  on  lui 
demanda  s'il  ne  voulait  pas  recevoir  le  viatique  et 
l'extrême-onction,  il  répondit  :  «  Ouy,  très  volontier, 
mais  que  ce  ne  soit  qu'après  le  couché  du  Roy,  pour 
luy  espargner  ce  triste  spectacle  qui  pouroit  Le  trop 
.toucher.  »  Mais  il  se  trouva  mal  :  «  Non,  ne  reculions 
rien,  dit-il  alors,  je  vois  que  cela  presse,  »  —  Le  roi 
lui-même  est  allé  chercher  le  saint  sacrement  ;  nous 
avons  tous  assisté  à  cette  triste  cérémonie,  qui  a  duré 
trois  quarts  d'heure.  —  On  ne  peut  rien  se  figurer  de 
plus  lugubre,  cela  vous  brise  le  cœur. 

Une  heure  et  demie  avant,  M""^  d'Orléans  et  moi 
nous  avions  été  chez  lui.  Le  pauvre  prince  se  figurait 
être  tout  à  fait  hors  de  danger  :  «  Pour  acteur  ', 
Madame,  me  dit-il  en  riant,  je  croi  vous  pouvoir  dire 
que  je  suis  sauves,  je  n'ay  plus  de  fièvre  et  ne  sens 
plus  de  mal.  Donnes  une  chaisse  à  Madame,  s'écria-t-il, 
et  un  siège  à  madame  d'Orléans.  Gaussons  la.  —  Non 
de  parler,  répondis -je,  pourrait  vous  ramener  la 
fièvre,  ne  parles  pas  haut.  »  Pendant  qu'il  causait,  il 
fut  pris  d'un  violent  hoquet,  et  il  avait  de  la  peine  à 
parler,  vu  qu'il  respirait  difficilement.  M™«  d'Orléans 
crut  que  vraiment  il  était  hors  de  danger.  Ella  fut 
tout  étonnée  de  voir  qu'en  sortant  j'avais  les  yeux 
remplis  de  larmes.  Elle  me  demanda  pourquoi  je  pleu- 
rais :  «  Eh  !  mon  Dieu,  madame,  répliquai-je,  ne  voyez- 
vous  pas  à  la  respiration,  à  la  parole  et  à  ce  hoquet 

1.  A  cette  )ieui'e. 


DE  MADAME,    DUCHESSE  D'OULÉ  A  NS.       117 

que  ce  prince  se  meurt?  »  Elle  ne  voulut  pas  me  croire, 
mais  après  elle  apprit  bien  que  je  n'avais  dit  que  trop 
vrai.  Peu  avant  sa  mort,  le  pauvre  duc  de  Berry  a 
avoué  qu'il  en  était  la  cause  lui-même,  car  jeudi,  il  y 
a  huit  jours,  il  chassait  dans  la  forêt,  le  sol  était  glis- 
sant, car  il  avait  plu  un  peu,  son  cheval  glissa  avec 
les  pieds  de  devant,  il  le  retint  vigoureusement,  si 
bien  que  le  cheval  se  releva  avec  tant  de  force,  que  le 
pommeau  de  la  selle  alla  frapper  le  duc  entre  la  poi- 
trine et  l'estomac.  Il  ressentit  immédiatement  une 
vive  douleur,  mais  il  n'en  dit  rien.  La  nuit  il  perdit  du 
sang  en  quantité,  mais  il  défendit  à  son  valet  de 
chambre  d'en  parler  ;  il  croyait  qu'il  avait  la  dyssen- 
terie.  11  ne  voulait  pas  le  dire,  de  peur  qu'on  ne  lui  fît 
prendre  beaucoup  de  drogues,  croyant  que  cela  passe- 
rait de  soi-même. 

Vendredi  il  commença  à  être  très  mal,  il  disait  que 
cela  ne  provenait  que  de  la  diarrhée,  et  samedi  il  alla 
à  la  chasse.  Ce  jour-là,  un  paysan  ayant  vu  comme 
il  s'était  heurté  au  pommeau  de  la  selle,  demand(i  à 
un  des  gens  du  roi  :  «  Comment  se  porte  Monseigneur 
le  duc  de  Berry?  —  Fort  bien,  répondit  l'autre,  car  il 
court  le  loup  aujou:-dhuy.—  Si  cela  est  qu'il  se  porte 
bien,  fit-il,  il  faut  que  les  princes  aient  les  os  plus  dur 
que  nous  autres  paissants.  Car  je  luy  vit  recevoir  vn 
coup  jeudy  à  la  chasse  en  Relevant  sont  cheval  dont 
3  paissant  en  scroit  crevé.  » 

Si  le  duc  avait  dit  un  r.iot,  on  ne  lui  aurait  pas 
donné  d'émétique;  mais  il  en  a  pris,  sachant  qu'il  ren- 
dait des  caillots  de  sang  !  On  voit  bien  par  là  que  quand 
un  malheur  doit  arriver  il  faut  que  tout  y  concoure. 


148  CORRESPONDANCE 

C'avait  l'air  d'une  fièvre  maligne,  toutes  les  apparences 
y  étaient  :  saignements  du  nez,  somnolence,  vomisse- 
ments et  une  fièvre  atroce  qui  l'a  pris  le  lundi  à 
quatre  heures  du  matin.  Il  voulut  aller  à  la  chasse  ce 
jour-là.  M.  Fagon,  qui  était  chez  moi  tout  à  l'heure,  dit 
qu'à  partir  du  moment  où  il  y  eut  chez  le  duc  de 
Berry  évacuation  des  caillots  de  sang  noir,  il  n'y  avait 
plus  d'espoir,  il  avait  le  sphacèle... 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE. 

Versailles,  le  27  mai  1714. 

...  C'a  été  un  grand  bonheur  pour  moi  que  le  duc 
de  Berry  ait  cessé  depuis  de  si  longues  années  déjà 
de  m'aimer,  sans  cela  j'aurais  été  inconsolable...  Vous 
devinerez  aisément  combien  cette  mort  a  provoqué  de 
lamentations.  Il  y  a  bien  des  gens,  petits  et  grands 
officiers,  qui  avaient  acheté  leurs  charges  et  qui  les 
perdent  maintenant  :  ils  pleurent  leur  argent... 

Marly,  ce  dimanche  3  juin  (1714),  8  h.  moins  un  quart. 

...  11  n'est  pas  possible  d'être  plus  irrité  que  ne 
l'est  le  roi  contre  M"^  de  Rathsamhausen.  En  se  sau- 
vant et  en  changeant  de  religion,  elle  a  tant  fait  qu'il 
ne  s'en  est  fallu  que  de  la  largeur  d'un  cheveu  qu'elle 
ne  précipitât  tous  les  siens  dans  la  plus  grande  infor- 
,tune  du  monde.  Elle  m'a  écrit  à  plusieurs  reprises, 
mais  il  ne  m'est  pas  permis  de  lui  répondre,  je  ris^ 
querais  de  tomber  fort  en  disgrâce  auprès  du  roi.  Ici 
les  religions  ne  sont  pas  libres  comme  en  Allemagne. 
Celui  qui  change  de  religion  devient  criminel... 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      149 

A    LA    DUCHESSE    DE    HANOVRE^. 

RambouiUot,  le  15  juin  1714. 

...  Il  est  bien  certain  que  la  princesse  des  Ursins  a 
plus  d'autorité  en  Espagne  que  le  roi,  et  il  pourrait 
bien  arriver  à  celui-ci  la  même  aventure  qu'à  son 
grand-père  Louis  XIII,  qui  demandait  à  l'un  de  ses 
courtisans  :  «  Est  il  vray  que  tu  est  chasses  de  la 
Cour  ?  ))  L'autre  répondit  fort  bien  :  o  Sire,  j'espère 
que  non,  puisque  vous  n'en  savez  rien.  » 

Ainsi  vont  aussi  les  choses  là-bas.  Je  me  trompe  : 
Louis  XIII  n'était  pas  le  grand-père  du  roi  d'Espagne, 
mais  bien  son  arrière-grand-père. 

Je  vous  remercie  humblement  de  la  relation  mosco- 
vite. Je  la  trouve  bien  gentille  et  écrite  en  bon  fran- 
çais. Je  vous  prie  de  vouloir  bien  m'envoyer  toutes 
celles  que  vous  recevrez,  car  je  divertis  fort  mon  fils 
avec  ces  rapports-  :  le  résident  écrit  très  bien... 

A    LA    RAUGRAVE    LOUISE. 

Mari}',  ce  dimanche  "2  1  juin  1~14. 

...  Bien  aimée  Louise,  je  vois  par  une  lettre  de  Ha- 
novre qui  m'annonce  notre  malheur,  hélas!  trop 
grand'',  qu'on  vous  y  a  rappelée...  C'est  pourquoi  je 

1.  Fragment  de  lettre. 

2.  Ces  rapports  se  trouvent  aux  archi-ves  do  Hanovre.  Nous  en  ferons 
l'objet  d'un  travail  spécial.  Le  résident  s'appelait  Welier. 

.3.  L'électrice  mourut  le  8  juin  1714,  d'une  attaque  d'apoplexie  à 
Herrenliausen,  en  se  promenant  dans  les  jardins. 


JoO  COr.RESPONDANCE 

VOUS  écris  non  pour  chercher  à  me  consoler  avec 
vous,  mais  pour  mêler  mes  larmes  aux  vôtres  :  elles 
jaillissent  bien  souvent  de  mes  yeux.  Notre  perte  est 
immense  :  mes  pleurs  cesseront  peut-être  de  couler, 
ma  tristesse  ne  prendra  jamais  fin.  Cette  chère  élec- 
trice  était  toute  ma  consolation  dans  les  nombreuses 
tribulations  qui  m'ont  assaillie  ;  quand  je  les  lui  avais 
contées  et  que  je  tenais  sa  réponse,  j'étais  toute  con- 
solée. Et  maintenant  il  me  semble  être  seule  au  monde. 
Je  crois  que  Notre-Seigueur  Dieu  m'a  envoyé  cette 
affliction  pour  m'ôter  la  crainte  de  la  mort,  car  il  est 
bien  certain  qu'à  présent  je  finirai  ma  vie  sans  re- 
gret!... 

Marly,  le  pr  juillet  17U. 

...  Hélas!  ma  tante  m'a  souvent  écrit  à  moi-même 
qu'elle  tenait  une  mort  subite  pour  la  meilleure,  &t  que 
c'était  chose  déplaisante  de  mourir  dans  son  lit,  ayant 
d'un  côté  le  ministre  ou  le  curé,  et  de  l'autre  le  mé- 
decin, qui  ne  peuvent  quand  môme  pas  vous  venir 
en  aide,  et  qu'elle  s'arrangerait  de  façon  à  ne  pas 
donner  ce  spectacle.  Hélas!  elle  n'a  dit  que  trop 
vrai  ! . . . 

Marl3-,  le  10  juillet  17M. 

...  11  ne  m'est  pas  possible  de  vous  dire  ce  que  j'en- 
dure nuit  et  jour,  et,  de  plus,  j'ai  le  tourment  de  de- 
voir me  contraindre,  car  le  roi  ne  peut  souffrir  les 
visages  tristes.  Contre  mon  gré  aussi,  il  me  faut  aller 
à  la  chasse.  A  la  dernière,  je  pleurai  amèrement  : 
l'électeur  de  Havière  vint  à  ma  calèche  et  me  fit  son 
compliment  de  condoléance  ;  je  n'y  ,'pus  tenir  et  lais- 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       151 

sai  un  libre  cours  à  mes  larmes,  et  cela  pendanttoute 
la  chasse.  Je  voyais  bien  qu'on  riait  de  moi,  mais  je 
n'y  pouvais  rien... 

Marly,  lo  22  juillet  H 14. 

...  Ce  m'est  toujours  un  nouveau  sujet  d'étonne- 
ment  que  tant  de  gens  aiment  le  café  ;  il  a  pourtant 
un  goût  horriblement  désagréable.  Je  lui  trouve  une 
odeur  d'haleine  corrompue  :  le  défunt  archevêque  de 
Paris  sentait  comme  ça. 

Vous  avez  bien  raison  de  ne  pas  vous  mettre  entre 
les  mains  d'un  chirurgien  malhabile.  Le  mien  fait 
admirablement  les  saignées  —  il  s'appelle  Carrer;  — 
mais  aussi  je  lui  permets  de  rester  constamment  en 
exercice  :  il  saigne  tout  Paris... 

Marly,  le  29  juillet  ni4. 

...  Hier  quelqu'un  m'a  dit  en  confidence  que  le  roi 
d'Espagne  veut  se  remarier  et  qu'il  a  envoyé  de  Rome 
à  Parme  le  cardinal  Acquaviva  pour  demander  la 
main  de  la  princesse  de  Parme.  Je  ne  pense  pas  qu'on 
la  lui  refusera. 

Mon  docteur  veut  à  toute  force  me  faire  une  saignée 
demain  et  me  purger  après...  disant  qu'il  est  impossi- 
ble, dans  la  mélancolie  où  je  suis  depuis  la  triste  nou- 
velle, que  mon  sang  puisse  bien  circuler,  et  cela  parce 
que  depuis  lors  j'ai  les  jambes  et  les  pieds  enflés  le 
soir  et  que  je  saigne  souvent  du  nez  depuis  quelques 
jours. 

Je  savais  bien  que  le   Stanislas  est  à  Deux-Ponts, 


152  COnRESPONDANGE 

mais  non  que  le  roi  de  Suède  lui  eût  fait  don  de  la 
ville  pour  y  résider  tant  qu'il  vivrait.  11  nie  semble 
que  S.  M.  eût  mieux  fait  de  la  donner  au  pauvre  comte 
palatin  de  Deux-Ponts^  qui  en  a  bien  besoin.  A  mon 
sens,  il  vaut  mieux  faire  du  bien  à  ceux  de  votre 
propre  maison  qu'à  un  Polonais  qui  ne  vous  est  de 
rien... 

Marly,  le  9  août  1714. 

...  Mardi  dernier  mon  médecin  m'a  saignée;  jeudi  et 
vendredi  il  m'a  purgée,  mais  si  fort  que  j'ai  été  trente 
fois  à  la  garde-robe.  Vous  connaissez  peut-être  la  dro- 
gue qui  m'a  fait  un  tel  effet  :  c'est  une  nouvelle  mé- 
decine, mais  tellement  à  la  mode  que  tout  Paris  ne 
veut  plus  prendre  autre  chose,  un  sel  qui  vient  d'An- 
gleterre :  on  l'appelle  le  sel  d'Epsum  ^  On  le  fait  fon- 
dre dans  de  l'eau.  Le  premier  jour  on  m'en  a  fait 
boire  trois  grands  verres  à  bière  et  deux  le  second 
jour. 

On  espère  que  Barcelone  se  rendra  bientôt...  Ce 
que  je  trouve  plaisant,  c'est  la  gasconnade  qu'a  faite 
Villaroël.  On  lui  demandait  quand  il  se  rendrait.  «  Je 
donnerai  le  signal  moi-même,  a-t-il  répondu;  quand 
je  ne  pourrai  plus  tenir,  je  m'assiérai  sur  un  baril  de 
poudre  et  me  ferai  sauter.  »  Et  là-dessus  il  arbora 
un  drapeau  tout  noir  portant  des  têtes  de  mort. 

Vous  avez  sans  doute  vu  dans  les  gazettes  que  la 
voiture  de  la  duchesse  de  Vendôme  a  versé  et  quel 
affreux  malheur  s'en  est  suivi.  Elle  était  venue  com- 
plimenter sa  sœur  la  duchesse  du  Maine  d'une  chose 

1 .  Sel  d'Epsom  ou  sol  d'Angleterre. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      153 

qui  en  vaut  bien  la  peine  ;  mais  je  pense  que  vous  y 
aurez  vu  également  que  le  roi  au  parlement  a  déclaré 
tous  ses  bâtards  princes  du  sang  et  habiles  à  succé- 
der, en  cas  d'extinction  de  la  ligne  légitime... 

Versailles,  le  23  août  1714. 

...  De  là  je  me  rendis  à  Sainte-Marie  de  Chaillot,  où 
notre  reine  d'Angleterre  passe  tout  l'été.  J'y  appris 
avec  certitude  que  la  reine  Anne  d'Angleterre  est 
morte  et  que  notre  électeur  de  Brunswick,  quelques 
heures  après,  a  été  proclamé  roi  des  trois  royaumes 
d'Angleterre,  d'Ecosse  et  d'Irlande. 

...  11  m'est  arrivé  quelque  chose  de  fort  désagréa- 
ble :  l'une  de  mes  belles  chiennes  est  morte  subite- 
ment. Je  l'ai  fait  ouvrir  pour  voir  si  elle  n'avait  pas 
été  empoisonnée  ou  si  elle  n'avait  pas  eu  la  vilaine 
maladie  dont  sont  atteintes  toutes  les  bêtes  dans  la 
France  entière  et  la  Bourgogne,  une  espèce  de  peste, 
mais  elle  n'avait  que  le  miserere;  ses  pauvres  petits 
boyaux  étaient  tordus  et  noués  comme  un  pater- 
notreS  nœud  contre  nœud  et  durs  comme  pierre. 

Il  est  vrai  que  notre  roi  d'Espagne  épouse  la  prin- 
cesse de  Parme;  mais  il  n'est  pas  vrai  du  tout,  croyez- 
le  bien,  que  ce  mariage  se  soit  fait  à  l'insu  de  la  prin- 
cesse des  Ursins.  Seulement  je  crois  qu'elle  répand  ce 
bruit  parce  qu'elle  avait  promis  à  des  gens  d'ici 
qu'on  leur  demanderait  la  main  d'une  de  leurs 
filles... 

1.  Un  rosaire. 


1  ni  C 0  r.  r,  E s P 0 N  D  A N  G E 

Fonlainebleau,  co  dimancbo  2  scptemhro, 
10  h.  un  quart  du  matin. 

...  Du  moment  que  nous  avons  dans  notre  famille 
la  sœur  du  duc  du  Maine  et  du  comte  de  Toulouse  % 
je  préfère  qu'on  les  élève  plutôt  qu'on  ne  les  abaisse. 
Ils  sont  de  môme  les  oncles  de  tous  les  princes  et  de 
toutes  les  princesses  du  sang  ;  de  sorte  qu'on  prend 
plus  facilement  son  parti  de  la  grâce  que  le  roi  leur 
a  faite.' 

11  n'est  pas  possible  que  la  princesse  de  Parme  soit 
inféconde,  car  ce  ne  sont  pas  les  femmes  italiennes, 
mais  bien  celles  du  Portugal,  qui  cessent  de  si  bonne 
lieare  d'avoir  des  enfants;  celles-ci  sont  toutes  nu- 
biles à  neuf  ans,  mais  non  les  dames  italiennes,  et 
d'ailleurs  M"'e  sa  mère  est  une  comtesse  palatine,  les- 
quelles manquent  rarement  d'être  grosses... 

Fontainebleau,  lo  0  septembre  1714. 

...  Remerciez  bien,  je  vous  prie,  la  princesse  de 
Galles  de  son  bon  souvenir...  Entre  nous,  personne  ne 
dit  du  bien  du  prince  de  Galles  :  tous  ceux  qui  l'ont 
vu  prétendent  qu'il  a  les  manières  des  marquis  ridi- 
cules des  comédies  de  Molière  ,  c'est  un  héritage  des 
d'Olbreuse-.  On  le  tient  aussi  pour  tant  soit  peu 
toqué...  On  a  pris  en  très  bonne  part  la  notification 
que  notre  électeur  a  faite  immédiatement  de  son  élé- 

1.  Mme  d'Oricans. 

2.  Le  prince  de  Galles,  George  de  Hanovre,  était  pctit-fils   d'Kloo- 
norc  d'Olbreuse,  fiMimic  de  Genrgc-Guillaunie,  duc  ilcCclb'. 


DR  MADAMt:,    DUGliESSE  D'ORLÉANS.       V.ut 

vation  au  trône,  et  on  l'appelle  déjà  le  roi  George; 
je  ne  suis  donc  pas  étonnée  que  l'envoyé  ait  fait  son 
compliment... 

Fontainebleau,  le  20  octobre  1714. 

...  Bien-aimée  Louise,  ceci,  hélas!  est  la  dernière 
lettre  que  je  vous  écrirai  de  ce  cher  Fontainebleau  : 
nous  partons  mercredi  et  mardi  aura  lieu  la  dernière 
chasse  dans  cette  belle  forêt  ;  à  Marly  et  à  Versailles, 
il  n'y  a  rien  qui  l'égale,  et  ce  qui  me  plaît  encore  en 
cet  endroit  c'est  que  toutes  les  salles  et  les  galeries 
ont  l'air  allemand  :  quand  on  entre  dans  la  Salle  des 
Suisses  on  se  dirait  tout  à  fait  dans  un  hall  allemand, 
avec  ces  croisées  en  saillie,  les  boiseries  et  les  ban- 
quettes... 

Versailles,  le  27  octobre  1714. 

...  Nous  arrivâmes  de  bonne  heure  à  Petit-Bourg  ' . 
Monsieur  le  Dauphin-,  mon  voisin,  vint  me  voir. 
C'est  un  bel  enfant,  mais  pas  bien  élevé  du  tout;  il  est 
très  gâté.  II  est  délicat  et  frêle,  on  a  peur  de  le  faire 
pleurer  :  aussi  lui  laisse-t-on  faire  toutes  ses  vo- 
lontés... 

Marly,  le  8  novembre,  6  h.  et  demie  du  soir. 

...  Je  ne  crois  pas  que  les  Anglais,  qui  sont  si  peu 
endurants,  s'accommodent  longtemps  d'un  roi  qui  ne 
sait  pas  leur  langue...  On  dit  qu'il  ne  peut  garder au- 

1.  Au  duc  d'Anlin. 

2.  Le  futur  Louis  XV. 


156  CORRESPONDANCE 

près  de  lui  un  seul  domestique  allemand;  en  ce  cas  il 
sera  bien  mal  servi. 

Mon  fils  ne  vient  me  voir  que  de  neuf  et  demie  à 
dix  heures  du  soir;  on  dirjiit  qu'il  arrive  juste  au 
moment  où  j'ai  le  plus  de  monde  ou  quand  j'ai  le  plus 
à  écrire,  exprès  pour  n'avoir  pas  à  me  causer  avec 
abandon... 

Versailles,  le  2  déc^embre  1714. 

...  J'étais  assise  dans  mon  cabinet,  après  le  dîner... 
quand  un  valet  de  chambre  de  mon  fils  accourut,  pâle 
comme  la  mort,  en  criant:  «Ah!  Madame,  Monseigneur 
s'est  trouvé  si  mal  qu'il  vient  d'évanouir  sans  cognois- 
sance!  »  Je  sursautai  et  courus  à  l'escalier.  Arrivé  là, 
je  tremblai  si  fort  que  je  ne  pus  monter;  je  dus  atten- 
dre des  porteurs...  Ce  qui  m'effrayait  tellement,  c'est 
que  mon  fils,  quand  11  n'avait  que  quatre  ans,  avait  eu 
une  véritable  attaque  d'apoplexie,  et  .comme  rien  au 
monde  à  cette  heure  n'est  plus  commun  que  ces 
attaques-là,  je  croyais  le  trouver  mort.  De  suite  en 
entrant  je  regardai  sa  figure,  il  riait...  il  n'avait  pas 
les  yeux  hagards,  ni  la  bouche  de  travers;  la  langue 
non  plus  n'était  embarrassée  et  il  avait  le  parler  net 
comme  à  l'ordinaire...  ce  n'était  qu'un  évanouissement 
provenant  de  ce  que,  toussant  alfreusement  et  atteint 
d'un  gros  rhume,  il  avait,  chez  sa  fille,  bâfré  comme 
un  loup  et  lampe  davantage  encore,  car  c'est  ainsi, 
malheureusement!  que  les  choses  se  passent  toujours 
en  cet  endroit-là... 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      157 

Versailles,  le  27  décembre  1714. 

...  Après  le  dîner,  je  me  suis  promenée  une  demi- 
heure  dans  ma  chambre  pour  faire  ma  digestion,  et  je 
me  suis  amusée  avec  meS  bestioles,  car  j'ai  dans  mon 
cabinet  deux  perroquets,  un  canari  et  huit  petits 
chiens. 

Dans  les  pharmacies  françaises  il  n'y  a  absolument 
rien  que  des  médecines  à  prendre  en  lavements  et 
de  l'eau  de  rose,  pas  autre  chose.  Ils  ne  connaissent 
pas  les  autres  eaux;  clisleriuin  donare,  posta  sey- 
gnare. . . 

Votre  bateau  sans  doute  était  un  yachts..  Je  ne 
comprends  pas  comment  on  peut  se  résoudre  à  faire 
un  voyage  en  mer  :  il  faut  que  vous  ayez  un  grand 
courage  pour  n'avoir  pas  eu  peur  dans  cette  danse. 
Mon  Dieu!  qui  donc  pourrait  ne  pas  être  maladequand 
on  est  secoué  de  cette  façon!... 

Versailles,  ce  vendredi  4  janvier  1715. 

...  J'ai  vu  beaucoup  d'Anglais  dans  ma  vie,  mais  ils 
ne  se  ressemblaient  pas  tous  :  quelques-uns  étaient 
extrêmement  polis,  d'autres  extrêmement  balourds  et 
grossiers...  La  duchesse  de  Schrosburig^,  comme  on 
l'appelle  ici,  est  prompte  à  se  lier,  mais  moi  je  ne  le 
suis  pas;  voilà  pourquoi  elle  est  bien  avec  la  princesse 
de  Conti  et  avec  d'autres  dames  plus  qu'avec  moi.  Je 
suis  très  froide  avec  les  gens  que  je  ne  connais  pas. 

1.  La  raugrave  Luuiso  venait  de  se  rendre  à  Londres  pour  s'occnper 
de  marier  ses  nièces,  les  filles  du  duc  de  Schomberg. 

2.  Shrewsbury. 


i:.K  COURESPONDANCK 

Comment  l'opéra  est-il,  à  Londres?  anglais,  italien 
ou  français?  Ce  qui  me  fait  croire  qu'on  a  chanté  dans 
une  autre  langue  et  non  en  français,  c'est  qu'ici  nous 
n'avons  pas  d'opéra  intitulé  Ar?nenius... 

D'après  ce  qu'on  me  dit  de  l'air  de  Londres,  je  ne  crois 
pas  que  j'y  pourrais  demeurer  vingt-quatre  heures 
sans  tomber  malade,  car,  à  ce  qu'on  prétend  cela  sent 
constamment  le  charbon... 

Chère  Louise,  votre  beau-frère  voudrait  bien  marier 
ses  filles  comme  le  seigneur  Harpagon,  c'est-à-dire 
«  sans  dot  ».  Mais  la  chose  n'est  aisée  nulle  part.  Les 
épouseurs  sont  épris  autant  des  beaux  yeux  de  la 
cassette  que  de  la  beauté  des  dames.  On  dit  que  c'est 
un  mariage  de  conscience  que  le  duc  de  Schomberg  a 
contracté... 

Versailles,  le  11  janvier  ni5,  11  h.  du  matin. 

...  Avant  hier  arriva  lanouvelle  que  la  princesse  des 
Ursins— celle-là  même  qui  a  gouverné  toute  l'Espagne 
—  devait  aller  à  la  rencontre  de  la  reine  pour  être  sa 
grande-maîtresse.  Son  orgueil  a  causé  sa  chute.  Elle 
avait  écrit  des  lettres  contre  cette  jeune  reine,  et  on 
les  a  remises  à  ceUe-ci.  Arrivée  auprès  d'elle,  à 
Xadraque,  elle  ne  s'est  avancée,  sur  l'escalier,  à  la 
rencontre  de  la  reine  qu'à  mi-chemin  ;  puis  elle  a 
trouvé  à  redire  à  tout,  à  la  toilette,  au  temps  qu'a 
duré  le  voyage  —  elle  le  trouvait  trop  long;  ajoutant, 
prétend-on,  que  si  elle  était  le  roi,  elle  renverrait 
la  reine,  ou  pour  le  moins  la  laisserait  plantée  en  cet 
endroit-là  pendant  trois  mois. 

Là-dessus  la  reine  ordonna  ii  l'oflicier  des  gardes  du 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLEANS.       159 

corps  d'ôter  cette  folle  de  devant  ses  yeux  et  de  la 
mettre  aux  arrêts,  et  Immédiatemeut  elle  envoya  au 
roi  un  exprès  pour  lui  porter  ses  plaintes,  fort  vives, 
sur  le  compte  de  cette  dame.  Le  roi  lui  répondit  de 
faire  ce  que  bon  lui  semblerait.  La  reine  alors  la  fit 
mettre  dans  une  voiture  à  onze  heures  du  soir,  ne  lui 
donnant  qu'une  femme  de  chambre,  un  laquais  et 
douze  gardes  du  corps  pour  la  reconduire  en  France, 
ce  qui  fut  fait  incontinent.  Je  ne  peux  la  plaindre, 
parce  qu'elle  a  toujours  atrocement  persécuté  mon  fils 
et  qu'elle  a  persuadé  au  roi  et  à  la  feue  reine  qu'il 
voulait  les  détrôner  et  qu'il  avait  conspiré  contre  leur 
vie  et  leur  trône.  Cela  est  tellement  faux  que,  malgré 
qu'elle' eût  suborné  une  foule  de  gens,  elle  n'a  rien  pu 
prouver...  Ce  qui  me  fâche,  c'est  que  ce  méchant 
diable  va  venir  ici;  je  suis  convaincue  qu'elle  va 
déverser  son  venin  sur  mon  fils  et  sur  moi.  Que  Dieu 
nous  assiste  !... 

L'archevêque  de  Cambrai  est  mort  il  y  a  quelques 
jours,  fort  regretté;  c'était  un  grand  ami  de  mon 
fils... 

Versailles,  le  18  janvier  1715. 

...  Mylord  Peterboroug  n'est  pas  de  ceux  qui 
adorent  le  roi  actuel  d'Angleterre...  11  a  raconté  que, 
S.  M.  ayant  joué  avec  une  dame,  celle-ci  était  restée 
sa  débitrice  de  18  francs.  Le  lendemain  cette  dame 
lui  envoya  des  bouteilles  de  vin  en  grande  quantité.  Le 
roi,  prétend-il,  a  dit  au  laquais  :  «  Dites  ;i  votre  dame 
de  vous  donner  huit  francs  de  ma  part  ;  elle  ne  m'en 
devra  plus  que  dix  !...  » 


160  CORRESPONDANCE 


Versailles,  le  1  février  1715. 

Bien  aimée  Louise,  avant-hier  mylord  Stairs  m'a 
apporté  la  boîte  avec  le  bézoard  de  Goa  que  la  prin- 
cesse de  Galles  m'a  fait  l'honneur  de  m'envoyer.  Je 
vous  prie...  de  lui  en  faire  mes  humbles  remerciements 
et  de  lui  en  témoigner  ma  gratitude...  J'en  suis  tout 
aussi  reconnaissante  à  la  chère  princesse  que  si  la  pierre 
était  rare,  du  moment  qu'elle  avait  cru  qu'elle  l'était. 
Elle  l'est  néanmoins  sous  le  rapport  de  la  grosseur, 
car  celles  qu'on  envoie  ici  ne  sont  pas  plus  grosses 
que  des  œufs  de  pigeon.  Les  jésuites  en  font  à  Goa. 
Mon  fils  en  a  de  pleines  boîtes  que  les  pères  p,vaient 
envoyées  à  feu  Monsieur  avant  sa  mort.  Quand  il  les 
reçut,  la  duchesse  de  Bouillon,  qui  est  morte  l'an 
passé,  était  là.  Elle  déroba  quelques-uns  de  ces  œufs  et 
se  sauva  avec.  Monsieur  lui  courut  après  pour  les  lui 
reprendre  :  ils  se  sont  quasi  battus.  Madame  de  Bouillon 
remporta  la  victoire.  C'était  fort  drôle.  Je  m'étonne 
qu'en  Angleterre  on  accepte  quelque  chose  qui  vienne 
des  jésuites  et  qu'on  ait  en  ce  point  confiance  en  eux. 
Je  l'ai  dit  à  mylord  Stairs;  cela  l'a  fait  rire  de  bon 
cœur... 

On  ne  parle  d'autre  chose  que  de  l'ambassadeur 
persan  '.  Hier  il  a  fait  son  entrée  à  Paris.  C'est  le  plus 
singulier  personnage  que  de  sa  vie  on  puisse  voir.  Il 
a  un  devin  auprès  de  lui,  qu'il  consulte  pour  savoir 
quels  jours  et  quelles  heures  sont  propices  ou  néfastes. 

1.  Voir  Journal  de  Danyeau,  XV,  et  l'addiliou  de  Saint-Simon, 
11  novembre  ni4. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      161 

Lui  propose-t-on  de  faire  telle  ou  telle  chose  en  un 
jour  qu'il  ne  tient  pas  pour  heureux,  il  se  fâche,  grince 
des  dents,  tire  son  sabre  et  son  poignard  et  veut  tout 
massacrer... 

Versailles,  le  12  mars  1715. 

...  A  propos  de  pleurésie,  le  cardinal  de  Bouillon 
est  mort  de  cette  maladie-là,  la  semaine  dernière,  à 
Rome.  Ce  n'est  pas  une  grande  perte,  car  il  était  faux 
comme  le  diable,  fort  méchant,  affreusement  débauché 
avec  les  jeunes  gens  et  très  orgueilleux  ;  en  un  mot,  il 
ne  valait  rien.  C'est  là  la  meilleure  oraison  funèbre 
qu'on  en  puisse  faire  ;  il  n'en  mérite  pas  d'autre... 

Versailles,  le  23  avril  1715. 

...  J'avoue  que  la  mort  du  prince  de  Sicile^  m'a 
fort  peinée  à  cause  de  la  reine  sa  mère.  C'est  une 
princesse  fort  vertueuse  qui  a  bien  du  mérite.  Hier  je 
reçus  de  S.  M.  une  lettre  qui  attendrirait  un  rocher. 
Elle  prend  son  malheur  bien  chrétiennement.  Elle 
craint  bien,  dit-elle,  d'avoir  péché  en  ne  pas  se  rési- 
gnant immédiatement  à  la  volonté  de  Dieu,  mais  «  le 
cœur  d'une  mère  fidèle  ne  saurait  être  insensible; 
elle  souhaite  et  espère  néanmoins  de  pouvoir  avec  le 
temps  se  résigner  davantage  à  la  volonté  divine.  » 
Cette  reine-  n'avait  pas  tout  à  fait  deux  ans  quand  je 
vins  en  France.  Elle  n'a  jamais  connu  d'autre  mère 

1.  Victor-Atnédéc  !<"'  do  Savoie  prit,  eu  vertu  de  la  paix  d'Utrccht, 
le  titre  do  roi  de  Sicile,  en  1713.  En  1718,  il  échangea  la  Sicile  contre 
la  Sardaigne,  dont  il  no  prit  possession  qu'en  1720. 

2.  Fille  do  Monsieur  et  do  Henriette  d'Angleterre,  ijcUe-fillc  par 
conséquent  de  Madame. 


lO'i  CORRESPONDAINCE 

que  moi,  aussi  me  tient-elle  pour  sa  vraie  mère.  Moi 
aussi  je  l'aime  comme  si  elle  était  mon  enfant.  J'aimais 
de  tout  cœur  également  sa  sœur,  la  feue  reine 
d'Espagne,  mais  comme  une  sœur,  car  je  n'avais  que 
dix  ans  de  plus  qu'elle... 

On  m'a  conté  aujourd'hui  une  bien  drôle  d'histoire, 
qui  doit  s'être  passée  en  Angleterre.  Je  voudrais  bien 
savoir  si  elle  est  vraie.  On  prétend  que  le  prince  de 
Galles  assistait  à  une  comédie  et  qu'on  y  a  joué  la 
reine  Anne,  qui  vient  de  mourir  :  elle  s'enivrait  au 
point  de  se  laisser  tomber  sur  une  chaise.  Un  mylord 
doit  alors  être  monté  sur  la  scène,  l'épée  nue,  et  aurait 
fait  une  balafre  au  comédien...  Le  prince  ayant  crié  à 
son  capitaine  des  gardes  de  faire  abattre  le  mylord 
d'un  coup  de  fusil,  tout  le  parterre  aurait,  dit-on, 
vociféré  :  «  S'il  est  tiré  un  coup  de  fusil,  ce  sera  le 
signal  du  massacre  de  tout  ce  qui  est  du  parti  du  roi.  » 
Et  le  capitaine  des  gardes  doit  avoir  dit  au  prince  que 
tirer,  cela  pourrait  aller  à  Hanovre,  mais  nullement  à 
Londres.  Ici  l'on  dit  également  que  le  prince  de  Galles 
est  totalement  brouillé  avec  son  père,  qu'ils  ne  se 
parlent  pas  et  qu'on  a  remis  h  la  princesse  de  Galles 
une  sorte  de  supplique,  dans  laquelle  on  a  dit  qu'étant 
pieuse  et  juste  elle  devait  pourtant  ;considérer  qu'à 
bon  droit  le  royaume  n'appartenait  à  nul  autre  qu'à 
celui  qu'on  nomme  le  Prétendant,  parce  qu'il  est  le  fils 
de  Jacques  II  aussi  sûrement  que  son  mari  à  elle  est 
le  fils  du  comte  de  Koenigsmark.  Si  réellement  on 
a  dit  cela  à  la  bonne  princesse,  ce  serait  terriblement 
insolent... 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       \(\:] 
Versailles,  le  3  mai  1713. 

...  Après  le  dîner,  quand  mon  petit-fils,  le  duc  de 
Chartres,  est  venu  chez  moi,  je  lui  ai  donné  un  spec- 
tacle approprié  à  son  âge.  Trois  chiens,  trois  pigeons 
et  un  chat.  Un  char  de  triomphe  où  est  assise  une 
chienne  nommée  Adrienne.  Un  gros  chat  traîne  le 
char,  un  pigeon  fait  le  cocher,  deux  autres  font  les 
pages,  et  un  chien  fait  le  laquais;  il  est  assis  derrière. 
Le  chien  s'appelle  Piquarl,  et  quand  la  dame  descend 
de  voiture,  Piquart  lui  porte  sa  traîne...  Le  chien  danse 
aussi  les  olivettes ^  en  passant  par  trois  cercles... 

Versailles,  le  10  mai  1715. 

...  Cette  vieille  inimitié  ne  prendra  fin  qu'avec  la 
vie,  et  tout  ce  que  l'ordure  pourra  inventer  en  fait  de 
mauvais  offices  et  d'ennuis,  elle  le  mettra  en  œuvre. 
Il  y  a  un  nouveau  motif  pour  cela,  à  savoir  que  je  n'ai 
pas  voulu  recevoir  son  amie  de  cœur  -,  que  la  reine 
d'Espagne  actuelle  a  chassée.  Et  la  cause...  est  que  mon 
fils  m'en  a  priée,  car  elle  est  sa  pire  ennemie,  et  elle 
l'a  voulu  publiquement  faire  passer  pour  un  empoi- 
sonneur. 11  ne  s'est  pas  contenté  de  prouver  son 
innocence,  mais  il  a  fait  porter  au  parlement  toutes 
les  pièces  de  l'enquête,  afin  qu'elles  y  fussent  conser- 
vées... 

1.  Danso  provenralo. 

'2.  La  princesse  des  Ursins. 


164  CORRESPONDANCE 

Marly,  le  14  mai  1715. 

...  M.  Martini  m'a  apporté  un  paquet  de  votre  part, 
avec  tous  les  effets  de  l'éclipsé  de  soleil.  Quoique  je 
.  ne  sache  pas  l'anglais,  j'en  comprends  beaucoup  de 
choses,  parce  que  je  connais  les  planètes  et  les 
constellations.  Je  vais  donner  cela  à  un  de  mes  gens 
qui  demeure  à  Saint-Germain  :  il  y  trouvera  bien 
quelques  Anglais  sachant  assez  de  français  pour  le 
traduire...  Cela  est  bien  plus  exact  et  plus  curieux 
que  ce  que  je  vous  ai  envoyé.  De  telles  choses  me 
divertissent  plus  que  d'être  obligée  de  jouer  au  lans- 
quenet dans  un  salon... 

•  Marly,  le  18  juin  1715. 

Vendredi...  à  neuf  heures  du  matin,  j'irai  au  Palais- 
Royal  pour  dîner  avec  mes  petits-enfants,  le  duc  de 
Chartres  et  M"'=  de  Valois.  Après  le  dîner  je  les  con- 
duirai tous  deux  au  collège  des  jésuites,  pour  voir 
une  comédie  jouée  par  les  élèves,  qui  sont  presque 
tous  des  enfants  de  condition.  Mon  fils  y  a  entre  autres 
un  enfant  qu'il  a  de  la  Sery,  mon  ancienne  fille  d'hon- 
neur. On  l'appelle  le  chevalier  d'Orléans.  Le  gamin  est 
fort  intelligent,  mais  il  n'est  pas  joli  et  il  est  petit 
pour  son  âge.  Mon  petit-fils,  son  frère,  l'aime  fort  et 
se  réjouit  beaucoup  en  vue  de  ce  jour-là... 

Marly,  le  12  juillet  1715.  . 

...  Chez  les  jésuites  d'ici  on  ne  joue  pas  de  pièces 
religieuses,  les  deux  au  moins  que  j'ai  vues  n'en 
étaient  pas.  L'une  avait  pour  sujet  un  duc  de  Bour- 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLEANS.       165 

gogne,  et  l'autre  était  Esope  au  collège...  A  Saint-Cyr, 
M"'"  de  Maintenon  a  fait  faire  quelques  pièces  reli- 
gieuses par  M.  Racine,  comme  Ester  et  Attalie.  Elles 
sont  extraordinairement  belles  et  il  ne  s'y  trouve  pas 
de  sots  bavardages... 

Je  voudrais  de  grand  cœur  entrer  en  correspon- 
dance avec  la  princesse  de  Galles,  car  j'aime  sa 
Dilection  bien  cordialement,  mais  entre  nous  soit  dit, 
on  est  fort  pointilleux  ici  pour  ce  qui  est  de  la  cour 
d'Angleterre.  Quelque  grande  que  soit  mon  envie,  je 
ne  peux  donc  pas  commencer  la  chose  en  ce  temps 
ci;  si  cela  change,  je  n'y  manquerai  certes  pas... 

Mari}',  le  18  juillet  1715. 

...  Mardi  on  a  couru  le  cerf...  J'avais  emmené  l'une 
des  filles  de  mon  fils,  qui  de  sa  vie  n'avait  assisté  à 
une  chasse...  On  l'appelle  M""  de  Valois;  c'est  une 
jeune  fille  de  quatorze  ans.  Quand  elle  était  une 
petite  enfant  je  croyais  qu'elle  deviendrait  très  belle; 
mais  j'ai  été  grandement  déçue  :  il  lui  est  venu  un 
grand  nez  aquilin  qui  a  tout  gâté...  Je  crois  deviner 
d'où  cela  vient  :  on  lui  a  permis  de  prendre  du  tabac; 
c'est  ce  qui  a  fait  tellement  pousser  ce  nez... 

...  Vous  avez  perdu  beaucoup  des  vôtres,  mais, 
chère  Louise,  le  monde  est  ainsi  fait  :  ou  bien  il  faut 
mourir  soi-même  ou  voir  mourir  ceux  qu'on  aime. 
On  pourrait  appliquer  à  cela  ce  que  feu  M""'  de  Bré- 
gie  *  avait  coutume  de  dire  :  «  Cela  est  bien  désobli- 
gent. »  Un  jour  que,   dans  mon  cabinet,    elle  était 

1.  De  Brégis, 


IGO  COraiESPONDANCE 

assise  par  terre  dans  un  coin,  elle  se  mit  à  faire  cette 
exclamation-là:  «  Que  dites-vous?  lui  demandai-je. 
—  Madame,  me  répondit-elle,  je  faissais  reflection 
tout  à  l'heure,  que  nous  sommes  avant  que  de  naistre 
dans  un  néant  très  propre;  nous  ne  demandons  point 
à  venir  en  ce  monde,  on  nous  y  met  sans  demander 
nostre  advis,  cela  est  bien  desobligent.  Nous  sommes 
en  ce  monde,  nous  y  avons  bien  du  mal,  cependant 
nous  y  accoustumons  et  nous  n'en  voulions  point 
sortir.  On  nous  prend,  quand  nous  y  songeons  le 
moins,  et  on  nous  en  fait  sortir  malgré  nous,  cela 
est  bien  desobligent...  » 

Marly,  le  8  août  1713. 

...  Les  lettres  de  ma  fille  me  sont  agréables,  mais 
elles  ne  sont  pas  amusantes,  car  ou  bien  elle  est 
malade  ou  enceinte,  ou  bien  elle  a  d'autres  sujets  de 
plaintes.  La  reine  de  Sicile...  est  à  cette  heure  encore 
plongée  dans  une  tristesse  profonde  parce  qu'elle  a 
perdu  son  fils  aîné.  Les  lettres  de  la  reine  d'Espagne 
ùBayonneMie  sont  que  compliments,  commissions 
et  toujours  des  commissions,  fort  ennuyeuses  souvent  ; 
c'est  ainsi,  par  exemple,  qu'elle  veut  quelquefois  faire 
de  tel  ou  tel  un  évêque,  de  tel  autre  un  capitaine  de 
gardes  ;  puis  elle  demande  une  abbaye  pour  l'un,  une 
pension  pour  l'autre.  Mais  si  je  dis  le  mal,  il  me  faut 
dire  aussi  le  bien.  Je  suis  fort  obligée  à  la  bonne 
reine  ;  elle  a  beaucoup  contribué  au  raccordement 
de  mon  fils  avec  le  roi  d'Espagne,   par  l'entremise  de 

1.  Marie-Anne  de  Neubourg,  veuve  de  Charles  II. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       lG7 

la  reine,  sa  nièce...  Je  peux  donc  en  vérité  vous 
dire,  chère  Louise,  que  vos  lettres  sont  les  plus 
agréables  que  je  puisse  recevoir... 

Versailles,  le  1.5  août  1715. 

...  Notre  roi,  hélas  !  n'est  pas  bien.  J'en  suis  an- 
goissée à  en  être  à  moitié  malade  ;  je  ne  mange  ni  ne 
dors  bien.  Fasse  Dieu  que  je  me  trompe  ;  mais  si  le 
malheur  que  je  redoute  devait  arriver,  ce  serait  le 
plus  grand  qui  pût  m'advenir  présentement.  Si  j'en 
devais  dire  les  détails  ce  serait  chose  si  affreuse  que 
je  ne  saurais  y  penser  sans  avoir  la  chair  de 
poule... 

Vendredi  10  août  niS,  à  4  h.  moins  un  quart. 

»,.  Grâces  en  soient  rendues  à  Dieu  !  j'ai  trouvé  le 
roi  bien  mieux  portant  qu'hier  au  soir  ;  il  était  très 
gai...  mais  je  ne  suis  pas  tout  à  fait  à  mon  aise  en- 
core... 

J'ai  donné  audience  à  M.  d'Imhof.  Il  m'a  fait  une 
proposition  que  je  n'ai  pas  acceptée,  savoir  de  com- 
mencer un  commerce  par  lettres  avec  la  princesse 
Louise  de  WolfenbiUtel.  Cela  ne  m'irait  nulle- 
ment... 

Versailles,  le  -20  août  1715. 

...  On  peut  avoir  fait,  au  nom  du  roi  Jacques,  bien 
des  choses  dont  il  n'a  rien  su  ;  les  prêtres  en  sont 
fort  capables.  Toutes  ces  haines  à  propos  de  religion, 
les  prêtres,  de  part  et  d'autre,  en  sont  la  cause... 

M'"' de  Maintenon  n'a  pas  été  malade  :  elle  est  alerte 


lf>8  CORRESPONDANCE 

et  bien  portante.  Plût  à  Dieu  que  notre  roi  fut  en 
aussi  bonne  santé  !  Je  serais  moins  inquiète  que  je 
ne  le  suis,  hélas!... 

Versailles,  le  27  août  1715. 

...  Nous- avons  eu  hier  le  spectacle  le  plus  triste  et 
le  plus  touchant  que  de  la  vie  on  puisse  voir.  Notre 
cher  roi,  après  s'être  préparé  à  la  mort,  après  avoir, 
comme  c'est  la  coutume  ici,  reçu  les  derniers  sacre- 
ments avant-hier  à  huit  heures  du  soir  et  avoir  or- 
donné toutes  choses  comme  il  entend  qu'elles  se  fas- 
sent après  sa  mort,  s'est  fait  apporter  le  petit  Dau- 
phin, lui  a  donné  sa  bénédiction  et  lui  a  adressé  des 
exhortations.  Puis  il  nous  a  fait  venir  ,  la  duchesse 
de  Berry,  moi^,  toutes  ses  autres  filles  et  petits-enfants. 
Il  m'a  dit  adieu  avec  des  paroles  si  tendres  que  je 
m'étonne  encore  moi-même  de  n'être  pas  tombée  droit 
sans  connaissance.  Il  m'a  assuré  qu'il  m'avait  toujours 
aimée  et  plus  que  je  ne  le  pensais  moi-même,  qu'il 
regrettait  de  m'avoir  parfois  causé  du  chagrin...  Je 
me  jetai  à  genoux,  pris  sa  main  et  la  baisai;  il  m'em- 
brassa. Puis  il  parla  aux  autres,  disant  qu'il  leur  re- 
commandait d'être  unis.  Je  crus  qu'il  me  le  disait  à 
moi.  «  En  ceci,  ma  vie  durant,  répondis-je,  j'obéirai 
à  V.  M.  »  Il  se  tourna  vers  moi,  et,  en  souriant  :  «  Je 
ne  vous  dis  pas  cela  à  vous,  fit-il,  car  je  sais  que  vous 
n'avez  pas  besoin  qu'on  vous  le  recommande,  vous 
êtes  trop  raisonnable  pour  cela;  je  le  dis  aux  autres 
princesses...  «  Le  roi  a  une  fermeté  dont  on  ne  se  fait 
pas  idée.  A  tout  moment  il  donne  des  ordres,  comme 
s'il  allait   simplement  partir  pour  un  voyage...  Il  a 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.       169 

tout  recommandé  à  mon  fils  et  l'a  fait  régent  avec  une 
tendresse  telle  qu'on  en  a  l'âme  pénétrée... 

11  n'est  pas  vrai  que  M"*  de  Maintenon  soit  morte  : 
elle  est  en  parfaite  santé,  elle  se  tient. dans  la  cham- 
bre du  roi,  qu'elle  ne  quitte  ni  jour  ni  nuit. 

...  Le  roi  est  d'une  bonne  et  forte  constitution;  je 
crois  qu'on  aurait  pu  le  sauver  si  on  s'y  était  pris  à 
temps...  Je  ne  crois  pas  que  si  M"'«  de  Maintenon 
venait  à  mourir,  elle  léguerait  sa  fortune  à  la  maison 
de  Saint-Cyr;  en  effet,  elle  a  auprès  d'elle  la  fille  de 
son  propre  frère,  la  duchesse  de  Noailles,  qui  a  des 
enfants,  et,  de  plus,  elle  a  d'autres  parentes  en- 
core... 

Versailles,  le  6  septembre  1"15. 

...  J'ai  été  si  accablée  et  si  horriblement  triste  qu'il 
m'a  été  impossible  de  vous  écrire;  j'ai  ménagé  mes 
pauvres  yeux  mouillés  pour  la  correspondance  avec 
ma  fille,  le  vendredi  et  le  mardi.  Dimanche  dernier^ 
notre  roi  est  mort  à  huit  heures  et  demie  du  matin... 
Je  suis  dans  une  profonde  tristesse  tant  parce  que 
j'ai  perdu  le  roi  que  parce  qu'il  me  faut  habiter  ce 
maudit  Paris  pendant  toute  une  année.  Mais  si  j'y 
tombe  malade,  je  me  sauverai  et  irai  à  Saint- 
Cloud... 

C'a  été  pour  moi  une  grande  consolation  de  voir 
tout  le  peuple,  les  troupes  et  le  parlement  entier  se 
déclarer  pour  mon  fils,  tandis  que  ses  ennemis,  qui 
ont  trompé  le  roi  sur  son  lit  de  mort  et  lui  ont  fait 

].  Dimanche  le^  septembre  1715. 

H.  10 


470  CORRESPONDANCE 

signer  une  pièce  dirigée  contre  mon  clier  fils,  ont  en 
l'affront  de  le  voir  publiquement  déclaré  régent,  et 
eux  et  leur  cabale  ont  dû  céder  la  place.  Mon  fils 
s'occupe  des  affaires  avec  un  tel  zèle  qu'il  n'a  plus  de 
repos  ni  jour  ni  nuit.  J'ai  peur  maintenant  qu'il  n'en 
tombe  malade,  et  d'autres  pensées  tristes,  que  je  ne 
saurais  vous  dire,  me  traversent  la  tête  :  je  ne  suis 
donc  pas  entièrement  consolée.  Mon  fils  a  parlé  pu- 
bliquement au  parlement  :  on  assure  que  son  discours 
n'a  pas  mal  été...  Ce  que  vous  nous  souhaitez  pourrait 
se  faire  sans  intervention  miraculeuse,  car  le  jeune 
roi  est  fort  délicat... 

Paris,  le  10  septembre  1715. 

...  Hier  on  a  mené  feu  notre  roi  à  Saint-Denis. 
Toute  la  famille  royale  est  dispersée  comme  une  volée 
d'étourneaux.  Le  jeune  roi  est  allé  hier  à  Vincennes, 
la  duchesse  de  Berry  à  Saint-Gloud,  la  femme  de  mon 
fils  et  moi  nous  sommes  venues  ici  ;  mon  fils  ne  nous 
a  rejointes  qu'après  avoir  mené  le  jeune  roi  à  Vin- 
cennes.  Quant  aux  autres,  je  ne  sais  où  ils  ont 
passé... 

Paris,  le  13  septembre  1715. 

...  Le  roi,  de  lui-même,  était  bon  et  juste,  mais  la 
vieille  femme  lui  avait  si  bien  persuadé  que  personne 
au  monde,  sauf  elle  et  ses  ministres,  ne  prenait  à 
cœur  ses  intt'rèts,  qu'il  n'avait  conliance  qu'en  elle, 
en  son  confesseur  et  en  ses  ministres.  De  cette  façon, 
et  comme  le  bon  roi  n'était  pas  très  savant,  la  vieillie 
femme,  et  le  confesseur  pour  le  spii'ituel,  et  les  mi- 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.       171 

nistres  pour  le  temporel,  lui  ont  fait  accroire  tout  ce 
qu'ils  ont  voulu.  Les  ministres,  pour  la  plupart, 
n'étaient  que  des  créatures  de  la  vieille  ordure;  je 
peux  donc  dire  avec  vérité  que  tout  le  mal  qui  s'est 
fait  ne  provenait  pas  du  roi... 

Mon  fils...  me  semble  bien  résolu  à  se  conformer 
aux  derniers  ordres  du  roi  et  à  vivre  en  paix  avec  ses 
voisins.  Je  crois  que  si  cela  ne  dépendait  que  de  lui, 
il  viendrait  volontiers  en  aide  à  tous  les  opprimés... 
Mais  pour  prouver  qu'il  ne  veut  pas  gouverner  à  sa 
fantaisie,  il  a  déjà  institué  diflérents  conseils...  et  il 
est  difficile  de  croire  que  le  conseil  des  affaires  ecclé- 
siastiques, qui  ne  sera  composé  que  de  prêtres,  se 
montre  favorable  aux  réfugiés.  J'ai  pris  la  résolution 
de  ne  me  mêler  de  rien.  Malheureusement  la  France, 
soit  dit  entre  nous,  a  trop  longtemps  été  gouvernée 
par  des  femmes;  pour  ce  qui  est  de  moi,  je  ne  veux 
pas  être  cause  qu'on  puisse  faire  ce  reproche-là  à 
mon  fils... 

II  est  vrai  que  tout  le  monde  croyait  le  roi  mort 
quand  M'""  de  Maintenon  est  partie  ;  elle-même  le 
croyait  parce  qu'il  avait  été  pris  d'un  long  évanouis- 
sement, mais  il  est  revenu  à  lui,  et  la  vie  ne  l'avait  pas 
encore  a))andonné,  comme  je  vous  l'ai  déjà  dit...  Il  est 
resté  ferme  jusqu'au  dernier  moment.  Il  a  dit  en 
riant  à  M""^  de  Maintenon  :  a  Je  m'imaginais  qu'il 
était  plus  difficile  de  mourir  que  cela;  je  vous  assure 
que  ce  n'est  pas  une  grosso  alfairo  :  cela  ne  me  paraît 
pas  malaisé  du  tout...  »  11  est  resté  deux  fois  vingt- 
quatre  heures  sans  parler  à  personne.  Durant  ce 
temps  il  n'a  fait  que  prier,  disant  sans  cesse  :  «  A 


172  CORRESPONDANCE 

quoy   tient-il,    mon    Dieu,  que    vous    ne    me    pre- 
nies?  »... 

Paris,  lo  17  septembre  1713. 

...  Le  parlement  a  reconnu  le  droit  démon  fils  lors 
qu'il  l'a  fait  valoir  au  nom  de  sa  naissance.  Il  avait 
d'autant  plus  raison  de  le  faire  que  le  roi,  avant  sa 
mort,  lui  avait  dit  qu'à  la  vérité  il  y  avait  un  testa- 
ment, mais  qu'il  le  devait  modifier  à  sa  guise  s'il  y 
trouvait  quelque  chose  qui  ne  lui  convînt  pas.  Ce  tes- 
tament était  tout  en  faveur  du  duc  du  Maine  ;  il  n'est 
donc  pas  difficile  de  deviner  qui  l'a  dicté... 

Paris,  le  27  septembre  1715. 

...  Je  vous  réitère  mes  remerciements  pour  la  pou- 
dre de  mylady  Kent.  Je  ne  la  donnerai  pas  à  examiner 
à  un  docteur,  car  ils  n'ordonnent  d'autres  remèdes 
que  les  saignées,  les  purgations,  les  lavements,  les  eaux 
et  le  lait  d'ânesse. 

...  Quand  j'avais  la  petite  vérole,  je  pris  de  la  pou- 
dre de  mylady  Kent;  le  médecin  de  M""=  la  Dauphine 
s'écria  :  «  Madame  a  pris  une  poudre  qui  la  tuera 
infailliblement;  contes ^  qu'elle  est  morte!  »  On  lui 
demanda  s'il  connaissait  cette  poudre.  «  Non,  dit-il, 
mais  prendre  une  poudre  sans  se  faire  saigner!  contes 
qu'elle  est  morte!  »  Quand  je  fus  remise  et  que  je  le 
revis,  je  lui  dis  en  riant  :  «  Les  gens  que  vous  tuez 
se  portent  assez  bien.  Aprenes  par  cecy,  pour  ne  pas 
vous  tromper,  monsieur  Bourdelot  (ainsi  se  nommait- 

1.  CompU'7,. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLEANS.      173 

il),  de  ne  pas  juger  de  ce  que  vous  ne  cognoisses  pas 
et  que  d'autres  savent  mieux  que  vous!  »  Cet  homme 
fut  tellement  confus  qu'il  n'y  put  tenir  et  qu'il  s'en 
alla... 

...  Cela  pourrait  bien  arriver,  mais  ce  serait  quand 
même  un  malheur,  car  je  crois  qu'il  en  résulterait 
une  guerre  acharnée.  Le  jeune  roi  est  fort  délicat,  je 
voudrais  bien  qu'il  pût  vivre  jusqu'à  ce  que  mon  fils 
ait  tout  remis  en  ordre... 

Paris,  le  !'='•  octobre  1715. 

...  11  y  a  quelques  années  le  jeu  d'échecs  était  très 
à  la  mode  ici,  mais  je  ne  m'y  suis  pas  adonnée,  je  le 
trouve  trop  difficile  pour  ma  méchante  cervelle... 

Je  suis  peinée  que  le  marquis  de  Rochegude  fût 
triste  en  vous  quittant,  mais  il  devrait  bien  savoir 
comment  vont  les  choses  ici  et  que  mon  fils  ne  peut 
pas  tout  faire  ce  qui  devrait  être  fait.  Je  ne  m^infor- 
merai  pas  moins  de  ce  qu'on  peut  faire  pour  les  pau- 
vres galériens.  Je  parlerai  d'eux  sans  nommer  per- 
sonne. Si  cela  réussit,  j'en  serai  fort  aise;  si  cela  ne 
réussit  pas,  eh  bien!  j'aurai  fait  mon  devoir  et  n'au- 
rai rien  à  me  reprocher.  Je  crains  que  le  conseil  de 
conscience  ne  permette  pas  à  mon  fils  de  faire  quelque 
chose  pour  les  pauvres  réfugiés,  car  les  prêtres 
seront  toujours  les  prêtres.  Mais  il  faut  que  j'aille  à 
l'église. 

...  Ce  n'est  pas  vrai  que  le  roi  d'Espagne  ait  fait 
remettre  une  protestation.  Il  nous  a  écrit  à  tous,  et 
il  est  fort  content.  Il  promet  aussi  de  vivre  en  paix 
avec  nous... 

10. 


174  COIiRESPONDANCK 

Paris,  lo  S  octobre  1715. 

...  Je  vous  ai  quand  même  tenu  parole,  et  en 
cachette  j'ai  sollicité  pour  les  pauvres  galériens.  On 
m'a  fait  des  promesses;  mais  n'en  dites  rien  à  âme  qui 
vive,  chère  Louise.  Pourvu  que  le  conseil  de  con- 
science ne  me  gâte  pas  la  chose!...  Dites-moi  donc, 
je  vous  prie,  ce  que  mon  fils  a  fait  pour  complaire  au 
roi  d'Angletere... 

Paris,  le  11  octobre. 

...  La  princesse  de  Galles  et  moi  nous  sommes  en 
correspondance  maintenant.  Vous  pouvez  l'assurer 
que  j'ai  exécuté  son  ordre  et  que  j'ai  déjà  donné  ses 
instructions  à  M"*"  Catherine  Vezian...  Je  lui  ai  indiqué 
l'endroit  où  l'on  fait  bien  les  layettes;  mais  je  crains 
qu'elle  ne  m'ait  pas  bien  compris  :  elle  tremblait  de 
tous  ses  membres  en  me  parlant.  . 

Paris,  le  l.">  octobre  l'71.5. 

...  A  l'instant  je  rentre  de  la  promenade  :  j'ai  été 
dans  un  petit  bois  qu'on  nomme  le  bois  de  Boulogne. 
11  s'y  trouve  un  vieux  château  bâti  par  François  I''^ 
On  l'appelle  Madrid,  'parce  que  ce  roi  l'a  fait  élever 
sur  le  modèle  du  château  de  Madrid,  où  il  était  pri- 
sonnier... 

Je  ne  sais  ce  que  mon  fils  a  dit  â  mylord  Stairs  au 
sujet  des  galériens,  mais  je  puis  vous  assurer  que  je 
lui  en  ai  parlé;  il  m'a  donné  bon  espoir.  Cependant, 
a-t-il  ajouté,  il  faut  qu'ils  prennent  patience;  pour 


DK  MADAME,   DUCHESSE    D'ORLÉANS.       17;) 

différents  motifs,  il  ne  lui  est  pas  possible  de  mener 
la  chose  promptement... 

Les  Anglais  sont  une  affreuse  nation  de  conspirer 
ainsi  contre  un  roi  qu'ils  ont  eux-mêmes  choisi  et 
appelé  et  contre  tant  d'innocents  Allemands.  Un 
Anglais  qui  est  ici,  lord  Douglas,  m'a  raconté  qu'Her- 
vey  a  d'abord  tout  nié,  jusqu'à  ce  qu'on  lui  eût  mon- 
tré sa  propre  lettre  ;  alors  il  a  pris  la  résolution  de  se 
tuer  et  l'a  mise  à  exécution.  Grâces  soient  rendues  à 
Dieu  que  le  roi  et  toute  la  famille  royale,  ainsi  que 
vous,  chère  Louise,  vous  ayez  si  heureusement  échappé 
au  danger...  Dans  les  derniers  temps,  la  vieille  femme 
et  les  ministres  ont  fait  bien  des  choses  à  l'insu  du 
roi.  On  ne  peut  pas  trouver  mauvais  que  le  jeune  roi 
Jacques  veuille  remonter  sur  son  trône,  mais  ceux  de 
son  parti  devraient  faire  une  guerre  loyale  et  non 
pas  avoir  recours  à  l'assassinat.  Il  n'est  pas  étonnant 
que  les  Anglais  s'imaginent  qu'on  peut  facilement  se 
faire  Turc,  car  il  est  bien  facile  de  leur  faire  adopter 
les  idées  religieuses  les  plus  saugrenues.  Feu  ma 
tante  aimait  beaucoup  les  Turcs;  elle  disait  qu'ils 
étaient  de  braves  gens.  Vous  avez  fort  bien  fait,  ma 
chère,  de  ne  pas  m'envoyer  la  vie  de  Rochegude.  Cela 
aurait  tout  pu  gâter. 

Paris,  le  24  octobre  1715. 

...  Je  suis  bien  de  votre  avis  :  les  Anglais  se  met- 
traient à  haïr  un  ange  du  ciel,  s'ils  l'avaient  choisi 
pour  roi.  Quand  je  vous  écrivis  la  dernière  fois,  je  ne 
savais  rien  de  ces  vaisseaux  remplis  do  mousquets, 
mais  je  l'ai  appris  depuis.  Mon  fils  me  Ta  raconte  :  sa 


176  CORRESPONDANCE 

colère  était  grande  de  ce  qu'on  eût  contrevenu  ainsi 
aux  stipulations  du  traité  de  paix...  Si  les  pauvres  galé- 
riens ne  sont  pas  relâchés,  ce  ne  sera  pas  de  ma  faute; 
je  fais  de  mon  mieux,  comme  un  joueur  de  violon  qui 
racle  tout  seul^... 

Je  vois  beaucoup  d'hommes,  mais  peu  de  femmes 
chez  moi.  Celles-ci  ne  veulent  pas  venir  me  voir  parce 
que  je  ne  peux  souffrir  qu'elles  se  présentent  devant 
moi  toutes  débraillées  et  en  écharpe,  comme  on  va 
chez  M™«'  d'Orléans  et  de  Berry.  Les  jeunes  gens  ne 
savent  pas  en  quoi  consiste  le  respect  :  ils  n'ont 
jamais  vu  de  vraie  cour. 

iParis,  le  29  octobre  1715. 

...  Ce  soir  le  bruit  court  que  le  comte  d'Argyle  a  été 
battu  en  Ecosse  et  que  les  rebelles  se  sont  emparés 
de  la  ville  de  Bristol.  Je  souhaiterais,  je  vous  l'avoue, 
que  le  roi  George  et  toute  la  famille  royale  lut  à 
Hanovre... 

Dieu  sait  qui  m'a  envoyé  ce  catéchisme  :  la  lettre 
n'est  pas  signée.  J'imagine  que  c'est  Langallerie,  mais 
il  me  semble  qu'il  ne  réfléchit  pas  à  ce  qu'il  fait,  car 
que  peut-on  avoir  de  mieux  que  le  catéchisme  de 
Heidelberg^?  Quand  on  a  soixante-trois  ans,  on  a  for- 
cément des  idées  bien  arrêtées  en  fait  de  religion.  Je 
suis  de  l'avis  de  saint  Paul,  qui  ne  veut  pas  que  l'on  soit 
ou  du  parti  de  Paul  ou  du  parti  de  Kephas,  mais  bien 
de  celui  du  Christ.  C'est  à  quoi  je  veux  m'arrèter, 

1.  Proverbe  allemand. 

2.  Que  Madame'  savait  par  cœur. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLEANS.      177 

autant  qu'il  est  en  moi,  et  vivre  et  mourir  dans  cette 
foi  avec  l'aide  de  Dieu... 


Paris,  le  14  novembre  1715, 

...  Je  ne  peux  pas  croire  que  le  duc  d'Argyle  soit 
fidèle  au  roi,  du  moment  qu'il  a  laissé  échapper  tant 
de  rebelles.  Beaucoup  d'autres,  à  ce  que  je  pense, 
vont  abandonner  le  roi  George,  maintenant  que  le 
chevalier  de  Saint-Georges  est  en  Ecosse.  On  m'a 
raconté  ce  soir  comment  il  s'est  échappé.  Il  était  à 
Commercy,  chez  le  prince  de  Vaudemont,  à  courir  le 
cerf.  Après  la  chasse  le  prince  fit  à  ses  invités  un 
retour  de  chasse  :  on  resta  à  table  jusqu'à  quatre  heures 
du  matin.  En  entrant  dans  sa  chambre,  le  chevalier 
dit  qu'il  se  couchait  trop  tard  pour  se  lever  de  bonne 
heure  et  qu'on  devait  le  laisser  dormir  jusqu'à 
deux  heures  de  l'après-dînée.  Quand  ses  gens  allèrent 
pour  le  réveiller  à  cette  heure,  ils  ne  trouvèrent  per- 
sonne dans  le  lit,  s'effrayèrent  et  coururent  vers  le 
prince  de  Vaudemont.  Celui-ci  feignit  de  ne  rien  savoir 
et  déclara  qu'il  fallait  se  mettre  à  la  recherche  du 
chevalier.  Après  l'avoir  vainement  cherché  pendant 
une  heure,  le  prince  de  Vaudemont  dit  :  «  Mettons-nous 
à  table,  car  tous  les  ponts-levis  sont  levés,  et  de 
trois  jours  personne  ne  pourra  sortir  de  ce  château.  » 
C'est  ainsi  que  le  chevalier  est  arrivé  incognito  en 
Bretagne.  11  s'est  donné  comme  un  voyageur,  il  a  loué 
une  barque  de  pêcheur  qui'l'a  mené  en  mer  à  un  na- 
vire écossais,  où  se  trouvaient  beaucoup  de  seigneurs 
d'Ecosse  qui  l'ont  accompagné  dans  ce  pays. 


'17.S        courkspondance 

J\  s.  —  C'est  bien  à  tort  que  mylord  Stairs  accuse 
mon  fils  d'avoir  favorisé  la  fuite  du  roi  d'Angleterre. 
Comment  peut-il  savoir  ce  qui  se  passe  à  Coinmercy  ? 
et,  du  moment  que  le  chevalier  de  Saint-Georges  a  tra- 
versé la  Bretagne  incognito,  comment  mon  fils  a-t-il 
pu  deviner  qu'il  s'y  trouvait  ?  On  ne  l'a  informé  de  la 
chose  qu'au  bout  de  huit  jours;  quand  il  a  envoyé  du 
monde  là-bas,  tout  était  déjà  fait... 

Paris,  lo  22  novembre  ni.'j. 

...  La  princesse  de  Galles  m'a  décrit  aussi  la  céré- 
monie de  mylord  maire  ^  Je  me  souviens  que  jadis 
j'en  ai  entendu  parler  par  Sa  Grâce,  notre  père. 
Mylord  maire  ne  porte-t-il  pas  une  baguette  ou  canne 
longue  et  mince,  garnie  d'argent  ? 

...  Les  ambassadeurs  vénitiens  ne  sont  d'ordinaire 
pas  très  polis. 

Paris,  le  10  décembre  171.Ô. 

...  Hier,  une  bourgeoise  de  Strasbourg,  une  connais- 
sance de  M""*^  de  Rathsamhausen,  m'a  fait  cadeau  d'un 
plat  de  choucroute  avec  du  lard  et  un  canard.  Ce 
n'était  pas  mauvais,  mais  c'étaient  des  choux  français 
qui  ne  valent  pas  de  loin  nos  choux  allemands,  ils 
n'ont  pas  assez  de  montant,  et  on  ne  les  avait  pas 
coupés  assez  menu  :  c'est  qu'ici  on  n'a  pas  les  couteaux 
qu'il  faut  pour  cela... 

Je  ne  dirai  plus  rien  de  ma  foulure  à  la  main,  j'ai 
été  guérie  en  deux  jours  et  une  nuit,  grâce  à  la  pom- 

1.  Du  lord-jnayor  de  Londres. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       179 

niade  divine  et  à  riuiile  de  Fioraventi...  La  pommade 
divine  est  une  précieuse  cliose;  lors  même  que  j'ai 
la  fièvre,  je  m'en  frotte  Testomac,  et  quand  je  tousse, 
je  m'en  frotte  la  poitrine... 

L'histoire  de  la  dame  qui  a  épousé  un  batelier  est 
plaisante  et  m'en  rappelle  une  qui  s'est  passée  cet  été. 
Une  dame  de  Lorraine,  qui  se  nomme  M"'"  de  Rosière, 
voulut  faire  une  visite  à  une  demoiselle  du  voisinage, 
qui  est  de  la  maison  de  Clioiseul.  Tout  le  monde  la 
connaît  ici,  elle  était  fille  d'honneur  de  la  duchesse 
du  Maine.  M""  de  Rosière  s'en  vint  donc'  chez 
M"«  de  Choiseul.  On  lui  dit  de  monter  dans  sa 
chambre.  En  y  entrant,  elle  la  trouve  au  lit  avec  son 
jardinier  à  elle,  qui  se  nomme  Grandcolas.  M'"<=  de  Ro- 
sière, saisie  d'effroi,  lui  dit  :  «Ah!  bon  Dieu! 
mademoiselle,  qu'est-ce  que  mon  jardinier  fait  dans 
votre  lit  ?  »  M"'-'  de  Choiseul  lui  répond  qu'il  est  dans 
son  lit  parce  qu'il  est  son  mari  et  qu'elle  l'a  épousé 
par  reconnaissance;  vu  qu'étant  tombée  à  l'eau  quel- 
ques jours  auparavant,  Grandcolas  seul  était  venu 
à  son  secours  et  lui  avait  sauvé  la  vie,  elle  n'avait  su 
lui  témoigner  sa  reconnaissance  qu'en  l'épousant,  ce 
qu'elle  a  fait  àl'insu  de  ses  parents  et  contre  leur  gré. 
Elle  a  voulu  le  faire  anoblir  par  le  duc  de  Lorraine, 
sans  y  réussir  ;  elle  a  tenté  la  chose  auprès  du  roi  : 
même  insuccès,  et  de  cette  façon  la  fière  M"<=  de  Choir 
seul  est  restée  M'»«  Grandcolas... 

M.  Leibniz  ^  à  qui  j'écris  queiiiuefois,  m'assure,  à 

l.M.  rarchiviste  Klopp,  dans  une  additiun  à  Tédition  de  M.  Hol- 
laiid(n,  p.  G81),  dit  avoir  trouvé  dans  les  archive*  do  Hanovre  douzo 
lettres  au  moins  do  la  duchesse  à  Loibiiil?..  Elle  servait  d'inlermédiairô 


180  CORRESPONDANCE 

la  satisfaction  de  ma  vanité,  que  je  n'écris  pas  mal 
l'allemand.  Ce  m'est  une  vraie  consolation,  car  je  serais 
désolée  si  je  l'avais  oublié... 

Paris,  le  27  décembre  171.5. 

...  A  propos  de  la  comtesse  de  Roye,  j'ai  signé 
aujourd'hui  au  contrat  de  mariage  de  son  fils,  le  che- 
valier de  Roye...  11  épouse  une  femme  du  commun, 
elle  s'appelle  Fronte  ^  :  elle  est  fille  de  gens  qui  ont  été 
dans  les  affaires.  Elle  lui  apporte  un  million  en  dot, 
mais  si  j'étais  de  lui,  je  ne  voudrais  pas  pour  un  million 
m'encanailler  de  la  sorte,  car  il  est  de  bien  bonne  et 
grande  maison... 

11  est  certain  que  le  chevalier  de  Saint-Georges  n'a 
pas  mis  les  pieds  à  Saint-Germain;  mais  Dieu  seul  sait 
où  il  est...  On  n'a  jamais  eu  l'idée  de  marier  M"e  de 
Chartres  au  chevalier  de  Saint-Georges  ;  le  bruit,  il 
est  vrai,  en  a  couru  ;  mais  jamais  les  intéressés  n'y 
avaient  pensé... 

Mardi,  le  3  janvier  (1716),  3  li.  de  l'après-dînée. 

...  Notre  jeune  roi  aux  Tuileries  est.  Dieu  merci,  en 
bonne  santé  ;  il  n'a  pas  été  malade  un  seul  instant.  Il 
est  très  vif  et  ne  reste  pas  un  moment  dans  la  même 
posture.  Pour  dire  la  vérité  vraie,  c'est  un  enfant 
mal  élevé  :  on  lui  permet  tout,  de  peur  qu'il  ne  tombe 

entre  le  philosophe  allemand  et  l'abbé  de  Saint-Pierre  (Charles-Irénée 
de  Saint-Pierre,  et  non  Bernardin,  comme  dit  M.  Klopp).  Brockhaus, 
Conversationslexikon,  ïi^  édition,  confond  l'abbé  de  Saint-Pierre  avec 
son  frère  le  jésuite,  lequel  fut  aumônier  de  Madame. 
1.  Fronde  (Dangeau,  C  dèc.  1715). 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      181 

malade.  Je  suis  convaincue  que  si  on  le  corrigeait 
il  ne  se  passionnerait  pas  autant,  et  cela  peut  lui  nuire 
plus  que  de  lui  laisser  faire  toutes  ses  volontés  ;  mais 
chacun  veut  être  dans  les  bonnes  grâces  du  roi, 
quelque  jeune  qu'il  soit.  Jusqu'ici  il  ne  semble  pas 
que  le  roi  Philippe  i  ne  veuille  pas  tenir  compte  de 
sa  renonciation  -,  Dieu  nous  préserve  de  nouvelles 
guerres!...  Partout  où  les  jésuites  et  les  méchants 
prêtres  n'ont  pas  le  dessus,  ils  ne  sont  pas  à  craindre... 
Les  extirper,  ce  serait  trop  dur.  Il  suffit  de  ne  leur 
accorder  aucun  pouvoir.  En  France,  les  couvents  de 
jésuites  ne  sont  pas  riches.  On  ne  les  nourrit  pas  non 
plus  aussi  bien  qu'en  Allemagne. 

...  A  cette  heure  l'agitation  guerrière  va  bien  com- 
mencer en  Angleterre,  maintenant  que  l'Ecosse  a 
reconnu  le  jeune  roi  ^  Précédemment  il  y  avait  donc 
aussi  des  rois  d'Angleterre  et  des  rois  d'Ecosse.  Si 
notre  roi  Georges  gardait  l'Irlande,  l'Angleterre  et  tout 
ce  qu'il  possède  en  Allemagne,  il  serait  quand  môme 
un  grand  roi  et  pourrait  laisser  à  l'autre  son  Ecosse, 
où  il  doit  pourtant  y  avoir  tant  de  catholiques... 

Paris,  le  il  janvier  1716. 

...  Hier  j'avais  autour  de  moi  vingt-neuf  princes, 
comtes  et  seigneurs  allemands...  Le  prince  d'Anhalt 
n'est  pas  mal  fait,  mais  il  s'imagine  être  beau,  tandis 
qu'il  est  fort  laid  et  d'humeur  singulière.  Chaque  jour 
la  Rathsamhausen  lui  conte  une  autre  bourde.  Il  est 

1.  D'Espagno. 

2.  Au  trône  de  France. 
.3,  Jacques  SlUHrt. 

11.  11 


182  CORRESPOKUANCH 

amoureux  d'une  des  filles  de  mon  fils,  M"*  de  Chartres . 
quand  il  la  voit,  il  fait  de  telles  grimaces,  qu'on  n'y 
peut  tenir,  il  faut  qu'on  rie  quoiqu'on  en  aie... 

L'année  où  votre  frère  Charles-Louis  vint  ici,  j'étais 
on  fort  mauvais  termes  avec  le  chevalier  de  Lorraine, 
et  le  faux  bruit  courait  que  j'avais  fait  venir 
Charles-Louis  pour  qu'il  me  vengeât  du  chevalier. 
Beaucoup  de  cavaliers  de  la  cour,  de  braves  gens 
vinrent  me  supplier  au  nom  du  ciel,  de  les  accepter 
pour  seconds  du  raugrave.  Je  ris  de  bon  cœur  et 
répondis  que  je  ne  voulais  nullement  qu'il  y  eût  une 
batterie.  Je  ne  sais  si  le  chevalier  en  avait  entendu 
parler  ou  non,  toujours  est-il  qu'un  jour  que  nous 
étions  dans  ma  chambre,  Cliarles-Louis  et  moi  et 
beaucoup  d'autres  Allemands  encore,  le  chevalier 
arriva.  Lorsqu'il  nous  aperçut,  nous  autres  Allemands 
tous  réunis,  il  tourna  court  et  se  sauva  comme  s'il 
avait  vu  le  diable.  Un  de  ses  bons  amis  lui  demanda  : 
«  Où  courez-vous  donc  si  vite  ?  —  Madame  ne  n'aime 
pas,  répondit-il,  elle  est  entourée  de  son  raugraff"  et 
encore  d'autres  grands  Allemands  ;  j'y  pourrais  mal 
passer  mon  temps,  c'est  pourquoy  je  pris  le  parti  le 
plus  sur;  car  qui  sait  ce  qui  oroit  pust  m'arriver,  si 
Madame  disoit  mot  parmi  tous  ces  Allements?ils  sont 
mauvais  railleur.  Dieu  sait  ce  qui  me  seroit  arrives.  » 
Tous  ceux  qui  entendirent  la  chose  en  ont  ri  de  bien 
bon  cœur. 


DE  MADAME,  DUCHESSE   D'OULEA-NS.       I8;j 
Paris,  le  U  février  1716. 

...  Je  suis  vraiment  désolée  que  la  peste  règne  à 
Celle.  Les  juifs  qui  1'}'  ont  apportée  méritent  d'être 
punis... 

Paris,  le  21  février  1716,  ta  minuit. 

...  Il  faut  que  je  vous  dise  encore  ceci  —  car  j'en 
étouffe  —  c'est  le  pape  et  le  roi  d'Espagne  qui  ont 
donné  l'argent  au  prétendant.'  Le  pape  lui  a  donné 
trente  mille  livres  et  le  roi  d'Rspagne  trois  cent  mille 
écus.  De  mon  fils  il  n'a  pas  eu  un  liard... 

Paris,  le  28  février  1716,  1  h.  du  matin. 

...  Le  chevalier  de  Saint-Georges  est  auprès  de  sa 
mère  ;  mon  fils  l'a  fait  prier  de  quitter  la  France... 

Paris,  2  h.  du  matin,  le  4  avril  1716. 

...  J'ai  oublié  de  vous  dire  que  mon  fils  et  moi  nous 
tenons  sur  les  fonts  la  princesse  nouveau-née  du  roi 
de  Prusse... 

Paris,  le  7  mai  1717,  7  h.  du  soirl. 

...  On  attend  le  czar  cette  nuit.  Il  n'a  pas  voulu 
arriver  de  jour.  . 

Pans,  le  14  mai  1717. 

Très  chère  Louise,  j'ai  eu  aujourd'hui  la  visite  de 
quelqu'un  de  grand,  savoir  de  mon  héros,  le  czar.  Je 

1.  De  1716  à  1717,  la  santé  de  Madame  fut  fort  mauvaise.  Elle  n'en 
écrivit  pas  moins  très  régulièrement  à  lu  raugrave,  mais  ses  lettres  sont, 
à  peu  d'o.xcept!uns  prùs,  furt  courtes.  Aucune  n'ost  intéressante. 


184  CORRESPONDANCE 

le  trouve  bien,  ce  que  jadis  nous  appelions  «  bien  », 
c'est-à-dire  quand  on  est  sans  façon  et  sans  aucune 
affectation.  Il  a  bien  de  Tesprit  ;  il  parle,  à  la  vérité, 
un  fort  mauvais  allemand,  mais  il  est  très  intelligent 
et  se  fait  fort  bien  comprendre.  11  est  poli  avec  tout 
le  monde  et  très  aimé.  Je  l'ai  reçu  dans  un  singulier 
accoutrement  :  je  ne  peux  pas  encore  mettre  de  cor- 
set et  me  présente  comme  je  sors  du  lit,  en  chemise 
de  nuit,  en  camisole  et  robe  de  chambre  avec  une 
ceinture... 

Jeudi,  le  5  août,  8  h.  du  soir. 

...  A  l'instant  je  reviens  de  la  promenade  et  je  fais 
deux  choses  à  la  fois  :  je  vous  écris  et  je  fais  ma 
partie  de  hocca.  Vous  me  portez  -bonheur,  car  mon 
chiffre  est  déjà  sorti  trois  fois  depuis  que  je  vous 
écris... 

...  J'attendais  votre  lettre  avec  une  vive  impatience  ; 
j'étais  bien  inquiète,  chère  Louise,  au  sujet  de  votre 
voyage  sur  mer,  car  c'est  un  maudit  élément.  Grâces 
soient  rendues  à  Dieu  de  ce  que  vous  soyez  bien  arri- 
vée à  Francfort  !...  Cela  ne  me  surprend  nullement 
que  le  roi  d'Angleterre  ne  vous  ait  rien  donné,  car 
d'après  ce  que  j'entends  dire  de  S.  M.,  il  est  comme 
le  pauvre  duc  de  Créqui  avait  coutume  de  dire  : 
«  Il  ressemble  à  l'arbalettre  de  Coignac,  il  est  dur  a  la 
dessere.  »... 

L'air  de  Saint-Cloud  me  fait  du  bien. . .  Depuis  diman- 
che passé  la  femme  de  mon  fils  est  auprès  de  nous  ; 
c'est  pour  lui  complaire  que  je  joue  au  hocca  le 
soir... 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      185 

Saint-Cloud,  le  19  août  1717. 

...  11  ne  me  plaît  pas  du  tout  que  l'électeur  actuel* 
veuille  résider  à  Dusseldorf  et  quitter  le  pauvre  Pala- 
tinat.  On  m'avait  fait  espérer  qu'il  ferait  réédifier  et 
restaurer  le  pauvre  château  de  Heidelberg... 

Saint-Cloud,  le  2  septembre  1717,  8  h.  du  matin. 

...  Ma  santé,  Dieu  merci!  est  fort  bonne  et  si  je  ne 
ressentais  pas  de  temps  en  temps  des  douleurs  aux 
genoux,  je  pourrais  dire  qu'elle  est  parfaite.  Le  vin 
amer  à  l'huile  de  copahu  me  fait  grand  bien.  Il  ne 
purge  pas,  ne  produit  pas  d'effet  extérieurement,  mais 
il  vous  fortifie  et  vous  fait  uriner  plus  qu'en  temps 
ordinaire,  cela  empêche  pieds  et  jambes  d'enfler.  Un 
intendant  qui  est  gentilhomme,  M.  de  Vaucresson, 
m'a  fait  il  y  a  trois  jours  un  beau  cadeau,  savoir  deux 
petites  caves  en  laque  rouge,  chacune  contenant  deux 
petites  fioles  de  très  vieille  huile  de  copahu  :  c'est  là 
un  beau  présent,  car  la  véritable  huile  de  copahu  est 
fort  rare. 

Saint-Cloud,  le  4  septembre  1717. 

...  Nous  n'avons  pas  joué  gros  jeu  au  hocca,  dix 
sous  seulement,  mais  chez  le  roi  l'enjeu  était  toujours 
d'un  louis.  C'est  ainsi  qu'à  la  chasse  au  sanglier,  dans 
une  voiture,  l'archevêque  de  Reims  perdit  deux  mille 
louis  en  une  demi-heure.  Il  tenait  la  banque.  11  est 


1.  L'électeur  palatin,  Charles-Philippe,  de  la  branche  de  Noubourg, 
laquelle,  depuis  IGOG,  possédait  définitivement  les  duchés  do  Juliers  et 
Bersr. 


IKG  COr.r.E  SP0M)ANC1' 

rare  que  les  banquiers  perdent,  et  le  jeu  a  été  défendu 
parce  qu'ils  y  gagnaient  trop. 

Saint-Cloud,  le  12  septembre  1717. 

...  J'ai  posé  à  M.  et  M""=  Zachmann  bien  des  ques- 
tions au  sujet  de  Heidelberg.  Je  suis  bien  aise  que  la 
ville  soit  rebâtie  et  qu'on  travaille  de  nouveau  au  châ- 
teau; mais  ce  quime  fâche  fort,  c'estqu'un  couvent  de 
jésuites  s'élève  à  la  place  du  commissariat.  Les  jésuites 
ne  conviennent  pas  à  Heidelberg,  aussi  peu  que  les 
moines  franciscains...  Mon  Dieu!  combien  de  fois 
n'ai-je  pas  mangé  des  cerises  sur  la  montagne  à  cinq 
heures  du  matin,  avec  un  bon  morceau  de  pain.  J'étais 
plus  gaie  alors  que  je  ne  le  suis  présentement... 

Saint-Cloud,  le  30  septembre  1717. 

...  Vous  aurez  appris  que  le  pape  a  fait  arrêter  my- 
lord  Peterborough  à  Boulogne  \  en  Italie.  Personne 
n'en  sait  la  cause.  Pendant  quatre  jours  il  s'est  pro- 
mené en  habits  de  femme;  malgré  toute  son  intelli- 
gence, cet  homme  est  timbré...  On  lui  a  demandé, 
dit-on,  s'il  était  venu  pour  assassiner  le  chevalier  de 
Saint-Georges  sur  l'ordre  du  roi  d'Angleterre.  »  Non, 
aurait-il  répondu,  le  roi  est  incapable  de  donner  un 
pareil  ordre;  »  mais,  doit-il  avoir  ajouté,  je  ne  me 
porte  pas  garant  pour  le  prince  de  Galles,  car  celui- 
ci  en  est  bien  capable... 

1.  BoluKiic. 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.      187 

Saint-Cloud,  le  9  octobre  1717. 

...  On  appelle  ici  les  capucins  les  laquais  des  jc- 
suites,  car  ils  font  toujours  ce  que  C€ux-ci  veulent. 
Tous  les  jésuites  sont  tellement  détestés  à  Paris  qu'il 
est  impossible  qu'ils  le  soient  davantage  dans  le  Pala- 
tinat.  Il  y  a  d'honnêtes  gens  parmi  eux,  mais  la  plu- 
part sont  très  intrigants  et  par  trop  entreprenants, 
comme  nous  l'avons  vu  par  deux  confesseurs  du 
roi... 

Saint-Cloud,  le  17  octobre  1717. 

...  U  n'est  pas  étonnant  que  le  défunt  électeur*,  ait 
fait  des  dettes;  il  déployait,  à  ce  qu'on  dit,  une  ma- 
gnificence royale...  En  outre  je  me  suis  laissé  dire 
que  le  pauvre  seigneur  était  horriblement  volé  par 
ses  domestiques  ;  cela  aussi  fait  partie  de  la  magnifi- 
cence royale  et  l'on  en  peut  dire  comme  dans  la 
comédie  italienne  VEwperear  dans  la  Lune  :  «  C'est 
tout  come  icy  ».  Le  roi  a  fait  beaucoup  de  dettes 
parce  qu'il  n'a  rien  voulu  retrancher  de  son  luxe 
royal  ;  il  a  donc  emprunté,  ce  à  quoi  les  ministres 
poussaient  fort,  car  où  le  roi  recevait  un  liard,  eux  et 
leurs  créatures  gagnaient  des  trésors;  par  leurs  filou- 
teries et  leurs  larcins,  ils  ont  appauvri  le  roi  et  le 
royaume,  tandis  qu'eux-mêmes  se  sont  enricliis  comme 
il  faut.  Mon  fils  travaille  nuit  et  jour  pour  tout  n;- 
mettre  en  ordre,  mais  personne  ne  lui  en  sait  gré. 

1.  Jean  Ouiilaiimo. 


188  CORRESPONDANCE 

Dimanche,  le  28  octobre,  7  h.  et  demie  du  matin. 

...  En  France  et  en  Angleterre  les  mylords  et  les 
ducs  sont  d'une  fierté  si  outrée  qu'ils  s'imaginent  être 
au-dessus  de  tout,  et  si  on  les  laissait  faire  ils  se  croi- 
raient meilleurs  que  les  princes  du  sang,  et  pourtant 
la  plupart  d'entre  eux  ne  sont  pas  même  gentils- 
hommes. J'en  ai  une  fois  relevé  un,  et  cela  vertement. 
A  la  table  du  roi  il  se  plaça  devant  le  prince  de  Deux- 
Ponts;  je  dis  en  élevant  la  voix  :  «D'où  vient  que 
monsieur  le  duc  de  St-Simon  presse  tant  le  prince  de 
Deux-Ponts?  a-t-il  envie  de  le  prier  de  prendre  un  de 
ses  fils  pour  page?  »...  En  Allemagne  on  est  bien  trop 
poli;  quand  je  pense  que  Boisjoli  a  mangé  avec  Son 
Altesse  feu  notre  père  et  avec  moi!  Il  n'était  que 
fourrier  de  la  maison  de  la  reine  et  n'aurait  pas 
mangé  avec  n'importe  laquelle  de  ses  dames...  Cela 
avilit  les  électeurs  de  manger  ainsi  avec  de  petites 
gens  qui  peu  après  reviennent  ici  et  s'en  vantent... 

Mylord  Peterborough  n'a  pas  voulu  sortir  de  pri- 
son. Il  exigeait  qu'on  lui  fît  réparation  de  l'affront 
qu'on  lui  avait  fait...  On  prétend  qu'il  aime  la  prin- 
cesse de  Galles  et  qu'il  lui  fait  volontiers  sa  cour, 
mais  qu'il  ne  peut  souffrir  le  prince... 

Saint-Cloud,  le  30  octobre  1717. 

...  Je  vous  réponds  dès  aujourd'liui...  demain  je  ne 
le  pourrai,  car  je  veux  me  préparer  à  la  sainte  Cène; 
après-demain  nous  avons  la  Toussaint,  où  la  plupart 
des  gens  qui  se  piquent  d'être  réguliers  s'approchent 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.      189 

de  la  sainte  table;  ma  règle  à  moi  est  de  le  faire  cinq 
fois  par  an  :  à  Pâques,  à  la  Pentecôte,  au  15  août,  au 
!'"'■  novembre  et  à  Noël. 

...  Je  suis  bien  en  peine...  de  M™o  la  princesse...  Je 
crains  que  cela  ne  se  termine  par  un  ulcère  qui 
l'étouffé  d'un  coup...  Elle  est  d'une  grande  dévotion 
maintenant...  A  dire  vrai,  je  crois  qu'elle  est  malade 
de  trop  prier,  car  le  corps  ne  peut  endurer  un  tel 
ennui  sans  être  malade... 

Sainl-Cloud,  le  7  novembre  1717. 

...  Je  ne  sais  pourquoi  je  reçois  vos  lettres  trois 
jours  plus  tard  que  vous  ne  recevez  les  miennes.  Il 
faut  que  M.  de  Torcy  ait  des  traducteurs  plus  lents 
que  n'étaient  ceux  de  M.  de  Louvois...  Mais  s'il  s'ima- 
gine me  causer  des  désagréments  avec  mon  fils  comme 
il  m'en  causa  jadis  avec  le  roi,  il  se  trompe  grossiè- 
rement, mon  fils  me  connaît  trop  bien  pour  qu'on  pût 
me  brouiller  avec  lui... 

Saint-Cloucî,  le  U  novembre  1717,  7  h.  et  demie  du  matin. 

En  France  on  ne  joue  pas  l'hombre  à  la  mode  espa- 
gnole, mais  avec  de  grands  gestes  et  beaucoup  de 
paroles.  Les  Français  en  particulier,  on  ne  saurait  les 
faire  taire  ;  non  seulement  les  joueurs,  mais  encore 
ceux  qui  regardent  jouer,  causent  et  cela  très  haut;  à 
Saint-Cloud  on  ne  joue  pas  pour  de  l'argent... 

La  première  Daupliine  avait  un  petit  page  di;  douze 
ou  treize  ans...  Il  s'appelait  Fretteville  ;  il  savait 
mieux  le  jeu  d'échecs  que  tous  les  grands  joueurs  de 

11. 


190  C  O  !'.  r.  E  s  P  O  .N  D  A  iN  C  E 

la  cour.  M.  le  prince,  celui  qui  est  mort  tout  der- 
nièrement, s'enferma  un  jour  avec  le  gamin  pour  n'être 
pas  dérangé  ni  distrait,  mais  le  page  gagna  toutes  les 
parties ,  ce  qui  mit  M.  le  prince  hors  de  lui , 
tellement  qu'à  plusieurs  reprises  il  s'arracha  la  per- 
ruque de  la  tête  et  la  jeta  au  nez  du  page  quand  celui- 
ci  le  faisait  échec  ot  mat... 

Il  n'y  a  pas  à  s'étonner  que  mon  fils  ne  soit  pas 
aimé  :  quand  une  place  est  vacante,  cent  personnes 
la  demandent,  il  n'est  possible  de  la  donner  qu'à  une 
seule,  voilà  donc  quatre-vingt-dix-neuf  mécontents; 
de  plus  il  n'est  pas  bigot,  les  prêtres  et  les  moines  le 
détestent  par  conséquent,  et  troisièmement  il  y  a  ses 
beaux- frères,  les  frères  de  sa  femme,  des  gens  faux 
qui  ne  répandent  dans  le  peuple  que  de  méchants 
mensonges  sur  son  compte,  pour  qu'il  soit  haï  ;  c'est  là 
sa  récompense  de  s'être  mésallié! 

S.uut-Cluud,  le  U''  novembre  1717,  3  h.  et  demie  du  mutin. 

...  Il  est  impossible  que  ce  que  vous  souhaitez  se 
fasse.  Les  choses  auraient  mieux  été  si  les  réfugiés 
venus  d'Angleterre  ne  s'étaient  pas  si  mal  tenus,  s'ils 
n'avaient  pas  voulu  tout  obtenir  avec  des  airs  de  hau- 
teur et  de  vanterie.  Us  ne  se  sont  pas  montrés  soumis 
du  tout,  et  quoiqu'on  leur  eût  dit  de  ne  pas  faire 
d'assemblée,  qu'on  le  leur  eût  défendu  sévèrement,  ils 
n'en  ont  pas  moins  fait  de  publiques,  et  par  là  ils  ont 
fait  monter  la  moutarde  au  nez  à  tous  les  prêtres  et 
moines.  Dès  lors  il  n'y  avait  plus  rien  à  faire,  ils  ont 
tout  gâté... 


DE  ?,1ADAME,   DUCHRSSE   D'ORLEANS.       l'.)| 

M'""  du  Maine  a  fait  répandre  des  pasquins  contre 
mon  fils:  c'est  une  mécliante  race  que  tous  les  enfants 
de  la  Montespan... 

Le  jeune  roi  a  une  gentille  figure  et  bien  de  l'esprit, 
mais  c'est  un  méchant  enfant.  Il  n'aime  personne  au 
monde  que  son  ancienne  gouvernante  *  ;  sans  raison 
aucune  il  prend  en  aversion  les  gens  et  il  aime  déjà  à 
dire  des  choses  piquantes.  Je  ne  suis  pas  du  tout  dans 
ses  bonnes  grâces,  mais  je  ne  m'en  afflige  guère... 

Quand  je  dis  à  mon  fils  de  se  garder  des  méchantes 
gens  il  me  répond  en  riant  :  «  Vous  savez  bien, 
madame,  qu'on  ne  peust  évitter  ce  que  dieu  nous  a 
de  tout  temps  destines;  ainsi,  si  je  le  suis  a  périr  je 
ne  le  poures  évitter;  ainsi  je  feres  ce  qui  est  raiso- 
nable  pour  ma  conservation,  mais  rien  d'extraordi- 
naire, n 

Saint-Cloucl,  le  18  novembre  1717,  S  li.  et  demie  du  matin. 

...  M"""  de  Berry...  a  depuis  lundi  la  fièvre...  Sa 
sœur  M"°  de  Valois  l'a  aussi...  Il  n'est  pas  étonnant 
que  ces  deux  sœurs  soient  malades,  à  les  voir  manger 
et  boire.  M"^"^  de  Berry  mange  peu  à  midi;  mais  com- 
ment pourrait-elle  faire  un  repas  convenable?  Elle  est 
au  lit  à  dévorer  toute  sorte  de  gâteaux  au  fromage  ; 
elle  ne  se  lève  jamais  avant  midi,  se  met  à  table  à 
deux  heures  et  mange  peu.  A  trois  heures  elle  se  lève 
de  table  et  ne  fait  pas  un  pas.  A  quatre  heures  on  lui 
apporte  toute  sorte  de  mangeaille,  de  la  salade,  des 
gâteaux  au  fromage,  du   fruit.   Le  soir  à  dix  heures 

I.  La  diiL'liesso  de  VaiitaJour, 


192  CORRESPONDANCE 

elle  soupe,  cela  dure  jusqu'à  minuit.  A  une  heure  ou  à 
deux  elle  se  couche  ;  pour  digérer  elle  boit  de  la  très 
forte  eau-de-vie. 

Paris,  le  27  novembre  1717. 

...  Saint-Cloud  est  une  maison  d'été.  BeaucouiJ  de 
mes  gens  y  ont  des  chambres  sans  cheminée;  cela 
n'est  pas  supportable  en  hiver,  j'en  ferais  mourir  la 
plupart...  La  seconde  raison  qui  me  ramène  ici,  c'est 
que  les  Parisiens  m'aiment  et  souhaitent  beaucoup  que 
je  revienne  et  que  je  passe  l'hiver  ici...  Quoique  je 
sois  logée  fort  étroitement^  j'ai  une  chambre  et  un 
cabinet  bien  chauds. 

Paris,  le  9  décembre  1717. 

...  On  a  fort  mal  élevé  tous  les  enfants  des  princes, 
les  garçons  comme  les  filles.  Dès  l'âge  de  neuf  ans  on 
leur  a  laissé  faire  toutes  leurs  volontés.  M'"^  d'Orléans 
ne  s'est  jamais,  même  pour  un  instant,  occupée  de 
ses  enfants  :  son  fils  seul  a  eu  le  bonheur  d'avoir  de 
bons  gouverneurs  qui  rélevèrent  bien  et  chrétienne- 
ment. Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  jamais  de  ma 
vie  je  n'ai  vu  élever,  je  ne  dirai  pas  des  enfants  de 
princes,  mais  ceux  de  simples  gentilshommes,  aussi 
mal  que  l'ont  été  ceux-ci.  Ils  ont  eu  pourtant  la  même 
gouvernante  que  ma  fille  à  inoi,  mais  celle-ci,  Dieu 
merci,  n'a  pas  été  élevée  de  cette  façon.  Un  jour  je 
lui  demandai  pourquoi  elle  n'élevait  pas  aussi  bien 
mes  petites-filles  que  ma  fille.  Elle  me  répondit  : 
«  Avec  Mademoiselle  j'avais  votre  appui,  mais  avec 
ces  enfants-ci,  quand  je  me  plaignais  d'elles,  la  mère 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.      193 

se  moquait  de  moi  avec  les  filles;  ce  que  voyant,  j'ai 
laissé  tout  aller  comme  cela  pouvait.  «  C'est  de  là  que 
provient  cette  belle  éducation;  mais  comme  je  n'ai 
pas  fait  le  mariage,  je  ne  me  suis  pas  non  plus  occu- 
pée des  enfants.  En  Allemagne  on  laisse  les  princesses 
faire  à  leur  tête,  mais  ce  n'est  que  de  TÉlectrice 
douairière  de  Saxe  et  d'aucune  autre  que  j'ai  entendu 
dire  qu'elle  s'enivrait  si  fort... 

Paris,  le  11  décembre  1717. 

...  Mettre  toute  sa  confiance  en  Dieu,  voilà  ce  qui, 
en  toute  circonstance,  vous  est  d'un  grand  réconfort. 
La  sagesse  de  Dieu  est  infinie,  comme  le  Tout-Puis- 
sant lui-même  ;  lui  seul  par  conséquent  connaît  la 
cause  de  tout  ce  qui  nous  arrive.  Nous  devons  suivre 
la  raison  qu'il  nous  a  donnée,  pour  le  reste  le  laisser 
faire  et  nous  soumettre  à  sa  volonté  et,  parce  qu'il  a 
tellement  aimé  le  monde  qu'il  a  donné  son  fils  unique, 
afin  que  quiconque  croit  en  lui  ne  périsse  pas,  mais 
qu'il  ait  la  vie  éternelle  %  nous  pouvons  certes  être 
tranquilles  et  contents;  car,  si  après  cela  il  nous 
envoie  des  malheurs,  c'est  qu'il  veut  nous  châtier  en 
ce  monde,  afin  que  nous  ne  soyons  pas  châtiés  dans 
l'autre  -  ;  c'est  là  une  grande  consolation,  elle  nous 
permet  de  mourir  tranquilles.  Nous  envoie-t-il  des 

1.  Madame  cite  textuellement  les  saintes  Écritures.  Évangile  selon 
saint  Jean,  III,  10. 

2.  Ici  Madame  paraphrase  un  cantique  luthérien,  qu'elle  cite  dans 
une  lettre  du  15  octobre  1715  :  Sols  ja  so  sein  —  Dass  Straff  undt 
pein  —  AufT  sunden  folgen  mussen,  —  So  fahro  fort  —  Undt  sechone  dort 
—  Undt  lasz  mich  liir  woll  bilszen. 


lî)l  CORRESPONDANCE 

joies,  eh  bien,  c'est  une  occasion  de  lui  rendre  grâce 
et  de  l'aimer  davantage.  Ainsi  Dieu  fait  tourner  tout  à 
notre  avantage,  pourvu  que  nous  sachions  bien 
accueillir  et  accepter  ce  qu'il  nous  envoie...  Le  doc- 
teur Luther  a  tHé  comme  tous  les  gens  d'église;  ils 
veulent  tous  être  les  maîtres  et  gouverner.  S'il  avait 
pensé  au  bien  général  de  la  chrétienté,  il  n'aurait  pas 
fait  un  schisme.  Calvin  et  lui  auraient  fait  mille  fois 
plus  de  bien,  s'ils  n'avaient  pas  fait  de  schisme,  s'ils 
avaient  instruit  le  monde  sans  faire  tant  de  bruit  :  ce 
qu'il  y  a  de  plus  sot  dans  la  doctrine  romaine  aurait 
disparu  tout  doucement  et  de  lui-même... 

La  conduite  des  réfugiés  a  été  conforme  au  carac- 
tère de  tous  les  Français,  Quand  ils  croient  pouvoir 
espérer  une  chose  heureuse,  ils  ne  savent  pas  patien- 
ter et  s'imaginent  que  tout  est  bien  et  qu'ils  ont 
partie  gagnée,  ils  ne  sont  modérés  en  rien  et  n'en  font 
qu'à  leur  tête,  et,  si  peu  après  il  arrive  tn  revers,  ils 
croient  tout  perdu  :  ils  sont  extrêmes  en  tout... 

Paris,  lo  14  décembre  l~n. 

•  ...  Certes,  si  les  maîtresses  de  mon  fils  l'aimaient 
réellement,  elles  auraient  soin  de  sa  santé  et  de  sa 
vie.  Mais  je  vois  bien,  chère  Louise,  que  vous  ne  con- 
naissez pas  les  Françaises  :  elles  n'obéissent  qu'à  leur 
intérêt  et  à  leur  goût  pour  les  débauches...  De  plus 
il  n'est  pas  jaloux...;  cela  prouve  bien  qu'il  ne  les 
aime  pas,  il  pourrait  donc  s'amender  d'autant  plus 
facilement,  mais  il  est  tellement  habitué  à  cette  vie 
de  débauches,  à  boire  et  à  manger  ciiez  elles,  qu'il  ne 


DK  MADAME,   DUCHESSE   D^ORLÉ  ANS.       195 

peut  s'en  arracher.  Cela  nie  désole  quelquefois.  Mais 
espérons  qu'un  jour  Dieu  l'arrachera  de  ce  labyrinthe 
et  le  tirera  des  mains  de  toutes  ces  méchantes  gens... 
Le  jeune  roi  me  l'ait  tous  les  ans  quelques  visites,  sans 
doute  bien  malgré  lui  et  à  contre-cœur.  Il  ne  peut 
me  souffrir.  Cela  vient,  je  crois,  de  ce  que  je  lui  ai 
dit  à  différentes  reprises  qu'il  sied  mal  à  un  grand  roi, 
comme  il  en  est  un,  d'être  mutin  et  opiniâtre... 

Paris,  le  19  décembre  ni7. 

...  Partout  où  je  puis  je  fais  de  mon  mieux,  comme 
vous  verrez  par  le  placet  ci-joint  ^  J'ai  intercédé  pour 
les  quatre  autres  aussi,  mais  ils  ne  sont  pas  dignes  de 
pardon  :  ils  ne  sont  pas  aux  galères  pour  cause  de 
religion,  mais  parce  qu'ils  ont  mis  le  feu  à  des  mai- 
sons et  violé  des  femmes... 

Paris,  le  23  décembre  1717,  9  h.  et  demie  dumalii:. 

...  L'œil  de  mon  fils  ne  va  ni  mieux,  ni  moins  bien... 
Il  est  incapable  d'observer  la  diète  plus  de  deux  ou 
trois  jours.  De  boire  beaucoup  cela  ne  vaut  rien 
pour  les  yeux,  et  par  malheur  les  dames  ici  boivent _ 
plus  que  les  hommes,  et  (soit  dit  entre  nous)  mon  fils 
a  une  maudite  maîtresse  qui  boit  comme  un  sonneur. 
De  plus  elle  ne  lui  est  pas  fidèle  du  tout.  Mais  il  s'en 

1.  C'est  un  écrit,  en  frannais,  adressé  a  Elisabeth-Charlotte,  par 
lequel  trente  réformés,  envoyés  aux  galères  pour  cause  do  religion,  la 
remercient  do  leur  avoir  procuré  la  liberté  en  intercédant  pour  eux 
auprès  de  son  lils  le  régent.  Ces  trente  graciés,  dans  leur  écrit, 
demandent  la  liberté  de  quatre  autres  qui,  exclus  du  pardon,  ont  dû 
rester  aux  galères.  (Note  de  M.  Hollan  1.) 


196  CORRESPONDANCE 

soucie  comme  d'un  fétu,  il  n'est  pas  le  moins  du 
monde  jaloux,  ce  qui  souvent  me  fait  craindre  qu'il 
n'attrape  quelque  chose  de  laid  dans  ce  commerce-là. 
Dieu  l'en  préserve!  Cette  compagnie  du  diable  avec 
laquelle  il  soupe  toutes  les  nuits  jusqu'à  trois  ou 
quatre  heures  du  matin,  cela  est  forcément  malsain  !... 
Je  vous  le  demande  en  grâce,  priez  assidûment  pour 
qu'il  se  convertisse!  Il  n'a  pas  d'autre  défaut  que 
celui-ci,  mais  il  est  bien  grand...  Mon  fils  est  si  sur- 
chargé de  besogne  touchant  les  affaires  intérieures 
que  M.  Zachmann  n'a  pas  encore  pu  avoir  son 
audience.  Toute  la  province  de  Bretagne  menace  de 
se  soulever  ;  on  a  dû  y  envoyer  des  troupes.  Mon  fils 
est  bien  à  plaindre,  c'est  une  vraie  âme  en  peine.  On 
ne  se  fait  pas  idée  de  ce  qu'il  a  à  faire  depuis  le  ma- 
tin à  six  heures  jusqu'au  soir  à  huit.  C'est  pour  se 
restaurer  un  peu  qu'il  fait  les  soupers  dont  j'ai  parlé 
au  commencement  de  cette  lettre... 

Paris,  le  2  janvier  1718. 

...  On  ne  prodigue  pas  les  titres  en  France.  Le  roi 
n'a  jamais  voulu  souffrir  qu'on  appelât  son  fils  le 
Dauphin,  Altesse  Royale.  On  l'appelait  simplement 
Monseigneur... 

Vous  vous  trompez  bien,  chère  Louise,  si  vous 
croyez  que  l'Électeur  de  Bavière  est  heureux  d'être 
de  nouveau  dans  son  pays  et  rétabli  dans  ses  digni- 
tés. Journellement  il  regrette  la  vie  débauchée  qu'il  a 
menée  ici...  L'ordre  de  la  Toison  d'or  est  trop  com- 
mun pour  qu'on  désire  tant  l'avoir... 


DE  MADAME,  DUCHESSE   D'ORLÉANS.      197 

Paris,  le  13  janvier  1718. 

...  Les  Anglais  ont  été  corrompus  de  tout  temps, 
mais  depuis  que  le  roi  Guillaume  a  régné  en  leur  pays, 
on  prétend  qu'ils  sont  devenus  plus  vicieux  encore  et 
plus  mauvais.  On  a  fait  l'observation  que  tous  les 
insulaires  sont  toujours  plus  faux  et  plus  méchants 
que  les  habitants  de  la  terre  ferme... 

Paris,  le  20  janvier  1718. 

...  C'a  toujours  été  notre  malheur  que  l'Allemagne 
non  seulement  imite  la  France,  mais  en  outre  qu'on  y 
exagère  tout  ce  qui  se  fait  ici;  c'est  pourquoi  cela  ne 
me  surprend  pas  qu'on  se  conduise  si  étrangement  en 
Allemagne  pour  singer  ce  pays-ci.  Mais  voici  le  maré- 
chal d'Estrées  qui  vient  me  présenter  le  neveu  du 
czar... 

Paris,  le  27  janvier  1718. 

...  M™«de  Dangeau^  est  une  bien  vertueuse  et  hon- 
nête femme,  qui  est  estimée  de  tout  le  monde.  Mais 
son  oncle,  l'évêque  de  Strasbourg-,  lui  a  fait  faire  un 
mariage  par  trop  inégal.  Elle  vit  fort  bien  avec  son 
mari  comme  s'il  était  non  seulement  son  égal,  mais 
même  de  meilleure  condition  qu'elle... 

...  Je  crains  bien  que  la  paix  ne  dure  pas  longtemps^ 
car   l'empereur  et  le  roi  d'Espagne  font  de  grandes 

1.  Née  comtesse  de  Lcwenstoin.  Voir  la  lettre  à  la  duchesse  Sophie, 
du  7  avril  1701. 

2.  Le  cardinal  do  Furstenbcrg. 


1 98  C  0  R  r,  K  S  l>  0  N  D  A  ?s  C  E 

levées  de  troupes ,  mais  je  me   console   en  disant 
comme  dans  Topera  de  Thésée  ^  : 

«  Que  la  guerre  sanglante  passe  en  d'autres  estats 

O  Minerve  savante,  û  guerrière  Palla',  ô  guerrière  Palla-l  » 

Ce  ne  me  sera  pas  un  grand  chagrin  si  l'empereur 
frottait  un  peu  le  pape  :  il  a  grandement  besoin  qu'on 
lui  rabatte  le  caquet... 

Paris,  lo  3  février  1718. 

...  Les  femmes  sont  par  trop  légères  et  effrontées, 
en  particulier  celles  qui  sont  de  la  plus  grande  mai- 
son-. Elles  sont  pires  que  les  femmes  dans  les  mai- 
sons publiques.  C'est  une  honte  que  ce  qu'on  raconte 
qu'elles  ont  fait  en  public,  au  bal;  on  devrait  les 
enfermer.  Je  ne  comprends  pas  que  le  mari  soit  endu- 
rant à  ce  point.  Son  grand-père  ^  a  fait  enfermer, 
pour  des  motifs  bien  moins  graves,  sa  femme  dans  un 
château,  où  elle  est  morte.  Comment  est-il  possible 
qu'on  ne  parle  pas  de  telles  choses  qui  se  passent  en 
public?  C'est  honteux,  d'entendre  comment  toute 
cette  famille  est  mal  famée  :  la  belle-mère,  la  mère, 
les  filles,  les  belles-sœurs,  toutes  mènent  une  vie 
indigne  de  leur  rang.  Mais  c'est  leur  affaire  et  non  la 
mienne,  seulement  je  regrette  qu'elles  soient  mes  si 
proches  parentes  et  qu'elles  aient  une  si  honnête 
grand'mère*  qui  en  meurt  presque  de  chagrin... 

1.  Opéra  de  Lulli,  texte.dc  QuiiiauU. 

2.  La  maison  de  Condé. 

3.  Le  grand  Condé. 

4.  Anne,  princesse  Palatine,   appolc'o   M'"<=  la  durliesso,   puis  M""'  la 
princesse,  la  bru  du  grand  Condi'. 


DE   MADAME,    DUCIJKSSE   D'OR  I.É  .' NS.       190 

Mes  dernières  lettres  d'Angleterre  sont  du  16-27  jan- 
vier :  tout  y  était  encore  dans  un  triste  état  ^.  On  dit 
à  Paris  que  les  maudits  Anglais  font  leur  possible 
pour  exciter  l'un  contre  l'autre  le  roi  et  le  prince, 
afin  de  pouvoir,  entre  eux,  nommer  une' régence  dans 
le  Parlement  et  n'être  plus  sous  la  coupe  du  prince. 
Il  y  a  apparence  à  cela...  Il  n'y  a  pas  de  motif  au 
monde  qui  permette  à  un  fils  de  ne  pas  se  soumettre 
à  son  père,  à  plus  forte  raison  quand  ce  père  est  en 
même  temps  son  roi.  Il  me  semble  qu'il  n'y  a  jamais 
eu  grande  tendresse  entre  le  père  et  le  fils.  Mais 
notre  défunte  Électrice-  donnait  tort  au  fils  :  avec 
elle  aussi  il  n'a  bien  été  que  pendant  la  dernière 
année  qu'elle  a  vécu... 

Paris,  le  10  février  1~18,  ô  h.  et  demie  du  soir. 

...  Je  reviens  de  Chelles...  J'ai  fait  tout  mon  pos- 
sible pour  persuader  à  Mademoiselle'  de  ne  pas  se 
faire  religieuse.  Mais  elle  le  veut  à  toute  force.  Je  ne 
m'en  mêlerai  pas  davantage;  que  le  père  et  la  mère 
voient  comment  ils  mèneront  la  chose  à  bonne 
fin... 

Tous  les  fossés  sont  gelés.  Près  de  la  Bastille  j'ai  vu 
beaucoup  de  monde  qui  patinait... 

Le  roi  d'Angleterre,  s'il  m'est  permis  de  parler 
ainsi,  traite  trop  durement  la  princesse  de  Galles,  qui 


1.  U  s'agit  de  la  brouille    entre   le  roi   George  V'  et  le  prince  rii 
Galles. 

2.  La  duchesse  Sophie. 

.*?.  Mademoiselle  d'OrlOans,  la  seconde  fille  du  régent 


200  CORRESPONDANCE 

pourtant  ne  lui  a  rien  fait,  en  défendant  à  ses  enfants 
de  venir  voir  leur  mère  qui  les  aime  tant... 

Il  n'y  a  pas  un  mot  de  vrai  dans  ce  que  disent  les 
gazettes  allemandes  de  la  fille  du  czar;  mais  elle  ne 
serait  pas  la  première  princesse  moscovite  qui  aurait 
été  reine  de  France,  car  Henri  I"  en  épousa  une 
parce  qu'un  pape  lui  avait  fait  rompre  son  mariage 
avec  une  de  ses  proches  cousines,.. 

Paris,  lo  18  février  1718. 

...  Nous  espérons  que  ma  fille  et  son  mari  seront 
ici  vendredi  prochain,  au  plus  tard  aujourd'hui  en 
huit...  Fasse  Dieu  que  tout  se  passe  sans  encombre. 
Mais  je  crains  la  mauvaise  compagnie  que  ma  fille  sera 
obligée  de  voir  et  qui  fera  son  possible  pour  ternir 
sa  réputation.  Si  je  laisse  aller  les  choses  il  pourra  en 
résulter  un  malheur,  car  le  duc  de  Lorraine  n'est  pas 
aussi  indifférent  sur  l'honneur  que  sont  les  maris  d'ici, 
il  n'entendrait  pas  raillerie  du  tout  si  l'on  devait  faire 
quelque  historiette  à  ma  fille.  Si  je  l'avertissais,  je 
passerais  pour  un  trouble-fête,  on  dirait  que  j'ai  l'hu- 
meur chagrine...  Ma  fille  a  bon  cœur,  mais  elle  est 
d'humeur  légère  et  très  complaisante  pour  sa  belle- 
sœur,  laquelle,  entre  nous  soit  dit,  tient  un  peu  de 
sa  mère  et  est  fausse.  Cela  troublera  certainement 
notre  joie... 

La  première  raison  pour  laquelle  la  petite  Degen- 
feld  ^  n'a  pas  reçu  le  nom  de  Caroline  est  valable...  Il 

1.  Petito-fille  du  duc  de  Schombers;,  veuf  de  la  raupravc  Caroline. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      201 

y  a  peu  de  familles  où  l'on  n'ait  pas  de  ces  fantai- 
sies-là. Dans  la  maison  royale  on  a  l'exemple  que  les 
Henri  ne  meurent  pas  de  mort  naturelle,  ils  périssent 
tous  de  mort  violente... 

Paris,  le  17  février:  1717. 

...  Il  se  pourrait  bien  qu'on  imprimât  quel  est  le 
vrai  motif  qu'a  le  roi  d'Angleterre  de  se  plaindre  de 
son  fils,  car  lundi  passé  j'ai  reçu  une  lettre  de  la  reine 
de  Prusse^  dans  laquelle  elle  me  mande  qu'on  lui  a 
écrit  d'Angleterre  que  le  roi,  son  père,  a  l'intention 
de  déclarer  publiquement  au  Parlement  les  motifs 
qu'il  a  de  se  plaindre  de  son  fils,  par  conséquent  ce 
sera  imprimé... 

Paris,  ce  jeudi  24  février  1718. 

...  Dieu  me  pardonne,  mais  je  me  figure  que  le  roi 
d'Angleterre  ne  croit  pas  que  le  prince  de  Galles  soit 
de  lui  -,  car  s'il  le  croyait  il  ne  serait  pas  possible 
qu'il  malmenât  de  la  sorte  son  fils  unique... 

Paris,  le  27  février  1718,  8  h.  du  matin. 

...  La  princesse  de  Galles  m'a  assuré  que  son  mari 
a  fait  tout  ce  qui  est  en  son  pouvoir  pour  rentrer 
dans  les  bonnes  grâces  du  roi,  qu'il  lui  a  demandé 
pardon  et  reconnu  ses  torts,  aussi  humblement  qu'on 

1.  Fillo  de  George  I^f. 

2.  La  mère  du  prince  de  Galles  et  de  la  reine  de  Prusse  était  cette 
Sophie-Dorothée  que  George  tenait  enfermée  dans  le  château  d'Ahl- 
den. 


20-2  COr.r,ESPONDx\NCE 

le  ferait  vis-à-vis  de  Dieu  lui-même,  mais  que  rien  n'y 
lait.  En  ceci  le  roi  a  tort,  à  ce  qu'il  me  semble... 
Entre  nous,  je  crains  que  ce  ne  soit  l'avarice  qui  le 
rend  si  quinteux... 

On  organise  des  tournois  à  Munich  en  l'honneur  du 
comte  de  Charolais  qui  est  là-bas;  c'est  un  jeune  coq 
extravagant,  affreusement  débauché,  il  est  frère  de 
M.  le  duc.  Vous  me  rendrez  service  en  m'envoyant  la 
description  de  ces  fêtes... 

Paris,  le  6  mars  1818,  8  li.  du  matin. 

...  A  Paris,  où  l'on  a  la  tendance  de  faire  des  inven- 
tions romanesques,  on  prétend  que  le  roi  déteste  tel- 
lement son  fils  et  malmène  si  fort  la  princesse,  parce 
(lue  lui-même  en  est  amoureux  et  qu'elle  n'a  pas 
voulu  récouter.  Il  ne  m'est  pas  possible  de  croire 
cela,  car  selon  moi  le  roi  n'est  pas  de  complexion 
amoureuse,  et  je  crois  qu'il  n'aime  que  lui  et  sa 
propre  grandeur... 

Ma  fille  se  comporte  si  bien  ici  que  je  n'ai  ni  à 
l'avertir  ni  à  la  conseiller,  Dieu  en  soit  loué!  Mais  elle 
est  dans  un  profond  étonnement  de  tout  ce  qu'elle 
voit  et  entend  ici... 

Paris,  le  10  mars  ni8,  10  li.  du  matin. 

..  C'est  inouï,  les  jeunes  gens  sont  tels  à  cette 
heure  que  les  cheveux  vous  dressent  à  la  tête  !  Une 
fille  1  n'a  pas  honte  de  procurer  à  son  père  une  jolie 

1.  L.i  duchesse  de  Bcrrv. 


DE  MADAME,   UUCIIESSE  D'OULÉANS.       mi 

femme  de  chambre,  afin  qu'il  se  montre  indulgent 
quant  à  ses  propres  débauches.  La  mère  laisse  faire 
pour  qu'on  lui  passe  quelques  frasques  à  elle  aussi... 

Paris,  le  13  mars  1718,  8  h.  du  matin. 

...  Ma  fille  est  dans  une  stupéfaction  telle  de  tout  ce 
qu'elle  voit  et  entend  qu'elle  n'en  revient  pas.  Elle 
me  fait  souvent  rire  avec  son  ébahissement.  En  parti- 
culier elle  ne  peut  s'habituer  à  voir  des  dames  qui 
portent  les  plus  grands  noms  se  laisser  aller,  en  plein 
Opéra,  entre  les  bras  des  hommes  qu'elles  ne  détestent 
pas,  à  ce  qu'on  dit.  En  voyant  cela  elle  s'écrie  : 
«  Madame!  Madame!  »  Je  lui  réponds  :  «  Que  voulez- 
vous  ma  fille  que  j'y  fasse,  ce  sont  les  manières  du 
temps.  »  —  «  Mais  elles  sont  villaines  »,  fait-elle,  et 
cela  est  vrai.  Mais  si  en  Allemagne  où  l'on  veut  sin- 
ger tout  ce  qui  se  fait  en  France  on  apprend  la  vie 
que  mènent  les  princesses  ici,  tout  est  perdu  et  s'en 
ira  à  vau-l'eau... 

On  a  de  bien  bons  orfèvres  à  Londres,  mais  la  plu- 
part sont  des  réfugiés  français... 

Paris,  le  17  mars  1718,  8  h.  du  matin. 

...  Tout  Paris  prétend  que  le  roi  d'Angleterre  est 
dans  l'intention  de  déclarer  publiquement  que  le 
prince  de  Galles  n'est  pas  son  fils,  et  pour  lui  donner 
plus  de  dégoûts  encore,  il  veut  épouser  la  SchuUcm- 
burg,  actuellement  duchesse  de  Munster... 

Nous  avons  cru  que  la  Craon  était  enceinte,  mais 
elle  ne  l'est  pas,  elle  est  au  lit  tout  juste  pour  le  mo- 


; 


204  CORRESPONDANCE 

tif  opposé  ;  elle  n'a  que  vingt-huit  ans,  et  elle  ne  les 
paraît  pas.  Lunati  et  sa  femme  ne  sont  pas  venus  ici  ; 
on  dit  qu'elle  est  une  vraie  folle.  L'Électeur  de  Trêves 
était  amoureux  d'elle  tout  autant  que  son  frère,  notre 
duc  de  Lorraine  l'est  de  la  Craon.  La  Lunati  lui  a  sou- 
tiré jusqu'au  dernier  liard,  elle  l'a  totalement  ruiné... 

Paris,  le  24  mars  l'IS,  8  h.  et  quart  du  matin. 

...  La  duchesse  de  Shrewsbury  cause  beaucoup  et 
souvent  elle  dit  d'étranges  choses..,  Elle  disait  : 
«  Vous  voyes,  que  mon  cher  duc  n'a  qu'un  œuill,  la 
nature  ne  luy  a  donnes  qu'un,  parce  qu'il  luy  estoit 
impossible  d'en  refaire  encore  un  de  la  mesme  beauté  !  » 
On  s'est  bien  moqué  d'elle  à  ce  propos...  Elle  prétend 
être  la  sœur  du  roi  d'Angleterre.  Je  ne  le  crois  pas, 
car  elle  n'a  aucune  ressemblance  avec  les  Brunswick. 
Sa  mère  voulut  l'expédier  une  fois  à  feu  l'oncle  S  mais 
il  lui  répondit  qu'il  avait  partagé  son  amour  avec  trop 
de  compagnons  pour  être  sûr  qu'elle  fût  sa  fille... 

Le  cadeau  qu'a  fait  la  duchesse  de  Berry  à  ma  fille 
est  fort  galant.  Elle  lui  a  donné  une  commode.  Une 
commode  est  une  grande  table  avec  de  grands 
tiroirs...  avec  de  beaux  ornements.  Dans  ces  tiroirs  il 
y  avait  toute  sorte  de  choses  à  la  mode,  des  écharpes, 
des  coiffures,  des  andriennes...  Mon  fils  a  donné  à  sa 
sœur  un  nécessaire  ;  c'est  une  petite  caisse  carrée  où 
se  trouve  tout  ce  qu'il  faut  pour  prendre  le  thé,  le 
café,  le  chocolat.  Les  tasses  sont  blanches  et  tout  ce 
qui  ressort  est  or  et  émail... 

1.  Ernest- Auguste,  le  mari  de  la  duchesse  Sophie. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       205 

Paris,  le  31  mars  1718,  8  h.  du  matin. 

...  Je  suis  très  contente  de  l'aînée  de  mes  petites- 
filles^;  j'ai  bon  espoir  qu'elle  deviendra  une  per- 
sonne de  sens,  car  elle  a  bien  changé  à  son  avantage  : 
elle  a  bien  de  l'esprit  et  bon  cœur.  Elle  commence  à 
vouloir  savoir  quelque  chose  du  Dieu  Tout-Puissant 
et  à  le  prier,  à  haïr  le  vice,  à  aimer  la  vertu,  et  tout 
cela  sans  superstition.  C'est  pourquoi  j'espère  que 
Dieu  aura  pitié  d'elle  et  qu'il  lui  donnera  de  se  con- 
vertir entièrement.  Je  n'ai  pas  aussi  bonne  opinion  de 
sa  troisième  sœur-...  elle  est  fausse  en  tout  point,  ne 
dit  souvent  pas  la  vérité  et  est  affreusement  coquette. 
Cette  fille,  cela  est  certain,  nous  causera  bien  du 
chagrin  encore... 

Je  crains  qu'il  n'en  soit  de  même  de  la  seconde  des 
sœurs  qui  veut  à  toute  force  prendre  le  voile;  la 
bonne  fille  se  fait  illusion  sur  son  propre  compte,  elle 
n'a  pas  l'étoffe  d'une  nonne,  et  dès  que  le  pas  sera 
franchi  elle  en  sera  au  désespoir,  elle  est  capable  de 
se  tuer,  car  elle  a  du  cœur  et  ne  craint  nullement  la 
mort...  Le  duc  de  Chartres  est  un  gentil  garçon,  il  est 
intelligent,  mais  un  peu  trop  sérieux  pour  son  âge  ;  il 
est  affreusement  délicat...  il  est  porté  à  toutes  les  ver- 
tus et  n'a  aucun  vice... 

Les  livres  d'histoires  sont  mensongers  aussi.  On  a 
écrit  dans  l'histoire  de  mon  grand-père  le  roi  de 
Bohême''  que  c'est  ma  grand'mère  la  reine  de  Bohème 

1.  La  duchesse  de  Berry. 

2.  M""  de  Valois,  plus  tard  duchesse  de  Modène. 

3.  Frédéric  V,  électeur  palatin,  épousa  en  1613  Elisabeth,  la  fille  do 

1 1.  12 


200  CORIiESPONDANGE 

qui  par  pure  ambition  n'a  pas  laissé  à  son  mari  un 
instant  de  répit  qu'il  n'eût  accepté  la  couronne.  Et  il 
n'y  a  pas  un  mot  de  vrai  là-dedans.  C'est  le  prince 
d'Orange,  oncle  maternel  du  roi  qui  a  ourdi  la  chose, 
la  reine  n'en  savait  pas  un  mot  et  ne  songeait  alors 
qu'à  voir  des  ballets,  des  comédies  et  à  lire  des  ro- 
mans. Dans  l'histoire  de  notre  roi  on  attribue  à  sa 
générosité  la  paix  accordée  à  la  Hollande.  La  vraie 
cause  était  que  M""=  de  Montespan,  après  être  accou- 
chée de  M"'"  la  Duchesse,  était  revenue  à  Versailles  et 
que  le  roi  voulait  la  revoir.  On  attribue  la  première 
guerre  de  Hollande  a  l'ambition  démesurée  du  roi,  et 
moi  je  sais  pertinemment  qu'elle  n'a  été  entreprise 
que  parce  que  M.  de  Lionne  était  jaloux  de  sa  femme, 
à  propos  du  prince  Guillaume  de  Furstenberg,  et  c'esl 
pour  lui  nuire  qu'il  commença  la  guerre  avec  la  Hol- 
lande et  l'empereur.  Si  l'on  peut  donc  faire  de  tels 
mensonges  pour  des  choses  qui  se  sont  passées  devant 
notre  nez,  que  faut-il  croire  de  ce  qui  est  loin  de 
nous  et  de  ce  qui  s'est  passé  il  y  a  de  longues 
années?... 

Ce  jeudi  31  mars,  5  h.  du  suir. 

...  Ci-joint  une  petite   boîte  avec  de    la    pommade 
divine.  On  appelle  ces  boîtes-là  des  régences... 

Jacques  I'^''  d'Angloterrc,  et  accepta  la  cuuronne  que  lui  offraient  les 
Bohèmes  ri'voltos  contre  Ferdinand  d'Autriche  (août  1019).  Battu  à  la 
Montagne-Blanche,  prôs  de  Prague  (S  novembre  lG-20),  il  perdit  cette 
couronne,  ses  pays  héréditaires  et  la  dignité  électorale,  qui  passa  au 
duc  Maximihcn  de  Bavière.  Il  est  connu  sous  le  sobriquet  de  roi  d'hi- 
ver :  Winterkœnig.  A  la  paix  de  Westphalic,  son  lils  aîné,  Charles- 
Louis,  le  père  de  Madame,  lut  réintégré  dans  le  Palatiiiat  du  Uluu. 


DE    MADAME,  DUCHESSE  D'OÎ'.LÉANS.       2!)7 

Rien  de  neuf  ici,  si  ce  n'est  qu'un  liomme  qui  vou- 
lait battre  sa  femme  a  d'abord  fait  la  ] trière  que 
voici  :  «  Mon  bon  Dieu  faîtte  que  le  coup  que  je  vais 
donner  ù,  vostre  servante  la  corige  «t  la  rende  plus 
sage  !  )^ 

Paris,  le  7  avril  1~1S,  8  h.  du  matin. 

...  Demain  ma  fille  partira  avec  son  mari...  Elle 
l'aime  de  tout  son  cœur  et  n'est  quand  même  pas 
jalouse.  Ceci  je  ne  puis  le  comprendre,  je  l'avoue, 
mais  je  l'en  loue...  M"'"  d'Orléans  va  de  mieux  en 
mieux...  Il  a  fallu  lui  rogner  les  vivres,  car  elle  a 
déjà  eu  la  colique  derechef  pour  avoir  trop  mangé  : 
cette  femme  peut  dévorer  des  quantités  énormes,  elle 
tient  cela  du  père  et  de  la  mère.  Les  filles  sont  comme 
cela  aussi,  elles  mangent  jusqu'à  ce  qu'elles  rendent, 
et  après  elles  recommencent,  c'en  est  dégoûtant... 

Ce  jeudi  saint,  7  h.  du  soir. 

...  Je  sors  des  Ténèbres,  qu'on  a  chantées  de  qua- 
tre heures  à  six  et  demie;  c'est  bien  le  chant  le  plus 
triste  qu'on  puisse  entendre...  M""'  de  Berry  est  magni'- 
jiqae  dans  tout  ce  qu'elle  fait.  J'ai  trouvé  ce  matin 
toutes  les  nonnes  en  larmes,  touchées  qu'elles  étaient 
de  la  dévotion  avec  laquelle  la  duchesse  a  communié 
ce  matin  au  couvent... 

Paris,  ce  dimanche  de  Pâques,  17  avril  1718,  7  h.  du  matin. 

...  F^a  paresse  de  M'""  d'Orléans  est  chose  inouïe. 
Elle  s'est  fait  faire  une  chaise  longue  sur  laquelle  elh; 


208  CORRESPONDANCE 

est  étendue  pour  jouer  au  lansquenet,...  elle  joue 
étant  couchée,  elle  mange,  elle  lit  couchée...  aussi 
est-elle  toujours  malade... 

Paris,  le  24  avril  1718,  "  h.  et  quart  du  matin. 

...  La  personne  qui,  à  ce  que  j'espère,  va  s'amen- 
der, a  bon  cœur  et  de  l'intelligence...  mais  elle  est 
bien  mal  entourée.  Du  côté  de  sa  mère  aussi,  elle  a 
des  tantes,  des  cousines  qui  mènent  une  existence 
dévergondée.  La  mère  ne  s'occupe  que  de  ses  propres 
fantaisies.  Un  jour,  elle  hait  sa  fille  sans  savoir  pour- 
quoi et  le  jour  d'après,  elle  approuve  tout,  que  ce 
soit  bien  ou  mal.  Cela  me  fait  craindre  que  les  bonnes 
résolutions  prises  à  Pâques  ne  durent  pas... 

Saint-Cloud,  le  l"  mai  1718. 

...  Mon  fils  n'est  pas  assez  riche  pour  faire  faire  à 
ses  filles  des  mariages  princiers,  et  en  outre  qui  est- 
ce  qui  voudrait  voir  toutes  ces  enfants  mal  élevées 
avoir  le  pas  sur  les  siens  propres  ?  Il  y  a  d'autres  rai- 
sons encore  qu'on  peut  bien  dire  mais  qu'on  ne  sau- 
rait écrire.  Je  suis  tout  à  fait  de  la  vieille  roche, 
j'abhorre  les  mésalliances  et  j'ai  observé  que  jamais 
il  n'en  résultait  du  bien.  Le  mariage  de  mon  fils  a 
gâté  toute  ma  vie  et  a  détruit  mon  humeur  joviale... 

Saint-Cloud,  le  5  mai  1717,  8  li.  moins  un  quart  du  soir. 

...  Quand  on  est  à  Paris,  il  n'est  pas  permis  de  com- 
munier ailleurs  qu'en  sa  paroisse  à  moins  qu'on  n'ait 
une  permission  d'un  cardinal  ou  de  l'archevêque  de 


DE  MADAME,  DUCHESSE   D'ORLÉANS.      209 

Paris.  Cela  ne  me  fait  pas  de  peine  du  tout,  je  préfère 
communier  là  plutôt  qu'au  couvent,  comme  fait  M^^"  de 
Berry  et  Madame  sa  mère,  je  suis  volontiers  au  milieu 
de  communautés  chrétiennes  réunies... 

Saint-Cloud,  lo  8  mai  1718. 

...  Hier  matin  à  sept  heures,  la  bonne,  pieuse  et 
vertueuse  reine  d'Angleterre^  est  morte  à  Saint-Ger- 
main. Celle-là  pour  sûr  est  au  ciel,  elle  n'a  pas  gardé 
un  liard  pour  elle,  elle  donnait  tout  aux  pauvres  et 
entretenait  des  familles  entières.  De  sa  vie  elle  n'a  dît 
du  mal  de  personne,  et  quant  on  voulait  lui  raconter 
quelque  chose  sur  le  compte  de  tel  ou  tel,  elle  avait 
coutume  de  dire  :  «  Si  c'est  mal  de  quelqu'un,  je  vous 
prie,  ne  me  le  dites  pas.  Je  n'aime  pas  les  histoires 
qui  attaquent  la  réputation.  »  Elle  a  supporté  ses 
malheurs  avec  la  plus  grande  patience  du  monde,  non 
par  simplicité  d'esprit  :  elle  était  très  intelligente, 
polie  et  avenante...  toujours  elle  a  fait  le  plus  grand 
éloge  de  notre  princesse  de  Galles... 

Saint-Cloud,  le  26  mai  1718. 

...  Je  ne  trouve  pas  qu'une  mort  subite  soit  chose 
aussi  horrible  que  vous  le  pensez...  Quand  après  avoir 
lu  et  dit  ma  prière  du  soir  je  monte  dans  mon  lit,  je 
me  recommande  à  Dieu  corps  et  âme,  je  lui  demande 
sincèrement  pardon  de  mes  péchés  connus  et  ignorés, 
je  les  remets  tous  en  la  passion  et  la  mort  de  Notre- 

1.  Marie-Béatrix-Éléonoro  d'Esto,  vcuvo  de  Jacques  II. 

12. 


210  CORIIESPONDANCE 

Seigneur  Jésus-Christ  et  ne  me  fais  pas  d'autres  soucis 
quoi  qu'il  pût  m'arriver... 

Sa.int-Cloud,lc  29  mai  1719. 

...  C'était  hier  mon  jour  de  nai.ssance...  J'allai  au 
-couvent  des  Carmélites  dire  merci  à  ces  braves 
personnes^  car  elles  m'avaient  fait  un  cadeau,  un 
ouvrage  qu'elles  ont  fait;,  et  comme  c'est  la  mode 
maintenant  de  faire  des  nœuds,  elles  m'ont  confec- 
tionné un  sac  aux  nœuds.  Dites-moi  si  vous  en  faites 
aussi,  chère  Louise.  M"''^  d'Orléans  ne  fait  pas  autre 
chose  de  jour  et  de  nuit,  à  la  comédie,  où  qu'elle  soit, 
elle  fait  des  nœuds... 

Saint-CloLid,  ce  dimancho  de  Pentucôte,  5  juin  171S. 

...  Quant  à  la  question  que  vous  m'adressez  si  des 
étrangers,  de  la  religion  luthérienne,  peuvent  obtenir 
des  charges  d'officiers  en  France,  je  vous  dirai  qu'on 
n'en  veut  que  dans  les  régiments  d'Alsace  et  les  gardes 
suisses.  Avec  cela  on  les  persécute  et  ils  ont  rarement 
de  l'avancement  fi  moins  qu'ils  ne  changent  de  reli- 
gion. . . 

Saiut-Cloud,  ce  9  juin  1718,  S  li.  et  demie  du  malin. 

...  A  Paris  on  prétend  que  c'est  M.  de  Bernstorf 
qui  monte  tellement  le  roi  contre  le  prince  et  la  prin- 
cesse de  Galles'.  11  devrait  avoir  honte  !  Etre  Allemand 

1.  M.  Uolland  cite  à  ce  propos   Havcmann,  I/istoire  de.i  pai/s  de 
Brunswick  H  de  Lmi:bourg.  Cst  historien  dit  que  la  brouille  provenait 


l)K    MADAMi:,   DUCUKSSE   U'OULÉANS.       211 

et  être  plus  faux  qu'un  Anglais  n'a  jamais  été  !...  Et 
le  roi  d'Angleterre  qui  ne  veut  à  aucun  prix  qu'on 
croie  que  quelqu'un  le  gouverne,  comment  se  laisse- 
t-il  ainsi  mener  par  ce  Bernstorf  et  monter  contre  ses 
propres  enfauts  ?  Il  se  pourrait  fort  bien  que  mon 
fils  en  ait  fait  parler  au  roi  sans  me  le  dire,  car  nous 
ne  nous  contons  jamais  les  affaires  d'État,  mon  fils  et 
moi.. . 

J'admire  comme  Ton  peut  pourtant  forger  des  men- 
songes. La  pauvre  reine  d'Angleterre  n'a  pas  pu  faire 
d'économies,  car  ce  qu'elle  ne  donnait  pas  à  son  fils 
était  pour  les  pauvres.  C'est  donc  un  mensonge  qu'elle 
ait  laissé  de  l'argent.  Le  deuxième  est  pire,  savoir 
qu'elle  a  déclaré  que  le  chevalier  n'est  pas  son  fils. 
Ou  n'a  qu'à  le  regarder,  il  ressemble  à  tous  ses  parents 
et  la  vérité  vraie  est  que  c'est  lui  l'héritier  légitime. 
Le  troisième  mensonge  est  que  mylord  Mar  a  brouillé 
la  mère  et  le  fils... 

Saint-Cloud,  le  19  juin  1718,  3  h.  du  suir. 

...  Sous  le  rapport  de  l'avarice,  la  reine  d'Angleterre 
n'était  pas  Italienne.  Elle  n'avait  qu'un  défaut  (car 
nul  n'est  parfait  en  ce  monde)  elle  était  par  trop 
simple  dans  sa  religion...  mais  elle  l'a  chèrement 
payé,  car  c'a  été  la  cause   de   tous    ses  malheurs... 

do  co  que  le  prince  prenait  le  p;irli  do  sa  mère,  enfermée  depuis  vingt- 
quatre  ans  à  Ahlden.  Il  avait  son  portrait  avec  les  attributs  royaux 
dans  sa  chambre.  Aussi  lo  roi  n'y  cutrail-il  jamais  et  avait-il  fait 
défense  aux  courtisans  d'y  pénétrer. 


212  CORRESPONDANCK 

Saint-Cloud,  lo  24  juin  1718,  8  li.  du  matin. 

...  Je  suis  horriblement  quinteuse  aujourd'hui  : 
les  ennemis  de  mon  fils  —  et  leur  nombre  est  grand 
—  et  ceux  en  outre  auxquels  il  a  fait  le  plus  de  bien 
(il  n'y  a  pas  de  nation  plus  ingrate  que  la  française), 
tous  ces  gens-là  ont  soulevé  tout  le  parlement  contre 
lui  :  avec  le  temps  cela  pourra  bien  causer  des 
révoltes  et  provoquer  la  guerre  civile.  Dieu  sait  ce 
qui  adviendra  de  nous  tous!...  Mais  il  faut  que  je 
m'habille  pour  aller  à  l'église,  nous  avons  aujourd'hui 
une  grande  fête^  :  je  ne  vous  en  peux  pas  dire  ma 
façon  de  penser  par  la  poste...  La  duchesse  de  Berry 
a  les  mains  fortes  comme  celles  d'un  homme,  elle  peut 
donc  très  bien  conduire  elle-même,  et  d'ailleurs  c'est 
la  mode  depuis  longtemps... 

Ce  dimanche  26  juin,  6  h.  du  matin. 

...  J'irai  ce  soir  avec  mes  enfants  et  mes  petits- 
enfants  voir  un  nouvel  opéra,  le  Jugement  de  Paris. 
Je  ne  l'ai  pas  encore  vu,  mais  je  l'ai  lu.  On  a  craint 
de  faire  deMénélas  un  mari  trompé.  Dans  la  pièce, 
Hélène  n'est  pas  encore  mariée  quand  Paris  tombe 
amoureux  d'elle.  Je  ne  peux  pas  souffrir  que  l'on 
change  ainsi  la  fable... 

Saint-Cloud,  lo  30  juin  1718,  7  h.  et  quart  du  matin. 

...  Je  n'ai  pas  besoin  de  m'ingénier  pour  vous 
aimer  et  mon  affection  pour  vous  n'a  rien  qui  doive 

'  1.  La  Fôte-Dieu. 


DE    MADAME,  DUCHESSE   D'ORLEANS.      213 

étonner.  JN'avons-nous  pas  eu  le  même  père  que  j'ai 
aimé  plus  que  ma  propre  vie  ?  Ce  n'est  pas  votre  faute 
que  vous  ne  soyez  pas  la  fille  de  ma  mère.  Vous  réparez 
le  malheur  de  votre  naissance  par  de  nombreuses 
vertus  ;  pourquoi  donc  ne  vous  aimerais-je  pas  ? 

A  Paris  on  ne  croit  pas  aux  sorcières  et  Ton  n'en 
entend  jamais  parler.  A  Rouen  les  gens  croient  qu'il 
y  en  a  et  là-bas  on  en  entend  toujours  parler...  Le 
roi  d'Angleterre  ne  veut  pas  que  le  prince  de  Galles 
voie  ses  enfants,  il  y  a  six  mois  qu'il  ne  les  a  vus,  lui 
qui  les  aime  tant.  Je  ne  trouve  pas  cela  raisonnable  du 
tout.  Il  ne  leur  a  pas  été  permis  non  plus  de  faire 
visite  à  Madame  leur  mère  après  qu'elle  eut  eu  des 
couches  si  pénibles.  L'autre  jour  les  pauvres  enfants 
ont  cueilli  un  panier  de  cerises  et  l'ont  envoyé  à  leur 
père  en  lui  faisant  dire  que,  quoiqu'il  ne  leur  fût  pas 
permis  d'être  de  leur  personne  auprès  de  lui,  leur 
âme,  leur  cœur  et  leurs  pensées  n'en  étaient  pas  moins 
auprès  de  leur  cher  papa.  Cela  m'a  attendrie  au  point 
que  j'en  ai  eu  les  larmes  aux  yeux. 

Saint-Cloud,  le  7  juillot  1718,  9  h.  du  matin, 

...  Nous  sommes  allés,  le  duc  de  Chartres,  M""  de 
Valois,  mes  dames  et  moi,  au  collège  des  jésuites  qui 
est  assez  loin  du  Palais-Royal.  Nous  avons  vu  les 
élèves  jouer  une  petite  comédie  qui  s'appelle  le  point 
d'honneur.  Mon  petit  cousin  de  la  Trémoille  m'avait 
invitée.  Les  enfants  ont  gentiment  joué  la  pièce,  mais 
la  plaisanterie  a  failli  prendre  une  mauvaise  fin  pour 
moi.  On  avait  mis  mon  fauteuil  sur  un  petit  hant- 
dais.  Quand  je  voulus  partir  j'oubliai  qu'il  y  avait  un 


2 1 1  c  o  r,  n  !■  s  r  0  N  D  a  n  c  k 

degré  à  descendre...  Je  fis  un  faux  pas  et  tombai  ; 
mais  je  ne  me  suis  fait  aucun-  mal,  j'ai  simplement 
cassé  le  verre  d'une  de  mes  montres.  Mais  je  tombai 
si  plaisamment  que  j'en  dus  rire  de  tout  cœur  depuis 
le  collège  justiu'au  Palais-Royal  et  que  j'en  ris  encore 
quand  j'y  pense,  en  particulier  comme  deux  longs 
jésuites  sont  venus  me  relever  bien  gravement;  il  y 
aurait  à  faire  là  un  joli  tableau,.. 

Je  sais  de  source  certaine  que  c'est  Bernstorf  qui 
excite  le  roi  contre  le  prince  et  la  princesse  de  Galles, 
car  mon  fils  a  voulu  les  réconcilier  mais  Bernstorf  est 
venu  fort  en  colère  dire  à  Dubois  de  ne  pas  se  mêler 
de  cette  affaire,  qu'on  ne  lui  en  saurait  aucun  gré... 

Saint-Cloud,  le  14  juillet  HIS. 

...  Il  n'est  que  trop  vrai  que  le  parlement  cause  de 
l'embarras  à  mon  fils;  mais  ce  qui  n'est  pas  vrai  c'est 
qu'il  ait  parlé  contre  sa  grand'mère'  et  le  cardinal 
Mazarin.  Il  m'a  dit  que  ces  Messieurs  se  mêlaient  de 
choses  qui  ne  les  regardaient  pas  et  que  tant  que  l'au- 
torité royale  reposerait  en  ses  mains,  il  la  maintien- 
drait intacte,  qu'il  la  remettrait  au  roi  à  sa  majorité 
(elle  qu'il  l'avait  reçue  et  ne  souffrirait  pas  qu'on  y 
louche.  Jusqu'ici  il  n'y  a  rien  à  craindre,  le  peuple 
n'a  pas  bougé  ni  les  autres  parlements  dans  les  pro- 
vinces. Le  frère  de  la  femme  de  mon  fils  et  sa  femme' 
sont  les  pires  ennemis,  ce  sont  eux  qui  soulèvent 
tout  le   monde  contre   lui.  S'il  m'avait  écouté  il  ne 

1.  Anne  d'Autriche. 

2.  Lo  duc  el  la  diirliesso  du  Mainr. 


DE   MADAME,  DUCHESSE  D'OIîLEANS.        215 

serait  pas  le  beau-frère  de  ces  gens-là  et  pourrait  agir 
sans  avoir  à  craindre  des  larmes.  Il  faut  que  mon  fils 
trouve  de  nouveaux  moyens  pour  payer  les  dettes 
du  feu  roi.  Ce  Las  '  qui  est  tellemeraent  haï,  est  un 
Anglais  fort  intelligent. 

Saint-Cloiul,  le  21  juillet  1718. 

...  La  Fête-Dieu  est  une  nouvelle  institution  dou- 
bleuicnt  dévote.  Je  ne  fuis  pas  grand  cas  des  dévotions 
ambulantes,  de  ma  vie  je  n'ai  pu,  aux  processions, 
prier,  ne  lïit-ce  qu'un  rnut,  je  ue  faisais  que  regarder 
les  tapisseries,  et  veiller  à  ne  pas  tomber  sur  le  pavé, 
car  tout  le  chemin  étant  jonché  de  rameaux  odori- 
férants, on  glisse  très  facilement. 

J'espère  que  ce  beau  temps  va  nous  donner  de  bon 
vin  de  Bacharach,  car  le  vin  du  liiiin  m'est  prescrit 
pour  la  santé.  Notre  duc  de  Lorraine  m"en  envoie 
tous  les  ans  une  provision. 

Dimanche,  le  24  juillet,  S  h.  du  so.r. 

...  La  Princesse  Palatine  est  cause  que  je  suis  si 
pauvre.  Klle  a  fait  faire  mon  contrat  de  mariage  plus 
mal  que  celui  d'une  bourgeoise...  Qu'est-ce  que  cela 
peut  me  faire  que  mon  fils  soit  régent?  L'argent  du 
roi  n'est  pas  à  lui  et  je  n'en  voudrais  pas  un  louis  : 
((  Je  sommes  pauvres,  mais  j'avons  de  l'honneur  » 
comme  dit  le  proverbe  des  paysans,  que  cite  souvent 
mon  bon  ami  le  pauvre  duc  de  Gréqui.  Mon  fils  va 


216  CORRESPONDANCE 

encore  plus  loin.  Comme  régent  il  a  droit  à  de  grosses 
sommes  :  il  n'a  jamais  voulu  les  toucher..., 

Saint-Cloud,  le  28  juillet  1718,  9  h.  et  demie  du  matin. 

...  A  mon  souper...  je  ne  mange  que  les  cuisses 
d'une  jeune  caille,  le  quart  d'une  laitue  et  cinq  tou- 
tes petites  pêches  avec  du  vin  de  Bacharach  et  du 
sucre.  Immédiatement  après  avoir  soupe  et  remonté 
mes  montres  je  me  couchai...  lematin  je  me  suis  levée 
à  six  heures...  j'ai  écrit  à  M.  de  Harling  pour  le 
remercier  de  deux  excellentes  mortadelles  qu'il  m'a 
envoyées.  M'""  de  Berry  les  a  trouvées  si  bonnes 
qu'elle  en  a  emporté  les  restes. 

Nous  avons  ici  un  évêque^  bien  zélé,  portantles  che- 
veux plats  et  lissés,  n'osant  regarder  aucune  femme, 
n'ayant  jamais  mis  de  poudre,  ne  portant  que  de 
petites  et  sales  manchettes  de  deuil,  c'est  un  homme 
jeune  encore...  je  crois  qu'il  a  trente-deux  ans.  Je  ne 
sais  comment  cela  est  venu  ;  mais  le  diable  qui  rôde 
partout  comme  un  lion  rugissant,  cherchant  qui  il 
pourra  dévorer,  doit  avoir  été  choqué  de  cette  dévo- 
tion, il  a  voulu  y  introduire  une  machine  de  son 
invention.  Il  a  inspiré  au  pauvrejeune  évêque  l'envie 
de  convertir  une  jeune  femme  qui,  dans  sa  ville 
natale,  mène  une  conduite  légère.  11  la  fit  chercher 
pour  qu'elle  se  confessât  à  lui.  La  femme  est  jeune, 
belle  comme  un  ange  et  futée,  elle  a  si  bien  parlé  au 
bon  évêque  qu'elle  l'a  séduit  avant  qu'il  ne  l'eût  con- 
vertie. 11  n'a  plus  pu  vivre  sans  elle,  a  renvoyé  ses 

1.  L'évoque  de  Beauvais,  frère  du  duc  de  BeauviUiors. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.      217 

vieux  domestiques,  s'est  entouré  de  ses  parents  à 
elle,  ses  cheveux  plats,  il  les  a  fait  friser  et  tous  les 
jours  il  se  promenait  en  voiture  avec  la  dame.  Cela  a 
tellement  fâché  le  peuple  qu'on  'a  accueilli  sa  voiture 
à  coups  de  pierres.  Les  ecclésiastiques  qui  lui  ont 
fait  des  remontrances,  il  leur  a  offert  des  volées  de 
coups  de  bâton.  Ceux-ci  ont  tout  mandé  à  ses  parents 
...  il  n'a  voulu  voir  que  sa  mère  et  lui  a  dit  qu'il  ne 
savait  pourquoi  on  faisait  une  telle  affaire  de  ses  rap- 
ports avec  M'"  de  Rickard  (ainsi  se  nomme  la  dame), 
qu'il  ne  l'avait  auprès  de  lui  que  pour  qu'elle  lui 
montrât  la  musique,  qu'elle  sait  dans  la  perfection. 
Quand  les  parents  ont  vu  que  rien  n'y  faisait,  ils  ont 
prié  mon  fils  de  faire  enfermer  la  dame  dans  une 
maison  de  correction  nommée  Sainte-Pélagie,  ce  qui 
fut  fait.  L'évêque  a  fait  le  serment  de  ne  plus  voir 
de  sa  vie  aucun  de  ses  parents.  Ainsi  finit  la  chanson. 

Saint-Cloud,  le  31  juillet  1718. 

...  Nous  savons  dès  longtemps  que  la  paix  est  faite 
avec  les  Turcs...  On  ne  parle  présentement  que  de  la 
flotte  espagnole  qui  a  envahi  la  Sicile  et  s'est  emparée 
de  Palerme.  La  reine  de  Sicile  m'écrit  qu'Alberoni  a 
horriblement  trompé  son  mari,  mais  bien  des  gens 
croient  qu'ils  s'entendent  ensemble.  Le  temps  nous 
apprendra  ce  qui  en  est.  Et  à  ce  propos  les  vers  du 
commencement  de  la  comédie  :  la  Morl  de  Pompée, 
me  sont  revenus  à  la  mémoire  :  «  Le  destin  se  déclare 
et  nous  venons  d'entendre  ce  qu'il  a  décidé  du  beau- 
pôre  et  du  gendre!...  »  Alberoni,  je  crois,  ne  s'in- 
II.  13 


til8  CORIIESPOINDANCK 

quiète  guère  de  voir  les  coffres  du  roi  d'Espagne  se 
vider  pourvu  que  ses  caisses  à  lui  et  ses  baluits  se 
remplissent...  * 

Saint-Cloiul,  le  4  août  1"1S. 

...  A  propos  de  conspirations,  mon  fils  m'a  raconté 
hier,  à  la  comédie,  que  le  czar  avait  gagné  une  maî- 
tresse du  czaréwitscli  qui  lui  a  remis  des  lettres  où  il 
disait  qu'il  voulait  faire  assassiner  son  père.  Le  czar 
a  réuni  un  grand  conseil  où  assistaient  tous  les  évo- 
ques et  les  conseillers  d'État.  Quand  tous  furent  réu- 
nis, il  fit  venir  son  fils,  l'embrassa  et  lui  dit  :  «  Est-il 
possible  que  tu  veuilles  m'assassiner  après  que  j'ai 
épargné  ta  vie?  »  Le  czarévvitsch  a  tout  nié.  Alors  le 
czar  a  remis  les  lettres  au  conseil  en  disant  :  «  Moi,  je 
ne  peux  pas  juger  mon  fils,  jugez-le,  vous,  mais  avec 
douceur  et  bonté  et  non  avec  rigueur!  »  Et  là-dessus  il 
s'en  alla.  Tout  le  conseil  a  condamné  le  prince  à 
mort.  Quand  il  entendit  cela,  il  a  été  saisi  d'une  telle 
terreur  que,  dit-on,  il  a  eu  une  attaque  d'apoplexie  : 
il  en  a  perdu  l'usage  de  la  parole  pendant  quelques 
heures.  Quand  il  l'eut  recouvrée,  il  a  demandé  à  voir 
son  père  encore  une  fois  avant  de  mourir.  Il  y  est 
allé,  le  czarévvitsch  lui  a  tout  avoué  et  lui  a  demandé 
pardon  en  pleurant.  Il  a  vécu  deux  jours  encore  et  il 
est  mort  en  se  repentant  grandement.  Entre  nous,  je 
crois  qu'on  l'a  empoisonné  pour  échapper  à  la  honte 
de  le  voir  dans  les  mains  du  bourreau...  C'est  une 
horrible  histoire,  elle  me  fait  l'elfet  d'une  tragédie  et 
ressemble  beaucoup  à  AiulronicK 

1.  De  Campistron, 


DK^  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.      21'J 

Je  croyais  que  M.  Law  était  Anglais  et  non  Écos- 
sais. Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  qu'il  est  horrible- 
ment haï.  Il  rae  fait  l'effet  d'un  brave  homme,  très 
intelligent.  Avant-hier  il  a  failli  mourir  d'une  colique. 
Le  Parlement  n'est  pas  encore  content,  il  continue  à 
faire  des  remontrances... 

...  En  France,  on  n'est  pas  plus  tendre  pour  les 
enfants  qu'en  Angleterre.  Les  gens  mettent  leurs 
enfants  en  nourrice  à  la  campagne  et  ne  se  soucient 
pas  d'eux  pendant  un  an  ou  deux. .  Je  suis  poursuivie 
de  la  folle  idée  qu'il  y  a  de  cette  façon  beaucoup 
d'enfants  changés  en  nourrice... 

J'ai  connu  une  dame  à  qui  l'on  reprochait  d'aimer 
un  gaillard  de  basse  extraction.  «  Voilà  qui  est  plai- 
sant, dit-elle;  je  n'ai  jamais  ouy  dire  qu'il  faille  des 
généalogies  pour  estre  entre  deux  bons  draps  ensem- 
ble... » 

Saint-Cloiui,  le  7  août  1718,  5  h.  du  soir. 

A  peine  avais-je  mis  la  date  qu'arriva  la  princesse 
de  Conti  qui  me  présenta  M™"  d'Albret...  Elles  sont 
restées  une  heure  un  quart,  à  la  fin  j'ai  dit  franche- 
ment à  notre  jeune  princesse  de  Conti  :  «  Allez-vous 
en  !  j'ay  a  écrire  »,  car  je  suis  sans  façon  avec  elle  et 
elle  a  ceci  de  bon  qu'elle  ne  s'offense  de  rien  au 
monde...  » 

Les  Français  sont  plus  entichés  de  leur  patrie 
qu'aucune  autre  nation....  Les  suicides  sont  rares  en 
ce  pays,  mais  tout  est  affaire  de  mode  ici,  si  la  mode 
prend  un  jour  de  se  tuer  soi-même,  on  la  suivra 
aussi... 


iW  CORRESPONDANCE 

Saint-Cloiul,  le  11  août  HIS. 

...  On  n'a  jamais  mis  de  vin  du  Rliin  dans  le  grand 
tonneau^  simplement  du  vin  du  Neckar.  Le  bruit 
court  que  l'Électeur  actuel  s'entend  à  chopiner...  Je 
ne  peux  pas  souffrir  le  Bourgogne,  je  n'aime  pas  le 
goût  de  ce  vin  et  il  me  fait  mal  à  l'estomac...  Le 
vin  de  Bacharach  est  incomparablement  meilleur... 
Tous  les  vins  qu'on  importe...  on  est  obligé  de  les 
soufrer... 

Saint-Cloud,  le  14  août  1718. 

...  J'ai  rendu  en  ce  temps-là  un  grand  service  à 
votre  mère...  Alors  qu'elle  était  enceinte  de  Charles- 
Maurice,  Sa  Grâce  mon  père,  voulant  au  lit  lui  don- 
ner une  lettre  pour  moi,  atteignit  par  un  mouvement 
trop  brusque  la  raugrave  à  l'œil  qui  enfla  et  le  lende- 
main se  trouva  être  noir  et  bleu.  La  voyant  ainsi  défi- 
gurée, je  m'effrayai  et  lui  dis  :  «  Seigneur  Jésus  !  ma- 
dame (c'est  ainsi  que  je  l'appelais,  par  ordre),  quel 
œil  vous  avez  là!  »  Pour  son  bonheur,  elle  me  conta 
comment  la  chose  lui  était  venue.  Quand  Charles- 
Maurice  vint  au  monde,  il  avait  un  œil  comme  hors 
de  l'orbite.  Vous  savez,  chère  Louise,  que  l'Électeur, 
notre  père,  était  horriblement  jaloux  ;  il  s'imagina 
que  madame  votre  mère  avait  trop  souvent  regardé  le 
colonel  W'ebenheim,  qui  n'avait  qu'un  œil  et  qui 
maintes  fois  venait  jouer  avec  nous,  et  que  c'était 
pour  cela  que  Charles-Maurice  avait  l'œil  noir  comme 
le  bandeau  du  colonel.  Il  me  fit  appeler  incontinent, 

1.  A  Hoidelberg. 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉAXS.      221 

dès  que  l'enfant  fut  au  monde  et  me  dit  :  «  Liselotte, 
voyez  cet  œil!  n'est-il  pas  noir  comme  le  bandeau 
du  colonel  Webenheim  ?  »  Je  me  mis  à  rire  et  lui 
dis  :  «  Eli  !  non,  Votre  Grâce,  je  vois  bien  ce  que  cela 
est.  »  L'Électeur  tout  fâché  s'écrie  :  «  Par  le  Sacre- 
ment !  qu'est-ce-donc  ?  —  C'est  quelque  chose  que 
Votre  Grâce  n'a  pas  vu.  Vous  souvenez-vous  que  lors 
du  voyage  d'Openheim,  en  voulant  remettre  à  madame 
une  lettre  de  ma  mère  pour  moi  afin  qu'elle  me  la 
donnât  le  lendemain,  vous  lui  avez  donné  un  coup  de 
poing  sur  l'œil?  Le  lendemain,  il  était  noir,  tel  que 
vous  voyez  maintenant  l'œil  de  l'enfant.  —  Mon  Dieu, 
dit  l'Électeur,  que  je  suis  donc  soulagé  que  vous  vous 
souveniez  de  cela  !  Pour  l'amour  de  Dieu,  n'en  dites 
rien  à  madame.  » 

Saint-Cloiul,  le  18  .loùt  nis,  11  h.  du  malin. 

...  Le  prince  héréditaire  de  Wurtemberg  m'a  de- 
mandé de  tenir  son  petit-prince  nouveau- né  sur  les 
fonts.  Tout  le  monde  a  été  étonné  de  la  chose,  on  la 
tenait  pour  impossible  d'après  ce  qu'avait  dit  la  surin- 
tendante de  la  princesse.  Cela  me  rappelle  Benserade. 
M.  de  Langeais,  qui  avait  été  déclaré  impuissant  après 
un  congrès,  avait  quand  même  épousé  une  autre 
femme;  vous  l'avez  vue  à  Hanovre.  Quand  elle  fut 
enceinte,  Langeais  dit  â  Benserade  :  «  Hé  bien  voila 
pourtant  ma  femme  grosse.  »  Benserade  répondit  : 
«Hé,  Monsieur,  on  n'a  jamais  douté  de  madame  votre 
femme.  »  Je  crains  qu'on  ne  puisse  en  dire  autant  â 
mon  compère  le  prince  héréditaire  de  Wurtemberg. 


222  CORRESPONDANCE 

...  Il  est  difficile  par  le  temps  qui  court  do  trouver 
un  couvent  où  les  enfants  puissent  apprendre  quel- 
que chose  de  bien.  Les  carmélites  ne  prennent  pas  de 
pensionnaires  et  tous  les  autres  couvents  où  l'on  en 
prend  sont  tellement  remplis  de  vices  et  de  débau- 
ches qu'on  frémit  d'horreur  rien  que  d'y  songer... 

Saint-Clûud,  ce  samedi  27  août  1718,  9  li.  du  matin. 

...  Mon  fils  a  fait  tenir  un  lit  de  justice  au  roi,  il  a 
fait  réunir  tout  le  parlement  et  lui  a  formellement 
enjoint,  au  nom  du  roi,  de  ne  pas  se  mêler  des  affaires 
du  gouvernement  et  de  s'en  tenir  à  ce  qui  est  de  son 
ressort,  savoir  de  s'occuper  des  procès  et  de  rendre 
la  justice.  On  a  installé  le  garde  des  sceaux  et  sachant 
pertinemment  que  le  duc  du  Maine  et  sa  femme  ont 
excité  le  parlement  contre  le  roi  et  mon  fils,  on  a 
retiré  au  duc  la  surveillance  du  roi,  qu'on  a  donnée  à 
M.  le  Duc  ;  on  l'a  dégradé  lui  et  ses  enfants  du  rang 
de  princes  du  sang,  par  contre  on  y  a  maintenu  son 
frère\  car  il  s'est  bien  et  fidèlement  conduit.  Les 
gens  du  parlement  et  la  duchesse  du  Maine  sont  si 
méchants  et  sf  exaspérés,  que  maintenant  je  suis 
dans  des  transes  mortelles,  qu'ils  n'assassinent  mon 
fils,  car  avant  que  ceci  n'arrivât  la  duchesse  du 
Maine  avait  déjà,  en  pleine  table,  tenu  un  discours 
insensé  :  «  On  dit  que  je  révolte  le  parlement  contre 
le  duc  tl'Orléans,  mais  je  le  méprise  trop  pour  pren- 
dre une  si  noble  vengeance  de  luy  ;  je  sauray  bien  m'en 
venger  aultrement,  aultrement  !  » 

I.  Le  comte  de  Toulouse. 


DE  MADAME,  DUCHESSE   D'ORLÉANS.      223 

Je  sais  la  tragique  aventure  du  czaréwitch  très  exac- 
tement; les  gens  d'ici  qui  sont  là-bas  l'ont  rapportée  à 
mon  fils.  Dans  les  journaux  il  y  a  bien  des  choses  qui 
ne  sont  pas  vraies.  Le  czar  n'est  plus  aussi  barbare 
qu'il  était  avant  qu'il  n'eût  voyagé  et  vu  d'autres 
cours...  Les  convulsions  dont  le  czar  est  pris  par  suite 
du  poison  sont  horribles  quelquefois,  dit-on,  je  ne 
l'ai  vu  avoir  Viue  de  petites.  Ce  qui  abrégera  davan- 
tage encore  ses  jours  c'est  qu'il  boit  trop,  car  le  vin 
attaque  les  nerfs  plus  encore  que  le  poison...  La  mai- 
son d'Autriche  a  ceci  de  [particulier  qu'on  n'y  est  pas 
reconnaissant.  Notre  duc  de  Lorraine  et  son  père  ont 
pourtant  fidèlement  servi  l'empereur.  Pour  les  récom- 
penser, celui-ci,  dès  que  le  duc  de  Mantoue  est  mort, 
prend  le  Montferrat  et  le  donne  au  duc  de  Savoie, 
tandis  qu'il  revenait  de  droit  au  duc  de  Lorraine... 

Saint-Cloud,  lo  4  septembre  1718,  7  heures  du  matin. 

...  Ma  chienne  Tilliette  allait  vers  tous  ceux  qui  la 
caressaient:  une  femme  lui  fit  des  caresses  et  la  chienne 
se  laissa  prendre  à  la  porte  de  la  galerie.  Un  garçon 
du  village  l'a  vu,  mais  il  ne  l'a  dit  que  le  lendemain  et 
mes  valets  de  pied  sont  les  plus  sottes  gens  du  monde. 
Si  on  les  mettait  tous  les  dix  dans  un  alambic,  on 
n'en  tirerait  pas  une  once  de  raison  et  de  sens  com- 
mun. Souvent  je  dis  que  si  le  proverbe  «  tel  maistre, 
tel  valet  »  était  vrai,  il  faudrait  que  je  sois  horrible- 
ment sotte... 


224  CORRESPONDANCE 

Saint-Clûud,  le  8  scptcmljro  1718. 

...  Depuis  toutes  ces  menaces  de  la  duchesse  du 
Maine  d'assassiner  mon  fils,  je  ne  dors  plus  aussi 
bien...  Ces  gens-là  sont  un  méchant  et  maudit  couple 
et  quelqu'un  les  entretient  encore  dans  leur  méchan- 
ceté, la  vieille  sorcière,  comme  la  grande  duchesse  a 
coutume  de  l'appeler... 

Saint-Cloud,  le  8  scptombrj  1718,* 

...  Je  vous  estime  heureuse  de  pouvoir  fouler  de 
nouveau  le  sol  de  la  terre  promise,  voir  Heidelberg 
et  Schwetzingen.  Saluez  en  mon  nom  mon  ancienne 
chambre  et  le  salon  vitré  et  écrivez  m'en  beaucoup  !.., 

Saint-Cloud,  le  11  septembre  1718,  7  li.  du  matin. 

...  Hier  j'ai  tenu  sur  les  fonts  avec  mon  fils  un 
Israélite,  un  bien  joli  homme  qui  n'a  pas  l'air  juif  du 
tout.  Je  le  lui  avais  prédit,  c'est  pourquoi  il  m'a  priée 
de  l'accepter  pour  filleul.  L'an  dernier,  il  m'apporta 
une  lettre  de  ma  fille.  Je  crus  que  c'était  un  chrétien, 
mais  voyant  par  la  lettre  qu'il  était  juif,  j'en  fus  tout 
étonnée  et  lui  dis  en  riant  :  «  Je  ne  sais  si  vous  êtes 
juif,  mais  je  parierais  que  vous  ne  le  resterez  pas, 
vous  avez  si  peu  l'air  juif  que  je  crois  que  vous  avez 
eu  un  chrétien  pour  père.  Alors  il  protesta  qu'il  vi- 
vrait et  mourrait  juif,  mais  il  s'est  par  hasard  logé  à 
Paris  dans  une  maison  où  demeurait  un  vieil  abbé  fort 
savant  qui  sait  l'hébreu,  11  se  met  à  discuter  avec  le 
juif...  Au  bout  d'un  an  il  a  demandé  le  baptême... 
Hier  il  disait  à  M""=  de  Rathsamhausen  :   «  Que  je 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      225 

serais  heureux^présentement  si  Dieu  voulait  immé- 
diatement m'appeler  à  lui  maintenant  que  je  suis  par 
le  baptême  purifié  du  péché  originel,  car  la  vie  de  ce 
monde  n'est  pourtant  que  peine  et  labeur  !  »  Ces 
paroles  me  font  espérer  que  la  conversion  du  jeune 
homme  est  sincère... 

Saint-Clûud,  le  18  septembre  1718,  7  h.  du  matin. 

...  11  n'est  pas  vrai  du  tout  qu'un  mariage  soit  ar- 
rêté entre  le  prince  de  Piémont  et  M"''  de  Valois  ^.. 
S'il  devait  se  faire,  je  n'en  ressentirais  aucune  joie,  car 
il  se  ferait  contre  le  gré  de  la  reine  de  Sicile,  que 
j'aime  plus  que  toutes  les  filles  de  mon  fils... 

Que  je  vous  conte  le  plaisant  dialogue  entre  mylord 
Stairs  et  l'ambassadeur  d'Espagne,  le  prince  de  Che- 
lamar*.  Il  avait  répandu  dans  tout  Paris  qu'il  n'y  avait 
pas  un  mot  de  vrai  à  cette  victoire  remportée  par  la 
flotte  anglaise  sur  l'espagnole;  lui  et  le  parti  espagnol 
disaient  la  chose  avec  une  telle  assurance  que  per- 
sonne ne  voulait  plus  croire  la  nouvelle  jusqu'à  ce 
qu'arriva  le  fils  de  l'amiral  Being^  avec  la  relation 
complète  et  la  liste  des  vaisseaux  qui  avaient  sauté, 
avaient  été  pris,  ou  avaient  échappé.  Quand  mylord 
Stairs  fut  en  possession  de  cette  pièce,  il  dit  au  prince 
Chelamare  :  «  Eh  bien,  monsieur,  que  dittes  vous 
pressentement  de  vostre  flotte.  —  Je  dis,  répondit 
l'ambassadeur,  que  la  flotte  est  arrivée  heureusement 

1.  Voir  Saint-SimOD,  XXXI II,  p.  121. 

2.  Cellamare. 

3.  Byng. 

13. 


22G  CORRESPONDANCE 

à  Cadix.  —  Je  ne  vous  parle  pas  de  celle  de  Cadix,  ré- 
pliqua mylord  Stairs,  je  vous  parle  de  celle  de  Mes- 
sine. —  Et  moy,  dit  le  prince  de  Ghelamare,  je  vous 
parle  de  celle  de  Cadix  ou  tous  les  gallions  sont  arri- 
vés richement  chargés.  »  Il  n'en  put  tirer  autre 
chose... 

Saint-Cloud,  le  22  septembre  IIIS,  9  h.  du  matin. 

...  Le  duc  du  Maine  est  né  dans  la  méchanccié.  Il 
y  a  été  élevé.  Sa  mère  était  la  plus  méchante  femme 
du  monde.  Je  sais  trois  personnes  qu'elle  a  empoi- 
sonnées :  la  Fontange,  son  petit  garçon  et  une  fille 
que  celle-ci  avait  auprès  d'elle  ;  sans  parler  des  per- 
sonnes que  je  ne  connais  pas.  Il  a  été  élevé  par  la 
sorcière,  la  Maintenon,  qui  est  un  vrai  diable.  De  sa 
vie  elle  n'a  eu  d'autre  pensée  que  de  mettre  ce  bâtard 
sur  le  trône  et  de  gouverner  avec  lui... 

Le  premier  président  est  amoureux  de  M""=  du 
Maine,  il  est  donc  tout  à  sa  dévotion... 

Saint-Cloud,  le  25  septembre  HIS,  S  h.  moins  un  .luart 
du  matin. 

...  Tous  les  enfants  du  roi  et  de  la  Montespan,  à 
l'exception  du  comte  de  Toulouse,  ont  été  élevés  dans 
de  telles  idées  d'orgueil,  qu'ils  s'imaginent  valoir  plus 
que  nous  et  nous  être  supérieurs.  M'"°  d'Orléans  se 
figure  avoir  fait  une  giùce  et  un  honneur  à  mon  fils 
en  l'épousant... 

...  Depuis  quarante  ans,  la  France  n'a  pas  eu  d'an- 
née ausBi  fertile  et  bonne  que  celle-ci... 


DE  MADAME,  DUCHESSE    D'ORLÉANS.      227 

Saint-Cloud,  le  27  septembre  ni8.  10  h.  et  demie  du  matin. 

...  Je  n'ai  pas  encore  eu  le  temps  de  lire  l'article  de 
notre  bon  et  honnête  prince  Ragotzii.  Il  n'y  a  rien 
d'étonnant  qu'il  se  soit  réfugié  en  Turquie.  L'empe- 
reur le  traite  fort  mal  et  en  veut  à  sa  vie  et  les  Turcs 
lui  ont  promis  de  ne  pas  signer  la  paix  sans  lui  et  de 
lui  aider  à  recouvrer  sa  principauté,  et  cela,  il  ne  peut 
pas  ne  pas  l'accepter.  Cette  après  dînée  donc,  je  lirai 
son  article  dans  la  gazette.  S'il  est  conçu  dans  un 
sens  favorable  à  l'Espagne,  c'est  que  le  prince  y  aura 
été  amené  par  son  ami  le  maréchal  de  Tessé,  qui  est 
très  espagnol  ^  comme  tous  les  maréchaux  de  France, 
car  presque  tous  sont  des  créatures  de  la  vieille  or- 
dure... 

Si  vous  ne  pouvez  pas  trouver  Lysandre  et  Ca- 
lislc,  je  vous  l'enverrai,  je  l'ai  en  double.  VArcndie^ 
est  le  roman  le  plus  embrouillé  et  le  plus  nauséabond 
du  monde  :  il  pourrait  vous  dégoûter  de  tous  les 
autres.  Ceux  que  je  trouve  les  plus  agréables  sont 
VAslree  etCléopàlre... 

Saint-Cloud,  ce  dimanche  2  octobre  ni8. 

...  Le  roi  tient  ceci  de  feu  Monsieur,  son  arrière- 

1.  François-Léopold  Ragotzki,  prince  do  Transylvanie,  souleva  les 
Hongrois  contre  l'empereur  Cliarles  VI,  et  mourut  en  Turquie.  H  avait 
épousé  une  princesse  de  Wolfenhiittel.  11  vivait  alors  à  Grobois,  chez 
les  Camaldulos. 

2.  C'est-à-dire  opposé  au  régent. 

.3.  VArcudia,  de  Sydney,  sans  doute.  (Note  de  M.  Ilulland.)' 


228  CORRESPONDANCE 

grand  père*,  qu'il  crime  tout  ce  qui  est  cérémonie.  Le 
lit  de  justice  l'a  bien  moins  ennuyé  que  les  remon- 
trances... 

...  Le  roi  serait  bien  gentil  s'il  voulait  parler  un 
peu  plus,  mais  on  a  de  la  peine  à  lui  arracher  les 
mots.  Il  aimait  fort  le  duc  du  Maine,  car  celui-ci  lui 
racontait  beaucoup  d'histoires.  Le  duc  de  Villeroy  ne 
sera  pasôté  d'auprès  du  roi... 

Saint-CIoud,  ce  dimanche  9  octobre  1718,  7  li.  du  malin, 

...  Mon  fils  est  très  goi.  Il  me  racontait  hier  qu'en 
Espagne  les  raisins  muscats  sont  si  forts,  qu'ayant 
mangé  une  seule  grappe  il  en  est  devenu  tellement 
ivre  qu'il  est  allé  dans  un  couvent  et,  ne  sachant  plus 
ce  qu'il  disait,  il  a  débité  toute  sorte  de  fariboles  aux 
nonnes,  tellement  qu'il  en  est  tout  honteux  présente- 
ment encore... 

Le  motif  pour  lequel  notre  pauvre  M""  d'Orléans 
est  devenue  une  nonne  est  uniquement  le  peu  d'affec- 
tion que  lui  témoignait  sa  mère  et  la  crainte  d'être 
tourmentée  pour  qu'elle  épousât  le  fils  aîné  du  duc 
du  Maine...  car,  se  disait-elle,  si  j'en  épouse  un  autre 
je  m'attirerai  la  haine  éternelle  et  la  malédiction  de 
ma  mère... 

Saint-Cloud,  le  13  octobre  1718,  G  h.  du  matin. 

...  Le  seul  défaut  de  M"''  Dangeau,  c'est  qu'elle  lient 

1.  Louis  XV  était  le  fils  de  la  ducliosse  de  Bourgogne,  dont  la  mère, 
la  duchesso  de  Savoie,  était  la  fille  de  Monsieur  et  de  Henriette  d'An- 
gleterre. 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.      220 

la  vieille  ordure  pour  une  dame  pieuse,  tandis  qu'elle 
est  un  diable.  Mais  c'est  l'effet  de  son  bon  cœur,  elle 
ne  veut  ni  ne  peut  penser  du  mal  d'une  dame  qui  Ta 
aimée  de  tout  temps  et  s'est  bien  conduite  à  son 
égard... 

S;uut-G;lou;î,  le  20  octobre  1718,  9  h.  du  matin. 

...  Il  n'est  que  trop  vrai  que  le  duc  du  Maine  en- 
tretient des  pratiques  secrètes  avec  l'Espagne...  11 
voudrait  bien  décider  le  roi  d'Espagne  à  venir  ici  afin 
d'empêcher,  au  cas  où  le  roi  viendrait  à  mourir  (ce 
dont  Dieu  nous  préserve!),  que  mon  fils  ne  devînt  roi. 
Car  avec  mon  fils  ils  ne  gagneraient  rien,  tandis  que 
le  roi  d'Espagne  se  laisse  mener  comme  on  veut  : 
avec  lui  ils  gouverneraient  tous,  c'est  pour  cela  qu'ils 
sont  tellement  entichés  de  ce  projet  et  endiablés... 

Saint-Cloud,  le  3  novembre  1718,  8  h.  et  qnart  du  malin. 

...  Je  frissonne  en  pensant  à  tout  ce  que  M.  de  Lou- 
vois  a  fait  incendier  dans  le  Palatinat.  Je  suis  per- 
suadée qu'il  brûle  comme  il  faut  en  l'autre  monde 
pour  son  châtiment,  car  il  est  mort  si  subitement 
qu'il  n'a  pu  se  repentir  le  moins  du  monde.  11  a  été 
empoisonné  par  son  propre  médecin  qui  a  été  empoi- 
sonné à  son  tour,  mais  avant  de  mourir  il  a  tout  avoué, 
il  a  dit  aussi  qui  lui  avait  fait  faire  le  coup.  Mais  on 
a  prétendu  qu'il  avait  eu  des  transports  au  cerveau 
et  qu'il  avait  extravagué,  vu  qu'il  accusait  la  vieille 
ordure  ;  mais  il  donnait  de  tels  détails  que  nul  doute 
n'était  possible... 


230  CORRESPONDANCE 

Saint-Clûud,  le  10  iioven.bro  niS. 

...  M"'"^  la  Princesse  habite  le  petit  Luxembourg,  bâti 
par  le  cardinal  de  Richelieu...  Mais  M"-"^  la  Princesse 
l'a  fait  démolir  en  entier  et  a  bâti  à  la  place  une  mai- 
son toute  neuve... 

Le  roi  s'est  de  tout  temps  moqué  de  Dangeau...  Si 
la  vieille  ordure  l'avait  permis,  sans  nul  doute  il  au- 
rait été  fait  duc...  Il  n'est  pas  riche  {de  naissance),  il 
a  gagné  beaucoup  d'argent  au  jeu,  qu'il  a  gaspillé  de 
nouveau... 

S;iint-Cloiul ,  le  22  novembre  ni8,  S  h.  da  matin. 

...  Vous  avez  bien  fait  de  refuser  d'intercéder  pour 
cette  dame  qui  veut  ravoir  sa  fille,  qu'on  a  mise  dans 
un  couvent.  Cela  ne  pourrait  se  faire,  on  ne  rendrait 
la  fille  à  la  mère  que  si  celle-ci  était  catholique. 

Saiiit-CIoud,  ce  jeudi  25  novembre  1718,  8  h.  et  demie  du  matin. 

...  C'est  dommage  qu'on  ait  supprimé  ce  jardin  S 
d'autant  plus  que  dans  la  haie  vive  qui  longeait  le 
fossé  il  y  avait  une  quantité  de  rossignols  qui,  au 
printemps,  chantaient  toute  la  nuit.  Et  qu'a-t-on  fait 
du  petit  ruisseau  qui  coulait  dans  le  jardin  et  sur  le 
bord  duquel  j'étais  si  souvent  assise  cà  lire  sur  un 
saule  renversé?  Les  paysans  de  Schwetzingen  et  d'OlT- 
tersheim  se  tenaient  autour  et  bavardaient  avec  moi  : 
cela  me  divertissait  plus  qu'un  cercle  de  duchesses... 

1.  A  Schwetzingen,  près  de  lleidelbcrs, 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.      2:51 

Je  vous  prie,  chère  Louise,  achetez-moi  où  que  ce  soit 
une  carte  du  bailliage  de  Heidelberg,  et  envoyez-la 
moi  en  m'en  disant  le  prix... 

Pans,  le  29  novembre  ni8,  8  h.  moins  le  quart  du  matin, 

...  Une  cousine  de  M.  Dangeau,  pensionnaire  du 
couvent  de  Saint-Mandé,  m'a  écrit  deux  ou  trois  let- 
tres, elle  veut  à  toute  force  m'enseigner  à  trouver  la 
pierre  philosophale;  mais  je  lui  ai  répondu  que  j'étais 
trop  vieille  pour  avoir  soif  de  richesses,  et  trop  mala- 
droite pour  apprendre  un  si  grand  art,  ce  dont  elle  est 
très  fâchée... 

Pavis;  le  l'''"  dcccmbre  nis,  8  h.  du  soir. 

...  Hier,  en  sortant  de  la  nouvelle  comédie^  qui, 
par  jmrenlhèse,  est  fort  belle,  je  trouvai  vos  deux 
paquets... 

...  Quand  on  a  visité  mes  fourrures  et  mes  zibe- 
lines, elles  étaient  remplies  de  mites.  Mais,  comme  dit 
le  proverbe,  «  à  quelque  chose  malheur  est  bon  », 
je  me  suis  bien  amusée  en  mettant  les  bêtes  sous  le 
microscope... 

Paris,  ce  dimanche  4  décembre  1718,  "i  h,  du  mutin. 

...  La  demoiselle  Eltz  de  Ouaadt  a  été  la  première 
gouvernante  démon  frère  e(  la  mienne.  Elle  était  fort 
vieille  et  voulut  un  jour  me  donner  k  verge,  car  dans 

1.  L'OEdipe,  de  Voltaire,  Voir  D.ingcau,  .TOnov,  1718. 


232  CORRESPONDANCE 

mon  enfance  j'étais  un  peu  turbulente.  Comme  elle 
allait  m'emporter,  je  gigotai  si  fort  et  lui  donnai  de 
mes  jeunes  pieds  tant  de  coups  dans  ses  vieilles  jam- 
bes qu'elle  tomba  avec  moi...  et  faillit  se  tuer,  c'est 
pourquoi  elle  ne  voulut  pas  rester  davantage  auprès 
de  moi... 

...  Le  comte  Wiser\  on  peut  l'appeler  wi  conte 
pour  rire. 

Paris,  lo  11  décembre  1718,  7  h.  du  matin. 

...  Il  faut  que  je  vous  conte...  la  trahison  et  con- 
spiration, ourdie  secrètement  contre  mon  fils,  qu'on 
vient  de  découvrir.  Un  banqueroutier  anglais,  ou 
se  disant  Anglais,  voulait  passer  en  Espagne.  On  a 
prié  mon  fils  de  le  faire  arrêter.  Il  a  donc  mis  du 
monde  à  ses  trousses.  Ce  même  homme,  que  l'on  arrêta 
à  Potic-,  avait  des  paquets  de  lettres  secrètes  de  l'am- 
bassadeur d'Espagne  à  Paris.  Vous  pensez  bien  qu'on 
s'est  empressé  d'ouvrir  ces  lettres.  Voici  ce  qu'on  y  a 
trouvé  :  L'ambassadeur  écrit  à  Alberoni  qu'on  se  gar- 
dât bien  d'entrer  en  composition  avec  mon  fils,  car 
dès  que  l'accord  serait  signé,  celui-ci  empoisonnerait  le 
jeune  roi;  mais  lui,  l'ambassadeur,  donnerait  assez  de 
besogne  à  mon  fils  pour  l'empêcher  de  faire  la  guerre. 
On  lui  susciterait  des  révoltes  dans  tout  le  royaume 
en  envoyant  des  gentilshommes  dans  toutes  les  pro- 
vinces ;  on  en  avait  suffisamment  sous  la  main,  le 
parti  espagnol  était  assez  nombreux  à  Paris.;  qu'on 

1.  Fils  d'un  muitra  d'école,  dit  Madame. 
•A  Pjitiars. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      233 

eût  à  envoyer  beaucoup  d'argent  et  à  ne  rien  ména- 
ger, vu  qu'il  savait  déjà  à  qui  le  donner.  Je  crains 
bien  que  le  frère  boiteux  de  ma  bru  ne  soit  de  nou- 
veau mêlé  à  cette  affaire.  Mon  fils  a  fait  arrêter 
l'ambassadeur  par  deux  conseillers  d'État.  Quand 
on  l'a  interrogé,  il  a  répondu  en  riant  :  «  Il  est 
vrai  que  j'ai  écrit  tout  cela  pour  éviter  un  mal  plus 
grand,  savoir  la  guerre,  j'ai  voulu  faire  peur  au  ré- 
gent. »  Quand  on  lui  reprocha  d'en  avoir  dit  tant  de 
mal  :  «  Je  dois  avouer,  dit-il,  qu'il  y  a  bien  un  peu  de 
poison  dans  mes  lettres,  mais  on  en  met  dans  tout 
contre-poison,  ce  n'est  qu'un  antidote  pour  éviter  un 
mal  plus  grand.  »  Ce  dont  il  faut  s'étonner  encore, 
c'est  qu'on  a  trouvé  le  beau-père  du  fils'  de  M""'  Dan- 
geau  mêlé  à  la  conspiration.  Sa  femme-  est  la  fille  du 
deuxième  gouverneur  de  mon  fils,  le  maréchal  de  Na- 
vailles.  Celte  haine,  Pompadour  la  tient  de  la  vieille 
sorcière,  la  princesse  des  Ursins,  dont  il  est  l'ami  et 
le  parent.  Elle  persécutera  mon  pauvre  fils  jusqu'à  sa 
fin,  uniquement  parce  qu'il  l'a  trouvée  trop  vieille 
pour  pouvoir  être  galante  encore... 

Paris,  le  15  liéccmbrc  ni8,  G  h.  du  matin. 

...  Mon  fils  est  en  danger  de  mort  de  toute  façon, 
comme  vous  pourrez  voir  par  les  deux  lettres  impri- 
mées ci-jointes.  Ce  sont  celles-là  môme  qu'on  a  trou- 

1.  Marquis  de  Courcillon.  Il  avait  cpousé  Françoise  do  Pompadour 
Lauriùrc.  C'est  le  marquis  de  Pompadour  qui  est  donc  impliqué  dans  le 
complot. 

2.  La  fommc  do  Pompadour. 


23i  CORRESPONDANCE 

vées  dans  le  paquet  de  l'ambassadeur  d'Espagne... 
...  Il  est  vrai  que  j'ai  présenté  au  roi  le  prince  de 
Durlach  ;  il  est  vrai  aussi  que  j'ai  failli  épouser  son 
grand'père,  mais  il  n'est  pas  vrai  du  tout  qu'il  m'ait 
plu,  c'est  le  plus  gros  mensonge  du  monde.  Le  bon 
seigneur  était  trop  affecté  et  trop  ridicule  pour  cela. 
La  façon  dont  ce  mariage  a  été  rompu  est  trop  plai- 
sante pour  que  je  ne  vous  la  conte  pas,  chère  Louise. 
Le  margrave  Frédéric  avait  demandé  ma  main  en 
règle  à  S.  G.  l'Électeur,  notre  père,  lequel  la  lui  avait 
accordée  pour  son  fils.  Le  margrave  était  aussi  l'ami 
de  S.  G.  ma  mère,  il  ne  voulut  donc  pas  que  le  ma- 
riage se  fît  sans  son  consentement  et  se  rendit  tout 
exprès  à  Cassel.  Pendant  qu'il  y  va  en  poste,  arrivent 
les  Lorrains  avec  leurs  grandes  pelisses;  ils  enlèvent 
tous  les  chevaux  dans  un  village  du  Palatinat.  Les 
paysans  se  réunissent  et  s'arment  de  gourdins,  et  cela 
juste  au  moment  où  le  vieux  margrave  s'en  revient  à 
cheval,  par  postes,  de  Cassel.  Les  paysans  le  prennent, 
lui  et  sa  suite,  pour  les  officiers  lorrains  qui  leur 
avaient  volé  leurs  chevaux,  tapent  bonnement  dessus 
avec  leurs  gourdins  et  s'emparent  do  leurs  montures. 
Le  margrave  crut  que  c'était  une  aflaire  arrangée 
exprès,  que  l'Électeur  le  faisait  rosser  parce  qu'il  était 
allé  à  Cassel  chercher  le  consentement  de  ma  mère  ', 
il  rompit  incontinent  le  mariage  et  envoya  le  baron 
Croneck  dans  le  Holstein  pour  demander  la  main  d(; 
la  princesse  de  là-bas.  Ce  fut  une  des  plus  grandes 
joies  que  j'ai  ressenties  de  ma  vie... 

1.  Réparée  de  l'électeur  et  vivant  à  Cassel. 


DE  MADAME.   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      235 


Paris,  lo -22  décembre  niS. 

...  On  m'a  montré  une  nouvelle  invention  qui  per- 
met de  voir  combien  de  pas  on  fait.  C'est  comme  une 
montre.  On  l'attache  à  la  ceinture  et  au  genou  ^ 
Quand  on  marche,  tous  les  dix  pas  sont  marqués  dans 
un  cercle;  les  cent  pas,  le  deuxième  cercle  les  mar- 
que; les  mille  pas,  le  troisième.  On  peut  donc  tou- 
jours savoir  combien  de  pas  on  a  faits,  sans  compter, 
ce  qui  doit  être  très  commode,  surtout  dans  un  sicge. 
C'est  pour  mon  petit-fils  qui  étudie  présentement  les 
mathématiques.  Ce  seront  ses  étrennes,  avec  une  ta- 
blette... 

On  dit  que  l'abbé  Brigaut  commence  à  jaser  dru. 
Mais  on  fait  mystère  de  ce  qu'il  avoue,.. 

Pavis,  le  19  décembre  1718,  10  h  du  malin. 

...  Mon  fils  est  venu  me  dire  qu'il  a  enfin  dû  faire 
arrêter  le  frère  de  sa  femme,  le  duc  du  Maine  et  la 
duchesse;  ils  sont  les  chefs  de  la  conspiration  espa- 
gnole... La  femme,  en  sa  qualité  de  princesse  du  sang, 
on  l'a  fait  arrêter  par  l'un  des  quatre  capitaines  des 
gardes  du  roi  ;  le  mari,  qui  était  à  la  campagne,  par 
un  lieutenant  simplement.  Cela  établit  une  grande  dif- 
férence entre  eux  deux... 

...  J'ai  trouvé  M">«  d'Orléans  fort  triste,  mais  elle 


1.  Le  podomètre  à  la  ceinture  et  un  cordon  qui  en  pend,  au  genou, 
sans  doute. 


236  CORRESPONDANCE 

est  plus  raisonnable  que  M""^  la  princesse i...  M'"'^  la 
duchesse-,  entre  nous,  n'est  pas  trop  affligée... 

Paris,  lo  l''""  janvier  1719,  6  h.  et  quart  du  matin. 

...  Que  je  sois  malade  ou  en  bonne  santé,  de  ma  vie 
je  ne  prends  de  bouillon,  ni  de  potage...  S.  G.  feu 
rélecteur  notre  père  a  failli  me  faire  mourir  un  jour; 
il  croyait  que  c'était  fantaisie  de  ma  part;  il  me  con- 
traignit durant  un  mois  à  prendre  du  bouillon  tous 
les  matins,  et  régulièrement  je  le  rendais...  J'en  devins 
faible  et  sèche  comme  une  bûche.  Le  bon  et  honnête 
Polier  affirma  à  mon  père  que  je  ne  pourrais  pas  l'en- 
durer davantage,  et  l'on  me  donna  en  place  du  bouillon 
une  bonne  écuelle  de  soupe  au  vin  ou  de  bouillie 
d'avoine  au  vinaigre...  Quand  je  vins  ici,  feu  Monsieur, 
tout  le  monde,  les  médecins  aussi,  s'imaginaient  qu'on 
ne  pourrait  vivre  sans  bouillon.  Je  racontais  à  Monsieur 
ce  qui  m'était  arrivé  à  Heidelherg.  Cela  ne  le  convain- 
quit pas  :  je  dus  tenter  la  chose  :  je  rendis  jusqu'à  du 
sang.  Alors  Monsieur  jura  que  de  sa  vie  il  ne  l'exigerait 
plus  de  moi... 

Paris,  Is  5  janvier  1719. 

...  Je  vous  ai  mandé,  il  y  a  huit  jours,  qu'on  a  dé- 
couvert que  le  duc  et  la  duchesse  du  Maine  étaient 
les  fauteurs  de  la  conspiration.  Depuis  on  a  trouvé 
une  chose  encore  qui  prouve  la  culpabilité  du  duc. 
C'est  une  lette  d'Alberoni,  dans  laquelle  il  lui  dit  : 

1.  Mère  do  la  duchesse  du  Maine. 

2.  Sœur  du  duc  du  Maine. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      237 

«  Dais  que  la  guerre  sera  déclarée  mettes  le  feu  a 
touttes  vos  mines.  »  Rien  n'est  plus  clair.  Ce  sont  de 
méchantes,  de  maudites  gens.  Ah  !  voici  qu'on  vient  me 
dire  une  chose  qui  me  peine  grandement,  savoir 
que  le  roi  de',  Suède  est  resté  dans  un  assaut  K 
Mais  je  me  consolerai  si  mou  cousin,  le  prince  héré- 
ditaire de  Cassel  -,  devenait  roi  de  Suède.  11  a  immé- 
diatement conclu  un  armistice  avec  le  Dannemark... 

Paris,  le  S  janvier  1719. 

...  Bien  aimée  Louise,  il  nous  vient  de  rechef  un 
malheur.  Tout  le  château  de  Lunéville  est  brûlé  de 
fond  en  comble  avec  tout  le  mobilier,  le  3  de  ce  mois, 
à  cinq  heures  du  matin.  Une  baraque  prit  feu;  les 
gens  voulurent  cacher  la  chose,  ils  crurent  pouvoir 
arrêter  l'incendie  en  démolissant  et  en  creusant  les 
murs;  mais  il  y  avait  tout  près  de  là  un  bûcher;  le 
vent  y  poussa  la  flamme,  aussitôt  tout  ce  bois  brûla,  le 
feu  se  communiqua  au  jeu  de  paume,  de  là  gagna  la  toi- 
ture, et  dans  l'espace  d'une  heure,  tout  fut  brûlé  ;  tout 
le  garde-meuble  en  premier  lieu.  On  a  voulu  sauver 
les  archives  et  les  papiers,  mais  plus  de  cent  per- 
sonnes ont  payé  cette  tentative  de  leur  vie.  La  cha- 
pelle du  château  aussi,  tout  nouvellement  bâtie  et 
fort  belle,  avait-on  dit,  est  en  cendres.  On  estime  la 
perte  à  quinze  ou  vingt  millions.  On  a  sauvé  les  enfants 
en  les  emportant  en  chemise,  enveloppés  dans  des 

1.  Charles  XII  (do  la  maison  dos  comtes  palatins  de  Dcux-Pontv), 
tué  le  11  décembre  1718,  devant  Friedriclisliall. 

2.  Frédéric  de  Hesse-Cassel.  époux  de  la  reine  Ulrique-Éléonore, 
sœur  de  Charles  XII. 


238  COnUESPONDANCE 

couvertures,  et  ma  fille  a  voulu  se  faire  porter  en 
chaise,  les  jambes  nues,  mais  les  porteurs  tremblaient 
tellement,  qu'ils  n'ont  pas  pu  avancer;  elle  a  donc,  par 
deux  pieds  de  neige,  dû  traverser  tout  le  jardin,  non 
chaussée.  Vous  vous  figurez  l'angoisse  horrible  où  elle 
était,  jusqji'a  ce  qu'elle  eût  retrouvé  ses  chers  enfants. .. 

Paris,  lo  1-2  janvier  1*19. 

...  Toute  la  méchanceté  de  la  duchesse  et  du  duc 
du  Maine  provient  de  la  vieille  ordure  et  de  la  prin- 
cesse des  Ursins.  Ces  deux  vieilles  sont  de  vrais 
diables.  Il  se  pourrait  fort  bien  que  les  Jésuites  soient 
môles  à  l'aflaire.  Mais  on  ne  peut  les  accuser,  car  on 
n'a  encore  rien  trouvé  qui  fût  à  leur  charge.  Qui  ne 
croit  à  rien  ne  peut  s'amender  :  ces  gens-là  ne 
pensent  qu'à  leurs  intrigues  et  à  leurs  intérêts..,. 

Paris,  le  19  janvier  1719. 

i..  Il  n'est  pas  vrai  que  le  duc  de  Bourbon  soit  de  la 
conspiration,  mon  fils  et  lui  sont  fort  bien  ensemble. 
Il  était  temps  qu'on  découvrît  la  trahison,  encore 
([uatre  jours  et  le  complot  éclatait  !... 

Paris,  le  21  janvier  1719. 

La  conspiration  de  Berlin  ^  s'est  trouvée  être  abso- 
lument fausse.  Clément,  qui  les  avait  tous  dénoncés, 

1,  Un  aventurier  hongrois,  le  protestant  Clément,  avait  su  capter  la 
confiance  de  l''rédi"'rie-Guillaume  I",  et  lui  avait  fait  croire  que  ses 
lavoris  Léopold  de  Uessau  et  Grumbkow  avaient  comploté  contre  sa  vie 
avec  le  prince  Eugène  et  le  ministre  saxon  Flomming. 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.      '239 

a  avoué,  quand  on  lui  appliqua  la  question,  qu'il  les 
avait  faussement  accusés.  M""  Blaspiel*  est  remise  en 
liberté,  mais  quelle  compensation  lui  offrira-t-on  pour 
les  soufflets  que  le  roi  de  Prusse  lui  a,  dit-on,  donnés 
au  moment  où  il  l'a  fait  arrêter  ?  Je  trouve  cela  fort 
mal  à  la  vérité,  mais  ce  que  je  trouve  plus  mal 
encore,  c'est  qu'il  Fait  invitée  à  dîner,  qu'il  lui  ait 
causé  gaîment  et  avec  affabilité,  puis  qu'après  il  l'ait 
maltraitée  à  ce  point;  cela  est  par  trop  faux  et  nulle- 
ment digne  d'un  roi...  Il  court  aujourd'hui  de  bien 
vilains  bruits  sur  son  compte,  si  cela  était  vrai,  j'en 
serais  vraiment  marrie,  mais  je  veux  attendre  encore 
avant  d'y  ajouter  foi.  On  prétend  qu'il  a  de  tels  maux 
de  tête,  qu'il  en  devient  comme  fou.  Je  plains  la 
pauvre  reine  de  tout  mon  cœur... 

Ce  dimanche  21  janvier,  S  li.  et  quart  du  miltiil. 

...  Je  ne  connais  pas  autrement  Kurtz  de  Kan  que 
pour  l'avoir  vu  quand  il  m'a  remis  une  lettre  de  la  reine 
douairière  d'Espagne;  de  plus  il  est  venu  deux  fois  à 
Saint-Cloud  avec  son  énorme  femme...  Que  la  reine 
ait  voulu  faire  de  lui  son  majordome,  cela  se  peut  : 
elle  est  ainsi,  elle  se  commet  avec  toute  sorte  de  gens 
qu'elle  ne  connaît  pas.  Gela  lui  a  coûté  tous  ses  joyaux, 
qu'elle  a  confiés  à  un  jeune  gaillard,  un  homme  bien 
commun.  Ce  qu'il  y  a  de  pis,  c'est  que  le  manant, 
quand  elle  a  voulu  les  ravoir,  a  prétendu  que  la  reine 

1,  Femme  d'un  ministre  du  roi  de  Prusse.  Elle  avait  mal  parlé  de 
Lcopoldct  do  Urumbkow.  (Note  du  D''  Friedlaendcr  dans  Tédition  IIul- 
land.) 


'IW  CORUESPONDANCE 

avait  contracté    un  mariage  secret  avec  lui  et  que 
c'était  pour  cela  qu'elle  lui  en  avait  fait  cadeau. 

...  On  a  trouvé  chez  Schlieben  S  qui  est  à  la  Bastille, 
des  poésies  en  l'honneur  de  cette  reine-.  Je  les  ai 
copiées  et  vous  les  envoie  avec  cette  lettre.  Je  ne  les 
trouve  pas  mal  écrites... 

Paris,  le  26  janvier  HIQ. 

...  Certes,  Clément  est  un  imposteur  et  un  coquin  de 
la  pire  espèce.  L'an  dernier  il  vint  ici  et  voulut  tromper 
mon  ûls;  il  produisit  des  lettres  du  prince  Eugène  qui 
étaient  fausses  ;  par  bonheur  on  connaissait  trop  bien 
ici  l'écriture  du  prince,  et  quoique  les  lettres  fussent 
fort  bien  imitées,  on  a  découvert  parfaitement  la 
mystification  et  on  a  prié  le  joli  monsieur  de  vider  le 
royaume  s'il  n'y  voulait  rester  trop  longtemps  à  son 
gré;  il  s'est  donc  dépêché  de  partir  pour  Berlin,  où 
il  a  monté  ce  beau  coup.  Ce  gaillard  mérite  bien  qu'on 
lui  fasse  faire  un  voyage  sur  une  échelle,  qui  le  mène 
dans  l'autre  monde  'K.. 

...  Le  comte  palatin  de  Deux-Ponts  gouvernera,  je 
crois,  et  aura  une  cour  comme  son  père  et  sa  mère. 
Un  jour  on  y  entendit  un  grand  vacarme.  Un  étranger 
demanda  ce  que  cela  voulait  dire.  —  Oh  !  lui  dit  un 

1.  Allemand  compromis  dans  la  conjuration  do  Collamaro. 

2.  M.  HoUand  en  communique  une.  Voici  la  première  strophe  : 
«  Wio  schon,  wie  wunderschon  —  Spilt  mir  zur  quai  dein  Augen- 
liclil!  —  Ich  sehne  mich  nach  solchen  Stcrnen,  —  Die  sich  zu  weit  von 
mir  entfernen,  —  Ich  seùtTzc,  doch  du  hOrst  mich  nicht;  —  Ich  fleho, 
aber,  ach,  vergebens,  —  AVeil  du,  o  Sonne  moines  Lcbens,  —  Wilt 
andern  aulT,  mir  aber  untergehon. 

3.  Il  fut  en  effet  exécuté  à  Berlin. 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.      2il 

personnage  de  la  cour,  cela  n'est  rien  de  neuf,  le  duc 
court  après  son  maréchal  du  palais  pour  le  rosser  et 
la  duchesse  court  après  sa  dame  du  palais  pour  lui 
donner  des  taloches... 

...  Je  sais  qui  on  a  voulu  dire,  en  vous  parlant  d'une 
princesse,  que  le  prince  de  Birkenleld  devait  épouser. 
C'est  la  nièce  du  cardinal  de  Rohan,  M"*'  de  Melu'n. 
Je  ne  le  lui  conseillerais  pas,  il  aurait  le  cardinal  tout 
autant  pour  beau-frère  que  pour  oncle.  La  desserte 
d'un  prêtre,  c'est  bien  vilain  !  De  plus,  leur  titre  de 
prince  est  une  pure  chimère,  ils  sont  de  bonne  maison, 
mais  nullement  princes  ni  princesses... 

Le  duc  du  Maine  aurait  bien  fait  de  ne  pas  se  mettre 
de  cette  conspiration  et  d'en  détourner  sa  petite  naine 
biscornue.  On  ne  saurait  guère  faire  l'éloge  de 
M"'<=  d'Orléans,  ellen'apas  été  raisonnable  longtemps... 

P.  S,  11  faut  que  j'ajoute  encore  ceci  :  Pelnitz  ^  est 
un  excroq.  Une  peut  pas  se  montrer  en  France, parce 
qu'il  a  trompé  tout  le  monde  et  qu'il  doit  à  Dieu  et  au 
diable... 

'  Paris,  le  29  janvier  1719. 

...  Toute  la  caba'e  a  répandu  dans  le  peuple  de  tels 
libelles  contre  mon  fils,  que  les  cheveux  vous  dressent 

1.  Le  baron  Ch.-L.  de  Poellnitz  (1G9'2-1775),  lecteur  de  Frédéric  II, 
s'est  converti  au  catholicisme  à  trois  reprises.  Auteur  de  :  Lettres  el 
Mémoires,  avec  nouveaux  Mémoires  de  sa  vie  el  la  relation  de  ses  prc- 
rniei-s  voxjacjes.  Etat  abrégé  de  la  cour  de  Saxe  sous  le  règne  d'Au- 
guste III,  roi  de  Pologne.  On  lui  attribue  aussi  la  Saxe  galante  et 
X Histoire  secrète  de  la  duchesse  de  llanorre,  épouse  de  George  ler^  roi 
de  la  Grande-Bretagne.  Après  sa  mort,  Brunn  publia  :  Mémoires  de  Poell- 
nitz  pour  servir  à  l'histoire  des  quatre  derniers  souverains  de  la  mai- 
ion  de  Brandebourg,  royale  de  Prusse.    2  vol.,  Berlin,  1792.) 

11.  li 


-2i'-î  COURESPONDANCE 

à  la  tête.  On  le  fait  passer  pour  le  plus  grand  et  le 
plus  infâme  tyran  qu'on  puisse  trouver  sur  terre,  et 
pourtant  ceux  qui  le  connaissent  savent  que  son  plus 
grand  défaut  est  d'être  trop  bon.  —  La  princesse  des 
Ursins  n'a  pas  besoin  du  tout  de  cajoler  Alberoni:  ils 
s'entendent  comme  larrons  en  foire.  Il  y  a  deux  ans 
ùcyd  qu'elle  est  rentrée  en  grâce,  en  Espagne... 

Paris,  lo  -2  février  1719,  8  h.  et  demie  du  matin. 

...  C'est  une  malédiction  que  ces  affreuses  maîtresses. 
Partout  elles  causent  des  malheurs;  elles  sont  possé- 
dées du  démon.  Ma  pauvre  fille  s'en  aperçoit  bien  :  la 
sienne^  est  une  méchante  femme  qui  fait  son  possible 
pour  lui  enlever  totalement  son  mari.  Je  ne  jurerais 
pas  qu'elle  n'ait  pas  fait  flamber  le  château  de  Luné- 
ville,  car  elle  hait  ma  fille  bien  plus  qu'elle  n'aime  le 
duc.  On  a  prouvé  qu'il  y  avait  un  homme  qui  a  fait 
taire  une  femme  lorsqu'elle  voulait  crier  au  feu,  en 
lui  disant  :  «  Si  vous  cries  au  feu,  vous  estes  morte;  » 
et  un  autre  a  dit;  «  Ce  n'est  pas  moyqui  ay  mis  le  feu 
au  chasteau.  »  Ma  fille  croit  que  ça  été  fait  à 
l'instigation  de  la  vieille  ordure-,  qui  a  voulu  la 
faire  brûler  pour  se  venger  de  moi  et  de  mon  fils,  et 
lui  faire  payer  ainsi  ce  qu'il  a  fait  à  son  duc  du  Maine 
et  à  la  duchesse.  Je  n'en  mettrais  pas  la  main  au  feu; 
elle  est  assez  méchante  pour  cela. 

.i.  Le  boiteux  a  fait  croire  à  M'"^'  d'Orléans  sa  sœur 
que,  si  mon  fils  venait  à  mourir,  il  ferait  en  sorte  que 

1.  C'cst-'à-diro  celle  de  son  maii. 

2.  M"»  de  Maintenon. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      2W 

le  duc  de  Chartres  serait  nommé  régent  et  elle-même 
régente  et  qu'ainsi  elle  gouvernerait  tout  le  royaume. 
Elle  est  donc  toute  chagrine  que  la  conspiration  ait 
été  découverte... 

...  Sans  me  vanter,  j'ai  fait  hier  de  mon  mieux  en 
intercédant  pour  vos  coreligionnaires.  Je  ne  peux 
vous  en  dire  davantage,  cela  ne  peut  s'écrire  par  la 
poste.  Mais  ce  que  je  puis  dire  sans  ambages,  c'est  que 
les  moines  et  la  plupart  des  prêtres  ne  valent  pas  le 
diable... 

Paris,  le  4  février  ni9. 

...  Tout  le  monde  a  trouvé  que  le  manifeste  était 
bien  écrit.  L'abbé  Dubois,  l'ancien  précepteur  de  mon 
fils...  l'a  fait  et  mon  fils  l'a  corrigé.  Le  roi  d'Espagne 
ne  sait  pas  un  mot  de  tout  ce  qui  se  fait;  la  reine  sa 
femme  et  le  cardinal  Alberoni  mènent  tout,  et  ces 
deux-là  sont  si  remplis  de  fausseté  et  de  fourberie  que 
toujours  il  faut  tout  craindre  de  leur  part,  mais  plu- 
tôt des  trahisons  et  des  révoltes  h  l'intérieur  que  la 
guerre... 

Ce  dimanche  5  février,  ~i  h.  moins  un  qunrt  du  raatin, 
f 

...  Ma  fille  n'aime  pas  son  mari  comme  font  les 
femmes  françaises,  elle  l'aime  de  tout  son  cœur,  quoi- 
qu'il soit  très  amoureux  d'une  autre.  Je  crois  que  la 
Craung^  lui  a  fait  avaler  une  noix  muscade  comme 
fit  la  Neidschen  -  à  Dresde,  car  quand  il  ne  la  voit  pas, 

1.  Mm'  de  Craon,  la  maîtresse  du  duc  Léopold. 

2.  Madeleine-Sibylle  de  Neitzschatz,  maîtresse  do  l'électeur  Jean 
George  IV  do  Saxe.  Elle  mourut  en  1C9-1  à  l'Age  de  vingt  ans.  Le  suc- 
cesseur de  Jean-George,  Frédéric-Auguste,  intenta  l'i  la  mère  de  cette 


2ii  COURESPONDAINCH 

il  est  dans  un  tourment  si  grand  qu'il  en  sue...  En 
Lorraine  on  n'a  soin  de  rien;  tout  se  fait  par  la  Craon 
qui  ne  pense  qu'à  placer  ses  créatures  et  à  tirer  de 
l'argent  de  tout  ;  les  choses  sont  donc  sens  dessus  des- 
sous, et  nos  pauvres  petits-enfants  sont  ruinés  de  fond 
en  comble... 

Hier  est  arrivée  la  nouvelle  que  la  princesse  de  Suède 
a  été  proclamée  reine.  Mais  cela  ne  suffit  pas,  je 
souhaiterais  bien  la  couronne  à  mon  cousin  le  land- 
grave et  je  voudrais  le  voir  roi... 

La  guerre  a  été  déclarée  à  l'Espagne  par  l'Angle- 
terre aussi  bien  que  par  la  France... 

Paris,  le  0  février  1719. 

...  Avant-hier  les  deux  plus  jeunes  de  mes  petits- 
enfants  ont  passé  toute  la  journée  auprès  de  moi,  ils 
dansaient  et  chantaient  et  semblaient  être  dispos  et 
en  bonne  santé,  mais  la  nuit  d'après,  la  plus  jeune... 
M"e  de  Chartres,  eut  la  fièvre  et  une  éruption  à  la 
peau;  on  croit  que  c'est  la  petite  vérole.  De  six 
semaines  je  n'irai  plus  voir  le  roi,  car  si,  d'ici  à  dix 
ans,  il  avait  cette  maladie,  on  dirait  que  c'est  moi  qui 
l'ai  donnée  à  S.  M... 

A  l'insiant  je  reviens  de  l'opéra...  On  donnait 
les  Ages,  c'est  bien  maniéré,  à  l'italienne;  je  ne  peux 
supporter  la  musique  italienne... 

dame  un  procèîs  au  cours  duquel  furent  mises  au  jour  une  foule  de 
pratiques  superstitieuses  emplo3-ées  par  la  mère  ut  la  fille.  (Note  de 
M.  Erbstcin,  archiviste  à  Dresde,  dans  l'édition  Holland.) 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      245 

Paris,  le  IG  février  1719,  "î  h.  moins  un  quart  du  matin. 

...  On  peut  dii'e  de  la  cour  de  Prusse  avec  la  fable 
de  Lafontaine  :  «  La  fromy  n'est  pas  preleusse  ».  On 
dit  que  le  roi  tout  le  premier  rit  de  sa  parcimonie.., 

Paris,  le  23  février  1719,  7  h.  et  quart  du  matin. 

Nous  avons  un  temps  de  printemps  bien  cliaud. 
Dimanche  passp,  je  me  suis  promenée  pendant  une 
demi-heure  dans  le  jardin  des  Carmélites;  les  aman- 
diers sont  en  pleine  floraison,  les  abricotiers  et  les 
pêchers  commencent  à  fleurir.  Je  crains  bien  qu'une 
gelée  ne  gâte  tout  cela!...  La  comtesse  de  Solms,  à  ce 
que  je  vois,  pense  comme  moi  qu'il  est  plus  agréable 
d'habiter  la  campagne  que  les  villes  les  plus  grandes 
et  les  plus  belles.  J'aime  mieux  voir  la  terre  et  les 
arbres  que  les  plus  magnifiques  palais,  et  plutôt  un 
potager  que  les  plus  beaux  jardins  ornés  do  marbres 
et  de  jets  d'eaux,  plutôt  une  verte  prairie  s'étendant 
le  long  d'un  ruisseau  que  les  plussplendides  cascades 
dorées;  en  un  mot,  ce  qui  est  naturel  me  plait  mieux 
que  tout  ce  que  l'art  et  la  magnificence  peuvent  pro- 
duire et  inventer... 

Grâces  soient  rendues  à  Dieu  que  voilà  la  fin  du  car- 
naval arrivée  !  car  mon  fils,  malgré  sa  promesse, 
recommence  d'aller  au  bal... 

Co  dimanche  26  février,  7  Ii.  du  matin. 

...  J'ai  voulu  savoir  de  mon  fils  si  réellement  sa 
femme   lui  avait  persuadé  de  sortir  la  nuit  et  de 

14. 


24G  CORRESPONDANCE 

descendre  ^  au  bal  masqué.  Non  seulement  il  m'a 
avoué  cela;  mais  quand  il  lui  eût  dit  qu'il  n'y  allait 
pas  pour  ne  pas  me  donner  d'inquiétudes,  elle  lui  a 
répondu  que  je  redoutais  l'influence  de  sa  fille  de 
Berry,  vu  que  je  voulais  être  seule  à  le  gouverner  et 
que  cela  faisait  tort  à  sa  réputation  de  montrer  qu'il 
craignait  pour  sa  vie.  Je  vous  prie,  dites-moi,  chère 
Louise,  le  diable  lui-même  dans  l'enfer  peut-il  être 
pire  que  cette  femme?  Elle  commence  à  marcher  tout 
à  fait  dans  les  traces  de  sa  mère  -...  Mon  fils  se  ropent 
bien  de  ne  pas  m'avoir  écoutée  lors  de  son  mariage.., 
mais  il  est  trop  tard  maintenant... 

Mon  confesseur  s'est  donné  une  peine  infinie  pour 
me  persuader  qu'il  ne  se  passe  rien  de  répréhensiblo 
entre  le  duc  de  Lorraine  et  M"""  de  Craon  et  que  do 
sa  vie  il  ne  la  voyait  en  tête-à-tête.  Je  lui  ris  au  nez 
et  dis  :  «  Mon  père,  tenes  ces  discours  dans  vostre 
couvent  à  vos  moines  qui  ne  voyent  le  monde  que  par 
le  trou  d'une  bouteille,  mais  ne  dittes  jamais  cela  aux 
gens  de  la  cour!  Nous  savons  trop  que  quand  un 
jeune  prince  très  amoureux  est  dans  une  cour,  où  il 
est  le  maistre,  quand  il  est  avec  une  famé  jeune  et 
belle  211  heure  qu'il  n'y  est  pas  pour  enfiler  des 
perles,  sur  tout  quand  le  mary  se  lève  et  s'en  va  si 
tost  que  le  prince  arive.  et  pour  les  tesmoins  qui  sont 
dans  la  chambre,  cela  n'est  pas  vray,  mais  quand  cela 
seroit,  ce  sont  tous  domestiques  à  qui  le  maistre  n'a 
qu'a  faire  un  clin  d'oeuil  pour  le  faire  partir.  Ainsi,  si 
vous  croyes  sauver  vos  père  Jessuiste  (|ui  sont  les  con- 

1.  L'Opéra  était  au  Palais-Uoy;)l, 
g.  Mme  tio  Montcspan, 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.       2^ 

fesseur,  vous  vous  trompes  beaucoup,  car  tout  le 
monde  voit  qu'ils  tollerent  le  double  adulterre.  »  Le 
père  de  Lignières  se  tut  et  ne  m'en  a  plus  parlé 
depuis,.. 

Paris,  le  3  mars  1719,  7  h.  du  matin, 

..,  Je  ne  sais  quelle  femme  est  la  marquise  de 
Meuve;  je  n'ai  jamais  entendu  parler  de  quelqu'un  qui 
porte  ce  nom,  ce  doit  être  une  aventurière.  On  reçoit 
trop  facilement  ces  espèces-là  dans  les  cours  alle- 
mandes,.. 

...  Ici  je  ne  vois  pas  mon  fils  aussi  souvent  qu'à 
Saint-Cloud  :  il  travaille  horriblement,  et  ce  serait 
un  mauvais  passe-temps,  pour  les  courts  instants  de 
répit  qu'il  a,  que  la  compagnie  de  sa  vieille  mère  et 
de  ses  dames,  aussi  âgées  qu'elle.  Il  préfère  la  société 
de  sa  fille  aînée  et  de  ses  dames;  d'autres  se  joignent 
ù,  elles  qu'il  ne  déteste  pas  non  plus;  elles  l'amusent 
et  soupent  avec  lui  trois  ou  quatre  fois  par  semaine. 
Je  ne  lui  en  veux  pas  du  tout,  cela  est  tout  natu- 
rel... 

Mais  il  faut  queje  m'arrête,  je  vais  aller  au  sermon, 
aux  Quinse  vint... 

Paris,  le  ô  mars  1719,  7  li.  du  iiuitin. 

...  Je  ne  voudrais  être  ni  roi  d'Angleterre  ni  roi  do 
Pologne,  car  je  hais  les  tumultes  et  j'aime  le  repos. 
On  a  troj)  peu  de  temps  ù  vivre  pour  se  tourmenter  de 
la  sorte.,. 

Je  ne  dors  pas  encore  bien,  mais  je  crois  que  je 


218  CORRESPONDAjXCE 

pourrais  dire  avec  Pickelliaering  ^  s'adressant  à  mère 
Annette  :  «  C'est  la  faute  à  la  vieillesse  ». 

Le  jour  mùme  où  je  reçus  votre  paquet  avec  une 
lettre  du  président  baron  de  Gœrtz,  l'envoyé  du 
Holstein,  M.  Du  Mont,  m'en  a  apporté  une  autre  de 
lui...  dans  laquelle  il  me  demandait  de  faire  en  sorte 
que  mon  fils  sollicitât  pour  son  neveu-...  Mon  fils  a 
piètre  opinion  de  l'effet  que  ses  recommandations 
produiront  en  Suède... 

...  Leduc  actuel  de  Deux-Ponts  s'imagine  qu'il  me 
ressemble  comme  deux  gouttes  d'eau.  Qu'il  soit  plus 
joli  que  moi,  cela  se  peut  ;  mais  je  me  flatte  d'être 
moins  désagréable  que  lui  et  d'avoir  un  peu  plus  de 
bon  sens... 

Paris,  le  9  mars  HUi,  7  h.  moins  un  quart. 

...  Mon  fils  a  quand  même  écrit  en  faveur  du  comte 
de  Gœrtz,  mais  il  ne  pense  pas  obtenir  grand  chose... 

...  Après  midi  je  ne  peux  pas  aller  au  sermon,  je 
m'endors  de  suite,  et,  comme  ici,  on  ne  se  trouve  pas 
dans  une  tribune,  mais  qu'on  est  assise  vis-à-vis  de  la 
chaire  dans  une  chaise  à  bras  où  tout  le  monde  vous 
voit,  ce  serait  un  vrai  scandale.  Et  depuis  que  je  suis 
vieille,  je  ronfle  très  fort  quand  je  dors  :  cela  ferait 
rire  le  monde  et  troublerait  le  prédicateur... 

1.  Le  bon  (Ton  des  farces  hollandaises. 

2.  Le  comte  Gœrtz,  ministre  de  Charles  XII.  Il  avait  été  décapité  dès 
le  20  février  H 19.  L'oncle  était  premier  ministre  de  l'éli'cteur  do 
Brunswick  Hanovre. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      2i9 

Paris,  le  11  mars  1719,  5  h.  moins  le  quart. 

...  J'avoue  que  j'aime  à  entendre  raconter  des  pe- 
tites liistoires  d'aventures,  et  en  particulier  de  reve- 
nants et  de  sortilèges... 

Ce  dimanche  matin,  12  mars,  ~  h, 

...  A  Paris  on  ne  croit  plus  aux  sorcières,  on  n'en 
brûle  plus.  Vous  ne  seriez  pas  la  fille  de  S.  G.  mon- 
sieur notre  père  si  vous  croyiez  aux  sortilèges,  car  il 
était  bien  éloigné  dé  toute  espèce  de  superstition.  Si 
celles  qu'on  appelle  de& sorcières  ont  manié  des  poi- 
sons ou  commis  des  sacrilèges,  on  ne  peut  les  punir 
assez  sévèrement  et  je  ne  me  ferais  aucun  scrupule 
de  les  condamner  au  bûcher,  mais  les  brûler  pour 
avoir  passé  par  la  cheminée,  montées  sur  un  manche 
à  balai  ou  une  fourche...  et  autres  choses  incroyables, 
cela  on  ne  devrait  pas  le  faire...  Si  vous  pouvez  ap- 
prendre d'autres  histoires  de  sorcières  encore,  vous 
me  rendrez  service  en  me  les  mandant... 

Paris,  le  10  mars  ni9,  8  h.  du  matin. 

...  A  onze  heures  j'irai  entendre  prêcher  le  carême 
dans  l'église  la  plus  proche.  C'est  un  abbé  qui  prêche. 
Ses  sermons  sont  bien  ordinaires.  11  n'est  pas  comme 
l'évêque  de  ClermontS  qui  prêche  admirablement 
bien.  L'autre  ne  dit  rien  de  ridicule.  Il  faut  donc  s'en 
contenter.   Entre   nous,    nul   sermon,    quelque  bon 

1.  Massillon. 


2.j0  correspondance 

qu'il  pût  être,  ne  me  peut  réjouir.  Je  tiens  la  chose 
pour  bonne,  mais  non  pour  réjouissante... 

Avant  que  la  seconde  princesse^  et  le  prince  de 
Prusse.se  marient,  il  passera  bien  de  l'eau  sous  le 
pont,  comme  on  a  coutume  de  dire  à  Heidelberg. 
L'état  de  reine,  je  ne  le  tiens  pas  pour  le  plus  heu- 
reux; de  ma  vie  je  n'aurais  voulu  en  être  une.  On  su- 
bit une  contrainte  plus  grande  que  toute  autre.  On 
n'a  nul  pouvoir,  on  est  comme  une  idole  ;  il  faut  tout 
endurer  et  être  contente  quand  même.  C'est  ce  qu'on 
peut  appeler  un  sot  meslié,  ce  n'est  que  fumée  et  va- 
nité, rien  de  solide... 

...  On  ne  me  hait  pas  en  Alsace  parce  que,  du  vi- 
vant encore  du  feu  roi,  j'ai  été  assez  heureuse  pour 
rendre  quelques  services  à  la  noblesse  du  pays.  J'ai 
révélé  au  roi  que  quelques  coquins  avaient  le  dessein 
d'opprimer  cette  noblesse  et  qu'on  ne  voulait  pas  lais- 
ser ses  suppliques  arriver  jusqu'au  roi.  Je  les  lui  ai 
remises  et  les  braves  gens  m'en  sont  reconnaissants. 
En  France,  je  ne  suis  pas  fort  aimée,  à  ce  que  je  crois, 
hormis  à  Paris  où  l'on  ne  me  veut  pas  de  mal.  On  me 
sait  gré  de  vivre  selon  mon  rang... 

Paris,  lc2ô  mars  niO. 

...  C'est  aujourd'hui  mon  jour  de  lecture  de  la  Bible. 
J'ai  déjà  lu  quatre  psaumes,  quatre  chapitres  de  l'An- 
cien Testament  et  quatre  du  Nouveau.  A  propos  de 
Bible,  un  pasteur  de  Berlin  m'a  envoyé  un  Nouveau 
Testament;  celui  qui  l'a  fait  s'appelle  M.  Lenfant,  et 

1.  C'est-.vdirc  la  seconde  fille  du  prince  de  Galles. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       '251 

celui  qui  me  Ta  envoyé  M.  de  Bosobre'...  Ce  doit  être 
une  belle  œuvre  et  tout  à  fait  impartiale,  elle  me 
plaira  donc,  car  je  ne  peux  souffrir  les  choses  par- 
tiales... 

...  Entre  nous,  la  duchesse  de  Berry  a  invité  son 
père  à  venir  souper  dans  une  maison  qu'elle  a  près 
de  Versailles.  Ils  ne  sont  rentrés  qu'à  trois  heures  du 
matin.  Donc,  non-seulement  elle  met  son  père  en 
danger  de  mort,  mais  tous  deux  y  perdent  aussi  hon- 
neur et  réputation.  11  y  aurait  beaucoup  à  dire  là- 
dessus,  mais  je  préfère  parler  d'autre  chose... 

Ce  dimanche  26,  6  li.  et  demie  du  matiiï. 

...  Il  faut  pourtant  que  j'excuse  la  duchesse  dd 
Berry.  Mon  fils  n'a  pas  été  chez  elle,  mais  il  a  mené 
sa  maîtresse  à  Saint-Cloud  avec  beaucoup  d'autres 
ivrognes  ;  ils  y  ont  passé  toute  la  journée  à  goinfrer. 
Je  crois  qu'il  a  honte  d'avoir  fait  cette  sottise,  car 
depuis  il  n'est  pas  venu  me  voir.  En  France,  rien  ne 
se  peut  faire  en  cachette.  Les  princes,  dans  ce  pays- 
ci,  ont  le  malheur  de  ne  pas  pouvoir  faire  un  pas  sans 
que  l'univers  entier  le  sache.,. 

Tous  les  jésuites  veulent  que  l'on  tienne  leur  ordre 
pour  parfait  et  sans  tache;  voilà  pourquoi  ils  cher- 
chent à  excuser  tout  ce  qui  se  passe  aux  cours  où  un 
des  leurs  est  confesseur.  Aussi  j'ai  dit  au  mien,  sans 
ménagement,  que  ce  qui  se  passe  à  Lunéville  est  inex- 
cusable, qu"il  est  aisé  de  voir  que  le  confesseur  du 
duc  use  d'une  extrême  indulgence  à  son  égard.  Ni  lui, 

1.  Isaac  de  Beausobre. 


252  CORRESPONDA.NCE 

ni  aucun  des  jésuites  lorrains  ne  pourront  faire  ac- 
croire quoi  que  ce  soit  ù  n'importe  qui;  c'est  là  un 
adultère  public,  et  plus  souvent  ils  feront  approcher 
de  la  sainte  table  le  duc  et  sa  maîtresse,  plus  grand 
sera  le  scandale...  11  n'y  a  pas  longtemps,  Craon  a 
acheté  un  domaine  de  onze  cent  mille  francs,  et  cha- 
cun sait  que  cette  famille-là  est  pauvre,  pauvre  comme 
Job...  C'est  le  c...  le  mieux  payé  que  l'on  puisse  trou- 
ver sur  terre... 

Merci  de  vos  deux  jolies  histoires  de  revenants  : 
elles  m'amusent  bien  et  me  servent  de  sujet  de  con- 
versation avec  M'""  d'Orléans,  à  qui  je  ne  sais  que 
dire,  comme  bien  vous  pensez... 

Paris,  le  30  mars  niO,  ~  h.  du  matin. 

...  Avant-hier,  le  duc  de  Richelieu  vint  chez  le  mar- 
quis de  Biron,  qui  est  grand  ami  de  mon  fils;  il  fait 
mille  protestations  de  dévouement  et  insiste  pour 
qu'on  hâte  son  départ  afin  qu'il  piU  rejoindre  son  ré- 
giment. Dans  le  même  temps,  mon  fils  intercepte  une 
lettre  d'Albéroni  à  cet  impertinent  de  duc,  lettre  qui 
prouve  sa  trahison  jusqu'à  l'évidence.  Par  conséquent, 
mon  fils  l'a  fait  arrêter  dans  son  lit.  On  ne  lui  a  laissé 
que  le  temps  de  s'habiller  et  on  l'a  mené  à  la  Bastille... 
Cela  fera  couler  bien  des  larmes  à  Paris,  car  toutes 
les  dames  sont  éprises  de  lui.  Je  n'y  comprends  rien, 
c'est  un  petit  crapaud  que  je  ne  trouve  pas  gentil  du 
tout,  il  ne  paie  pas  de  mine,  n'a  pas  de  courage,  est 
impertinent,  point  fidèle,  indiscret  et  dit  du  mal  de 
toutes  ses  maîtresses.  Malgré  cela,  une  princesse  du 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.      253 

sangi,  est  éprise  de  lui  au  point  que,  quand  il  est  de- 
venu veuf,  elle  a  voulu  l'épouser  à  toute  force,  mais 
ni  sa  grand'mère,  ni  sa  mère,  ni  son  frère  n'ont  voulu 
y  consentir.  Ils  avaient  bien  raison,  car  outre  que  lui 
et  elle  ne  sont  pas  de  qualité  égale,  elle  eût  été  mal- 
heureuse toute  sa  vie  avec  ce  cerveau  brûlé,  qui  ne 
vaut  rien  du  tout.  Moi  je  l'appelle  le  gnome,  car  il 
ressemble  comme  deux  gouttes  d'eau  à  un  lutin... 

...  On  a  tiré  à  mon  fils  trois  grandes  palettes  et 
trois  assiettes  de  sang.  Je  crains  que  ce  ne  soit  trop 
pour  un  homme  qui  travaille  nuit  ei  jour  comme  il 
fait.  Mais  les  médecins  répondent  qu'il  faut  que  cela 
soitpour  dégager  les  esprits- vitaux... 

Paris,  le  2  avril  ni9,  6  h.  e(  demie  du  matin. 

...  Je  deviens  si  n'-vease  avec  l'âge  que  bientôt,  je 
crois,  je  vais  tomber  en  enfance,  devenir  distraite 
comme  notre  tante  la  princesse  Elisabeth  d'Herfort. 
Un  jour,  elle  prit  un  pot  de  chambre  pour  un  masque 
et  dit  :  «  Ce  masque  n'a  pas  d'yeux  et  il  ne  sent  pas 
bon.  »  Quand  elle  jouait  au  trictrac,  elle  crachait  dans 
la  caisse  et  jetait  les  dés  par  terre.  Lorsqu'elle  mou- 
rut, à  soixante-deux  ans,  elle  était  complètement 
tombée  en  enfance... 

Notre  duchesse  de  Berry  est  malade,  elle  a  la  fièvre, 
des  vapeurs  et  des  douleurs  à  la  matrice...  A  l'instant 
on  me  dit  qu'elle  est  très  mal  ;  je  suis  bien  inquiète  : 
elle  est  si  grasse  et  si  grosse  que  j'ai  peur  qu'elle  ne 
fasse  une  bien  grave  maladie... 

1.  M"»;  di  Cliarulais. 

II.  15 


254  CORRESPONDANCE 

Paris,  co  jeudi  saint  1719,  11  li.  du   matin. 

...  M"'"  de  Berry  est  hors  de  danger,  elle  a  pris  mé- 
decine aujourd'liui... 

J'ai  été  interrompue  par  un  ancien  bouffon  de  la 
feue  reine  que  je  n'avais  pas  vu  depuis  longtemps.  La 
reine  aimait  cette  sorte  de  gens;  moi,  non. Mais  on  voit 
si  peu  de  monde  qui  date  de  ce  temps-Ul,  que  mal- 
gré tout  on  n'est  pas  fâché  d'en  rencontrer  un... 

Le  petit  traître,  le  duc  de  Richelieu,  a  tout  avoué... 

Pans,  le  8  avril  1719. 

M"'*"  de  Châteauthiers  s'amuse  avec  les  Images  sur 
talc  plus  que  d'autres  dames;  c'est  qu'elle  aime  les 
plaisirs  innocents.  Mais  il  y  en  a  un  grand  nombre 
qui  ressemblent  à  la  duchesse  de  Longueville.  Elle  est 
morte  dans  une  grande  dévotion,  mais  dans  sa  jeu- 
nesse elle  était  très  coquette  et  galante.  Son  mari 
était  gouverneur  de  Normandie,  elle  dut  l'accompa- 
gner dans  son  gouvernement  et  elle  était  fort  chagrine 
de  quitter  la  cour  :  elle  y  avait  laissé  des  gens  qu'elle 
aimait  plus  que  son  mari,  une  personne  surtout,  de 
sorte  que  le  temps  lui  dura  bien.  Beaucoup  de  gens 
lui  dirent  :  «  D'où  vient,  madame,  que  vous  vous  lais- 
ses enuyer,  comme  vous  faittes,  que  ne  joues  vous? 
—Je  n'aime  pas  le  jeu,  répondit-elle.  —  Si  vous  voul- 
ues chasser,  je  trouverais  des  chiens?  disait  l'un. 
—  Non  je  n'aime  pas  la  chasse.  —  Voudries-vous  des 
ouvrages?  —  Non  je  ne  travaillie  point.  —  Voudries 
vous  promener?  Il  y  a  de  belles  promenades,  icy.  — 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      253 

Non  je  n'aime  pas  la  promenade.  —  0,  qu'aimes  vous 
donc?  —  Elle  répondit  :  «  Que  voules  vous  que  je 
vous  disse?  Je  n'aime  point  les  plaisir  innocent...  » 

J'ai  reçu  une  lettre  du  pauvre  baron  de  Goertz.  Il 
m'annonce  lui-même  la  mort  de  son  neveu...  Je  vou- 
drais que  les  ministres  anglais  aient  reçu  aussi  leur 
châtiment,  d'exciter  ainsi  l'un  contre  l'autre  le  père 
etlefils^..  Le  baron  Goertz^  laisse  une  femme  et  trois 
enfants.  Il  ne  valait  pas  cher... 

Ce  saint  jour  de  Pâques,  9  h.  du  matin. 

Nous  n'irons  qu'à  onze  heures  à  la  grand'  messe,  à 
notre  paroisse.  Nous  nous  y  rendrons  en  cérémonie 
avec  les  gardes  du  corps  et  les  suisses,  tambours 
et  fifres.  De  plus  je  rends  le  pain  bénit  aujourd'hui, 
c'est  une  espèce  de  grand  gâteau.  Il  y  en  a  douze, 
chacun  porté  par  un  suisse  en  livrée.  Les  tambours, 
iles  trompettes,  les  fifres  marchent  en  avant;  les 
carrosses  sont  couverts  de  banderolles  avec  mes 
armes,  chacun  porte  six  cierges.  Le  maître  d'hôtel  de 
quartier  marche  derrière ,  portant  sa  baguette , 
de  plus  l'aumônier  en  surplis  et  le  contrôleur  géné- 
ral de  ma  maison  qui  mènent  le  pain  bénit  à  l'église. 
On  le  coupe  en  morceaux  ,  j'en  envoie  par  mon 
maître  d'hôtel  au  roi,  à  la  duchesse  de  Berry  et  à 
toute  la  famille  royale.  Pour  cela  aussi  il  y  a  des 
cérémonies,  auxquelles  les  princes  du  sang  n'ont  pas 
droit,  mais  je  m'en  soucie  si  peu  que  je   ne  sais  pas 

1    George  I'*'  et  le  prince  do  Galles. 
3.  I,e  ministre  suédois  était  comte, 


250  CORRESPONDANCE 

même  en  quoi  elles  consistent.  C'est  certes  une  chose 
sotte  et  folle.  Cet  usage  n'existe  qu'en  France. 

...  Je  ne  vous  conseillerais  pas,  chère  Louise,  de 
faire  un  voyage  en  Angleterre,  surtout  par  le  temps 
qui  court,  car  je  ne  pense  pas  que  vous  soyez  de 
l'humeur  de  ces  nonnes  devant  lesquelles  on  parlait 
des  soldats  et  de  tout  le  mal  qui  se  commet  en  temps 
de  guerre.  Une  jeune  nonne  entendit  parler  de  viols 
et  quelque  temps  après  elle  demanda  à  l'abbesse  : 
«  Ma  '"évérente  mère,  quand  viollera-t-on  donc  ?  » 

Paii^,  ce  dimanche  IG  avril  ni9,  7  h.  du  matin. 

...  Je  vous  ai  déjà  écritquemon  fils  a  donné  l'ordre 
de  préparer  les  lettres  de  naturalité'pourla  princesse 
d'Ussingen.  J'ai  demandé  à  Wendt  à  combien  lui  sont 
revenues  les  siennes..,  Elles  lui  ont  coûté  deux  mille 
livres  à  cause  des  sceaux.  J'ignore  si  les  princesses 
paient  plus  que  les  simples  gentilshommes... 

On  dit  ici  qu'on  a  constaté  dans  toutes  les  régen- 
ces on  se  rebequait  et  faisait  des  rébellions...  Il  les 
ont  commencées  dès  avant  la  mort  du  roi...  Mon  fils, 
en  prenant  la  régence  a  trouvé  deux  cent  mille  mil- 
lions- de  dettes...  à  cette  heure,  il  en  a  payé  la  moi- 
tié. Ne  devrait-on  pas  lui  savoir  gré  de  mesures  qui 
ne  pèsent  pas  au  peuple  et  qui  ne  peuvent  faire  patir 
que  les  riches?... 

1.  Lettres  de  naturalisation. 

2.  Zwey  mal  liundort  tauszon  (d)  millionon.  —  Le  chiffra  est  faux  évi- 
dommoiit,  mais  la  guerre  de  la  succession  d'iîspagno  avait  coûté  1,55 
uiiUijns. 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.      2ô7 

11  /"aut  que  le  czar  ait  été  ivre  quand  il  a  coupé  la 
tête  à  ce  pauvre  peintre,  car  quand  il  est  à  jeun  il  n'a 
plus  rien,  dit-on,  d'un  barbare  russe,  mais  quand  il  a 
bu  cela  le  reprend... 

Ce  que  la  princesse  de  Galles  m'a  mandé  de  la 
mort  de  Goertz  m'a  fait  venir  les  larmes  aux  yeux  : 
elle  m'écrit  que  le  duc  d'Holstein'  lui  a  fait  dire 
avant  qu'il  ne  mourût  qu'il  ne  lui  rendait  pas  ses 
bonnes  grâces  et  que  de  sa  vie  il  ne  s'occuperait  ni 
de  ses  deux  fils  ni  des  siens,  qu'il  n'avait  qu'à  les 
recommander  à  qui  il  voudrait.  Ce  qu'entendant 
Goertz  doit  avoir  dit  :  Si  le  monde  est  ingrat  à  ce 
point,  je  le  quitte  et  meurs  avec  joie.  Le  duc  ne 
perdra  rien  en  ma  personne.  Du  moment  qu'il  ne 
sait  pas  reconnaître  les  serviteurs  fidèles,  il  n'en  aura 
amais... 

La  maladie  de  madame  la  duchesse  -  vient  de  ce 
qu'elle  boit  trop  d'eau-de-vie  et  de  ce  qu'elle  mange 
outre  mesure.  Dès  qu'elle  se  sent  un  peu  mieux  elle 
ne  se  modère  plus  quant  au  boire  et  au  manger,  et 
éprouve  une  rechute.  C'est  un  miracle  qu'elle  puisse 
vivre  encore,  elle  est  diaphane,  dit-on,  et  baisse  de 
jour  en  jour... 

C'est  à  Heidelberg  qu'on  trouve  les  meilleures  myr- 
tilles. On  n'en  trouve  point  aux  environs  de  Paris;  on 
m'en  apporte  de  ]Normandie,  mais  elles  ne  sont  pas 
aussi  bonnes  que  chez  nous,  elles  sont  bien  plus  pcti- 


1.  fiocrtz,   avant   d'être  an  service  de  Charles  Xll,  avait  ct'i  con- 
seiller piivé  et  maréchal  do  la  cour  de  ce  duc. 

2.  De  Bcrry. 


2Ù8  CORRESPONDANCE 

tes,  mollis  savoureuses  et  plus  aigres   que  celles   du 
Palatinat... 

P.  S...  J'apprends  ce  matin  que  la  vieille  Maintenon 
est  crevée^  hier  soir  entre  quatre  et  cinq.  C'eût  été 
un  grand  bonheur  si  cela  avait  pu  arriver  il  y  a  quel- 
que trente  ans... 

Paris,  le  20  avril  1719,  0  h.  du  soir. 

...  Dites,  chère  Louise,  si  je  n'ai  pas  raison  d'être 
inquiète  à  cause  de  mon  fils.  Hier  on  a  fait  arrêter  à 
Luick-  lin  homme  du  nom  de  la  Jonkère''.  U  s'était 
engagé  à  enlever  mon  fils  et  à  le  livrer  à  Albéroni 
mort  ou  vif.  Cet  été  il  ne  l'a  liianqué  que  d'un  quart 
d'heure  au  bois  de  Boulogne...  Ce  soir  je  l'ai  prêché 
et  lui  ai  dit  qu'il  voyait  bien  maintenant  que  je 
n'avais  pas  tort  de  m'inquiéter  quand  il  courait  la 
prétentaine  la  nuit... 

Paris,  le  '2-2  avril  1*19,  "i  h.  et  demie  du  matin. 

...  Il  me  semble  que  M.  Lenfant  était  déjà  de  mon 
temps  à  l'église  française  de  Mannheim  ;  mais  Beauso- 
bre  n'y  était  pas...  Mon  Dieu,  chère  Louise,  vous  dites 
qu'on  ne  saurait  se  lasser  d'entendre  ces  deux  minis- 
tres, mais  je  dois  avouer  à  ma  honte  que  je  ne  trouve 
rien  de  i)lus  ennuyeux  que  d'entendre  prêcher;  je 
m'endors  de  suite;  un  sermon  pour  me  faire  dormir, 

1.  Vereckt. 

2.  Luttich,  Liège. 

3.  La  Jonquière,  Liégeois,    avait  été  lieutenant-colonel  de   cavalerie 
dans  le  régiment  de  Forlat.  (Uangeau,  14  avril  1719.) 


t)E  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      259 

c'est  plus  sûr  que  de  l'opium!  surtout  après  midi.  Je 
n'aimais  pas  non  plus  à  m'approcher  de  la  table  sainte 
dans  l'église  française  ;  cela  se  passe  tout  autrement 
que  chez  les  Allemands  et  ne  me  plaît  d'aucune  façon. 
D'abord  il  n'y  a  pas  de  préparation  à  la  Sainte-Cène; 
secondement  les  psaumes  que  l'on  chante  sont  écrits 
dans  une  langue  qui  a  vieilli,  c'est  comme  si  on  lisait 
VAiiiadis;  ensuite  la  piaillerie  des  petits  garçons  réci- 
tant le  Décalogue  :  «  Tu  ne  mentira  poinl,  tuera 
point  »  me  semblait  bien  sotte  et  enfin  je  ne  pouvais 
souffrir  que  l'on  donnât  le  vin  dans  des  verres 
qu'après  ou  rinçait.  Je  Tai  vu  faire  à  Mannheim  et  n'ai 
pas  trouvé  cela  respectable  et  digne  d'une  chose  si 
sainte  ;  cela  ressemblait  à  une  auberge  plutôt  qu'à 
une  église  et  communauté  chrétienne.  Rien  ne  m'em- 
pêchera jamais  de  lire  ma  bible  allemande.  J'en  ai 
trois  fort  belles  :  celle  de  Merian'  que  m'a  léguée  ma 
tante,  madame  l'abbesse  de  Maubuisson,  une  autre 
de  Lunebourg  qui  est  fort  belle  et  une  troisième  que 
la  princesse  d'OIdembourg,  la  fille  de  la  princesse  de 
Tarente,  m'a  envoyée  l'an  passé.  Cette  dernière  est 
comme  moi  :  courte,  épaisse  et  ronde... 

11  faut  que  la  comtesse  Wiser  soit  de  ces  sottes 
catholiques  allemandes  qui  ne  connaissent  que  les 
saints  et  non  Notre  Seigneur  Dieu.  La  margrave  de 
Bade,  la  femme  du  prince  Louis-,  doit  en  être  aussi  ; 

1.  MalliicLi  Merian  l'ancien,  célèbre  graveur  de  Bâlc  (1Ô93-1630)  ; 
illustra  la  bihlc.  Il  publia  les  «  Toporjrapldes  »,  c'est-à-dire  les  vues 
des  principales  villes  d'Europe. 

2.  C'est  la  veuve  qu'aurait  dû  dire  Madame.  Le  prince  Louis  mourut 
en  1717. 


200  CORRESPONDANCE 

au  lieu  de  faire  en  sorte  que  son  fils  se  perfectionne 
dans  les  exercices  du  corps  et  de  le  faire  voyager, 
elle  le  mène  en  pèlerinage  à  Pjotre-Dame-de-Lorette. 
On  ne  peut  se  figurer  rien  de  plus  niais,  aussi  tout 
le  monde  se  moque  d'elle  ici... 

J'ai  écrit,  hier  il  y  avait  huit  jours,  une  lettre  de 
condoléances  à  vos  enfants".  Mon  Dieu  qu'ils  ont  donc 
tort  de  s'affliger  tellement  de  la  perte  de  cette  en- 
fant !  Quel  bonheur  ne  serait-ce  pas  pour  mon  fils 
s'il  avait  perdu  ses  trois  aînées  à  cet  âge-là!  Je  n'en 
dirai  pas  davantage... 

Paris,  le  27  avril  \l\d,  "i  h.  du  matin. 

...  Le  duc  de  Uichelieu  est  un  archi-débauché  ,  un 
vaurien,  un  poltron  qui  nonobstant  ne  croit  ni  à 
Dieu  ni  à  sa  parole.  De  sa  vie  il  n'a  rien  valu  et  ne 
vaudra  jamais  rien,  il  est  faux  et  menteur,  ambitieux 
avec  cela  comme  le  diable...  Il  n'a  pas  vingt-quatre 
ans...  La  première  fois  on  l'a  mis  à  la  Bastille  parce 
qu'il  s'était  faussement  vanté  d'avoir  couché  avec 
M""'  la  Dauphine-  et  toutes  ses  jeunes  dames.  .  la 
seconde  fois  il  y  est  allé  parce  qu'il  a  fait  savoir  lui- 
même  que  le  prince  de  Bavière  voulait  se  battre  avec 
lui^  Or  enfin  cette  fois-ci  le  coup  qu'il  a  fait,  «  cou- 
ronné l'œuvre  »,  comme  on  a  coutume  de  dire. 

Tout  ce  que  je  sais  des  dernières   années  de  ma 

1.  C'est-à-dire  à  votre  neveu  et  à  votre  nièce,  M,  et  M'"^  de  Dogen- 
fcld-Schomberg,  qui  venaient  de  perdre  une  petite  iille. 

2   La  seconde  dauphine,  la  duchesse  de  Bourgogne. 

3.  Les  duels  étaient  défendus.  C'eût  donc  clé  pour  ne  pas  se 
battre  que  Richelieu  aurait  fait  cette  démarche. 


DE  MADAME,  DUCHESSE   D'ORLÉANS.      2GI 

tante  d'Herfordi,  je  le  tiens  de  notre  chère  Électrice 
défunte. 

A  quoi  sert-il  que  mon  fils  découvre  ceux  qui  sont 
ses  ennemis?  Il  est  trop  bon,  tout  ce  monde  lui  fait 
de  suite  pitié  et  il  n'en  punit  aucun  comme  il  le  méri- 
terait. Cela  ne  fait  qu'augmenter  l'audace  des  autres. 

Saint-Cloud,  le  30  avril  1719,  9  h.  moins  le  quart  du  matin. 

...  Les  abricots  d'ici  je  ne  les  trouve  pas  trop  bons... 
mais  les  pèches  sont  admirables... 

Le  duc  de  Richelieu  n'est  pas  de  la  conspiration  de 
M.  du  Maine.  11  a  conspiré  pour  son  compte,  dans 
l'espoir,  dit-on,  de  se  rendre  si  considérable  qu'il 
pourrait  faire  un  mariage  extraordinairement  bril- 
lant-, auquel,  jusqu'ici,  on  n'a  pas  voulu  consentir. 

...  Ce  n'est  pas  à  cause  de  lui  que  deux  dames  ont 
voulu  se  battre,  mais  à  cause  du  prince  de  Soubise 
qui  est  fils  du  prince  etduc de  Rohan... 

Saint-Cloud,  le  4  mai  1"19,  7  h.  du  malin. 

...  Je  vous  prie,  chère  Louise,  faites  donc  mes 
remerciements  à  lady  Holderness''...  elle  a  une  bien 
bonne  orlograffe.  Cela  m'étonne  fort,  car  bien  peu  de 
dames  la  savent,  les  Françaises  même  font  presque 
toutes  des  fautes.  Il  in'arrive  très  souvent  de  corriger 
ma  fille,  car  moi  je  la  sais  assez  bien... 

...Je  ne  me  mêle  jamais  de  ce  qui  concerne  Rome;  le 

1.  Voir  la  IcUrc  du  2  avril. 

2.  Voir  la  lotira  du  30  mars. 

3.  L'aînée  des  filles  du  duc  de  Schomberg. 


2G2  CORRESPONDANCE 

pape  et  moi  nous  n'avons  pas  de  commerce  ensemble. 
Je  ne  m'occuperai  donc  pas  d'obtenir  de  lui  cette  dis- 
pense-ci', ni  aucune  autre.  Je  ne  lais  pas  grand  cas 
de  lui  et  ne  suis  pas  papiste  le  moins  du  monde,  je 
l'ai  hautement  déclaré... 


Saint-Cloud,  le  13  mai  1719,  9  h.  du  malin. 

...  J'ai  pris  ce  matin  ma  purgation  aux  herbes... 
c'est  un  breuvage  désagréable  qu'on  me  fait  avaler  le 
matin  à  jeun,  un  fort  verre  plein.  Le  cresson  de  fon- 
taine, le  cerfeuil  et  la  chicorée  mêlés,  cela  vous  a  un 
vilain  goût  et  c'est  bien  amer.  Mais  je  préfère  cela  à 
la  mauve  chaude  qu'on  me  donne  d'ordinaire,  avec  du 
sel  végétal... 

Vous  me  demandez  ce  qui  m'a  chagrinée...  Je  ne 
peux  pas  vous  le  dire  en  détail,  mais  en  gros  c'est  une 
horrible  coquetterie  que  M""  de  Valois  a  eue  avec  cet 
endiablé  de  duc  de  Richelieu.  Il  a  laissé  traîner  ses 
lettres,  car  il  ne  l'aime  que  par  vanité.  Tous  les 
jeunes  gens  les  ont  vues.  On  y  lisait  qu'elle  lui  a  donné 
rendez-vous  ici.  Madame  sa  mère  aurait  bien  aimé 
que  je  l'amène  de  nouveau  avec  moi,  mais  je  le  lui  ai 
nettement  refusé,  déclarant  que  je  ne  voulais  plus 
l'avoir  auprès  de  moi  et  qu'on  ne  me  trompe  qu'une 
fois.  Et  tous  les  jours  on  revenait  à  la  charge...  J'ai 
cette  fille  en  horreur...  le  cœur  me  soulève  quand  il 
faut  que  je  voie  cette  évaporée.  Que  Dieu  pardonne  à 
la  mère,  mais  c'est  elle  qui   a  si  mal  élevé  ses  fillesl 

1.  Pour  un  protégé  do  la  raugravc,  sans  doute. 


DE  MADAME,  DUCHESSE   D'ORLEANS.      2G3 

...  Cet  impertinent  duc  est  liardi  et  se  moque  de  tout, 
il  connaît  la  bonté  de  mon  fils,  aussi  fait-il  le  fier  et 
n'est-il  nullement  soumis.  Si  on  le  châtiait  comme  il 
le  mérite,  on  le  ferait  mourir  sous  les  verges,  il  Ta 
doublement  et  triplement  mérité.  De  ma  nature,  je  ne 
suis  pas  cruelle  mais  ce  polisson-là,  je  le  verrais  pen- 
dre sans  verser  une  larme,  je  suis  fort  piquée  contre 
ce  gnome,  je  le  hais  cordialement. 

Je  crains  que  la  mort  delà  Maintenon  ne  soit  comme 
celle  de  la  Gorgone  Méduse,  qu'il  n'en  sorte  beaucoup 
de  monstres  encore.  Si  au  moins  elle  était  morte  il  y 
a  quelque  trente  ans,  tous  ces  pauvres  réformés 
seraient  encore  en  France  et  leur  temple  de  Charenton 
n'eût  pas  été  rasé...  La  vieille  sorcière  a  combiné  tout 
cela  avec  le  jésuite  le  pore  la  Chaise,  à  eux  deux  ils 
ont  causé  tout  le  mal.  M''^^  Dangeau  a  bien  été  triste, 
mais  c'est  passé  maintenant... 

Baint-Cloud,  ce  dimanche  14  mai  1719,  10  h.  et  quart  du  matin. 

Mylord  Stairs  a  trop  frayé  avec  les  dames  fran- 
çaises :  elles  ne  lui  ont  pas  communiqué  l'esprit  fran- 
çais, rien  que  le  mal.  Il  a  une  mine  pitoyable,  mer- 
credi passé  je  l'ai  vu  à  la  comédie... 

Saint-Cloud,  le  18  mai  niQ,  7  li.  moins  le  quart  du  matin 

...  J'allai  chez  M""  de  Berry  qui  ne  se  porte  pas  bien 
du  tout  :  elle  a  un  mal  dont  jamais  de  ma  vie  je  n'ai 
entendu  parler;  elle  ne  peut  pas  marcher,  la  plante 
du  pied  est,  à  ce  qu'elle  dit,  endolorie  comme  si  ou 
y  laissait  tomber  de  la  cire  à  cacheter,   elle  crie  do 


2Ci  CORRESPONDANCE 

douleur,  si  seulement  elle  frôte  le  drap  de  lit,  elle  ne 
peut  l'endurer... 

Non  seulement  ma  petite  fille  a  accepté  la  dignité 
d'abbesse,  elle  Ta  demandée  à  son  père,  elle  ne  pou- 
vait plus  supporter  la  hauteur  de  la  sœur  de  Villars, 
qui  était  son  abbesse.  Je  ne  trouve  pas  que  celle-ci 
soit  à  plaindre,  on  lui  donne  dix-huit  mille  livres  de 
pension  et  la  première  abbaye  de  son  ordre  qui 
deviendra  vacante  lui  est  réservée.  Cependant  elle  et 
son  frère  poussent  des  cris  comme  si  mon  fils  avait 
commis  à  son  égard  la  plus  grande  injustice  du  monde, 
comme  si  elle  était  l'égale  de  ma  petite-fille.  Les  gens 
sont  par  trop  insolents  en  France,  en  particulier  les 
ducs  et  pairs.  Ils  s'imaginent  être  les  égaux  du  roi  et 
pourtant  le  grand-père  de  ce  Villars  était  un  simple 
procureur  de  village... 

Saint-Cloud,  ce  dimanche  -21  mai  HIO,  "  li.  lUi  matin. 

...  On  donne  à  la  maladie  de  M""=  do  Berry  le  nom 
de  rhumatisme  goutteux.  La  favorite,  la  petite  M""  de 
Mouchy,  en  est  atteinte  aussi,  aux  mains  et  aux 
pieds... 

Les  Espagnols  ont  dépensé  énormément  d'argent 
avec  leur  flotte^  :  iis  ne  sont  pas  aussi  opulents  qu'on 
le  pense... 

Saint-Cloud,  le  l*''  jui;i  ni9. 

...  Qu'est-ce  que  ce  zèle  impétueux  qu'on  déploie 
présentement  à  Ileidelberg  contre  le  catéchisme?  C'est 

1.  Battue  par  Byng  à  Syracuse  (15  août  1718). 


DE   MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.      2(iri 

une  machination  de  prêtres,  je  n'en  mettrais  pas  la 
main  au  feu  que  les  Jésuites  ne  Taient  pas  ourdie,  car 
ils  sont  impitoyables  vis-à-vis  des  autres  religions... 
De  tout  temps  les  disputes  et  les  querelles  m'étaient 
insupportables;  pour  avoir  la  paix  on  devrait,  suppri- 
mer la  quatre-vingtième  question'.  A  vrai  dire  elle 
est  formulée  trop  durement.  On  aurait  bien  pu  ne  pas 
mettre  cela.  On  ne  devrait  par  employer  d'expressions 
aussi  dures  en  parlant  d'une  chose  qui  se  fait  en 
mémoire  de  la  passion  et  de  la  mort  du  Christ... 

Saint-Cloud,  le  4  juin  1719. 

...  Hier  mourut  à  Paris,  à  quatre-vingts  ans,  un 
homme  à  qui  Dieu  veuille  pardonner  tout  le  mal  qu'il 
m'a  fait  durant  les  trente  années  que  j'ai  passées 
avec  mon  mari.  C'est  le  marquis  d'Efflat.  Il  a  été 
grand-écuyer  et  grand-veneur  de  Monsieur  et  de 
mon  fils  aussi.  Il  a  légué  à  ce  dernier  une  terre  avec 
une  belle  maison-.  Mais  il  ne  l'a  pas  voulu  accepter, 
il  l'a  rendue  aux  héritiers.  D'Effiat  était  énormément 
riche,  il  avait  dans  sa  chambre  des  tonnes  et  des  caisses 
pleines  d'or,  si  bien  que  dernièrement,  lorsqu'il  y 
avait  le  feu  chez  lui,  six  hommes  n'ont  pu  les  faire 
bouger  de  place  tellement  elles  étaient  lourdes.  Il  ne 
laisse  pas  d'enfants,  rien  que  des  collatéraux... 

...  D'aller  en   calèche,  cela   ne   m'échauffe  pas  le 

1.  Du  ratéchisme  réformé  de  Ilcidclberg.  I.a  messe  y  est  trailcc 
d'  «  idolJltric  maudite  ». 

2.  «  La  tcrro  et  la  bcUo  maison  de  CliiUy.  »  (Daugeau,  samedi 
3  juin  niO.) 


266  CORRESPONDANCE 

moins  du  monde,  moi  qui  ai  pendant  trente  ans 
chassé  le  loup  et  le  cerf  à  cheval  et  pendant  dix  autres 
années  suivi  la  chasse  en  calèche;,  j'y  suis  comme  dans 
mon  lit,  toutes  mes  voitures  sont  douces  comme  une 
barque  sur  l'eau,  elles  sont  toutes  à  ressorts...  . 

Ce  Haw  est-il  le  fils  de  l'oncle  Robert  ^  ?  Car,  si  je 
ne  me  trompe,  sa  comédienne  s'appelait  Haw.  Aux 
gens  qui  ont  servi  au  divertissement  des  grands,  ceux- 
ci  feront  toujours  un  sort.  Il  en  a  été  ainsi  de  tout 
temps  et  il  en  sera  de  môme  jusqu'à  la  fin  du  monde. 
J'ai  oublié  de  vous  dire  que  j'ai  hérité  du  gouverne- 
ment de  d'Efflat.  Il  était  gouverneur  de  Montargis,  et, 
avec  l'assentiment  de  mon  fils,  j'ai  donné  ce  gouver- 
nement à  mon  Wendt-  ;  il  en  est  digne,  lui,  car  il  m'est 
aussi  fidèle  que  l'autre  m'était  opposé... 

]\/[mc  d'Orléans'',  étant  abbesse,  est  suivie  partout  de 
deux  nonnes  qui  sont  de  service  auprès  d'elle.  Entre 
nous  soit  dit,  un  couvent  n'est  autre  chose  qu'une 
cour  mal  gouvernée.  Ma  tante  l'abbesse  de  Maubuis- 
son  n'a  jamais  voulu  avoir  ce  service  auprès  d'elle. 
i(  J'ai  quitté  le  monde,  disait-elle,  pour  ne  plus  voir 
de  cour  «,  elle  retroussait  sa  robe  et  allait  se  prome- 
ner seule  dans  tout  son  couvent  et  dans  le  jardin, 
riait  de  tout  et  d'elle-même  et  était  bien  drôle.  Elle 

1.  Le  comto  palatin  Robcft,  fils  d'Elisabeth  Sluart,  général  de 
Charles  l^^  dails  les  guerres  de  la  Révolution. 

a.  Uangeau,  samedi  3  juin  1719  :  «  Madame  a  obtenu  pour  Vintes^ 
qui  est  un  Allemand,  son  éouyerj  attaché  à  elle  de  tout  temps,  le  gou- 
vernement de  Montargis  ;  il  y  a  SjOOO  francs  d'appointements  et  la 
ville  donne  encore  quelque  chose  au  gouverneur.  »  Montargis  était  le 
douaire  de  Madame.  Nous  avons  d'aillaurs  vu  que  Wcndl  s'était  fait 
naturaliser  (lettre  du  16  avril  ni9). 

3.  L'abbesse  de  ChoUcs. 


DE   MADAME,  DUCHESSE  D'OTiLÉANS.      2G7 

avait  la  voix  de  S.  G.  rélecteur  notre  père...  M""=  de 
Berry  n'est  pas  dévote,  elle  ne  joue  pas  le  moins  du 
monde  ce  personnage-là.  Sa  sœur  de  Valois  no  vaut 
rien  et  ne  vaudra  jamais  rien,  elle  n'est  pas  digne  que 
nous  parlions  d'elle.  M""'  d'Orléans  a  voulu  venir  ici 
ce  soir  avec  moi,  mais  il  lui  est  venu  une  fluxion  à  la 
nuque  :  elle  ne  pourra  venir  de  sitôt.  Dieu  me  par- 
donne! mais  je  n'en  ai  nul  regret...  Sa  fille  de  Berry 
et  la  nonne  ne  sont  pas  fausses,  ni  son  fils  non  plus, 
Dieu  merci!  mais  la  mère  et  la  troisième  fille  prati- 
quent maîtrement  la  chose.  Le  diable  n'est  pas  plus 
faux  qu'elles.  Je  suis  si  lasse  de  tous  ces  gens  que 
j'en  ai  jusque-là!... 

Saiut-Cloud,  lc'23  juin  1719,  8  h.  et  demie  du  miifin. 

...  Jadis  c'était  nne  grande  affaire  quand  dans  une 
famille  il  naissait  un  septième  garçon,  tellement  que 
les  rois  de  ce  pays-ci  payaient  une  pension  à  ces  en- 
fants-là... On  croyait  aussi  qu^ils  guérissaient  les 
écrouelles  en  les  touchant,  mais  je  crois  qu'il  en  était 
d'eux  comme  des  rois  de  France  qui  les  touchent 
'aussi... 

Les  remontrances  du  roi  de  Prusse  ^  pourront  pro- 
duire grand  effet  :  il  a  mis  sur  pied  une  forte  armée, 
et  une  armée  qui  peut  faire  parler  de  nombreux  ca- 
nons devient  très  persuasive.  J'espère  donc  que  la 
lettre  que  le  roi  a  écrite  à  l'électeur  palatin  fera  les 
affaires  des  pauvres  habitants... 

Je  ne  fais  pas  grand  cas  du  concile  de  Trente  :  je 

1,    Intervenant  en  faveur  des  réformés  du  Palatinat, 


208  CORRESPOJNDANGE 

n'en  connais  pas  le  premier  mot  et  je  n'estime  pas 
qu'il  soit  nécessaire  de  le  lire... 

Saint-Clûud,  le  -29  juin  HIO. 

M"'"  de  Berry  est  bien  malade  encore  et  hier  il  y 
avait  trois  mois  que  cela  dure.  Un  jour  elle  ne  mange 
rien,  le  lendemain  elle  fait  trois  repas.  Cela  ne  lui 
vaut  rien,  cela  fait  qu'elle  passe  la  nuit  à  vomir,  elle 
ne  peut  dormir,  et  le  lendemain  elle  est  très  mal... 
Los  orages  ne  sont  pas  bien  forts  en  ce  pays-ci,  mais 
ils  le  sont  suffisamment  pour  grandement  effrayer 
M'""  de  Berry... 

Saint-Cloiuî,  lo  G  juilet  1719. 

...  Feu  ma  mère  aimait  tout  ce  qui  était  à  la  mode; 
elle  trouvait  admirable  tout  ce  qui  venait  de  France, 
tandis  que  moi  je  ne  fais  aucun  cas  des  modes. 

...  M.  Fescli  est  Suisse,  il  est  très-intelligent.  11  est 
conseiller  du  margrave  de  Durlacli;  c'est  un  bien 
brave  et  honnête  homme.  Il  est  ici,  à  la  cour,  pour 
les  affaires  des  Suisses.  Il  est  réformé ^.. 

Saint-Cloud,  ce  diraanclic  9  juillet  1719. 
8  h,  moins  lo  quart  du  malin. 

...  La  jeune  duchesse  d'Albret  est  morte  en  couches 
pour  avoir,  pendant  sa  grossesse,  mangé  trop  de  cire 

1.  Le  cardinal  Fcsch,  l'oncle  de  Napoléon  1<^',  descend  des  Fcsch  de 
Bàle.  M™»:  Ramolino,  née  Pietra  Santa,  la  mère  de  Laetitia,  épousa  en 
secondes  noces  un  certain  François  Fesch,  de  Bâle,  lieutenant  en 
premier  au  régiment  suisse  de  Boccard.  De  ce  mariage  naquit  le  car- 
dinal. . 


DE   MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.      2G9 

et  trop  de  ce  pain  dont  on  fait  les  osties...  Le  duc  est 
très-triste,  mais  il  Tétait  aussi  quand  mourut  sa  pre- 
mière femme,  ce  qui  ne  Ta  pas  empêché  de  se  rema- 
rier six  mois  après;  on  pense  qu'il  se  consolera  de 
nouveau  tout  aussi  aisément... 

Les  méchants  prêtres  sont  de  vilains  compagnons. 
Quand  ils  se  mettent  en  tête  de  tourmenter  le  monde, 
ils  n'ont  de  cesse  qu'ils  n'aient  mis  l'affaire  en  train. 
J'ai  vu  suffisamment  ici  comment  ils  s'y  prennent  et 
la  façon  dont  se  passent  les  choses.  C'est  une  misère 
quand  on  s'imagine  être  dévot  et  qu'on  ne  croit  que 
ce  que  les  prêtres  veulent  vous  faire  accroire.  Feu 
notre  roi  était  ainsi  :  il  ne  savait  pas  le  premier  mot 
des  Saintes  Écritures,  jamais  on  ne  les  lui  avait  fait 
lire.  Pourvu,  croyait-il,  qu'il  écoutât  son  confesseur 
et  récitât  son  pater,  tout  irait  bien  et  sa  dévotion  se- 
rait parfaite.  Souvent  il  me  faisait  pitié,  car  toujours 
ses  intentions  étaient  bonnes  et  sincères.  Mais  la 
vieille  ordure  et  les  Jésuites  lui  ont  fait  accroire  qu'en 
persécutant  les  réformés  il  réparerait  aux  yeux  de 
Dieu  et  des  hommes  le  scandale  qu'il  a  donné  en  pra- 
tiquant le  double  adultère  avec  la  Montespan.  C'est 
ainsi  qu'ils  ont  trompé  ce  pauvre  roi.  J'en  ai  souvent 
dit  ma  façon  de  penser  à  ces  prêtres.  Deux  de  mes 
confesseurs,  le  père  Jourdan  et  le  père  de  Saint- 
Pierre  me  donnaient  raison,  je  ne  me  disputais  don  f. 
pas  avec  eux.  Les  Capucins  ont  une  bien  sotte  religion, 
ce  sont  de  vrais  moulins  à  prières,  mais,  en  général, 
ce  sont  de  braves  gens... 

Mon  bon  cousin'  le  roi  d'Angleterre  a  la  cervelle 
singulièrement  faite...  mais,  entre  nous  soit  dit,  quand 


270  CORRESPONDANCE 

on  adore  trop  le  dieu  Mammon,   cela  se  voit  dans 
toutes  vos  actions... 

Saint-Cloiul,  ce  13  juillet  1719 

Il  faut  qu'à  Francfort  on  soit  bien  mal  organisé  en 
prévision  des  Incendies  pour  que...  cinq  cents  mai- 
sons aient  brûlé.  A  Strasbourg,  on  prend  mieux  ses 
dispositions...  Je  plains  de  tout  mon  cœur  tous  les 
pauvres  gens  atteints  par  le  sinistre  et  les  pauvres  ci- 
gognes aussi.  Elles  m'ont  souvent  divertie  à  Heidel- 
berg,  quand  je  les  regardais  sur  les  cheminées  de  la 
ville,  c'est  pourquoi  elles  me  sont  chères.  On  devrait 
avoir,  à  Francfort,  des  pompes  comme  on  en  a  en 
Hollande.  De  mon  temps,  il  y  en  avait  une  aussi  près' 
du  théâtre,  dans  la  grosse  tour',  et  maintenant  il  y  en 
a  également  ici... 

Saint-Cloud,  ce  samedi  15  juillet  1719. 

...  M""^  de  Berry  a  la  fièvre  depuis  mercredi...  c'est 
sa  faute,  car  elle  a  mangé  le  même  jour  du  lait,  de  la 
salade,  des  melons  et  des  figues...  Malgré  toute  son 
intelligence,  elle  est  comme  un  enfant  de  neuf  ou  dix 
ans,  avec  sa  façon  de  vivre  désordonnée...  J'avoue 
que  je  la  plains  de  tout  mon  cœur... 

Ce  dimanche  16  juillet,  7  h.  du  matin. 

...  Quand  je  lui  ai  tâtéle  pouls,  elle  a  voulu  à  toute 
force  me  baiser  la  main  ;  cela  m'a  tout  à  fait  atten- 
drie; je  suis  vraiment  bien  triste... 

1.  Au  clu'itcau  do  Hcidclberg. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.      27l 

Mon  docteur  me  dit  à  l'instant  qu'il  retourne  à  la 
Muette,  où  il  est  resté  cette  nuit  jusqu'à  deux  heures; 
il  craint  un  transport  au  cerveau,  il  conseillera,  par 
conséquent,  à  M'""  de  Berry  de  se  confesser  et  de  com- 
munier. Je  suis  très  affligée... 

Saint-Cloud,  le  20  juillet  1719,  7  h.  du  malin. 

Bien-aimée  Louise,  M'"«  de  Berry  n'est  pas  morte 
encore,  mais  je  crains  que  bientôt  elle  n'expire,  car  il 
commence  à  tonner,  et  c'est  là  chose  dangereuse 
pour  les  moribonds.  Je  mène  une  bien  triste  existence 
à  cette  heure,  chaque  jour,  dans  l'après-dînée,  je  vais 
à  la  Muette...  je  reste  dans  la  chambre  de  notre  ma- 
lade, où  il  fait  horriljlement  chaud,  de  trois  heures  et 
demie  à  huit,  ayant  le  cœur  bien  gros,  comme  vous 
vous  le  figurez  aisément,  car  je  vois  mon  fils  en  proie 
à  une  telle  tristesse  que  j'en  ai  l'àme  navrée.  Je  plains 
la  mère  aussi.  Mais  je  retiens  mes  larmes  à  cause  de 
la  malade.  Elle  est  pourtant  bien  résignée  à  mourir; 
elle  disait  hier  qu'elle  mourrait  votontiers  puisqu'elle 
avait  fait  sa  paix  avec  Dieu,  que  si  elle  devait  vivre 
plus  longtemps  elle  pourrait  retomber  dans  le  péché, 
qu'elle  préférait  donc  mourir.  Cela  nous  a  touchés  à 
un  tel  point  que  je  ne  saurais  vous  le  dire.  Au  fond 
elle  a  ton  cœur,  si  sa  mère  avait  davantage  pris  soin 
d'elle  et  l'avait  mieux  élevée,  elle  ne  nous  aurait 
causé  que  de  la  joie...  Quand  je  ne  la  vois  pas,  mon 
cœur  bat,  et  quand  je  la  vois  je  m'afflige  de  l'état  où 
elle  est... 
D'ordinaire  les  Suisses  sont  très-exacts  dans  l'exé- 


272  CORRESPONDANCE 

cution  des  ordres  et  de  la  consigne.  Il  n'y  avait 
pas  longtemps  que  j'étais  en  France,  j'eus  envie  une 
nuit  de  me  promener  dans  les  jardins  de  Versailles.  Le 
Suisse  qui  montait  la  garde  ne  voulait  pas  me  laisser 
passer.  Je  lui  dis  :  «  Bon  Suisse,  laissez-moi  faire  ma 
promenade,  je  suis  la  femme  du  frère  du  roi.  —  Le 
roi  a-t-il  donc  un  frère?  —  Comment,  vous  ne  savez 
pas  cela,  lui  dis-je,  combien  de  temps  y  a-t-il  donc 
que  vous  êtes  au  service  du  roi?  —  Trente  ans,  me 
répondit-il.  —  Comment  !  et  vous  ne  savez  pas  que  le 
roi  a  un  fi'ère!  Mais  on  vous  fait  prendre  les  armes 
quand  il  passe.  — Ah!  oui,  dit  le  Suisse,  quand  on  bat 
la  caisse  je  prends  les  armes,  peu  m'importe  pour 
qui.  Je  n'ai  jamais  demandé  si  le  roi  avait  une  femme, 
des  enfants  ou  un  frère;  je  ne  m'en  inquiète  pas.  »  — 
J'ai  fait  rire  de  bon  cœur  le  roi  en  lui  rapportant  ce 
dialogue... 

La  comtesse  Wiser  m'assurait  hier  que  les  réfor- 
més n'avaient  rien  à  craindre,  que  l'électeur  ne  les 
dérangeait  en  rien  dans  leurs  églises  et  leur  laissait 
toute  liberté.  Je  lui  ai  soutenu  que  j'étais  informée 
tout  juste  du  contraire,  qu'on  les  tourmentait  fort  et 
qu'ils  n'étaient  pas  libres  du  tout... 

Ce  jeudi  20  juillet,  9  h.  du  soir. 

...  Je  reviens  de  la  Muette  et  je  suis  fort  triste.  J'ai 
laissé  la  pauvre  duchesse  de  Berry  dans  un  redouble- 
ment que  je  tiens  pour  une  agonie,  elle  ne  connaît 
plus  personne,  elle  est  devenue  pfde,  ce  qui  ne  lui  est 
pas  encore  arrivé  depuis  qu'elle  est  malade,  le  pouls 
est  mauvais  et  elle  est  prise  d'un  fort  hoquet...  Bras 


DR  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.      273 

et  jambes  me  tremblent  encore,  je  ne  peux  pas  me 
remettre...  Je  sue  à  grosses  gouttes,  j'ai  des  vapeurs 
et  suis  toute  saisie... 

Saint-Clûud,  ce  dimanche  23  juillet,  6  h,  du  matin. 

Bien-aimée  Louise,  ce  que  j'ai  tant  redouté  est  ar- 
rivé enfin  à  deux  lieures  et  demie,  clans  la  nuit  du 
•jeudi  au  vendredi  :  la  pauvre  duchesse  de  Berry  est 
morte...  Quand  il  m'a  semblé  qu'elle  ne  me  connais- 
sait plus,  je  la  quittai.  Mon  pauvre  fils  est  resté  après 
moi  :  il  lui  a  fait  prendre  un  élixir  qui  l'a  fait  revenir 
à  elle;  elle  lui  a  parlé  longtemps  encore.  Puis  on  a 
dit  des  prières  à  son  lit  jusqu'à  une  heure,  alors  elle 
a  de  nouveau  perdu  connaissance,  mais  elle  n'est 
morte  qu'à  deux  heures  et  demie;  la  mort  a  été  bien 
douce,  dit-on.  Elle  a  passé  comme  une  lumière  qui 
s'éteint;  elle  s'est  endormie.  Hier  on  l'a  ouverte.  Je  ne 
comprends  pas  qu'elle  n'ait  pas  souffert  davantage. 
Elle  avait  un  ulcère  à  l'estomac,  un  autre  à  l'aine,  la 
rate  était  entièrement  pourrie,  ce  n'était  plus  qu'une 
bouillie;  la  têle  était  pleine  d'eau,  la  cervelle  réduite 
de  moitié  :  mon  docteur  pense  que  c'est  pour  cela 
qu'elle  était  si  peu  sensible  à  la  douleur... 

J'ai  trouvé  mon  pauvre  fils  dans  une  telle  aflliction 
que  cela  attendrirait  un  rocher,  il  ne  veut  pas  pleu- 
rer, il  se  raidit  contre  la  douleur,  et,  à  tout  instant, 
les  larmes  ne  lui  en  montent  pas  moins  aux  yeux... 
Je  suis  dans  de  terribles  angoisses,  il  ne  pourra  pas 
l'endurer,  il  tombera  malade.  Nous  ne  prendrons  le 
deuil  que  pour  trois  mois.  Il  devrait  durer  six  mois, 


27i  GOIIRESPONDANCE 

avec  des  carrosses  et  des  livrées  noirs,  mais  le  nou- 
veau règlement  de  deuil  en  France  a  tout  réduit  de 
moitié... 

Saint-Cloud,  le  27  juillet  1719. 

La  piqûre  des  cousins  du  Rhin  et  de  Mannheim  est 
plus  venimeuse  que  celle  des  cousins  d'ici...  Moi  aussi 
j'ai  des  cousinières  de  gaze... 

Je  vous  fais  mon  compliment  de  condoléance  au 
sujet  de  la  mort  de  votre  beau-frère  ^  A  ce  que  m'é- 
crit la  princesse  de  Galles,  on  l'a  trouvé  mort  et  tout 
roide  déjà  sur  sa  chaise  percée,  après  qu'il  eût  eu  bien 
dîné...  J'ai  écrit  immédiatement  à  mon  fils  par  un 
exempt  de  ma  garde  pour  l'empêcher  de  donner  Cou- 
bert  et  tous  les  autres  biens  que  le  duc  avait  en 
France  à  personne  d'autre  qu'à  ses  filles... 

...  On  m'a  amené  le  jésuite  qui  a  prêché  le  carême 
en  Lorraine;  c'est  un  homme  bien  connu,  il  est  fils  de 
la  maréchale  de  La  Ferté,  frère  du  duc  mort  récem- 
ment, il  est  très  intelligent  et,  comme  tous  ceux  de 
la  famille,  fort  plaisant.  Il  m'a  conté  tout  l'incendie 
de  Lunéville... 

On  a  bien  des  exemples  de  malades  qui  ont  eu  le 
don  de  seconde  vue  pendant  leurs  divagations  et  au 
moment  de  mourir.  On  prétend  que  feu  mon  frère  a 
récité,  pendant  qu'il  agonisait,  des  vers  latins  prédi- 
sant tous  les  malheurs  du  Palatinat.  Vous  avez  bien 
connu  la  famille  Wilder  et  vous  savez  que  le  fils  aîné 

1.  Le  duc  Meinhard  de  Schombcrb',  fils  du  maréehiil  duc  de  Schom- 
bor^,',  mort  à  la  bataille  de  la  Boyne, 


DE   MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      275 

eut  le  malheur  de  tuer  son  plus  jeune  frère  d'un  coup 
de  feu.  Eh  bien,  l'une  des  sœurs  avait  été  prise  de 
fièvre  chaude  et  ne  faisait  que  crier  :  «  Ne  laissez  pas 
mon  petit  frère  Charles  aller  avec  mon  frère  Guil- 
laume! il  le  tuera.  »  Et  cela  arriva  en  effet  quelques 
ours  après... 

Saint-Cloud,  le  30  juillet  1719. 

...  Dans  l'almanach  qu'on  nomme  le  Liégeois,  on 
nous  menace  de  beaucoup  d'incendies  pour  l'année 
courante,  et  il  n'y  en  a  pas  mal  eu  déjà  et  en  beau- 
coup d'endroits...  Cela  est  bien  sûr  :  il  y  a  quelque 
chose  dans  les  astres  qui  marque  une  certaine  pré- 
pondérance du  fsu...  Cette  lueur  extraordinaire,  nous 
l'avons  vue  au  ciel  en  avril...  C'était  pendant  la  nuit 
une  clarté  rayonnante  comme  celle  du  soleil  ;  elle  ne 
dura  que  le  temps  de  dire  un  Pater;  en  d'autres 
endroits,  en  France,  on  l'a  vue  sous  forme  d'une 
boule  de  feu... 

Saint-Cloud,  le  3  aoi\t  1719. 

...  Feu  le  roi  ne  savait  rien  du  tout  des  Saintes 
Écritures,  il  me  tenait  pour  savante  moi  qui  en  sais 
quelques  petites  choses;  cela  m'a  toujours  paru  fort 
plaisant.  S'il  avait  voulu  lire,  il  aurait  pu  les  con- 
naître, mais  il  avait  la  lecture  en  horreur...  Il  ne 
savait  pas  le  premier  mot  des  différences  entre  les 
religions.  Le  confesseur  lui  disait  :  «  Ceux  qui  ne 
sont  pas  catholiques  sont  des  hérétiques,  ils  sont 
damnés.  »  Et  il  le  croyait  sans  examiner  autrement  la 
cjiose.., 


27G  CORIIESPONDANCE 

M'""  Sassetot  n'était  pas  une  Lamode,  chère  Louise, 
mais  une  La  Molhe.  La  princesse  de  Galles  fait  cette 
faute-là  toujours  aussi,  dans  son  français,  de  mettre 
des  d  pour  des  l... 

Saint-Clûiul,  le  0  août  1~19. 

...  Je  me  pique  de  n'être  pas  comme  d'autres  per- 
sonnes princières...  Je  n'ai  nulle  ambition,  je  ne  veux 
pas  gouverner  et  n'y  trouverais  aucun  plaisir.  C'est  là 
la  grande  affaire  des  femmes  françaises  :  pas  une 
laveuse  de  vaisselle  qui  ne  se  figure  avoir  assez  d'es- 
prit pour  gouverner  tout  le  royaume  et  qui  ne  croie 
qu'on  commet  à  son  endroit  la  plus  grande  injustice 
du  monde  en  ne  pas  demandant  son  avis.  Cela  m'a 
dégoûtée  de  toute  ambition;  je  trouve  que  c'est  si 
affreusement  ridicule,  que  j'en  ai  horreur.  A  l'excep- 
tion de  M""^  de  Châteauthiers,  je  ne  connais  personne 
en  ce  pays  qui  ne  soit  intéressé  :  tout  le  monde  veut 
gouverner  pour  devenir  riche.  Quoique,  à  considérer 
mon  état,  je  sois  pauvre,  je  ne  me  donnerais  aucune 
peine  pour  augmenter  mon  revenu.  M""'  de  Berry  qui 
en  avait  un  double  du  mien  laisse,  outre  ce  qu'on 
pourra  payer  avec  l'argent  qui  lui  restait,  quatre 
cent  mille  livres  de  dettes  à  mon  fils.  S'il  plaît  à 
Dieu,  on  ne  trouvera  pas  mes  affaires  en  cet  état-là 
après  ma  mort,.. 

Siiut-Cloud,  le  10  août  1710,  8  Ii.  du  malin. 

...  C'est  la  maudite  Mouchy,  la  favorite  do  la 
duchesse  de  Berry,  qui  est  cause  de  sa  mort;  elle  l'a 


DE   MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.      277 

tuée  comme  si  elle  lui  avait  plongé  un  poignard  dans 
le  cœur.  On  sait  à  présent  qu'elle  lui  donnait  à  man- 
ger toute  sorte  de  choses...  des  fricassées,  des  petits 
pâtés,  de  la  salade,  du  lait,  des  figues,  des  prunes  ; 
elle  lui  faisait  boire  de  mauvaise  bière  glacée  et  fer- 
mait la  porte  à  clef;  pendant  quinze  jours,  pas  un 
docteur  n'a  vu  la  malade...  Mon  fds  a  exilé  la  mé- 
chante sorcière  avec  son  mari.  Je  crois  que  si  elle 
était  restée  à  Paris,  les  gens  de  M'""  de  Berry  l'auraient 
lapidée...  Personne  d'entre  eux  n'avait  donné  à  la  du- 
chesse des  choses  défendues  par  le  médecin  :  la  favo- 
rite faisait  préparer  cela  au  village  et  le  faisait  appor- 
ter par  une  porte  dérobée,  quand  elle  pensait  que 
tout  le  monde  était  couché. 

Sainl-Clûiid,  le  13  août  1719. 

...  M""  de  Berry  avait  beaucoup  d'esprit  et  une 
éloquence  naturelle  :  elle  parlait  fort  bien  quand  elle 
voulait.  Mon  fils  a  été  très  touché  de  sa  mort  :  elle 
était  sa  préférée  et  ce  qu'il  avait  de  plus  cher  au 
monde... 

Saitit-Cloud,  lo  17  août  1719. 

...  On  ne  porte  des  habits  de  deuil  en  drap  que  pour 
un  mari  ou  une  mère.  C'est  du  drap  de  Saint-Maur  eu 
laine  qu'on  porte  ou  une  étoffe  en  poil  de  chèvre  qui 
est  encore  plus  légère... 

11  est  bien  rare  que  les  Françaises  élèvent  bien  les 
jeunes  filles  :  elles  en  font  des  coquettes  ou  des  dé- 
votes... 

Ce  que  je  dis  à  mon  fils  et  puis  rien,  c'est  tout  un: 
11.  10 


•278  CORRESPONDANCE 

il  n'écoute  pas  mes  conseils,  car  ses  maudits  flatteurs, 
ces  mécréants  viennent  peu  après  pour  tout  elTacer  ! 
Ce  sont  de  méchants  drôles,  débauchés  et  impies  qui 
font  profession  d'athéisme.  L'un  est  un  marquis  de 
Broglio,  un  ancien  abbé,  il  a  jeté  le  froc  aux  orties, 
c'est  ce  qu'il  pouvait  faire  de  mieux;  l'autre  est  le  fils 
d'an  bien  honnête  homme,  ancien  sous-gouverneur 
de  mon  fils;  il  s'appelle  Nossé'. 

Sjiint-Cloud,  le  27  août  1719. 

...  Partout  on  se  plaint  de  la  grande  chaleur  et  des 
maudites  punaises  :  elles  m'ont  tourmentée  toute  la 
nuit.  La  princesse  de  Galles  m'écrit  que  tout  Londres 
s'en  plaint,  et  la  reine  de  Sicile,  qu'on  a  trouvé  tout 
son  lit  couvert  de  ces  bètes... 

...  La  duchesse  de  Berry  a  été  horriblement  volée. 
Tous  ses  gens  semblent  s'ère  facilement  consolés  de 
sa  mort.  Moi  aussi,  chère  Louise,  je  m'en  console,  et 
cela  pour  bien  des  raisons  :  j'ai  appris  après  sa  mort 
beaucoup  de  choses  qu'il  est  impossible  d'écrire... 

S;iint-Clou(i,  le  31  aoilt  1710. 

...  Il  ne  s'est  rien  passé  de  neuf,  si  ce  n'est  une 
foule  de  choses  concernant  les  finances,  mais  je  ne 
peux  vous  les  conter,  je  n'y  comprends  rien.  Je  ne 
sais  que  ceci  :  mon  fils  a  trouvé,  avec  un  Anglais, 
M.  Law,  que  les  Français  appellent  Las,  le  moyen  de 
payer  en  un  an  toutes  les  dettes  du  roi  qui  se  mon- 
tent ù  deux  cent  mille  millions... 

1.  Noci. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      27'.) 

Il  n'est  pas  étonnant  que  la  duchesse  de  Berry  ait 
fait  des  dettes  :  elle  avait  auprès  d'elle  un  jeune  im- 
pertinent et  une  femme  effrontée,  ces  deux  faisaient 
cause  commune  :  ils  se  faisaient  tout  donner...  et 
avaient  pris  sur  elle  une  telle  autorité  que  jamais  elle 
ne  leur  a  refusé  quoi  que  ce  soit... 

A  MADAME  LA  COMTESSE  DE  DEGENFELT  A  LONDRE 
Coadid  Street  by  Ilonovre  Square  l'on}"  posL'. 

A  Saint-Clûud,  ce  vendredi  1"  de  septembre  1"10. 

Madame  la  Comtesse,  il  y  a  déjà  quelque  temps  que 
j'ay  reçue  vostre  lettre  du  20  de  juillet,  vieux  stille, 
mais  il  m'a  esté  impossible  d'y  faire  plus  tost  responce, 
car  vous  croyez  bien  que  dans  ces  ^tristes  occations 
je  n'ay  manqué  ni  de  lettres  de  condoléances  ny  de 
vissittes.  Sans  cela  je  n'orois  pas  manquée  plus  tost 
de  vous  remercier  de  la  part  que  vous  aves  prisse 
dans  mespaines  pendant  que  vous  vous  esties  si  acca- 
blés de  vostre  propre  affliction-,  comme  aussi  de  vos 
bons  souhaits.  Quand  j'ay  eu  soin  de  vous  conserver 
en  ce  pays-cy,  ce  qui  vous  est  si  légitimement  due,  je 
n'ay  fait  (jue  ce  que  je  devais.  Je  suis  bien  aise  de 
savoir  que  feu  M.  le  duc  de  Schonberg  avait  un  brevet. 
J'ay  reçu,  il  y  a  deux  jours,  une  lestre  de  vostre  sœur. 
Ne  craignes  vous  de  faire  voyager  vostre  fille  trop 
tost?  Car  l'air  de  la  mer  au  mois  de  septembre  doit 
estre  violent.  Je  n'escris  à  M.  le  comte  de  Degenfelt 

1.  Cotte  ligne  n'est  pas  de  la  uuiia  do  Madame.  (Note  de   M.  IIo 
land.) 

2.  La  murt  du  duc  de  Schomberg. 


'2X0  CORRESPONDANCE 

parce  que  M'""  la  princesse  de  Galle  le  croit  déjà  parti 
pour  venir  icy;  ainsi  je  luy  feres  responce.  Je  me  faits 
un  grand  plaisir  de  vous  voir  tout  deux  et  de  vous 
assurer  que  je  suis  madame  la  comtesse^ 
Vostre  bien  bonne  amie, 

ELISABETH  CHARLOTTE 
Sa'ntCloud,  le  2  scptombro  1719. 

...  La  Moucliy  était  bien  la  plus  indigne  favorite 
que  jamais  on  ait  vue;  elle  était  de  basse  extraction. 
Son  grand-père  maternel  était  chirurgien  de  feu  mon 
mari,  et  contrôleur  général  de  sa  maison,  ce  qui  n'est 
pas  une  charge  élevée  ;  11  s'appelait  Forcadel.  La  mère 
ne  vaut  pas  grand'chose  non  plus...  Ce  que  la  Mouchy 
a  fait  de  plaisant,  c'est  qu'elle  a  volé  son  propre 
amant,  le  comte  de  Rioms.  M""'  de  Berry  lui  avait  fait 
d'énormes  cadeaux,  tant  en  pierres  précieuses  qu'en 
argent.  Il  avait  mis  tout  cela  dans  une  caisse  qu'il  avait 
laissée  à  Meudoni  et  cette  caisse,  sa  chère  Mouchy  la 
lui  a  volée  et  s'est  sauvée  avec.  C'est  ce  que  je  trouve 
plaisant.  On  peut  dire  comme  S.  G.  feu  notre  père  en 
de  semblables  occasions:  «Accordez  vous,  canaille!...  » 
M"'"  de  Berry  n'était  pas  aimée  de  ses  gens.  Les  domes- 
tiques français  sont  fort  jaloux  quand  ils  voient  qu'on 
leur  préfère  un  de  leurs  camarades,  ils  se  mettent  à 
haïr  les  maîtres.  Il  n'y  a  pas  de  nation  plus  âpre  au 
gain  que  celle-ci,  il  n'y  a  donc  pas  à  s'étonner  qu'ils 
aient  si  vite  oublié  leur  maîtresse;  de  plus  elle  était 
très  hautaine  et   absolue,  c'est  ce  qui  y  a  contribué 

1.  Rioms  était  à  l'armée  iiiiand  la  lUicIu'ssc  mourut. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      281 

aussi.  En  outre  ses  gens  n'étaient   pas  régulièrement 
payés.  Rioms  grappillait,  la  Mouchy  aussi  .. 

L'électeur  palatin  aurait  bien  besoin  aussi  d'un 
M.  Law  qui  mît  de  Tordre  dans  ses  affaires  et  réglât 
ses  finances... 

Saint-Cloud,  le  ~  soptembrc  1":9; 

...  C'est  aujourd'hui  la  fête  de  Saint-Cloud...  c'est 
pourquoi  je  vous  envoie  mon  visage  de  chat-singe-ours, 
comme  S.  G.  l'électeur  notre  père  avait  coutume  de 
dire;  je  pense  que  mon  portrait  vous  sera  tout  aussi 
agréable  que  la  petite  boîte  que  j'ai  coutume  de  vous 
envoyer  chaque  année.  Je  vais  à  l'avenir  pouvoir  vous 
faire  de  plus  beaux  cadeaux,  car  mon  fils  a  augmenté 
mon  revenu  de  cinquante  mille  écus  français,  ce  qui 
fait  cent  soixante  mille  francs  ;  me  voilà  donc  riche, 
comme  vous  voyez,  chère  Louise... 

Saint-Cloud,  ce  mercredi  13  septembre  1719. 

...  Il  faut  que  demain...  j'aille  à  Chelles  où  se  fera 
la  bénédiction  de  notre  jeune  abbesse...  Ce  sera  une 
journée  bien  désagréable  pour  moi,  car  premièrement 
je  suis  fort  chagrine  de  ce  que  cette  jeunesse  se  soit 
fourrée  dans  un  couvent,  ce  dont  nous  retirerons,  je 
le  crains,  peu  de  joie  et  peu  d'honneur;  secondement, 
la  cérémonie  durera  deux  heures  entières,  et  troisiè- 
mement, il  me  faudra  voir  force  nonnes  et  novices, 
ce  qui  m'est  contraire  aussi... 

Je  n'ai  pas  peur  du  tout  des  serpents;  je  les  touche 
de  la  main.  Je  ne  sais  si  vous  en  avez  gardé  le  souve- 
nir, mais  j'avais  à  Heidelberg,  devant  mes  fenêtres, 
II.  IG. 


282  CORRESPONDANCE 

des  petites  caisses  vitrées  remplies  de  son,  avec  des 
serpents  dedans... 

C'est  ce  qu'on  peut  faire  de  mieux,  de  ne  pas  parler 
du  tout  de  la  pauvre  duchesse  de  Berry.  Plût  à  Dieu 
que  j'aie  moins  de  motifs  de  me  consoler  de  sa  mort! 
C'est  pire  que  tout  ce  que  vous  sauriez  imaginer.., 

Saint-Cloud,  le  17  septembre  ITIO, 

...  Nous  arrivâmes  à  Chelles  à  neuf  heures  et  de- 
mie; mon  petit-fils  le  duc  de  Chartres  était  déjà 
arrivé.  Un  demi-quart  d'heure  après  nous  arriva  mon 
fils,  et  au  bout  d'un  égal  laps  de  temps,  M"'^  de  Va- 
lois. 1M""=  la  duchesse  d'Orléans  a  fait  exprès  de  se 
faire  tirer  du  sang  pour  n'être  pas  de  la  céré- 
monie, car  elle  et  l'abbesse  ne  s'entendent  pas  tou- 
jours fort  bien.  Mais  même  si  ceci  n'avait  pas  été,  sa 
paresse  naturelle  ne  lui  aurait  pas  permis  de  venir; 
elle  aurait  été  obligée  de  se  lever  de  trop  bonne 
heure  pour  aller  à  Chelles.  Peu  après  dix  heures,  nous 
allâmes  â  l'église.  Le  prie-dieu  de  l'abbesse  était  dans 
le  chœur  des  nonnes,  il  était  en  velours  violet  tout 
couvert  de  fleurs  de  lys  d'or  brodées  sur  rétofl"e.  Mon 
prie-dieu  était  contre  la  balustrade  de  l'autel;  mon  fils 
était  à  mes  côtés;  sa  fille  était  derrière  ma  chaise, 
car  les  princesses  du  sang  n'ont  pas  le  droit  de  s'age- 
nouiller sur  mon  drap  de  pied;  ce  droit  n'appartient 
qu'aux  petits-enfants  de  France,  tels  que  mon  fils  et 
ma  fille...  Toute  la  musique  du  roi  était  dans  la  tri- 
bune ;  elle  chanta  un  beau  modet.  Le  cardinal  de 
NoaillGS  officiait...  11  vint  douze  moines  de  l'ordre  de 


DE   MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉAXS.      283 

ma  petite  fille,  en  chasubles  brodées ,  pour  servir 
la  messe.  Après  que  le  cardinal  eut  lu  Tépître, 
le  maître  des  cérémonies  alla  dans  le  chœur  des 
nonnes  et  chercha  Tabbesse.  Elle  vint.  Elle  avait  vrai- 
ment bonne  façon.  Deux  abbesses  et  une  demi-dou- 
zaine de  nonnes  de  son  couvent  la  suivaient.  Elle  fit 
une  grande  révérence  à  l'autel,  une  autre  à  moi- 
même,  puis  elle  gravit  les  degrés  et  s'agenouilla  de- 
vant le  cardinal,  qui  était  assis  devant  l'autel  dans 
une  grande  chaise  à  bras.  On  porta  en  cérémonie  la 
confession  de  foi  h  rabl)esse,  elle  la  lut,  puis  elle  s'é- 
tendit sur  la  dernière  marche  de  l'autel  à  plat  ventre. 
Le  cardinal  prononça  sur  elle  beaucoup  de  prières 
et  il  lut  l'Évangile  aussi.  Les  deux  abbesses  qui  l'a- 
vaient suivie  l'enlevèrent  alors  ;  elle  se  mit  de  nouveau 
à  genoux  devant  le  cardinal,  il  lui  donna  un  livre  con- 
tenant la  règle  du  couvent,  et  après  cela,  on  la 
reconduisit  à  sa  place.  En  attendant,  on  lisait  le 
credo  et  l'offertoire;  ensuite  on  rapporta  sa  chaise  à 
bras  au  cardinal,  et  les  douze  moines  vinrent  cher- 
cher l'abbesse  pour  l'offrande.  Celle-ci  revint  à  l'autel, 
accompagnée  des  mêmes  personnes  qu'avant  :  on  lui 
apporta  comme  offrande  deux  grands  cierges,  deux 
pains,  dont  l'un  était  doré  et  l'autre  argenté,  de  plus, 
deux  tonnes  ^  l'une  toute  dorée  comme  le  pain  et 
l'autre  argentée.  Quand  elle  ent  présenté  en  céré- 
monie tous  ces  objets  à  l'officiant,  on  la  reconduisit  à 
sa  place.  Quand  on  en  fut  à  la  communion  et  que  le 
cardinal  eut  communié,  on  alla  chercher  l'abbesse. 


1.  ? 


'28i  CORRESPONDANCE 

Elle  avait  en  ce  moment  le  voile  tiré  sur  la  figure  et 
les  mains  levées;  elle  alla  à  l'autel,  communia,  puis 
retourna  à  sa  place  et  le  cardinal  acheva  la  messe, 
moins  la  bénédiction.  Alors  les  douze  moines  en  chape 
allèrent  avec  le  maître  des  cérémonies  prendre  l'ab- 
besse  et  ses  nonnes;  elle  s'agenouilla  derechef  et  le 
cardinal  lui  donna  la  crosse.  Alors  elle  se  leva  et,  te- 
nant la  crosse  à  la  main,  elle  se  tourna  vers  le 
chœur,  de  facjon  que  toutes  les  nonnes  la  vissent.  Les 
douze  moines  marchèrent  devant;  elle  donna  la  crosse 
à  la  nonne  qui  a  charge  de  la  porter,  et  le  cardinal  la 
mena  non  pas  à  son  prie-dieu,  mais  au  siège  de  l'ab- 
besse,  à  l'autre  bout  du  chœur.  Au-dessus  était  un 
dais  de  princesse  du  sang,  avec  des  fleurs  de  lys  et 
les  armes  de  ma  petite-fille.  Pendant  qu'elle  s'y  ren- 
dait, les  trombones,  trompettes  et  hautbois  jouèrent. 
Dès  qu'elle  fut  sur  son  trône,  le  cardinal  avec  tous 
ses  prêtres  retourna  à  l'hôtel  et  se  plaça  à  gauche, 
et  la  musique  chanta  le  «  Te  Deum  laudamus  ».  Cela 
dura  une  bonne  heure.  Pendant  qu'on  le  chantait,  les 
nonnes  s'avancèrent  deux  par  deux  et  firent  acte  de 
soumission  à  l'abbesse  en  lui  faisant  de  grandes  révé- 
rences. Cela  me  rappela  la  scène  où  Athis  '-  est  pro- 
clamé grand-prêtre  de  Cibelle.  Là  aussi  l'on  vient 
deux  par  deux  faire  des  révérences.  Je  croyais  qu'on 
allait  se  mettre  à  chanter  comme  dans  l'opéra  : 

Que  devant  vous  tout  s'abaiso  et  tout  tramlile! 
Vives  heureux!  "Vos  jours  sont  notre  espoir. 
Rien  n'est  si  beau  que  de  voir  ensemble 
Un  grand  mérille  avec  un  grand  pouvoir,  clc. 

1.   AlijS,  opéra  de  Lulli,  texlo  de  Qaii:ault. 


DE  MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.      285 

Après  le  Te  Deum  nous  retournâmes  au  couvent.  A 
onze  heures  et  demie  je  me  mis  à  table  et  notre  abbesse 
une  demi-heure  plus  tard  dans  sa  salle.  Sa  table  était 
de  quarante  couverts.  Sa  sœur,  M"^  de  Valois,  douze 
abbesses,  deux  dames  qui  étaient  venues  avec  M""  de 
Valois,  l'ancienne  gouvernante  de  l'abbesse  et  celle 
d'à  présent,  et  toutes  les  nonnes  y  prirent  place. 
C'était  plaisant  à  voir,  cette  table  entourée  de  toutes 
ces  nonnettes  noires  et  surmontée  de  tant  de  choses 
voyantes,  car  les  gens  de  mon  fils  avaient  fait  les 
choses  fort  bien  et  magnifiquement.  On  a  laissé  le 
peuple  piller  le  fruit  et  les  confitures... 

Saint-Cloud,  le  21  septembre  1*19. 

...  Le  pauvre  Courcillon,  le  fils  de  M"'*  Dangeau,  est 
tellement  mal  qu'on  a  peu  d'espoir  de  le  sauver,  car 
on  dit  que  la  petite  vérole  ne  peut  pas  assez  s'étendre 
vu  qu'il  n'a  qu'une  jambe  ^  qu'elle  se  portera  donc  a 
la  tête,  occasionnera  un  transport  au  cerveau  et  de 
cette  façon  l'expédiera  dans  l'autre  monde...  La  poste 
est  arrivée,  mais  elle  ne  m'a  rien  apporté  de  vous, 
chère  Louise!  Cela  me  rend  bien  inquiète... 

Saint-Clûud,  le  24  septcmijrc  1719,  six  heures  moins  le  quart 

du  soir. 

Enfin  j'ai  de  vos  nouvelles  !  grâces  éternelles  en 
soient  rendues  à  Dieu  !...  Si  votre  compte  est  juste,  il 
me  manque  six  de  vos  lettres.  Mais,  pour  l'amour  du 
ciel,   dites-moi  à  quoi  cela  tient.  Je  m'imagine  que 

1.  Blessé  à  Malplaquet,  il  avait  été  amputé  de  l'autre. 


'J8G  CORRESPONDANCE 

c'est  le  maître  de  poste  Wetzel,  qui  nous  joue  ce  tour. 
Il  aura  vu  dans  mes  lettres  que  je  n'approuve  pas  du 
tout  qu'un  gredin  de  roturier  comme  lui  prétende  à 
des  fiefs  comtaux.  J'avoue  qu'il  s'est  bien  vengé  de 
moi,  car  il  m'a  causé  de  grands  tourments... 

Quand  j'ai  vu  dans  vos  lettres  la  façon  dont  se 
passent  les  choses  à  Heidelberg,  j'en  ai  eu  les  larmes  aux 
yeux...  où  l'on  laisse  régner  moins  de  prêtres,  tout 
va  forcément  de  travers.;  il  n'y  a  ni  bonheur  ni  bien 
à  espérer.  Mais  comment  se  fait-il  que  le  roi  d'Angle- 
terre et  le  roi  de  Prusse  ne  s'occupent  pas  de  l'af- 
faire? Ils  devraient  le  faire  de  toute  façon  et  par  tous 
les  moyens.  La  fourberie  dont  on  s'est  servi  pour  s'em- 
parer de  l'église  du  Saint-Esprit  est  un  vrai  tour  de 
prêtres  ;  les  fourberies  je  les  hais  à  la  mort;  elles  ne 
siéent  bien  qu'à  Arlequin,  dans  la  comédie  italienne... 

Saint-Cloud,  le  1"'  octobre  1719. 

,..  L'augmentation  de  pension  que  mon  fils  m'a 
accordée  m'est  venue  à  point,  car  on  m'avait  fort 
mal  traitée  à  la  mort  de  mon  mari.  Ce  n'avait  pas  été 
la  faute  de  mon  fils  mais  bien  celle  de  la  vieille  ordure. 
Elle  m'avait  fait  malmener  par  les  gens  de  mon 
fils,  en  leur  disant  que  telle  était  la  volonté  du  roi.  Ce 
n'était  là  qu'un  mensonge  et  la  preuve  est  que  le  roi 
augmenta  ma  pension  de  quarante  milles  livres  dès 
que  je  lui  fis  savoir  qu'elle  ne  me  permettait  pas  de 
joindre  les  deux  bouts... 

Mon  fils  n'est  que  trop  bon.  Le  petit  duc  de  Riche- 
lieu lui  ayant  assuré  que  c'avait  été  son  intention  de 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      287 

tout  lui  dévoiler,  il  l'a  cru  et  l'a  remis  en  liberté.  Sa 
maîtresse,  j'entends  celle  du  duc,  M'"  de  Charolais, 
ne  lui  avait  pas  laissé  de  repos  qu'il  ne  le  lui  ait  ac- 
cordé. C'est  quelque  chose  d'horrible  pourtant  qu'une 
princesse  du  sang  déclare  ainsi  devant  l'univers  entier 
qu'elle  est  amoureuse  comme  une  chatte  et  cela  d'un 
individu  qui  n'est  pas  son  égal,  qu'elle  ne  peut  épou- 
ser et  qui  ne  lui  est  même  pas  fidèle,  car  il  a  une  de- 
mi-douzaine d'autres  maîtresses.  Quand  on  lui  en  fait 
l'observation  elle  répond:  «  Bon,  il  n'a  de  maîtresses 
que  pour  me  les  sacrifier  et  pour  me  conter  tout  ce 
qui  se  passe  entre  eux...  Si  je  croyais  aux  sortilèges, 
je  penserais  que  cet  homme  a  des  secrets  que  les 
autres  ne  connaissent  pas:  il  n'y  a  pas  une  femme  qui 
lui  résiste,  toutes  lui  courent  après.,.  Il  est  indiscret 
et  il  raconte  tout  avec  détail.  11  a  déclaré  que  si  une 
impératrice,  belle  comme  un  ange,  était  amoureuse 
de  lui  et  lui  accordait  ses  faveurs  à  condition  qu'il 
n'en  dirait  rien,  il  n'en  voudrait  pas  et  ne  la  verrait 
de  sa  vie...  C'est  un  grand  poltron,  il  est  vain  et  im- 
pertinent et  c'est  là  Voriflame  de  la  plupart  des 
femmes,  elles  lui  sacrifient  tout,  leur  honneur,  leur* 
bonheur;  souvent  cela  m'impatiente  fort... 

Ceux  qui  parlent  mal  de  M.  Law  et  de  sa  banque  le 
font  par  jalousie  pure.  On  ne  peut  rien  voir  de  mieux: 
il  paie  les  dettes  monstrueuses  du  roi  et  diminue  les 
impôts,  il  allège  donc  les  charges  qui  pèsent  sur  le 
peuple.  Le  prix  du  bois  a  diminué  de  moitié  ;  tout, 
l'entrée  que  paie  le  vin,  la  viande  et  tout  ce  qu'on 
apporte  à  Paris,  tout  a  été  diminué.  Cela  cause  une 
grande  joie  au  populaire,  comme  bien  vous  pensez, ., 


288  CORRESPONDANCE 

M.  Law  est  un  homme  bien  poli,  un  brave  homme,  je 
l'ai  en  haute  estime;  il  me  rend  aussi  des  services  où 
il  peut.  11  ne  vole  pas  comme  tous  ceux  qui  avaient 
les  finances  entre  leurs  mains,  les  profits  qu'il  fait 
sont  faits  honnêtement  au  vu  et  au  su  de  tout  le 
monde. 

Le  roi  étab'it  sa  ménagerie  à  la  Muette;  il  y  aura  dos 
vaches,  des  brebis,  des  poules,  des  chèvres  et  des 
pigeons... 

Les  pauvres  réformés  du  Palatinat  me  font  pitié 
vraiment.  L'électeur  pourrait  dire  des  prêtres  de 
Heidelbergce  que  le  père  De  la  Rue'  disait  du  confes- 
seur du  roi  :  «  Le  père  Le  Tellier  nous  mène  si  viste 
quej'ay  peur  qu'il  ne  nous  verse.  » 

Saint-Cloud,  le  12  octobre  1719. 

...  Je  suis  bien  en  peine  de  mon  cher  abbé  de  St- 
Albin.  Depuis  huit  jours  il  a  une  fièvre  atroce...  avec 
de  grandes  douleurs  dans  la  tête  et  les  reins.  Je  suis 
très  inquiète  de  lui,  et  cela  me  peinerait  au  fond  de 
l'àme  s'il  devait  mourir,  car,  soit  dit  entre  nous,  il  est 
après  le  duc  de  Chartres,  de  tous  les  enfants  de  mon 
fils,  tant  légitimes  que  de  la  main  gauche,  celui  que 
j'aime  davantage. 

Saint-ClouJ.le  51  octobrj  1710. 

...  Les  rois  d'Angleterre  et  de  Prusse  ont  résolu,  h 
ce  qu'on  m'écrit,  d'intervenir  très  sérieusement  en 
faveur  des  réformés:  les  prêtres  de  cette  façon  n'ose- 

1.  Confesseur  ilo  la  ducUobse  de  Bourgogne. 


DE   MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       289 

ront  plus  faire  des  leurs,  ce  dont  je  me  réjouis  du 
fond  de  mon  cœur  ;  car  je  souhaite  toute  sorte  de 
bien  et  de  bonheur  à  nos  bons  et  honnêtescompatrio- 
tes  ;  aux  méchants  prêtres  qui  les  persécutent,  je  leur 
souhaite  la  potence  qu'ils  méritent  bien  pour  leur 
fausseté  et  leurs  tromperies...  ils  sont  méchants  et  in- 
solents, mais  dès  qu'on  leur  montre  les  dents,  ils  font 
patte  de  velours... 

Mais  il  faut  que  je  m'arrête.  J'ai  commencé  à  écrire 
fort  tard  aujourd'hui,  car  c'était  mon  jour  de  Bible. 
J'ai  lu  mes  chapitres  jusqu'à  mercredi,  les  troi- 
sième, quatrième,  cinquième  et  soixante-seizième 
psaumes,  les  chapitres  XIII,  XIV,  XV  et  XVI  de  saint- 
Luc,  et  les  mêmes  chapitres  de  l'Apocalypse  de  saint 
Jean,  à  laquelle,  pour  dire  vrai,  j'ai  fort  peu  compris. 

Saint-Cloud,  ce  jeuJi  2G  octobra  1719. 

...  Les  lièvres  du  Palatinat  sont  sans  comparaison 
meilleurs  que  ceux  de  ce  pays-ci.  Lorsque  M.  le  Dau- 
phin en  revint,  il  me  dit  :  «  Quand  vous  me  dissiez  que 
vos  lièvres  et  truittes  estoit  meilleures  au  Palatinat 
qu'en  France,  je  croyois  que  l'amour  de  la  patrie  vous 
faissoit  parler  ainsi,  mais  despuis  que  j'ay  estes  au 
Palatinat  je  ne  puis  plus  manger  icy  ni  truittes  ny 
lièvres  et  je  vois  que  vous  aviez  raison.  » 

J'ai  appris  avec  plaisir  que  les  envoyés  d'Angleterre, 
de  Prusse  et  de  Ilollande  sont  allés  à  Heidelberg,  car 
j'espère  qu'en  dépit  du  pape  et  des  Barbarins,  comme 
le  pauvre  duc  de  Créqui  avait  coutume  de  dire,  une 
intervention  sera  favorable  a'îx  Iwns  et  honnêtes 
II.  17 


290  CORRESPONDANCE 

habitants  du  Palatinat,  malgré  la  méchanceté  de  tous 
les  prêtres  de  Neubourg  et  d'Autriche...  J'aurais  cru 
l'Électeur  trop  avisé  pour  se  laisser  mener  par  ces 
gaillards,  et  toutes  les  sottises  que  les  prêtres  ont 
fait  commettre  à  sa  sœur  l'impératrice,  qu'ils  gouver- 
nent absolument  auraient  dû  l'empêcher  de  tomber 
dans  la  même  faute.  Il  devrait  se  dire  que  la  vraie 
dévotion  d'un  souverain  consiste  à  faire  régner  la 
justice  et  le  bon  droit  et  à  tenir  sa  parole...  Il  ne 
vous  paie  pas  non  plus.  Cela  me  rappelle  un  dialogue 
qui  jadis  m'a  fait  rire  de  bien  bon  cœur.  Un  chanoine 
de  Saint-Cloud,  un  bien  brave  et  honnête  homme, 
mais  sévère,  vint  voir  Monsieur.  Celui-ci  quelquefois 
s'amusait  à  faire  l'hypocrite.  Il  dit  donc  :  «  Monsieur 
Feuillet  (car  ainsi  s'appelaitle  chanoine...),  j'ay  grand'- 
soif:  serait-ce  rompre  le  jeûne  que  de  prendre  un  jus 
d'orange  ?  Eh,  Monsieur,  répondit  le  chanoine,  mangez 
un  bœuff  et  soyes  bon  chrétien  et  payes  vos  dettes!  » 

Le  bon  M.  Lavv  est  tombé  malade  il  y  a  quelques 
jours,  à  force  d'être  tourmenté  et  persécuté... 

J'ai  vu  les  tapisseries  de  l'électeur  de  Trêves,  avant 
qu'on  ne  les  ait  expédiées  d'ici. 

...  On  en  fait  maintenant  de  magnifiques  ici,  des 
tapisseries  de  haute  lice... 

Vous  me  faites  rire  en  disant  qu'elles  sont  faites  au 
Goblel.  C'est  aux  Gobllns  qu'il  fallait  dire... 

Saint-Cloud,  cg  dimanche  29  octobre  1~19, 
huit  heures  moins  un  quart. 

...  Ma  fille  m'écrit  qu'Alberoni  a  voulu  faire  assas- 
siner ou  empoisonner  l'Empereur;  il  avait  gagné  à  son 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLEANS.      291 

projet  un  Silésien,  le  comte  Nimbtscli,  qui  a  épousé  la 
sœur  du  comte  Altheim,  et  deux  abbés  italiens,  car  il 
faut  qu'il  se  trouve  des  prêtres  dans  toutes  les 
vilaines  affaires.  Je  ne  sais  comment  on  a  découvert 
celle-ci  S  mais  tous  les  drôles  qui  voulaient  faire  le 
coup  sont  arrêtés... 

Saint-Cloud,  le  2  novembre  1719. 

...  La  rue  Quincampoix  fait  qu'on  ne  joue  plus  à 
Paris.  C'est  une  vraie  rage;  j'en  suis  excédée  :  on 
n'entend  parler  que  de  cela,  et  il  ne  se  passe  pas  de 
jour  que  je  ne  reçoive  trois  ou  quatre  lettres  de  per- 
sonnes qui  me  demandent  des  actions,  c'est  bien 
ennuyeux...  Sans  compter  mes  gens  qui  m'obsèdent 
aussi,  mais  je  leur  réponds  que  de  ma  vie  je  n'ai  appris 
à  mendier... 

Ce  jeudi  2  novembrii  171'.),  sis  lieures  du  soir. 

...  Mon  abbé  de  Saint-Albin  et  le  chevalier-,  qui  à 
cette  heure  est  grand  prieur  de  France,  sont  frères; 
mais  du  côté  du  père  seulement,  car  ils  n'ont  pas  la 
même  mère.  Le  chevalier  a  été  légitimé,  mais  mon  fils 
n'a  pas  reconnu  le  pauvre  abbé,  quoiqu'il  ressemble 
plus  que  son  frère  à  certains  de  ses  parents,  il  me  rap- 
pelle beaucoup  feu  Monsieur,  il  a  quelque  ressem- 
blance avec  son  père,  beaucoup  avec  M'^"  de  Valois... 
Il  est  affligé  de  voir  son  cadet  si  au-dessus  de  lui.  Le 


1.  Voir  Dangeau,  vendredi  3  novembre  1719. 

2.  D'Orléans. 


292  CORRESPONDANCE 

chevalier  qui,  depuis  peu,  a  été  nommé  grand  prieur 
de  France  dans  l'ordre  de  Malte,  est  fils  de  M'»'=  d'Ar- 
genton,  qui  s'appelait  Sery  de  son  nom  de  fille,  elle  a 
été  l'une  de  mes  demoiselles.  La  mère  de  l'abbé  était 
une  danseuse  de  l'Opéra,  du  nom  de  Florance^  Mon 
fils  a  en  outre  une  fille  de  la  main  gauche,  qui  n'a 
pas  été  reconnue.  Un  marquis  de  Ségur  l'a  épousée. 
Elle  est  la  fille  de  la  Demare,  la  meilleure  comédienne 
de  la  troupe  du  roi.  Il  en  existe  encore  deux  ou  trois 
que  je  n'ai  vus  de  ma  vie.  — Leur  mère  est  une  dame 
de  qualité.  Son  grand-père,  le  duc  de  la  Vieuville, 
a  été  gouverneur  de  mon  fils,  précédemment  il  avait 
été  chevalier  d'honneur  de  la  reine.  Elle  est  veuve 
depuis  deux  ans.  Son  mari  s'appelait  M.  de Berabas.. .  Je 
ne  crois  pas  que  mon  fils  puisse  être  sûr  que  ces 
enfants  sont  de  lui.  La  mère  est  une  évaporée  qui 
boit  jour  et  nuit  comme  un  sonneur.  Mon  fils  n'est 
pas  jaloux  du  tout  :  un  de  ses  gens  loge  chez  elle; 
ils  sont  à  pot  et  à  rôt;  un  autre...  a  tant  soit  peu 
évincé  celui-ci  ;  cela  l'amuse,  il  n'en  fait  que  rire...  Je 
souhaite  que  ces  traits  d'histoire  vous  aient  un  peu 
divertie... 

Saint-Cloatl,  ce  dimanche  5  novembre  1719, 
sept  heures  du  matin. 

...  Je  ne  comprends  pas  qu'à  Vienne  on  veuille 
tenir  secrète  l'affaire  d'Alberoni.  Ne  sait-on  donc  pas 
qu'AIberoni  est  le  plus  grand  coquin  du  monde  ?  Son 

1.  M.  Dussioiix  dans  sa  «  Généalogie  de  la  maison  de  Bourbon  » 
attribue  l'abbé  à  M™=  d'Argcnton  aussi.  De  plus  il  a  dit  qu'il  a  été 
légitimé  en  juillet  1708. 


DE   MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       293 

maître,  le  duc  de  Parme,  il  Ta  vendu  à  M.  de  Vendôme, 
M.  de  Vendôme  à  la  princesse  des  Ursins,  M™''  des 
Ursins  à  la  reine.  Beaucoup  de  gens  aussi  prétendent 
qu'il  a  empoisonné  M.  de  Vendôme...  Alberoni  a  ceci 
de  particulier,  qu'il  fait  toujours  entrer  beaucoup  de 
personnes  dans  ses  conspirations... 

Ce  jeudi  9  novembre,  sept  heures  du  soir. 

...  Je  suis  bien  aise  qu'Alberoni  ait  perdu  cent  mille 
pistoles  d'Espagne  ;  cela  m'a  rafraîchi  le  sang  plus 
que  n'aurait  fait  mon  breuvage  aux  herbes... 

Lundi  dernier  M''"  de  Valois  a  failli  se  tuer.  Elle  a 
eu  l'idée  puérile  de  passer  au  galop  de  son  cheval  par 
une  toute  petite  porte  :  elle  ne  s'est  pas  assez  baissée 
et  s'est  cogné  la  tête  tellement,  qu'elle  a  été  donner 
sur  la  croupe  du  cheval.  On  lui  a  fait  immédiatement 
une  saignée,  et  l'on  espère  que  sa  vie  n'est  pas  en 
danger... 

Saint-Cloud,  le  12  novembre  1719,  sis  heures  du  matin. 

...  J'ai  appris  hier  que  mon  fils  et  M'"''  d'Orléans 
ont  permis  au  duc  de  Chartres  d'aller  à  ce  maudit  bal 
de  l'Opéra,  si  dévergondé.  Ce  sera  la  ruine  physique 
et  morale  de  cet  enfant  qui,  jusqu'à  ce  jour,  a  été  si 
pieux,  car  d'aller  là  ou  au  b ^  c'est  tout  un.  L'en- 
fant a  une  santé  délicate,  c'est  un  vrai  moucheron, 
il  ne  peut  endurer  la  moindre  fatigue,  et  de  sa  vie  il 
n'a  veillé  plus  tard  qu'onze  heures.  Ceci  joint  à  la  vie 

1.  Madame  met  le  mot  efn  toutes  lettres. 


204  CORRESPONDANCE 

insensée  qu'on  mène  à  ce  bal,  tuera  bien  certainement 
ce  pauvre  garçon...  Ce  qui  me  fâche  le  plus,  c'est  que 
mon  fils,  qui  ne  craint  nullement  le  danger,  s'y  trou- 
vera aussi;  non  seulement  il  se  rendra  malade  comme 
l'an  dernier,  mais  encore  il  risquera  de  se  faire  assas- 
siner par  Alberoni... 

...  Notre  abbesse  a  dit  une  chose  qui  me  plaît  bien. 
Elle  avait  des  affaires,  elle  aurait  donc  bien  pu  prendre 
ce  prétexte  pour  venir  à  Paris,  au  Val-de-Grâce,  mais 
il  ne  convient  pas  à  une  abbesse,  a-t-elle  dit,  de  ne  pas 
habiter  son  couvent  à  moins  de  nécessité  absolue;  elle 
n'a  donc  pas  voulu  venir.  Elle  a  mon  entière  appro- 
bation :  du  moment  qu'elle  a  pris  ce  métier-là,  il 
vaut  mieux  qu'elle  lofasse  bien  que  mal... 

...  Selon  toute  apparence,  on  peut  espérer  que  les 
affaires  des  pauvres  réformés  du  Palatinat  vont  prendre 
bonne  tournure...  J'ai  vertement  dit  ma  façon  de 
penser  au  secrétaire  de  l'Électeur...  Il  était  tout 
penaud. 

P.  S....  Quand  je  suis  rentrée  de  l'église  j'ai  trouvé 
chez  moi  le  jeune  grand  prieur  que  l'on  appelle  le 
chevalier  d'Orléans.  11  revient  de  Malte,  où  il  a  fait 
ses  caravanes  et  prononcé  ses  vœux  définitifs;  mainte- 
nant il  ne  peut  plus  se  marier.  La  famille  de  mon 
fils  —  de  la  main  gauche  —  ne  pourra  donc  pas  se  multi- 
plier, car  l'abbé*  va  prendre  les  ordres,  quoique  son 
inclination  ne  l'y  porte  guère... 

1.  Do  Saint-Albin,  plus  tard  arclicvCquc  de  Cambrai. 


DE   MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.       293 

Saint-Cloud,  le  16  novembre  1719. 

...  Je  sais  fort  bien  où  est  la  porte  d'en  haut,  à 
Heidelberg  :  j'ai  fait  bien  souvent  le  chemin  en  me 
rendant  chez  le  bailli,  M.  de  Landasz;  sa  maison  était 
juste  en  contre-bas  de  la  ménagerie.  Bien  des  fois  j'y 
suis  allée  par  le  chemin  du  château,  le  matin  à 
quatre  heures,  manger  des  cerises,  j'en  mangeais  à  ne 
plus  pouvoir  me  tenir  debout,  car  les  cerises  du  jar~ 
din  de  Landasz  sont  incomparablement  meilleures 
que  partout  ailleurs  à  Heidelberg...  Je  crois  que  je 
retrouverais  toute  seule  mon  chemin,  de  la  porte  de 
Spire  à  Schevetzingen... 

Moi  aussi  je  suis  toujours  sincère  vis-à-vis  de  Dieu. 
Cela  me  rappelle  cette  bonne  dame  de  Landasz.  Quand 
la  Colb  était  malade  et  que  M™''  de  Landasz  la  rem- 
plaçait auprès  de  moi  et  couchait  dans  ma  chambre, 
elle  disait  la  prière  du  matin  et  celle  du  soir.  Arrivée 
au  «  Notre  Père  »  elle  omettait  toujours  le  «  comme 
nous  pardonnons  à  ceux  qui  nous  ont  offensés  ».  Cela 
m'a  fait  rire  bien  souvent... 

Il  me  semble  que  MM.  les  envoyés,  à  Heidelberg, 
sont  bien  lents  dans  leurs  opérations.  Traiter  de 
choses  se  rapportant  à  la  religion  et  travailler  dans 
l'intérêt  de  la  justice,  ce  n'est  pas  se  livrer  à  un  tra- 
vail manuel;  ils  pourraient  donc  s'occuper  de  ces 
affaires  les  dimanches  et  fêtes,  aussi  bien  qu'aux  jours 
ouvrables,  cela  me  semble  une  piètre  excuse... 

...  Vous  n'êtes  pas  tenue  du  tout  de  savoir  comment 
s'appellent  les  Goblins.  Ce  nom  leur  vient  d'un  ruis- 
seau qui  passe  tout  près  de  là,  à  Paris... 


290  CORRESPONDANCE 

Vous  ne  me  dites  plus  rien  de  la  princesse  de  Nassau 
et  de  son  Durnberg.  Où  donc  sont  passés  ces  amou- 
reux ?  En  sont-ils  à  la  quillerie,  comme  la  duchesse 
de  la  Meilleraye  avait  coutume  dédire.  Elle  était  bien 
plaisante  :  «  Ah,  que  l'amour  seroit  jolis,  s'il  n'y  avoit 
point  ces  quitteries  !  »  s'exclamait-elle... 

Saint-Cloud,  le  23  novembre  1719. 

...  Chausserayi  a  beaucoup  d'esprit;  elle  est  tou- 
jours gaie,  et  toujours  malade.  J'allai  la  voir  hier; 
Dieu  merci  elle  va  bien  mieux  maintenant,  elle  circule 
dans  sa  maison,  et  a  l'air  d'un  spectre  :  elle  a  un 
bonnet  blanc  et  une  robe  de  chambre  d'indienne,  avec 
sa  pâleur,  sa  taille  longue  et  élancée,  elle  ressemble 
tout  à  fait  à  la  description  qu'on  fait  des  revenants.  Je 
crois  que  la  Dame  Blanche  de  Berlin^  a  cet  air-là... 
Alberoni  a  suscité  une  révolte  en  Bretagne.  Celui 
qui  a  reçu  de  l'argent  de  lui  est  un  seigneur  d'une 
des  meilleures  maisons  de  Bretagne,  il  s'appelle  M.  de 
Pontcaillé^.  Il  est  venu  cinq  navires  espagnols,  deux 
gaillards  sont  descendus  à  terre  et  lui  ont  apporté 
l'argent.  II  a  voulu  se  sauver,  déguisé  en  moine,  mais 
Dieu  merci,  on  l'a  pris... 

L'histoire  du  cocher  de  M.  Law  est  bien  vraie,  si 
c'est  celle  dont  vous  voulez  parler  :  il  amène  à  son 
maître  deux  cochers.  Celui-ci  lui  demande  s'ils  sont 
bons,  «  Ils  sont  si  bon,  répond-il,  que  celuy  que  vous 
ne  prendrez  pas,  je  le  prend  pour  moy.  »  11  y  a  cent 

1.  M""^  de  Cliauisoraic,  ancienne  fillo  d'honneur  de  Madame. 

2.  Le  spectre  qui  hante  le  clu'iteau  royal  de  Berlin. 

3.  Marquis  de  Pontcallec. 


DE   MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.         297 

histoires  encore  sur  sa  banque.  On  n'entend  plus  par- 
ler d'autre  chose... 

Torcy  et  Dubois  ont  raison  de  ne  pas  pouvoir  se 
souffrir,  tous  les  deux  ne  valent  rien.  Mon  fils  m'assure 
formellement  qu'il  ne  permettra  pas  que  l'abbé  reçoive 
le  chapeau.  Je  serais  charmée  par  contre  si  notre  abbé 
de  Saint-Albin  l'obtenait.  Ce  serait  plus  juste... 

Le  prince  Eugène  avait  laissé  beaucoup  de  dettes 
ici,  dès  qu'il  a  été  au  service  de  l'Empereur  et  qu'il  a 
eu  de  l'argent  entre  les  mains,  il  a  tout  payé,  jusqu'au 
dernier  liard,  il  a  même  payé  ceux  de  ses  créanciers 
qui  n'avaient  ni  billet  ni  signature  de  lui...  Un  seigneur 
qui  agit  avec  une  telle  honnêteté  ne  peut  pas  trahir 
son  maître  pour  de  l'argent.  Je  le  tiens  donc  pour 
innocent  de  ce  dont  l'accuse  le  traître  Nimbtsch... 

J'ai  fait  manger  à  notre  grande-duchesse  une  oie  de 
la  Saint-Martin,  farcie  de  marrons  et  de  raisins  de 
caisse,  mais  à  dire  vrai,  j'aime  mieux  les  choux  rouges 
et  la  choucroute... 

...  Mon  fils  m'a  fait  remettre  quatre  cents  actions 
pour  ma  maison.  Quoique  cela  fasse  deux  millions,  il 
n'y  en  a  eu  que  pour  ceux  de  mes  gens  qui  sont  en 
quartier  et  pour  les  domestiques  ordinaires..., 

Si  M.  de  Gemmingen  continue  à  grandir,  il  aura  la 
taille  de  M.  Benterider.  A  propos  de  cet  envoyé  ^,  il 
vint  chez  moi  le  soir,  il  y  a  quelques  jours.  Un  de 
mes  chapelains,  qui  ne  l'avait  jamais  vu,  se  trouvait 
seul  dans  mon  antichambre...  Il  entend  marcher,  se 
retourne  et,  voyant  cet  homme  si  grand,  il  sursaute 
et  se  sauve.  Cela  m'a  bien  fait  rire... 

1.  De  l'Empereur. 

II.  \1. 


298  CORRESPONDANCE 

Saint-Cloud,  le  30  novembre  1719. 

...  J'ai  à  vous  annoncer  une  nouvelle  qui  m'est 
bien  agréable,  savoir  que  le  mariage  de  M''"^  de  Valois 
avec  le  prince  de  Modène  est  arrêté.  Le  courrier  est 
parti  hier  pour  Rome  afin  d'aller  chercher  la  dispense, 
car  ils  sont  parents  au  quatrième  degré.  La  fiancée 
est  au  désespoir,  elle  aurait  voulu  épouser  son  cousin 
le  comte  de  Charolais;  mais  il  n'a  pas  voulu  mordre, 
car  tous  les  princes  et  les  princesses  du  sang,  qui  sont 
parents  les  uns  des  autres,  se  haïssent  comme  le 
diable,  même,  .AI"""  la  duchesse  et  la  femme  de  mon 
fils,  qui  sont  sœurs.  Auparavant  déjà,  elles  ne  s'ai- 
maient pas  à  cause  d'assez  méchants  propos  que  cha- 
cune d'elles  avait  tenu  sur  le  compte  de  l'autre;  mais 
ce  qui  a  donné  le  coup  de  grâce  à  leur  amitié,  c'est 
que  les  princes  du  sang  légitimes  n'ayant  pas  voulu 
reconnaître  les  bâtards  pour  princes  du  sang.  M""  la 
duchesse  '■  a  pris  parti  pour  ses  fils  contre  ses  frères, 
tandis  que  M™<^  d'Orléans  s'est  déclarée  pour  ses  frères 
contre  les  princes  du  sang.  Cela,  comme  bien  vous 
pensez,  a  fait  naître  une  haine  horrible  entre  les  deux 
sœurs...  Le  prince  de  Conti  finira  bien  par  devenir 
fou...  tantôt  il  hait  sa  femme  au  point  qu'il  veut  la 
tuer,  tantôt  il  l'aime  si  fort  qu'il  ne  la  quitte  pas  plus 
que  son  ombre.  Par  bonheur  pour  elle,  il  n'est  pas 
comme  ceux  de  sa  race,  il  n'est  pas  courageux  du 
tout.  Une  fois,  il  se  campa  devant  le  lit  de  sa  femme, 
un  pistolet  chargé  à  la  main,  en  lui  disant  :  «  Vous  ne 

1.  Quuiquo  bâtarde  Icsitimée. 


DE   MADAME,   DUCHESSE   D'ORLEANS.       299 

m'échapperez  pas,  je  vais  vous  tuer.  »  Elle,  qui  con- 
naît son  côté  faible  et  qui  a  toujours  des  pistolets 
dans  son  lit,  en  prend  un  et  lui  dit  :  «  Prenez  bien 
garde  de  me  tirer  juste,  car  si  vous  ne  me  tuez,  vous 
êtes  mort;  tirez  le  premier!  »  Le  prince,  qui  n'est  pas 
courageux  du  tout,  comme  il  l'a  bien  fait  voir  dans 
la  dernière  campagne,  eut  peur  et  s'en  alla... 

Paris,  le  3  décembre  1719. 

...  Alberoni  ferait  très  bien  aux  galères  :  il  est  gros 
et  fort  et  ferait  un  bon  rameur.  Nul  châtiment,  fût-ce 
le  pire,  n'est  trop  grand  pour  ce  pitre.  Il  commence 
pourtant  à  parlementer;  il  veut  faire  une  bonne  paix, 
dit-il,  si  on  le  laisse  en  Espagne;  mais  ni  l'Empereur 
ni  mon  fils  ne  veulent  entendre  parler  de  paix,  à 
moins  qu'on  ne  renvoie  ce  scélérat  chez  lui,  en  Italie. 
Je  voudrais  qu'il  y  fût  déjà... 

M""  de  Valois  commence  à  se  consoler  un  peu  de- 
puis qu'elle  voit  ses  beaux  habits.  On  lui  en  fait  qua- 
rante. De  plus,  on  lui  a  envoyé  de  beaux  diamants  de 
Modène,  c'est  encore  une  consolation... 

Tout  devient  horriblement  cher;  il  faut  donner 
le  double  de  toute  chose,  n'importe  laquelle.  D'An- 
gleterre on  envoie  tous  les  diamants,  tous  les 
joyaux,  tous  les  bijoux  :  ceux  qui  ont  fait  des  gains 
si  colossaux  avec  les  actions  achètent  tout  sans 
marchander.  Il  se  passe  d'étranges  histoires.  Il  y  a 
quelques  jours,  une  dame  était  à  l'Opéra.  Elle  en  vit 
venir  une  autre  fort  laide,  mais  ayant  les  plus  beaux 
liabits  du  monde  et  couverte  de  diamants.  La  fille  de 


300  CORRESPONDANCE 

]y[mc  Begond  se  met  à  dire  à  sa  mère  :  «  Ma  mère,  re- 
gardez bien  cette  dame  parée  ;  il  me  semble  que  c'est 
notre  cuisinière  Marie.  —  Eh,  taisez-vous,  ma  fille, 
répond  la  mère;  cela  ne  peut  être.  —  Eh,  ma  mère, 
reprend  la  fille,  au  nom  de  Dieu,  regardez!  »  Elle  la 
regarde  fixement  et  dit  :  «  Je  ne  say  plus  que  penser; 
elle  luy  ressemble  bien.  »  Tout  le  monde  à  l'amphi- 
théâtre commence  à  murmurer  :  «  Marie,  la  cuisi- 
nière. »  Celle-ci  se  lève  et  dit  tout  haut  :  «  Hé  bien 
oui,  je  suis  Marie,  la  cuissinière  de  M"^''  Begond.  Je 
suis  devenue  riche,  je  me  pare  de  mon  bien;  je  n'en 
dois  rien  à  personne;  j'aime  à  me  parer,  je  me  pare; 
cela  ne  fait  tord  à  personne.  Qu'a  donc  ^  à  redire  à 
cela?  »  Vous  pensez  comme  on  a  ri... 

Paris,  le  7  décembre  1~19. 

...  D'après  ce  que  j'avais  entendu  dire  de  l'Élec- 
teur palatin,  je  n'aurais  cru  de  ma  vie  qu'il  se  lais- 
serait ainsi  subjuguer  par  les  prêtres...  Mais  des  gens 
qui  ont  eu  une.  jeunesse  déréglée  se  laissent  persua- 
der, quand  vient  la  vieillesse,  qu'ils  peuvent  réparer 
cela  en  persécutant  réformés  et  luthériens.  La  cer- 
velle s'en  va  avec  l'âge,  c'est  ce  qui  arrive  a  cette 
heure  à  l'Électeur... 

...  De  toute  la  famille  du  duc  d'Antin  il  ne  reste 
plus  que  deux  petites-filles...  Si  elles  allaient  ressem- 
bler à  leur  grand'mère  M""'  de  Montespan!  Elle  a  été 
un  vrai  diable  sous  tous  les  rapports.  Dieu  me  par- 
donne !   on  ne  doit  pas  condamner  ses  semblables, 

1.  Qu'a-t-on. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      301 

mais  je  ne  peux  m'empècher  de  mettre  en  doute  la 
béatitude  éternelle  de  la  Montespan  et  de  la  Mainte- 
non  :  elles  ont  fait  trop  de  mal  sur  cette  terre.  Que 
Dieu  le  leur  pardonne!... 

La  richesse  qu'il  y  a  maintenant  en  France  est 
inouïe.  On  n'entend  parler  que  de  millions...  Je  n'y 
comprends  rien... 

Paris,  le  9  décembre  1719. 

...  J'ai  le  cœur  tout  gros  à  cause  du  traitement  cruel 
que  le  roi  d'Angleterre  fait  subir  au  prince  de  Galles 
et  à  sa  femme.  Je  le  trouve  par  trop  dur.  Le  pauvre 
prince  avait  écrit  à  son  père  une  lettre  pleine  de  sou- 
mission pour  le  féliciter  de  son  heureux  retour  à 
Londres.  Il  lui  avait  permis  de  voir  la  princesse  sa 
fille.  Le  roi,  non  seulement  ne  s'est  pas  contenté  de 
refuser  la  lettre  de  son  fils...  il  lui  a  fait  dire  déplus,  et 
cela  très  durement,  qu'il  prenait  en  fort  mauvaise 
part  qu'il  ait  eu  l'audace  de  venir  à  Saint-James  chez 
ses  enfants,  qu'il  n'avait  qu'à  rester  dehors  et  qu'il 
ne  permettait  pas  à  la  princesse  de  voir  ses  enfants 
plus  d'une  fois  par  semaine. 

Ce  que  je  craignais  au  sujet  de  mon  petit-fils  est 
arrivé  tout  juste.  Dans  ce  maudit  bal,  il  est  tombé 
dans  les  mains  des  filles  de  l'opéra.  Vous  n'avez  pas 
de  peine  à  imaginer  ce  qu'elles  ont  bien  pu  lui  ap- 
prendre; il  est  présentement  comme  un  animal  dé- 
chaîné !  Quand  sa  mère  s'en  plaint  au  père,  il  se  tord  de 
rire... Il  ya  d'autres  choses  encore,  qui  ne  se  peuvent 
écrire  et  qui  ne  valent  pas  mieux... 


302  CORRESPONDANCE 

L'or  est  devenu  une  divinité  ici,  on  n'a  plus  d'autre 
préoccupation.  Cette  grande  folie  me  paraît  affreuse... 

...  Si  l'Empereur,  les  rois  d'Angleterre  et  de  Prusse 
et  les  États  Généraux  ne  peuvent  rien  obtenir  de  l'É- 
lecteur, s'il  n'écoute  pas  sa  propre  raison,  si  les 
articles  des  traités  de  paix  ne  le  lient,  comment 
puis-je  espérer  que  moi  je  pourrai  exercer  une  action 
favorable  à  mes  bons  et  honnêtes  compatriotes?  Je 
ne  peux  que  les  plaindre  de  tout  cœur,  mais  sans  les 
servir.  Cela  me  chagrine  assez.  Hélas!  je  ne  le  vois 
que  trop  bien  :  Dieu  ne  m'a  pas  envoyée  en  France 
pour  le  bien  de  qui  que  ce  soit,  car  de  ma  vie,  quel- 
que peine  que  je  prisse,  je  n'ai  pu  rendre  de  services 
à  ma  patrie.  Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  je  suis 
venue  en  France  uniquement  pour  obéir  à  S.  G.  mon 
père,  à  mon  oncle  et  à  ma  tante  de  Hanovre,  ce  n'é- 
tait rien  moins  que  mon  inclination... 

Paris,  le  1~  décombro  1710,  sis  heures  et  demie  du  matin. 

...  Dans  le  temps,  il  y  avait  ici  un  vieux  duc  de 
Bellegarde  qui  avait  coutume  de  dire  :  «  Je  n'ay  que 
les  peurs  que  l'honneur  permet.  »  C'en  est  une  de 
celles-là  qu'a  eue  votre  nièce.  On  frémit  rien  que  d'y 
penser:  carde  voir  trois  gaillards  qui  entrent  chez 
vous  par  la  fenêtre,  cela  est  affreux;  cela  ne  m'étonne 
pas  qu'elle  en  ait  fait  de  mauvaises  couches... 

M,  Law  est  une  vraie  àme  en  peine,  de  même  que 
mon  fils.  On  n'a  pas  idée  du  travail  qu'ont  à  faire  ces 
deux  hommes,  du  matin  jusqu'à  la  nuit... 


DE   MADAME,   DUCHESSE  D'ORLE AXS.        303 

Paris,  lo  21  décembre  1719. 

...  Le  mariage  de  M"'^  de  Valois  est  définitivement 
arrêté.  Dès  que  les  dispenses  seront  arrivées  on  le 
célébrera.  11  n'est  pas  à  craindre  que  je  tombe  malade 
de  chagrin  quand  elle  partira...  Aucune  de  nous  deux 
ne  se  soucie  beaucoup  de  l'autre...  Elle  ne  dit  jamais 
ce  qu'elle  pense,  toujours  le  contraire,  cela  m'est 
insupportable.  Je  voudrais,  je  l'avoue,  qu'elle  fût  déjà 
à  Modène.  Elle  a  de  l'esprit,  cela  est  certain.  Tous  les 
enfants  de  ^1"^*=  d'Orléans  en  ont,  grands  et  petits... 
Le  comte  de  Charolais  épousera  une  princesse  de 
Modène,  c'est  la  vérité^.  Si  c'est  pour  la  punir  de  ses 
péchés,  la  punition  est  dure  ;  car  je  sais  quel  écervelé 
c'est."  Si  la  princesse  n'est  pas  la  femme  la  plus 
malheureuse  du  monde,  je  me  trompe  fort,  mais  toutes 
les  apparences  y  sont.  Je  la  plains  de  tout  cœur.  Les 
gazetiers  mettent  dans  leurs  feuilles  ce  qu'ils  savent 
et  ce  qu'ils  ne  savent  pas,  pourvu  que  la  page  soit 
pleine...  M"**  de  Valois  doit,  dit-on,  se  rendre  d'ici 
aux  Enlibes.  Il  est  convenu  que  son  demi-frère,  le 
grand  prieur  et  général  des  galères,  la  mènera  à  Mo- 
dène, sur  les  galères  du  roi.  Vous  voyez  bien,  chère 
Louise,  que  cette  fois- ci  les  gazettes  n'ont  pas  dit 
vrai... 

...  L'Électeur  ferait  mieux  de  vous  payer  ce  qu'il 
vous  doit  que  de  traiter  si  mal  les  pauvres  réformés, 
ses  propres  sujets.  Je  ne  sais  pas  ce  que  c'est  qu'une 
lettre  de  change,  mais  ce  que  je  sais  bien,  c'est  qu  un 

1.  Le  comto  de  Charolais  ne  s'est  pas  marié. 


304  CORRESPONDANCE 

puissant  Électeur,  à  qui  Ton  vole  de  toute  part  des 
mille  et  des  mille,  ne  veut  pas  payer  cent  louis...  Je 
crois  que  la  rue  Quincampoix  attire  tout  le  monde  à 
Paris,  qu'il  va  en  résulter  une  famine;  car  les  prix 
n'ont  pas  doublé,  mais  triplé.  Depuis  hier  le  bruit 
court  qu'Alberoni  est  en  disgrâce,  voire  qu'il  va  être 
obligé  de  se  retirer  à  Rome,  mais  je  crains  bien 
qu'une  fourberie  ne  se  cache  là-dessous... 

Paris,  le  24  décembre  1719. 

...  M.  Marion  m'a  remis  aussi  le  livre  des  Dialogues 
des  Morts...  Ces  choses  là  ne  doivent  pas  être  mé- 
diocres, il  faut  que  ce  soit  ou  fort  gentil  ou  fort  plat  ; 
quand  cela  est  par  trop  plat,  on  en  rit  aussi.  U  y  a  un 
dialogue  quiadéjà produit  cet  effet-là  sur  moi,  c'en  est 
unentreM.deTurenneetM'^'dela  Vallière.Jene  pense 
pas  que  de  leur  vie  ils  aient  conversé  ensemble  :  il  n'y 
avait  aucun  commerce  entre  eux.  Si  au  lieu  de  M™"  de 
la  Vallière  on  lui  avait  donné  pour  partenaire  M"""  de 
Coaquin^  on  aurait  pu  apprendre  par  ce  dialogue 
toute  l'histoire  du  traité  d'alliance  que  feu  Madame  a 
négocié  entre  le  roi-,  son  frère,  et  le  roi  d'ici,  son 
beau-frère.  Madame  consultait  le  vicomte  de  Turenne 
en  cette  affaire,  pour  avoir  quelqu'un  qu'elle  pût  en- 
voyer en  cachette  au  roi;  car  la  chose  devait  être  tenue 
secrète  devant  Monsieur.  Le  vieux  Turenne  était  éper- 
dument  amoureux  d'une  jeune  madame  de  Coaquin. 
Elle  était  toujours  auprès  de  Madame  et  fort  en  faveur, 


1.  Coëtquou. 

2.  Charles  11  d'Angleterre. 


DE   MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       305 

quoiqu'elle  ne  le  méritât  pas,  comme  vous  allez  voir, 
car  elle  tomba  amoureuse  du  chevalier  de  Lorraine, 
le  pire  ennemi  de  Madame.  Celui-ci,  pour  apprendre 
les  secrets  de  Madame,  permit  à  sa  maîtresse  de  ca- 
resser son  vieil  amoureux,  pour  tirer  de  lui  le  secret 
du  traité  qu'on  n'avait  pu  tirer  de  Madame.  Turenne 
était  trop  épris  pour  rester  ferme,  il  confia  donc  à 
cette  traîtresse  de  Coaquin  toute  l'histoire  du  traité. 
Elle  n'a  rien  de  plus  pressé  à  faire  que  de  tout  raconter 
au  chevalier,  qui  le  dit  à  Monsieur.  Celui-ci  se  fâche 
tout  rouge  contre  Madame  et  même  contre  le  roi,  et 
s'emporte  contre  les  deux.  Madame  dit  au  roi  que  le 
chevalier  de  Lorraine  l'avait  brouillée  avec  son  mari. 
Le  chevalier  fut  chassé,  mais  Madame  paya  la  chose 
de  sa  vie.  Ses  ennemis  ne  voulurent  pas  mettre 
Monsieur  dans  leur  secret.  «  Il  ne  sauroit  rien  taire 
au  roj',  disoient-ils,  si  nous  luy  avouons  que  nous 
voulions  empoissonner  Madame,  ou  il  ne  le  souffrira 
pas,  ou  bien  il  nous  dénoncera  au  roy  et  nous  fera 
tous  pendre.  »  Ceux  donc  qui  ont  accusé  feu  Monsieur 
d'avoir  fait  empoisonner  sa  femme,  lui  ont  fait  grand 
tort.  11  en  était  incapable.  Pour  se  disculper  et  pour 
cacher  à  Blonsieur  que  la  chose  venait  d'eux,  ils  lui 
ont  fait  accroire  que  Madame  a  été  empoisonnée  par 
les  Hollandais.  L'histoire  est  vieille,  mais  elle  n'en  est 
pas  moins  vraie,  quoiqu'elle  ait  l'air  d'un  roman...  Peu 
de  gens  savent  le  détail,  moi  je  sais  tout  d'original, 
car  je  le  tiens  du  roi  et  de  mon  mari  lui-même,  sauf 
la  mort  de  Madame,  qui  m'a  été  rapportée  par 
d'autres... 


30f)  CORRESPONDANCE 

Paris,  le  28  décembre  1719. 

Avant-hier  le  courrier  est  arrivé  avec  la  dispense 
du  pape.  Donc,  dès  que  les  toilettes  de  notre  fiancée 
seront  terminées,  on  célébrera  le  mariage.  Je  vou- 
drais que  la  cliose  se  fût  faite  il  y  a  deux  ou  trois  ans. 
Je  ne  dirai  rien  de  plus  à  ce  propos,  cela  m'entraî- 
nerait trop  loin...  On  dit  beaucoup  de  bien  du  prince 
de  Modène...  On  prétend  qu'il  est  fort  épris  du  por- 
trait de  sa  future.  Je  le  plains  de  toute  mon  âme.  Les 
unions  heureuses  sont  rares  dans  toutes  les  condi- 
tions; j'ai  vu  beaucoup  de  gens  se  marier  par  amour, 
qui  après  se  sont  détestés  comme  le  diable  et  se 
détestent  encore  à  cette  heure.  Heureux  ceux  qui  ne 
sont  pas  mariés!  Combien  j'aurais  été  contente  si  l'on 
m'avait  permis  de  ne  pas  me  marier  et  de  vivre  dans 
un  heureux  isolement!...  Dois-je  vous  dire  la  vérité 
vraie  :  la  raison  pour  laquelle  nos  princes  et  nos  prin- 
cesses se  haïssent  tellement,  c'est  que  tous  tant  qu'ils 
sont,  ils  ne  valent  pas  le  diable... 

Paris,  le  31   décembre  1719. 

...  L'air  de  Paris  me  fait  moins  de  bien  que  jamais. 
Depuis  trois  semaines  j'ai  maigri  et  dépéri  que  c'en 
est  effrayant.  Le  corset  que  j'ai  porté  il  y  a  trois 
semaines  m'est  devenu  trop  large  de  l'épaisseur  de 
trois  doigts,  mais  il  n'y  a  pas  à  s'en  étonner  :  j'ai  en- 
duré tant  de  choses  depuis  que  je  suis  revenue  ici!... 
Pour  dire  la  vérité  vraie,  je  suis  quinteuse  comme 
une  punaise  et  n'ai  que  trop  de  motifs  pour  l'être... 


DE  M.ADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉA^'S.       307 

On  a  persuadé  à  mon  fils  de  remettre  en  liberté  le 
duc  et  la  duchesse  du  Maine  et  de  leur  permettre  de 
revenir  ici;  cela  me  cause  bien  des  angoisses... 

A  tout  moment  on  entend  parler  de  gens  qui 
meurent;  un  de  mes  aumôniers,  l'abbé  Berthet,  est 
mort  subitement.  11  avait  été  quarante  ans  à  mon  ser- 
vice; la  veille  il  avait  encore  rempli  son  office.  Un  des 
intendants  de  ma  maison,  qui  était  son  ami,  voulut 
lui  faire  visite.  En  entrant  chez  lui  il  le  trouve  étendu 
mort  sur  la  paille.  Il  est  venu  me  le  dire,  tout  pâle  et 
tout  saisi,  mais  il  ne  m'en  a  pas  moins  demandé  im- 
médiatement sa  charge  pour  la  vendre;  j'ai  failli 
éclater  de  rire... 

Ce  dimanche  soir. 

Je  pensais  bien  que  j'aurais  de  la  peine  à  me  re- 
mettre à  vous  écrire...  Je  m'y  suis  mise  à  six  heures, 
mais  j'ai  été  interrompue  tant  de  fois  que  voici  neuf 
heures  qui  sonnent.  C'est  le  diable  qui  m'envoie  cette 
tribulation  pour  m'impatienter,  parce  que  j'ai  com- 
munié aujourd'hui...  Je  ne  sais  comment  je  commen- 
cerai la  nouvelle  année,  mais  je  termine  celle-ci  étant 
d'humeur  bien  chagrine  et  maussade.  Bonne  nuit,  bien- 
aimée  Louise;  que  Dieu  vous  accorde  une  nouvelle 
année  bien  heureuse!  Quant  à  moi,  je  vous  aimerai 
toujours  de  tout  cœur. 

Elisabeth  Charlotte. 


308  CORRESPONDANCE 

Paris,  le  4  janvier  l~r20. 

...  Je  n'ai  ici  qu'ennui  et  tourments;  jamais  rien 
d'agréable;  jusqu'à  la  comédie,  qui  est  le  seul  délas- 
sement qui  me  soit  resté  dans  ma  vieillesse,  on  mêla 
gâte  et  je  ne  peux  m'y  plaire  ;  les  gens  sont  si  sots  ici 
qu'ils  se  mettent  ou  s'asseyent  par  bandes  entières  sur 
la  scène,  si  bien  qu'il  ne  reste  plus  de  place  aux  co- 
médiens pour  jouer... 

J'ai  parmi  mes  amis  un  abbé  de  qualité,  d'une  des 
meilleures  maisons  de  France.  Il  a  beaucoup  d'esprit, 
mais  il  est  d'humeur  un  peu  étrange.  Tout  d'un  coup 
il  lui  est  venu  à  l'idée  qu'il  n'appartenait  pas  à  la 
bonne  religion,  parce  qu'on  a  tellement  persécuté  les 
pauvres  réformés.  Cela  l'a  porté  à  devenir  réformé 
lui-même.  11  a  été  trouver  le  chapelain  de  l'ambassa- 
deur hollandais,  et  entre  ses  mains  il  a  abjuré  le 
catholicisme  et  s'est  fait  réformé.  A  Koël  il  a  commu- 
nié sous  un  déguisement,  car  d'ordinaire  il  s'habille 
comme  un  abbé  et  porte  le  rabat  et  le  manteau.  Après 
la  cérémonie  il  reprend  sa  tenue  ordinaire  et  va  faire 
une  visite  à  une  dame.  Celle-ci  lui  dit  :  «  Abbé,  voicy 
un  vray  temps  pour  vous  qui  âmes  a  veiller,  car  vous 
jres  sans  doutte  a  la  messe  de  minuit.  »  Le  pauvre 
abbé  d'Entragues  lui  répond  :  «Moyje  nires  plus  de 
ma  vie  a  la  mess-e.  »  Toute  la  société  est  ébahie.  «Par 
quelles  raisons,  lui  dit-on,  nirez  vous  plus  à  la  messe?  « 
11  répond  de  sans  froid  :  «  Despuis  que  j'aye  aies^  le 
bonheur  de  Communier  sous  les  deux  espèces  avec 
6  cent  de  mes  frères  j'ay  bien  ressolu  de  ne  plus 


DE  MADAME,  DUCHESSE   D'ORLEANS.       309 

jamais  aller  a  la  messe.  »  Cela  a  révolutionné  tout 
Paris;  les  évêques  et  tous  les  prêtres  se  sont  assem- 
blés et  ont  décidé  de  se  rendre  auprès  de  mon  fils  et 
de  lui  demander  qu'il  voulût  mettre  l'abbé  à  la 
Bastille.  Le  pauvre  homme  vint  me  trouver  de  nuit  et 
me  demanda  conseil.  Je  lui  lavai  la  tête  d'importance 
d'avoir  parlé  si  imprudemment,  et  lui  conseillai  de 
ne  pas  perdre  de  temps  et  de  gagner  le  large.  Il  a 
suivi  mon  conseil  et  s'est  sauvé,  Dieu  merci.  J'ignore 
où  il  est  allé,  mais  ce  que  je  sais  c'est  qu'on  l'a  cher- 
ché pour  l'envoj'er  à  la  Bastille,  mais  on  ne  l'a  pas 
trouvé.  S'il  devait  venir  à  Francfort,  dites-lui  que  je 
vous  ai  écrit  du  bien  sur  son  compte.  Vous  pouvez 
sans  scandale  frayer  avec  lui;  quand  il  était  tout  pe- 
tit, les  poules  d'une  basse-cour  où  il  était  allé  faire 
son  besoin  l'ont  étrangement  mutilé.  Cela  lui  a  fait 
prendre  les  poules  en  horreur,  tellement  que  quand 
il  en  voit  une  qui  vole,  il  se  trouve  mal... 

Paris,  ce  jeudi  4  janvier  l'-^O. 

...  Je  crois  que  l'abbé  d'Entragues  est  devenu  tota- 
lement fou.  Comme  je  vous  l'ai  écrit  l'autre  jour,  il  a 
pris  la  fuite  d'après  mon  conseil.  Il  était  en  Flandre  et 
n'avait  qu'à  se  tendre  à  Tournay,  où  il  n'était  plus  sur 
terre  de  France,  en  sûreté  par  conséquent.  Au  lieu  de 
cela,  il  va  à  deux  lieues  plus  loin,  à  Lille.  Là  aussi  il 
aurait  pu  se  reposer  durant  quelques  jours  s'il  s'était 
tenucaclié,  car  personne  ne  le  connaissait.  Au  lieu  de 
cela,  il  s'en  va  en  plein  marché  avec  des  billets  de 
banque  et  fait  le  négoce  avec,  comme  un  juif,  et  débla- 


310  CORRESPONDANCE 

tère  contre  mon  fils  et  contre  le  gouvernement.  On 
prévient  le  commandant  de  Lille  qui  le  fait  arrêter,  et 
Ton  découvre  qu'il  est  l'abbé  d'Entragues...  Mon  filsa 
a  fait  tout  ce  qu'il  a  pu  pour  le  sauver...  Et  voilà  qu'il 
se  laisse  prendre  comme  un  sot,  et  au  lieu  de  lui  sa- 
voir gré  d'avoir  montré  de  l'indulgence  à  son  égard, 
il  se  déchaîne  contre  lui  en  plein  marché  à  Lille!  Cela 
prouve  bien  qu'on  n'échappe  pas  à  son  destin... 

Certes  il  se  commet  plus  d'horreurs  à  Paris  que 
jamais  il  ne  s'en  est  commis  chez  les  gentils,  voire 
même  à  Sodome  et  àGomorrhe  ;  ceux  qui  veulent  être 
vertueux  et  vivre  chrétiennement,  on  les  tient  pour 
sots  et  pour  des  gens  sans  esprit;  les  vicieux  sont 
aimés,  et  les  gens  vertueux,  on  les  hait.  C'est  une  vraie 
pitié... 

Paris,  le  18  janvier  1720, 

...  Je  ne  dirai  plus  rien  des  millions  d'ici;  j'en  suis 
si  lasse  que  je  ne  peux  plus  en  entendre  parler,  et 
j'ai  honte  que  des  princesses  du  sang  se  bousculent  et 
se  battent  à  la  banque  par  pur  intérêt  et  pour  ramas- 
ser de  l'argent.  Je  trouve  cela  ignominieux... 

Paris,   le  20  janvier  l'rZO. 

...  M""=  du  Maine,  il  est  vrai,  a  entièrement  disculpé 
son  mari  et  avoué  qu'elle  a  ourdi  toute  la  conspira- 
tion sous  son  nom  et  qu'il  n'en  savait  pas  un  mot. 
Tous  les  autres  conjurés,  qui  ont  été  enfermés  à  la 
Bastille,  disent  la  même  chose.  Il  faut  donc  que  ce 
soit  vrai,  quoique  peu  croyable.  Le  duc,  pour  confir- 
mer ce  que  dit  sa  femme,  ne  veut  rien  savoir  d'elle 


DE   MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.       311 

ni  la  voir.  Elle  est  au  désespoir  de  ce  que  inoii  fils  ait 
fait  lire  son  projet  de  conspiration  au  conseil,  comme 
si  cette  tête  folle  avait  pu  croire  que,  pour  l'aracur 
d'elle,  mon  fils  consentirait  à  passer  pour  avoir 
inventé  la  conspiration  et  à  la  déclarer  innocente. 
Cette  femme  m'effraye,  elle  est  par  trop  portée  à  l'ex- 
traordinaire! 

Alberoni  a  écrit  à  mon  fils  pour  lui  demander  par- 
don. Il  a  déclaré  que  tous  les  libelles  et  tous  les  écrits 
publiés  en  son  nom,  en  Espagne  contre  mon  fils, 
lui  avaient  été  envoyés  de  Paris.  11  offre  de  tout 
dévoiler  et  de  lui  indiquer  les  moyens  de  se  ren- 
dre maître  de  toute  l'Espagne,  vu  qu'il  connaît  le 
fort  et  le  faible  du  royaume.  Quels  gens  aimables, 
n'est-ce  pas  ?... 

Notre  pauvre  abbé  d'Entragues  s'est  fait  prendre  à 
Lille  comme  un  sot.  Sa  chaise  étant  devant  la  porte 
il  n'avait  qu'à  s'y  mettre  et  à  s'en  aller,  son  valet  de 
chambre  le  pressait  de  le  faire,  mais  non,  il  a  fallu 
d'abord  qu'il  se  noircisse  les  sourcils  avec  de  la 
corne  brûlée  et  qu'il  attende  qu'on  lui  porte  du  lait 
pour  se  laver  les  mains!  A  tous  ceux  qui  lui  deman- 
daient: «  Que  faites-vous  ici»,  il  répondait:  «  je  me 
suis  fait  huguenot»  et  cela  en  Flandre  où  l'on  est 
tellement  papiste  à  cette  heure  !  C'est  ainsi  qu'il  s'est 
fait  prendre.  Mon  fils  a  ordonné  de  bien  le  traiter. 

Paris,  le  4  février  l':20. 

...  L'abbé  d'Entragues  s'est  disculpé  :  il  n'a  pas  mal 
parlé  du  tout...  Aujourd'hui  nous  avons  eu  —  une 


312  CORRESPONDANCE 

fois  par  hasard  —  une  bonne  nouvelle,  savoir  que  la 
paix  avec  l'Espagne  est  faite.., 

Paris,  le  4  février  1723. 

...  Paris  n'est  plus  tellement  rempli  de  monde  qu'il 
l'était;  la  cherté  des  vivres  en  fait  partir  beaucoup. 
Aujourd'hui  l'on  a  défendu  de  payer  en  or  et  en  ar- 
gent; les  louis  et  les  écus  ne  valent  plus  rien  :  il  n'y  a 
plus  que  des  biilets  de  banque  et  des  pièces  de  vingt 
sous.  Je  ne  permets  pas  qu'on  me  parle  de  millions, 
d'actions,  de  primes  et  de  souscriptions.  Je  n'y  com- 
prends rien  et  cela  me  paraît  ennuyeux.  Je  ne  connais 
personne  en  France  qui  soit  absolument  désintéressé 
si  ce  n'est  mon  fils  et  M"»*  de  Châteauthiers.  Tous  les 
autres  sont  affreusement  intéressés,  en  particulier  les 
princes  et  les  princesses  du  sang  :  ce  monde-là 
échange  des  horions  avec  les  commis  de  la  banque... 

Paris,  le  18  février  17-20. 

...  Que  feu  le  roi  ait  porté  un  silice,  qu'il  s'est  fait 
donner  par  des  moines,  des  franciscains,  cela  n'est 
pas,  car  il  avait  trop  d'esprit  pour  cela  et  de  plus  ce 
n'est  pas  l'habitude  chez  des  laïques.  On  a  répandu 
sur  son  compte  bien  des  mensonges  de  ce  genre.  Et 
la  reine  aussi  n'a  certainement  pas  porté  de  cilice, 
car  cent  fois  je  l'ai  vue  nue  quand  je  mettais  la  che- 
mis-e  à  S.  M.  comme  c'est  l'habitude  ici.  C'est  là  toute 
une  cérémonie.  La  première  femme  de  chambre  donne 
la  chemise  à  la  dame  d'honneur;  celle-ci  me  la  donne 
à  moi,  et  moi  je  la  donne  à  la  reine... 


DE   MADAME,  DUCHESSE   D'ORLÉANS.       313 

Paris,  le  10  mars  l~r20. 

...  Il  n'est  pas  vrai  du  tout  que  mon  fils  ait  approuvé 
la  fourberie  des  prêtres  qu'ils  ont  mise  eu  œuvre  à 
Heidelberg  à  propos  de  l'église  du  Saint-Esprit...  il  a 
écrit  à  l'Électeur  de  ne  rien  faire  qui  fût  contraire 
aux  articles  de  la  paix  de  Westphalie,  car  il  se  ver- 
rait obligé  de  prendre  parti  contre  lui.  L'empereur, 
aussi,  dans  cette  affaire,  s'est  fort  bien  comporté. 

Paris,  le  -23  mars  17-20. 

...  Hier  matin  un  jeune  homme  fort  bien  fait  et  de 
bonnes  manières  a  commis  un  crime  odieux.  Il  est  de 
bonne  maison,  des  comtes  flamands  de  Horn.  Il  avait 
perdu  quatre  mille  écus  à  la  foire  de  Saint-Germain. 
11  les  devait  et  voulait  les  payer.  Il  inventa  un  beau 
coup,  prit  trois  coquins  avec  lui,  se  rendit  dans  la  rue 
Quincampoix  et  chercha  une  maison  d'où  il  pût  sortir 
en  sautant  par  la  fenêtre.  Le  lendemain  il  y  retourne, 
rencontre  un  commis  de  la  Banque  et  lui  demande 
s'il  a  des  billets  et  s'il  veut  lui  en  vendre.  «  Combien 
en  voulez-vous?  dit  le  commis.  Le  comte  de  Horn  lui 
en  demande  plus  qu'il  ne  lui  en  faut,  puis  le  mène  au 
cabaret  de  Lespie  de  bois  proche  la  rue  Quincampoix. 
C'est  là  qu'ils  assassinèrent  le  commis,  puis  sautèrent 
tous  par  la  fenêtre.  Mais  le  comte  pensant  celer  son 
crime,  courut  tout  ensanglanté  chez  le  comimissaire 
du  quartier,  disant  qu'on  avait  voulu  l'assassiner.  Le 
commissaire  le  regarde  et  dit:  «  MonsI  vous  vous 
plaignes  d'assassinat,  vous  arrivés  tout  en  sang  et 
vous  n'estes  pas  blesses,  sur  cela  vous  trouvères  bon 
n.  18 


314  CORRESPONDANCE 

que  je  vous  arestes.  »  En  ce  moment  arrive  le  second 
coquin  et  entend  le  premier  qui  dit  :  «  Tenez,  deman- 
des à  Mons!  qui  entre,  qui  est  témoyn  de  l'assassi- 
nat. »  Lui,  que  sa  conscience  tourmente,  entend  qu'on 
invoque  son  témoignage,  il  croit  que  son  camarade  a 
tout  avoué,  et  fait  des  aveux  complets,  il  est  arrêté 
également.  Tous  deux  sont  en  prison  et  bien  gardés. 
On  pense  qu'on  les  jugera  lundi...  A  l'instant  on 
m'annonce  tous  les  princes  de  la  maison  de  Lor- 
raine qui  sont  ici,  tous  les  d'Areniberg,  tous  les 
Noailles,  les  d'Isenghien  et  d'autres  encore.  Je  les 
plains  de  tout  mon  cœur:  ils  ne  demandent  pas  la  vie 
de  leur  parent  coupable,  ils  voudraient  simplement 
obtenir  qu'il  ne  fût  pas  exécuté  en  public,  mais  qu'on 
le  décapitât,  en  secret,  dans  la  prison.  Je  leur  ai  dit 
que  je  les  plaignais  tous,  mais  qu'ils  savaient  bien 
que  je  ne  me  mêlais  en  rien  des  choses  delà  régence, 
qu'ainsi  donc  je  ne  pourrais  rien  l'aire  dans  leur  inté- 
rêt... Mais  je  frémis  rien  que  d'y  penser. .i 

Paris,  le  31  mars  11-20. 

...Je  trouve  fort  ennuyeux  qu'on  ne  voie  plus  d'or, 
il  y  a  quarante-huit  ans  que  j'en  avais  toujours  en 
poche  et  maintenant  je  n'ai  plus  que  des  pièces  d'ar- 
gent... 

il  est  certain  que  M.  Law  est  horriblement  détesté. 
Mon  fils  m'a  dit  aujourd'hui  en  voiture  quelque  chose 
qui  m'a  émue  au  point  que  j'en  ai  eu  les  larmes  aux 
yeux.  «  Le  peuple,  m'a-t-il  conté,  a  dit  quelque  chose 
qui  m'a  tout  à  fait  touché  le  cœur,  j'y  suis  sensible. 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.       313 

Quoi  donc,  lui  demandai-je?  «  Quand  on  a  roué  le 
comte  de  Horn,  répondit-il,  les  gens  on  dit  :  quand  on 
fait  quelque  chose  personnellement  contre  nostre  ré- 
gentjlpardonne  tout,maisquandon  fait  quelque  chose 
contre  nous  jl  n'entend  pas  de  raillerie  et  nous  rend 
justice  comme  vous  voj'ez  par  ce  comte  de  Horn...  » 
Il  en  avait  les  yeux  humides. 

Monsieur  Law  n'a  aucune  mauvaise  intention;  on 
le  voit  bien  par  ceci  qu'il  achète  beaucoup  de  terres, 
c'est  à  cela  qu'il  dépense  ses  grandes  sommes  d'or, 
il  faut  donc  bien  qu'il  reste  dans  le  pays.  Il  n'est  que 
juste  qu'il  tire  profit  de  son  travail.  Je  ne  peux  croire 
qu'il  envoie  de  l'argent  en  Angleterre,  en  Hollande  et 
à  Hambourg.  Il  fait  punir  trop  sévèrement  ceux  qui 
font  cela.  S'il  était  lui-même  en  faute  on  l'en  accuse- 
rait bien.  Mon  fils  s'entend  merveilleusement  aux 
affaires  de  finance... 

Paris,  le  14  avril  1720. 

...  Mylord  Stairs  a,  dit-on,  fait  de  grandes  dépenses 
avec  une  maîtresse  qu'on  appelle  M'"«  Raimond.  Elle 
est  plus  agréable  que  belle  et  elle  a  été  la  maîtresse 
de  l'Électeur  de  Bavière.  Présentement  elle  a  un  autre 
amant,  ce  dont  mylord  s'attriste  beaucoup,  à  ce  qu'on 
dit.  Cet  amant,  c'est  le  comte  [Maurice  de  Saxe.  Il  n'est 
pas  beau,  mais  il  aljonne  façon,  il  est  jeune  et  agréa- 
ble. Voilà  donc  milady  Stairs  vengée  de  l'infidélité 
de  son  mari. 

...  Alberoni  s'est  rendu  en  Suisse  auprès  de  l'abbé 
deSaint-Gall.  Quelle  vie  du  diable  il  va  mener  par  là, 
le  temps  se  chargera  de  nous  l'apprendre...  La   mé- 


31(5  CORRESPONDAiXCE 

chante  petite  sorcière  de  duchesse  du  Maine  va  venir 
nous  voir  demain  dans  l'après-midi,  je  m'en  serais 
bien  passée,  mais  que  puis-je  faire  ?  Mon  fils  l'a  rejçue, 
il  faut  donc  que  je  la  voie  aussi,  du  moment  qu'elle  le 
veut  à  toute  force... 

Saint-Cloud,  le  21  avril  1790. 

...  Le  comte  Horn  avait  été  horriljlement  mal  élevé 
et  il  s'était  lié  avec  tous  les  filous  de  Paris.  C'était  un 
homme  bien  léger  sous  tous  les  rapports,  soclomiste 
au  plus  haut  point,  bref  il  n'y  avait  de  recommandable 
en  lui  que  sa  jolie  figure,  car  la  naissance  ne  doit  être 
comptée  pour  rien  quand  la  vertu  ne  vient  s'y  asso- 
cier... 

Saint-Cloud,  le  2~  avril  17-20. 

...  L'histoire  du  cocher...  me  rappelle  le  comte  de 
Kœnigsmark,  celui  dont  le  frère  aîné  a  eu  ce  malheur 
à  Hanovre  1.  Il  était  accompagné  d'une  fort  bellefille, 
une  Anglaise,  habillée  en  page.  Je  l'ai  vue  iiChamber'^ 
Elle  avait  le  visage  rond,  de  grands  yeux  et  des  che- 
veux bruns  coupés  courts  et  frisés  en  grosses  bou- 
cles, de  belles  couleurs  vives,  la  bouche  et  les 
dents  belles,  mais  elle  était  trapue  et  grasse.  En  re- 
venant de  la  chasse,  pendant  laquelle  le  comte  m'avait 
raconté  toute  son  aventure,  je  feignis  d'avoir  fort 
envie  de  voir  ses  tentes  turques  et  je  l'accompagnai. 
Il  appela  son  page  pour  l'aider  à  descendre  de  che- 
val. La  jeune  personne  accourut...  et  c'est  alors  que 

1.  C'est-à-dire  :  a  été  assassiné  à  Hanovre  en  1694. 

2.  ChamborJ? 


DE   MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       317 

je  la  vis  de  très  près.  Pendant  qu'il  se  rendait  en 
Italie,  on  vint  un  jour  dans  une  auberge  lui  dire  : 
«  vostre  page  est  fort  malade  d'une  colique  »  et  un 
instant  après  on  cria  :  «  Mons.  le  comte,  votre  page 
accouche.  »  Elle  mit  au  monde  une  fille.  Plus  tard 
elle  se  retira  dans  un  couvent,  mais  sans  prendre  le 
voile.  Elle  y  a  vécu  pieusement  et  honnêtement  jus- 
qu'à sa  fin.  La  fille  vit  encore,  dans  un  couvent  aussi. 
Le  marquis  de  Thiange,  qui  avait  été  grand  ami  du 
comte,  s'est  intéressé  à  la  pauvrette,  après  la  mort 
du  père  et  lui  a  fait  avoir  une  petite  pension  du 
roi,  dont  elle  vit;  car  Thiange  est  mort  aussi... 

Le  cardinal  Mazarin  avait  coutume  de  dire  :  «  La 
nation  française  est  la  plus  folle  du  monde.  Jls  crient 
et  chantent  contre  moy  et  jls  me  laissent  faire  et  moy 
je  les  laisse  crier  et  chanter  et  fait  ce  que  je  veux.  » 
Il  a  imaginé  une  chose  bien  plaisante  :  il  faisait  re- 
chercher et  saisir  toutes  les  méchantes  chansons 
faites  sur  lui,  comme  s'il  était  bien  irrité  de  la  chose 
et  sous  main,  sans  avoir  l'air  de  le  savoir,  il  les  faisait 
revendre  :  de  cette  façon  il  a  gagné  dix  mille  écus... 

Saint-Cloud,  le  9  mai  1720. 

...J'ai  écrit  à  l'abbé  Dubois,  aujourd'hui  archevêque 
de  Cambrai,  pour  le  remercier  de  la  bonne  nouvelle 
qu'il  m'a  annoncée  ce  matin,  par  un  exprès,  savoir  que 
la  paix  est  faite  entre  le  roi  d'Angleterre  et  ses  en- 
fants. Le  prince  et  la  princesse  de  Galles  se  sont  ren- 
dus l'un  après  l'autre  auprès  du  roi,  et  sont  restés 
longtemps  seuls  avec  lui.  Tout  s'est  si  bien  arrangé 
II.  d8. 


318  CORRESPONDANCE 

que  le  lendemain,  c'est-à-dire  le  6,  tous  les  partisans 
du  prince  sont  venus  au  baise-main  du  roi... 

Saint-Cloud,  le  23  mai  1720. 

...M""'  d'Orléans  gâte  toutes  les  dames,  elle  ne  sait 
pas  du  tout  se  faire  respecter  :  elle  ignore  ce  que 
c'est  que  la  grandeur.  M'"'  de  Montespan  et  M"^"  de 
Maintenon,  qui  Font  élevée,  ne  le  savaient  elles-mêmes 
pas.  Or,  elle  est  trop  vaniteuse  pour  vouloir  ap- 
prendre quelque  chose  de  moi,  elle  s'imagine  que 
cela  est  au-dessous  d'elle...  Tl  n'y  a  plus  de  cour  en 
France;  c'est  la  Maintenon  la  première  qui  a  inventé 
cela.  Voyant  que  le  roi  ne  consentait  pas  à  la  déclarer 
reine,  elle  a  empêché  la  jeune  dauphine^  de  tenir  une 
cour  en  la  retenant  toujours  dans  sa  chambre  où  il 
n'y  avait  plus  ni  rang  ni  dignité.  Même  que  les 
princes  et  la  dauphine,  sous  prétexte  que  ce  n'était 
qu'un  jeu,  devaient  servir  cette  dame  à  table  et  à  sa 
toilette  :  la  dauphine  l'a  souvent  peignée,  comme  au- 
rait fait  une  femme  de  chambre,  et  les  princes  por- 
taient ses  plats,  changeaient  ses  assiettes  et  lui 
versaient  à  boire.  C'est  ce  qui  a  bouleversé  toute  la 
cour,  personne  ne  savait  plus  qui  il  était. 

...Quelques  personnes  me  conseillaient  de  faire 
comme  le  dauphin  et  les  princes,  mais  je  leur  répon- 
dis :  «  Je  n'ay  jamais  estes  élevés  a  faire  des  basseses 
et  je  suis  trop  vieille  pour  faire  des  jeux  d'enfants.  » 
Depuis  lors  on  ne  m'en  a  plus  reparlé... 

]  La  duchesse  Je  Bourgogna, 


DE   MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       319 

Saint-Cloud,  le  20  mai  n-30. 

...M""  de  Valois  n'est  pas  pressée  du  tout  d'arriver 
à  Modène.  C'est  une  écerveléc...  Quoique  son  père 
l'en  eût  instamment  priée,  elle  ne  veut  pas  renoncer 
à  se  promener  à  travers  toute  la  Provence  et  à  visiter 
Toulon,  qui  est  bien  loin  de  sa  route.  Elle  veut  .voir 
aussi  ce  qu'on  appelle  la  Sainte-Baume  ^.  Elle  traîne 
donc  après  elle  toute  la  maison  du  roi,  ce  qui  coûte 
des  millions  à  celui-ci  et  ne  lui  vaut  pas  à  elle  la 
moindre  considération;  tout  rejaillira  sur  son  père... 
J'ai  vu,  en  fait  de  femmes,  bien  des  écervelées,  mais 
aucune  n'égale  celle-ci,  le  caractère  de  la  Montespan 
se  montre  dans  toutes  ses  actions.  Mais  ce  n'est  pas 
ma  faute,  je  peux  dire  à  mon  fils  comme  dans  la  co- 
médie :  «  George  dandin  tu  l'a  voulu.  » 

Saint-Cloud,  lo   11  juin  1720. 

...A  en  juger  par  les  bruits  qui  courent,  nous 
sommes  dans  de  mauvais  draps.  Je  voudrais  que  Law 
et  sa  magie  noire  et  son  système  fussent  au  Blocks- 
berg  -  et  que  jamais  ils  n'aient  pénétré  en  France. 

Saint-Cloud,  lo  16  juin  1720. 

...Certes  ladauphine  ^  avait  de  l'esprit.  C'est  juste- 
ment pour  cela  qu'elle  faisait  tout  ce  que  voulait  la 
vieille,  pour  se  faire  bien  venir  du  roi.  Si  la  pauvre 

1.  Montagne  du  Var. 

2.  C'ost-à-dire  au  diable.  Le  Blocksbcrg  ou  Brockcn,  lo  sommet  le  plus 
élevé  du  Harz,  rendez-vous  des  sorcières. 

3.  La  duchesse  de  Bourgogne. 


320  CORRESPONDANCE 

enfant  avait  pu  vivre  encore  quelques  années,  elle  se 
serait  tirée  de  cet  esclavage  et  n'aurait  plus  eu  besoin 
de  la  vieille,  car  elle  avait  entièrement  conquis  le 
cœur  du  roi... 

.Saint-Cloud,  le  27  juin  1720. 

...Trois  ducs  qui  pourtant  portent  la  tête  haute  et 
qui  sont  de  meilleure  maison  que  les  autres  ont  fait, 
à  mon  avis,  quelque  chose  de  bien  laid.  Ce  sont  le 
duc  d'Antin,  qui  est  le  fils  de  la  Montespan  et,  par 
conséquent,  le  frère  de  ma  bru  et  de  M"'"  la  duchesse, 
le  duc  maréchal  d'Estrées  et  le  duc  de  la  Force.  Le 
premier  a  accaparé  toutes  les  étoffes  pour  les  vendre 
plus  cher  que  les  marchands  ;  le  second,  le  café  et  le 
chocolat,  et  le  troisième  a  été  le  plus  malpropre,  il 
s'est  jeté  sur  le  suif  et  a  produit  une  vraie  hausse  sur 
les  chandelles.  Il  descendait  l'escalier  de  l'Opéra;  des 
jeunes  plaisants  s'y  installèrent.  L'un  dit  :  «  Voilà 
un  gros  sac.  »  Un  autre  réplique  :  «  Ce  n'est  pas  de 
l'argent,  ce  ne  sont  que  des  chandelles.  »  Et  tous  se 
mirent  à  chanter  le  [dernier  chœur  de  l'opéra  de 
Phaëton  : 

«  Ailes,  ailes  respandre  la  lumiero 

Puisse  un  heureux  destin 

Vous  conduire  à  la  fin 

De  vostre  brillante  cariere. 

Ailes  respandre  la  lumière.  » 

Saint-Cloud,  le  30  juin  1720. 

...Je  ne  crois  pas  que  nos  princes  allemands  per- 
mettront jamais  que  le  fils  du  czar  ou,  pour  dire 
mieux  son  petit-fils,  épouse  une  archiduchesse.    Ce 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLEANS.       321 

serait  un  trop  grand  danger  pour  toute  TAllemagne... 
Il  faut  que  je  rie  de  la  conversion  de  la  princesse 
de  Nassau-Siegen.  Les  gens  qu'on  envoie  prêcher,  on 
les  appelle  des  missionnaires.  Présentement,  il  y  en 
a  en  Lorraine.  Ils  prêchent  quatre  fois  par  jour  et  le 
due  de  Lorraine  assiste  à  deux  de  leurs  prédications. 
Je  crains  qu'avec  sa  couronne  d'épines,  cette  prin- 
cesse ne  soit  devenue  plus  folle  encore  que  son  mari. 
Vous  verrez  qu'avec  la  chaîne  même  qu'elle  s'est  mise 
autour  du  cou,  il  va  falloir  l'attacher.  Quant  aux  gens 
qui  se  sont  fait  donner  la  discipline  en  pleine  rue,  on 
ne  tolérerait  pas  cela  en  ce  pays-ci;  on  tiendrait  cela 
pour  une  piwiodeslie,  et  c'en  est  une  dans  le  fait.  Je 
ne  peux  souffrir  ces  extravagances.  Aussi  bien  que  le 
cardinal  de  Noailles  a  aboli  l'usage  qu'on  avait  d'aller 
en  pèlerinage  le  jeudi  saint  au  Mont-Valérien,  pieds 
nus,  en  portant  des  croix  et  en  se  flagellant,  aussi 
bien  on  ne  permettrait  pas  que  des  femmes  se  donnent 
la  discipline... 

Saint-Cloud,  le  14  juillet  1720. 

...Tous  les  jours  il  me  faut  entendre  des  choses 
désagréables.  Tantôt  on  vient  me  dire  que  je  n'aurai 
plus  rien  à  manger,  mes  officiers  et  mes  pourvoyeurs 
ne  pouvant  plus  endurer  de  n'avoir  que  des  billets  et 
pas  d'argent,  tantôt  on  me  prévient  que  je  ne  peux 
avoir  ni  bas  ni  habits  vu  que  les  marchands  n'ac- 
ceptent plus  en  paiement  des  billets  de  banque,  tantôt 
encore  on  dit  que  Paris  va  se  soulever... 


322  CORRESPONDANCE 

Saint-Cloud,  lo  14  juillet  n20. 

...  Il  faut  que  je  vous  conte  l'horrible  frayeur  que 
j'ai  eue  hier.  J'allai,  à  mon  ordinaire,  en  voiture,  aux 
Carmélites;  j'y  trouvai  la  duchesse  du  Lude  et  nous 
étions  bien  tranquilles  quand  entra  M™«  de  Chateau- 
thiers,  pâle  comme  une  morte,  qui  me  dit:  «Madame, 
on  ne  saurait  vous  cacher  ce  qui  se  passe,  vous  trou- 
vère? touttes  les  cours  du  Palais-Royal  remplies  de 
peuples,  jls  vont  porter  des  corps  morts  écrasés  à  la 
banque;  Laws  a  été  obliges  de  se  sauver  au  Palais- 
Royal,  on  a  déchires  son  carosse  après  qu'il  en  a  estes 
sortis,  en  mille  pièces,  jls  ont  forces  les  portes  à  six 
heures  du  matin.  »  Je  vous  laisse  à  penser  quelle  émo- 
tion je  ressentis,  mais  je  n'en  laissai  rien  paraître,  car 
il  ne  faut  pas  qu'on  ait  l'air  d'avoir  peur.  J'allai  donc 
voir  le  roi  comme  à  l'ordinaire.  Je  dus  horriblement 
me  contraindre.  En  arrivant  à  la  rue  Saint-Honoré, 
il  me  fallut  attendre  une  demi-heure  avant  de  pou- 
voir passer,  tellement  l'embarras  était  grand.  J'enten- 
dais le  peuple  qui  murmurait,  mais  contre  Law  seul, 
ils  ne  disaient  rien  de  mon  fils  et  me  bénissaient,  moi. 
Enfin  j'arrivai  au  Palais,  mais  le  calme  était  déjà 
rétabli  et  le  peuple  s'était  retiré.  Mon  fils  vint  chez 
moi  et  me  raconta  que  toute  cette  histoire  avait  com- 
mencé à  propos  de  dix  sous.  Ceux  qui  ont  été  étouflTés 
dans  la  presse  n'étaient  pas  de  pauvres  diables.  L'un 
d'eux  avait  cent  écus  en  poche  et  aucun  des  écrasés 
n'était  sans  argent.  C'était  donc  par  pure  cupidité 
qu'ils  en  étaient  venus  là.  Qu'on  ait  envahi  le  Palais- 
Royal,  cela  s'est  fait  certainement   à  l'instigation  de 


DE  MADAMli,   DUCHESSE  D'ORLEANS.       323 

mécliaiites  gens  qui  détestent  horriblement  mon  pau- 
vre fils... 

Saint-Cioud,  1g  21  juilljt  l~-20. 

...  Je  ne  sais  pourquoi  on  vante  le  courage  que  dé- 
ploient les  hommes  dans  les  moments  critiques  :  Law 
était  pâle  comme  la  mort  mercredi  dernier;  il  avait 
donc  bien  peur...  Il  y  a  dilTérentes  espèces  de  jalousie  ; 
en  ce  pays-ci  on  trouve  plus  de  femmes  jalouses  par 
ambitiou  que  par  amour,  car  elles  veulent  tout  gou- 
verner... et  toujours  raisonner  des  affaires  de  l'État. 
Elles  me  donnent  une  telle  impatience  que  j'en  vou- 
drais trépigner  et  frapper  du  pied. 

...  Un  homme  fort  habile  que  je  connais  et  qui  s''ap- 
pelle  M.  de  Haye...  m'a  montré  une  chose  fort  cu- 
rieuse, savoir  trente  pions  d'un  jeu  de  dames  avec 
lequel  Charlequins  ^  jouait  au  trictrac  ou  auN;  dames.  Ils 
sont  en  bois  léger,  rouges  et  blancs.  Sur  chacun  de 
ces  pions  se  trouve  un  portrait,  repoussé,  ça  a  l'air 
d'être  de  l'or  fondu,  aux  couleurs  vives.  11  y  a  Charle- 
quins lui-même,  et  beaucoup  de  gens  qui  ont  vécu  de 
son  temps  :  Soliman,  l'empereur  turc,  un  électeur  de 
Saxe,  un  duc  de  Bavière,  et  force  dames  dans  le  cos- 
tume d'alors.  Cela  est  très  beau.  On  attribue  ce  travail 
à  Albert  Durer  et  on  l'estime  à  plus  de  mille  pistoles. 
Cela  est  fort  curieux  aussi.  De  Haye  est  un  graveur  très 
habile,  il  a  l'intention  de  faire  graver  tout  cela  et  d'y 
ajouter  riiistoire  de  tous  ces  personnages.  Ce  sera 
bien  gentil... 

].  Charles-Quint. 


324  CORRESPONDANCE 

Saint-Cloud,  le  28  juillet  1720. 

...  Un  autre  fois  quand  vous  vous  piquerez  le  doigt, 
coupez  un  peu  l'ongle  de  ce  doigt-là,  mettez  l'endroit 
blessé  derrière  roreille  et  frottez  légèrement.  Je  vous 
garantis  que  jamais  vous  n'aurez  d'abcès  à  cet  en- 
droit-là... 

Saint-Cloud,  lo  4  août  n20. 

...  Vous  croyez  donc,  chère  Louise, que  je  ne  chante 
jamais  de  psaumes  et  de  cantiques  luthériens  ?  J'en 
sais  encore  beaucoup  par  cœur  et  les  chante  :  j'y 
trouve  une  grande  consolation.  Il  faut  cependant  que 
je  vous  conte  ce  qui  m'est  arrivé,  il  y  a  plus  de  vingt- 
cinq  ans  avec  mon  chant.  J'ignorais  que  M.  Rousseau 
qui  a  peint  l'orangerie,  fût  réformé.  Il  se  trouvait  sur 
un  échafaudage  tout  en  haut.  Je  me  croyais  seule 
dans  la  galerie  et  me  mis  à  chanter  tout  haut  le 
6"  psaume.  A  peine  eus-je  fini  le  premier  verset  que 
j'entendis  quelqu'un  descendre  en  grande  hâte  de 
l'échafaudage.  C'était  M.  Rousseau  qui  se  jetait  à  mes 
pieds.  Je  crus  qu'il  devenait  fou  :  «  Bon  Dieu,  M.  Rous- 
seau, lui  dis-je,  qu'avez-vous?  —  Est-il  possible,.  Ma- 
dame, s'écria-t-il,  que  vous  vous  souvenies  encore  de 
vos  psaumes  et  les  chantes,  le  bon  Dieu  vous  bénisse 
et  vous  maintiene  dans  ces  bon  sentiments.  »  Et  en 
disajit  cela  il  avait  les  larmes  aux  yeux.  Quelques 
jours  après  il  se  sauva.  Je  ne  sais  où  il  est  allé,  mais 
où  qu'il  soit  je  lui  souhaite  beaucoup  de  bonheur  et 
de  joie.  C'est  un  excellent  peintre  en  fresques  et  très 
estimé... 


DE   MADAME,    DUCHESSE  D'ORLÉANS.       323 

Il  y  a  peu  de  médailles  antiques  qui  ne  se  trouvent 
dans  ma  collection,  car  j'en  ai  près  de  neuf  cents... 

Saint-Cloiul,  le  15  août  1720. 

...  Les  Parisiens  sont  les  plus  braves  gens  du  monde, 
si  le  parlement  ne  les  avait  pas  excités  à  la  révolte, 
jamais  ils  ne  se  seraient  soulevés... 

Quoi  qu'on  ait  pu  me  dire  en  faveur  du  système  de 
M.  Law,  je  n'y  ai  non  seulement  jamais  rien  compris, 
mais  de  plus  j'ai  toujours  fermement  cru  que  l'affaire 
finirait  mal.  Je  ne  sais  pas  farder  la  vérité,  aussi  ai-je 
dit  franchement  à  mon  fils  ma  façon  de  penser.  Il  me 
répondit  que  je  jugeais  mal  la  chose,  parce  que  je  ne 
la  comprenais  pas  bien.  11  a  voulu  me  l'expliquer, 
mais  plus  il  en  parle,  moins  je  comprends... 

Saint-Cloui,  le  IS  août  l';20. 

...  Jusqu'ici  on  s'est  tenu  tranquille.  Cela  durera  ce 
que  cela  pourra.  M.  Law  ne  peut  pas  sortir  de  chez 
lui.  Les  femmes  de  la  halle  ont  mis  des  gamins  tout 
autour  desa  maison  pour  l'espionner  afin  qu'ils  les  aver- 
tissent s'il  sortait.  Cela  ne  fait  présager  rien  de  bon 
pour  lui  et  je  crains  bien  que  nous  n'ayons  un  de  ces 
jours  un  nouveau  soulèvement  et  tumulte.  .  De  ma  vie 
je  n'ai  vu  un  Anglais  ou  Écossais  aussi  poltron 
qu'est  Law.  C'est  la  richesse  qui  le  rend  peureux,  te 
n'est  qu'à  contre-cœur  qu'on  abandonne  biens  et 
trésors.  J'imagine  qu'à  certaines  heures,  il  voudrait 
bien  être  en  Souciane^  ou  au  Missiisipi. 

1.  Louisians. 

11.  Ifl 


'M>  CORRESPONDANCE 

Saint-Cloud,  le  5  septembre  l'720. 

...  Tout  est  tranquille  ici,  à  vrai  dire,  mais  le  mécon- 
tentement est  grand,  ce  n'est  donc  qu'un  calme  fac- 
tice... Il  y  a  quelques  jours,  des  laquais  se  sont  rendus 
coupables  d'une  grande  insolence.  Je  ne  comprends 
pas  que  des  gens  tolèrent  que  leurs  laquais  soient  inso- 
lents à  ce  point.  Ils  ont  crié  à  M""  Law  qui  revenait 
de  la  promenade  toute  sorte  d'ignominies,  et  ils  ont 
lancé  des  pierres  à  la  pauvre  enfant.  Je  vois  bien  la 
raison  de  tout  cela.  Les  jeunes  seigneurs  du  temps 
actuel  se  sont  trop  commis  avec  leurs  laquais  ;  ils  s'en 
servent  pour  accomplir  toute  sorte  d'infamies  et  n'osent 
plus  leur  dire  quoi  que  ce  soit  :  les  laquais  sont  les 
maîtres... 

La  reine  de  Prusse  m'a  mandé  le  malheur  qui  leur 
est  arrivé  avec  cette  poudrière  qui  a  sauté...  Cela  me 
rappelle  une  aventure  qu'a  eue  M'""  de  Durafort  ^  à 
Besançon.  Elle  a  été  ma  dame  Datour.  Elle  était  sœur 
du  maréchal  de  Duras  et  tante  de  M""  de  Malause.  Le 
maréchal  était  gouverneur  de  Besançon. 

...  Au  fond  de  son  jardin  il  y  avait  des  niches  avec 
des  statues,  entre  autres  un  Jupiter  magnifique.  Le 
roi  l'a  acheté.  C'est  le  vrai  Jupiter  du  Capitole;  il  est 
maintenant  à  Versailles.  M""  de  Durafort  donc  était 
un  jour  toute  seule  dans  le  jardin  de  son  frère,  à 
Besançon.  Elle  alla  vers  cette  statue  et  dit  :  «  0  çà-, 
mons  jupitter,  on  dit  que  veus  avez  parlez  autre  fois 
nous    voila  seuls,  parlez-moy   donc  aussi  bien  tenez 

1.  Durfort. 

2.  Or  rà. 


DE   MADAME,  DUCHESSE  D'ORLÉANS.       327 

VOUS  la  bouche  entre  ouverte?»  Au  moment  même  où 
elle  prononçait  ce  mot,  le  moulin  à  poudre  sauta  avec 
un  grand  fracas.  M'"'-  de  Durafort  crut  que  c'était  Ju- 
piter qui  parlait,  elle  s'effraya  tellement  qu'elle  tomija 
droit  en  syncope  et  qu'on  dut  l'emporter  du  jardin... 

Saint-Cloud,  le  19  septembre  1720. 

...  Je  reçois  fort  souvent  de  ces  maudites  lettres 
anonymes.  Celle  que  je  reçus  avant-hier  m'a  fait  rire 
en  dépit  de  ma  mauvaise  humeur,  car  on  m'y  don- 
nait, avec  le  plus  grand  sérieux  du  monde,  le  conseil 
de  faire  enfermer  mon  fils  comme  fou;  parla,  ajoutait 
la  lettre,  on  ferait  tomber  toute  l'irritation  dont  il 
est  l'objet... 

Saint-Clûud,  ce  jeudi  3  octobre  n^O. 

...  Les  irrégularités  à  la  poste,  chère  Louise, 
viennent  uniquement  de  l'animosité  de  Torcy  et 
de  l'archevêque  de  Cambrai,  ou  de  l'envie  qu'ils  ont 
de  savoir  ce  que  j'écris.  Ne  pouvant  me  faire  d'af- 
faires avec  mon  fils,  ils  cherchent  à  m'attirer  la  haine 
des  autres  gens.  C'est  ainsi  qu'ils  m'ont  accusée  auprès 
du  maréchal  de  Villeroy  d'avoir  écrit  à  ma  fille  que 
lui  et  tous  ceux  qu'on  appelle  la  vieille  cour  sont  les 
ennemis  de  mon  fils.  Quand  on  m'a  parlé  de  la  ciiose, 
j'ai  répondu  froidement  :  «  Il  est  vray  je  l'ay  escrits 
a  ma  fille,  et  je  luy  escrit  parce  qu'il  est  vray  et  que 
les  lettres  de  lambassadeur  d'Espagne  en  ont  assez 
fait  foy  »... 


328  COnRESPONDANCE 

Sainl-Cloiul,  le  -20  octobre  17-20. 

Une  pauvre  femme  qui  est  toujours  auprès  de  moi 
—  elle  est  la  fille  de  mon  dernier  médecin  et  a  épousé 
un  Boerstel  —  a  failli  devenir  veuve  hier  par  suite 
d'un  accident  bien  étrange.  M.  Boerstel  traversait  la 
rue  Saint-Antoine  en  voiture.  Un  cocher  de  fiacre  — 
ce  sont  d'ordinaire  des  gens  fort  insolents  —  coupa 
la  rue  et  arrêta  M.  Boerstel.  Celui-ci  crie  au  cocher  de 
s'ôter  de  son  chemin.  Le  fiacre  lui  répond  avec  inso- 
lence. Boerstel  se  fâche  et  veut  lui  donner  des  coups. 
Mais  l'autre  crie  au  peuple  :  «  Yoila  Laws  qui  me 
veust  tuer  a  mon  secur!  »  Le  populaire  se  rassemble, 
s'arme  de  bâtons  et  de  pierres  et  commence  à  char- 
ger Boerstel.  11  dut  se  sauver  à  l'église.  Ils  l'ont  pour- 
suivi jusqu'à  l'autel;  par  bonheur  il  y  avait  près  de 
là  une  petite  porte  qui  était  ouverte.  11  s'y  glissa  avec 
le  jeune  gentilhomme  qui  était  avec  lui  et  ferma  la 
porte;  sans  cela,  il  eût  été  lapidé  et  assommé... 

Saint-Cloud.le  1-2  octobre  1720. 

...  A  propos,  je  me  suis  informée  du  pauvre  M.  Rous- 
seau, qui  fut  tellement  heureux  lorsqu'il  m'entendit 
chanter  les  psaumes  à  l'Orangerie.  J'ai  voulu  savoir 
où  il  était  passé.  11  est  mort  en  Hollande.  Cela  me 
fait  de  la  peine.  Je  ne  crois  pas  que  Law  soit  méchant 
au  point  d'avoir  fait  tout  cela  avec  intention,  mais 
tout  n'en  est  pas  moins  en  un  piteux  état...  De  plus, 
il  ne  pouvait  pas  deviner  que  tous  les  Français,  et  en 
particulier  les  princes  de  la  famille  royale,  seraient 


DE   MADAME,   DUCHESSE   D'OHLÉANS.       329 

si  horriblement  rapaces.  Mais  ne  parlons  pas  de  cela. 
J'avais  eu  pour  page  un  jeune  gentilhomme  du  nom 
de  Neuhof.  Il  s'était  bien  conduit  :  je  l'ai  donc  fait 
recommander  à  l'Electeur  de  Bavière,  qui  lui  a  donné 
une  bonne  compagnie.  Mais  il  s'est  mis  à  jouer  en 
Bavière  et  ensuite  de  cela,  il  est  devenu  un  coquin, 
un  excroq.  Il  empruntait  de  l'argent  qu'il  ne  rendait 
pas.  Il  dit  un  jour  à  deux  chevaliers  de  Malte  :  «  J'ai 
encore  un  oncle  et  une  tante  chez  Madame.  Mon  oncle 
c'est  M.  Wendt,  et  ma  tante  M'""  de  Rathsamhausen. 
Je  vais  vous  donner  une  lettre  pour  l'un  et  l'autre  ; 
ils  vous  payeront  immédiatement  ».  Et  il  leur  remet 
des  lettres  cachetées.  Quand  ces  cavaliers   vinrent 
ici,  ils  dirent  à  Wendt  et  à  M""'  de  Rathsamhausen 
qu'ils  avaient  des  lettres  de  leur  neveu  Neuhof  pour 
eux.  «  Nous  connaissons  fort  bien  Neuhof,  répondi- 
rent-ils; il  a  été  page  de  Madame,  mais  il  n'est  pas 
notre  parent  ».  Ils  ouvrent  les  lettres  :  il  n'y  avait  que 
du  papier  blanc.  Par  là  les  deux  pauvres  chevaliers 
de  Malte  virent  bien  qu'il  les  avait  trompés.  Ils  me 
demandèrent  conseil.  «  Cet  homme,  répondis-je,  n'est 
pas  à  mon  service;  faites-en  ce  que  vous  voudrez...» 
Neuhof  vint  à  Paris;  son  beau-frère  voulut  lui  faire 
une  semonce;  le  gentil  enfant  tenta  de  l'assassiner, 
mais  apprenant  qu'on  allait  l'arrêter  et  le  mettre  en 
prison,  il  se  sauva  en  Angleterre.  Là  une  dame  s'é- 
prit de  lui,  car  il  est  bien  de  sa  personne;  il  n'est  pas 
laid  de  figure  et  sait  causer.  Cette  femme  l'épouse. 
Dès  qu'ils  sont  mariés,  il  lui  vole  tout  et  se  sauve 
avec  à  Paris.  Elle  le  suit.  Lui  se  dit  que  cela  pourrait 
bien  lui  jouer  un  mauvais  tour,  et  s'en  va  en  Espagne. 


330  CORRESPONDANCE 

Là  il  se  marie  dereclief.  Je  ne  sais  où  a  passé  l'An- 
glaise. J'ignore  aussi  si  le  beau  jeune  homme  n'a  pas 
une  troisième  épouse  en  Bavière;  il  pourrait  au  fond 
se  contenter  de  deux.  II  a  eu  l'insolence  de  m'écrire 
une  longue  lettre  pour  m'offrir  ses  services  et  il  est 
venu  à  Paris...  Je  lui  ai  fait  défendre  de  jamais  se 
présenter  devant  moi.  Un  jour,  en  allant  aux  Carmé- 
lites, je  le  rencontrai,  il  était  en  voiture.  «  Voilà 
c'est honneste  garson  de  Neuhoff  «,dis-je.  Il  baissa  les 
yeux  et  devint  blanc  comme  le  papier  sur  lequel  je 
vous  écris...  Il  a  volé  à  sa  sœur  tout  ce  qu'elle  avait, 
deux  cent  mille  francs;  on  prétend  aussi  qu'il  a  pris 
un  million  au  frère  de  M.  Lavv.  Personne  ne  sait  où 
il  est  allé;  tout  d'un  coup  il  avait  disparu.  Sa  sœur, 
]\jnic  (\q  Trévoux,  est  au  désespoir  *. 

Saint-Cloud,  le  30  octobre  1"20. 

...  Je  n'aurais  pas  reconnu  le  prince  Eugène  dans 
ce  portrait;  car,  quand  il  était  ici,  il  avait  un  petit 
nez  retroussé,  et  sur  cette  gravure  on  le  lui  fait  long 
et  pointu.  Il  avait  le  nez  tellement  retroussé  que  tou- 
jours il  tenait  la  bouche  ouverte  :  on  voyait  fort  bien 
les  deux  grosses  dents  de  devant.  Je  le  connais  parfai- 
tement. Quand  il  était  petit,  je  le  tourmentais  beau- 
coup. On  voulait  qu'il  entrât  dans  les  ordres;  il  était 
habillé  comme  un  abbé,  et  moi  je  l'assurais  toujours 
qu'il  n'en  deviendrait  pas  un.  C'est  en  effet  ce  qui  est 

1.  Ce  page  Ncuhof,  né  à  Metz  en  ICSG  d'une  famille  wcsphalienne, 
élevé  chez  les  jésuites  do  Jluiistcr,  est  le  futur  roi  de  Corse,  Théo- 
dore I". 


DE   MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       331 

arrivé...  J'ai  connu  toute  sa  famille,  père,  mère, 
frère,  sœurs,  oncles  et  tantes.  Il  ne  m'est  donc  pas 
inconnu  du  tout;  mais  il  est  impossible  que  son  nez 
soit  devenu  long  et  pointu.  M"'"  d'Orléans  dit  que  peut- 
être  il  aura  perdu  les  dents  et  que  ceci  aura  tiré 
vers  le  bas  son  nez  qui  remontait.  Je  ne  sais  si  la 
chose  est  possible... 

J'ai  bien  dû  rire  de  ce  que  M.  de  Lutzelbourg  aussi 
est  comte  à  cette  heure.  Ce  comte-là,  je  l'ai  connu 
page  chez  le  feu  prince  de  Conti.  On  a  trouvé  fort 
risible  ici  qu'on  l'ait  mis  comme  gouverneur  auprès 
du  Prince  électoral  de  Saxe.  Mais  nos  Allemands  ont 
ce  défaut  que  tout  ce  qui  vient  de  France,  ils  le  tien- 
nent pour  parfait.  M.  de  Lutzelbourg  a  de  l'esprit, 
mais  ses  mœurs  ne  conviennent  pas  du  tout  au  rôle 
de  gouverneur  d'un  jeune  prince... 

Saint-Cloud,  lo  9  novembre  1720. 

...  A  Paris,  leMississipifait  le  désespoir  d'autant  de 
gens  que  la  mer  du  Sud  en  Angleterre.  Mercredi  der- 
nier encore,  un  homme  s'est  jeté  par  la  fenêtre,  de 
désespoir,  et  s'est  cassé  le  cou.  Je  ne  voudrais  pas 
être  dans  la  peau  de  M.  Law.  Il  a  trop  à  répondre  de- 
vant Dieu  d'avoir  causé  tant  de  malheurs.  Si  les  Fran- 
çais se  mettent  une  fois  à  suivre  la  mode  anglaise  et 
à  se  tuer,  il  en  périra  autant  par  là  que  de  la  peste, 
car  tout  est  aflaire  de  mode  dans  ce  pays... 

Le  baron  Goertz  m'a  écrit,  il  y  a  quelques  semaines, 
que  les  rois  d'Angleterre  et  de  Prusse  avaient  pris 
des  résolutions  tellement  favorables  aux  pauvres  ha- 
bitants duPalatinat!...  Mais  je  ne  vois  pas  qu'il  en  ré- 


332  CORRESPONDAINCE 

suite  quoi  que  ce  soit.  Un  souverain  ne  devrait  pas 
haïr  ses  sujets,  il  doit  les  aimer  comme  un  père  ou  il 
aura  à  en  répondre  devant  Dieu.  Je  crois  que  tous  les 
prêtres  de  l'Électeur  se  damneront  à  force  de  mo- 
lester les  pauvres  gens  d'Heidelberg... 

Saint-Cloud,  le  21  novembre  17-20. 

...  Il  faut  que  la  princesse  de  Siegen  soit  plus 
gentille  que  son  mari,  qui  est  un  personnage  fort 
ennuyeux...  Un  jour  il  vint  me  trouver  et  me  dit  qu'il 
fallait  que  je  l'appuie  en  tout.  «  Pourquoi?  dis-je.  — 
Parce  que  je  me  suis  fait  catholique,  répondit-il;  les 
autres  princes  et  comtes  de  Nassau,  qui  sont  hugue- 
nots, obtiendraient  sans  cela  plus  d'avantages  que 
moi,  prince  catholique.  —  Votre  religion,  lui  dis-je 
en  riant,  est  votre  affaire  et  non  la  mienne.  Toute  ma 
vie  j'ai  tend  en  haute  estime  toute  la  maison  de 
Nassau;  mon  christianisme  ù.  moi  et  la  parole  de 
Dieu  m'enseignent  à  aimer  le  prochain  et  non  à  le 
haïr  et  à  lui  nuire  à  cause  de  la  religion  qu'il  pro- 
fesse. Vous  ne  pouviez  donc  pas  vous  adresser  plus  mal 
pour  trouver  quelqu'un  qui  fût  partial  pour  ce  motif 
là.  De  toute  la  maison  de  Nassau  j'estimerai  davantage 
ceux  que  je  trouverai  les  plus  honnêtes,  à  quelque 
religion  d'ailleurs  qu'ils  puissent  appartenir.  »  11  de- 
vint cramoisi  et  s'en  alla  tout  confus... 


DE   MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS,      333 

Saint-Cloud,  1d  28  novembre  l"-20. 

...  La  duchesse  de  Hanovre  va  rester  au  Luxem- 
bourg S  jusqu'à  ce  qu'elle  ait  une  maison  à  elle...  Il 
n'est  pas  étonnant  que  la  duchesse  aime  la  France, 
elle  y  est  née,  y  a  été  élevée  et  y  a  une  sœur  chérie. 
On  ne  peut  cependant  pas  appeler  Paris  sa  patrie,  car 
sa  mère  était  plutôt  italienne  que  française  ;  c'était  une 
princesse  de  Mantoue,  la  propre  nièce  ou  tante  de 
l'impératrice  Léonore,  je  ne  sais  plus  au  juste... 

S:iint-Cloud,  le  :'0  novembre  l'-iO. 

...  La  duchesse  de  Hanovre  est  si  peu  changée  dans 
les  vingt-sept  ans  qui  viennent  de  s'écouler,  que  c'est 
vraiment  étonnant.  Mais,  entre  nous  soit  dit,  il  faut 
qu'elle  ait  tant  soi  peu  fourré  son  doigt  dans  le  pot 
de  rouge  de  sa  maman,  car  san  teint  est  tout  à  fait 
comme  était  celui  de  sa  mère. 

L'Impératrice-  l'aurait  volontiers  gardée  à  Vienne, 
mais  je  ne  peux  la  blâmer  de  ne  pas  y  être  restée,  car 
on  prétend  que  M"«  sa  fille  voulait  la  mettre  dans  le 
couvent  qu'elle  a  fondé,  et  les  couvents  ne  font  pas 
l'affaire  de  tout  le  monde,  moi  du  moins  je  ne  pourrais 
y  exister...  Notre  duchesse  n'est  pas  assez  folle  pour  se 
laisser  enfermer  dans  un  couvent,  mais  je  peux  aisé- 
ment deviner  pourquoi  elle  en  aura  répandu  le  bruit, 

1.  Chez  sa  sœur  —  Mme  i;i  princesse.  Toutes  deux  étaient  Cllcs 
d'Edouard,  comte  palatin  du  Rhin  et  d'Anne  de  Gonzague. 

i.  L'impératrice  douarièrc  Whilhelmine  Amélie,  veuve  do  Joseph  ]<f, 
était  fille  do  la  duchesse  de  Hanovre. 

19. 


334  CORRESPONDANCE 

c'est  que  la  rumeur  publique  veut  qu'elle  ait  contracté 
un  mariage  de  conscience  avec  son  secrétaire  italien. 
C'est  pourquoi  elle  aura  dit  qu'elle  avait  l'intention  de 
se  retirer  dans  un  couvent,  en  France,  afin  que  l'im- 
pératrice, sa  fille,  n'ajoute  pas  foi  à  cette  rumeur, 
laquelle  est  grandement  répandue  ici  aussi.  Vous 
devez  connaître  celui  qu'on  accuse  d'être  son  mari, 
car  elle  l'avait  auprès  d'elle  à  Hanovre  déjà;  si  je  ne 
nie  trompe,  il  se  nomme  Marcelli... 

Paris  le  14  déccmbro  1~20. 

...  C'est  un  vilain  compliment  à  faire  aux  gens  que 
de  leur  dire  qu'ils  vont  avoir  droit  au  titre  de  bisaïeule 
Je  l'ai  été,  car  la  duchesse  de  Berry  a  eu  deux  filles 
et  un  garçon...  Je  n'ai  pas  vu  le  derniar;  quand  il  na- 
quit et  mourut,  j'étais  avec  le  roi,  à  Rambouillet. 

...  Si  ce  qu'on  dit  de  la  princesse  de  Modène  est  vrai, 
elle  ne  sera  pas  enceinte  de  si  tôt.  On  prétend  qu'elle 
ne  veut  pas  coucher  avec  son  mari  :  c'est  qu'elle  a 
bien  mauvaise  tête  et  qu'elle  n'écoute  personne... 

Paris,  le  28  décembre  l~-20. 

...  J'avoue  que  ce  m'est  désagréable  d'apprendre 
que  des  cadets  de  maisons  princières  se  marient  :  cela 
produit  des  sei  gneurs  aux  petites  parts  et  des  princes 
archipauvres.  Quel  singulier  cadeau  que  ce  prince  et 
cette  princesse  indiens  !  Le  landgrave,  à  mon  avis, 
ferait  bien  de  leur  faire  payer  une  rançon  et  de  les 
renvoyer  chez  eux.  Du  moment  qu'ils  se  peignent  de 
couleurs  différentes,  ce  sont  des  sauvages  d'Amérique. 


DE   MADAME,   DUCHESSE   D'ORLEANS.      335 

Mais  parmi  ceux-ci  il  n'y  a  ni  princes  ni  nobles;  ils 
sont  tous  égaux.  Ils  n'obéissent  à  leurs  cliefs  que 
tant  que  dure  la  guerre.  Après,  ceux-ci  retombent 
au  môme  rang  que  les  autres.  Il  en  vient  souvent  ici, 
c'est  pourquoi  je  sais  fort  bien  comment  se  passent  les 
choses  au  Canada.  De  plus,  une  de  mes  femmes  de 
chambre  a  épousé  un  gentilhomme  français  du  nom 
de  Longueil.  Il  a  tous  ses  biens  au  Canada  et  y  est  au 
service  du  roi...  Elle  était  ici  il  y  a  vingt-trois  ans. 
C'est  alors  qu'elle  m'a  dépeint  toute  la  manière  de  vivre 
de  ces  sauvages.  Je  la  connais  donc  dans  la  perfection  : 
aucun  capitaine  de  vaisseau  ne  pourrait  me  faire 
accroire  quoi  que  ce  soit... 

Paris,  le  l^r  février  1721. 

...  Je  maigris  tellement  et  je  suis  si  lasse,  qu'à 
peine  je  peux  tenir  la  plume...  Je  crois  que  je  finirai 
par  sécher  comme  la  tortue  que  j'avais  dans  ma 
chambre,  à  Heidelberg... 

Paris,  le  15  février  l';21, 

...  Hier  M.  Marlirce^  m'a  amené  le  prince  Charles 
de  Hesse,  Philipsthal...  Il  veut  à  toute  force  prendre 
du  service  en  France.  Je  lui  ai  conseillé  de  d'abord... 
tout  bien  examiner,  car  je  suis  persuadée  que  s'il 
voyait  comment  les  choses  se  passent  ici,  à  quel  point 
les  étrangers  sont  méprisés  et  qu'ils  ne  peuvent  arriver 
à  rien,  l'envie  lui  en  passerait  bien... 

1.   Sans  duute  le  Martini  de  la  page  IG-l. 


336  CORRESPONDANCE 

Paris,  le  20  février  17-21. 

...  Avant  hier  j'eus  une  grande  visite.  On  m'amena 
le  jeune  roi.  Il  n'avait  avec  lui  que  deux  personnes  qui 
avaient  des  mines  bien  sérieuses,  savoir  :  son  grand 
écuyer,  le  prince  Charles,  de  la  maison  de  Lorraine, 
et  le  duc  de  Noailles,  le  premier  capitaine  des  gardes. 
A  ce  moment  là  je  ne  savais  pas  ce  qu'ils  avaient  sur 
le  cœur  ;  je  ne  l'ai  appris  qu'hier.  Le  prince  Charles 
a  épousé,  il  y  a  deux  ans,  la  fille  du  duc  de  Noailles. 
Elle  était  encore  tout  à  fait  une  enfant  :  elle  n'avait 
que  douze  ans.  Pendant  une  année  on  l'a  tenue  éloi- 
gnée de  son  mari  ;  mais  depuis  un  an  ils  sont  ensemble. 
Cette  enfant  est  devenue  une  gentille  femme,  ver- 
tueuse, aimant  son  mari  de  tout  cœur.  Il  n'y  a 
rien  d'étonnant  à  cela,  car  c'est  un  bel  homme.  Mais 
ce  dont  il  faut  s'étonner,  c'est  que  cette  jeune  femme 
d'à  peine  quinze  ans  ne  soit  pas  devenue  coquette, 
comme  le  sont  presque  toutes  ses  pareilles  en  France. 
Elle  a  eu  une  conduite  irréprochable  à  tous  égards, 
quoiqu'elle  vît  que  son  mari  n'avait  aucune  inclination 
pour  elle.  Et  pourtant  elle  a  une  jolie  figure  et  elle 
est  bien  faite.  Avant  hier,  dans  la  matinée,  le  prince 
Charles  se  rendit  auprès  d'elle  et  lui  dit  :  «  Madame, 
Il  faut  nous  séparer,  je  ne  me  trouve  pas  assez  de 
bien  pour  vous  entretenir.  )^  —  La  pauvre  petite 
femme  fut  remplie  d'effroi:  «  si  je  vous  aye  desplus 
dans  ma  conduitte,  lui  répondit-elle,  dittes  moy  ce 
que  c'est  et  je  m'en  corrigeres;  pour  le  bien,  mettes 
moy  dans  une  chambre,  ne  me  donnes  que  du  pain  et 


DE   MADAME,   DUCHESSE  D'ORLEANS.       337 

de  l'eau  et  que  je  vous  puisse  voir,  je  seres  contente. 
—  Je  suis  très  content  de  votre  conduitte^  répliqua- 
t-il,  je  n'ay  pas  la  moindre  plainte  contre  vous,  mais 
en  un  mot  comme  en  mille,  vous  estes  mon  aversion, 
je  ne  vous  puis  souffrir,  ainsi  je  veux  que  vous 
retourniez  ches  vostre  père.  »  La  pauvrette  se  mit  à 
pleurer  amèrement.  «  A  quoy  bon  ces  pleures,  lui 
dit-il,  ils  ne  m'attendrissent,  ailes  vous  en.  —  Puisque 
je  suis  si  mal  avec  vous,  répondit-elle,  il  n'est  pas 
juste  que  j'aille  dans  la  maison  de  mon  père,  il  faut 
me  cacher  à  jamais.  »  Et  là-dessus  elle  lit  venir  tous 
ses  domestiques  et  les  paya  bien.  Tout  le  monde  dans 
la  maison  pleurait.  Elle  monta  en  voiture  et  se  fit 
conduire  dans  un  couvent,  au.x  Filles  Sainte-Marie,  où 
efUe  a  une  tante.  Tout  le  monde  plaignait  la  pauvre 
créature.  Quant  à  moi  je  n'ai  pu  entendre  raconter 
son  histoire  sans  verser  des  larmes.  Personne  ne  sait 
ce  qui  a  pris  au  prince,  car  jusqu'ici  il  avait  eu  l'air 
fort  doux.  Avant  son  mariage  il  était  très  épris  d'une 
dame,  qui  est  veuve  à  présent.  D'aucuns  pensent  que 
c'est  là  la  raison  pour  laquelle  il  se  conduit  ainsi... 

Paris,  le  22  lovrier  n2l. 

...  Hier  le  duc  de  La  Force  a  subi  un  grand  affront. 
Il  voulait  occuper  au  parlement  son  siège  de  duc  et 
pair,  mais  le  premier  président  l'en  a  empêché  et  a 
appelé  un  huissier  auquel  il  dit  :  «  Faites  sortir  la 
force.  »...  On  pense  qu'il  sera  dégradé  de  son  duché. 
C'est  là  un  vrai  châtiment  de  Dieu...  Il  a  laissé  mourir 
de  faim  sa  pauvre  mère  et  a  horriblement  persécuté 


338  CORRESPONDANCE 

les  pauvres  réformés,  ce  qui  lui  valut  une  pension  du 
roi,  que  le  P.  La  Clmise  et  la  Maintenon  lui  ont  obte- 
nue... 

Paris,  le  6  mars  1721. 

...  M.  de  Louvois  lisait  toutes  mes  lettres,  mais  il 
avait  des  traducteurs  fort  savants...  Torcy  n'en  a 
jamais  eu  d'aussi  habiles...  L'abbé  Dubois  imite  ces 
deux  ministres.  Comme  dit  le  proverbe  français, 
«  c'est  un  petit  chien  qui  fait  comme  les  grand  jl  pisse 
Contre  le  mur  parce  qu'il  les  y  voit  pisser  »...  C'est 
bien  le  prêtre  le  plus  méchant  et  le  plus  intéressé 
qu'il  soit  possible  de  voir,  et  Dieu  le  punira;  son  châ- 
timent ne  se  fera  pas  attendre... 

Paris,  le  8  mars  n-21. 

...  Mon  fils  vit  très  bien  avec  moi.  11  me  témoigne 
une  grande  amitié.  Il  avait  bien  peur  de  me  voir  mou- 
rir, et  quand  il  m'a  vue  revenir  à  la  santé,  il  était  bien 
heureux.  Ses  visites  me  font  plus  de  bien  que  le  quin- 
quina, elles  ne  me  pèsent  pas  sur  l'estomac  et  me 
réjouissent  le  cœur.  Il  a  toujours  quelque  chose  de 
drôle  à  me  raconter  pour  me  faire  rire...  Je  ne  lui 
suis  bonne  à  rien,  mais  je  l'aime  de  tout  mon  cœur... 
Tant  qu'il  a  pu  procurer  de  l'argent  à  M.  le  Duc,  celui- 
ci  feignait  de  n'aimer  personne  au  monde  plus  que 
lui;  maintenant  qu'il  n'y  a  plus  rien  à  gagner,  il  s'est 
mis  contre  lui  en  toutes  choses. 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.       339 

Paris,  le  -29  mars  nil. 

...  Hier  matin  arriva  un  courrier  porteur  de  la  nou- 
velle que  le  pape  est  enfin  mort  le  19  de  ce  mois.  Les 
cardinaux  d'ici  sont  tous  tristes  d'avoir  à  aller  à 
Rome  pour  faire  un  autre  pape;  cela  leur  coûte  gros 
et  les  éloigne  de  Paris  où  ils  aiment  tant  être  ; 
mais  aussi,  pourquoi  tous  les  prêtres  veulent-ils  pas- 
ser cardinaux?  Et  après,  ils  sont  au  désespoir  d'être 
obligés  de  se  rendre  à  Rome...  Les  princes'  sont  si 
mal  élevés,  parce  qu'ils  ont  perdu  leur  père  de  bien 
bonne  heure,  et  la  mère  ne  songe...  qu'à  se  divertir, 
à  jouer  jusqu'à  cinq  heures  du  matin,  à  manger  et  à 
aller  au  spectacle...  Mais  elle  en  est  bien  punie  par 
ses  enfants  mêmes.  Quand,  un  jour,  elle  voulut  laver 
la  tête  au  comte  de  Charolais,  à  propos  de  l'existence 
dévergondée  qu'il  mène,  il  lui  répondit  :  «  jl  faut  que 
le  jeune  Lassé  -  n'ayt  pas  bien  fait  son  devoir  cette 
nuit  que  vous  estes  de  si  mauvais  humeur  si  vous 
nous  donnies  des  meilleurs  exemples  nous  vivrions 
mieux.  » 

Paris,  ce  samedi  12  avril  1721. 

...  Je  ne  suis  les  modes  que  de  loin,  et  il  en  est  que 
je  n'adopte  pas  du  tout,  comme  les  paniers,  que  je  ne 
porte  pas,  et  les  robes  ballanleSj,  que  je  ne  peux  souf- 
frir. Je  trouve  que  c'est  impertinent  d'en  mettre  ; 
aussi  nulle  femme  qui  en  porte  n'est-elle  admise  en 

1.  Do  Coudé. 

2.  Lassay. 


340  CORRESPONDANCE 

ma  présence  :  c'est  comme  si  on  allait  se  mettre  au 
lit.  Il  n'y  a  aucune  règle  pour  les  modes  :  ce  sont  les 
faiseuses  de  robes  de  chambre  et  les  coiffeuses  qui  les 
font.  Je  n'ai  jamais  suivi  à  l'excès  la  mode  des  hautes 
coiffures... 

Saint-Cloud,  le  26  avril  17-21. 

...  Tout  ce  qu'on  lit  dans  la  bible  sur  la  façon  dont 
se  passaient  les  choses  avant  le  déluge,  ou  à  Sodome 
et  à  Gomorrhe,  n'est  rien  à  côté  de  la  vie  qu'on  mène 
à  Paris.  Sur  neuf  jeunes  gens  de  qualité  qui  dînaient 
il  y  a",  quelques  jours  avec  mon  petit-fils  le  duc  de 
Chartres,  sept  avaient  le  mal  français.  N'est-ce  pas 
affreux  ? 

Saint-Cloud,  le  8  mai  n2l. 

...  La  Maintenon  avait  coutume  de  dire  :  a  Despuis 
quelques  années  jl  règne  un  esprit  de  Vertige  qui  ce 
respand  partout  »  ;  et  en  ceci  elle  avait  bien  raison. 

Le  margrave  de  Bayreuth  et  sa  femme  sont,  dit-on, 
un  couple  prodigieux.  A  cette  cour-là  et  à  leur  Ermi- 
tage l'esprit  de  vertige  règne  aussi  ;  on  s'imagine 
facilement  que  le  margraviat  est  en  un  piteux  état... 

Saint-Cloud,  lo  12  juin  1721. 

...  Ma  fille  vit  dans  un  tourment  continuel  :  il  ne 
peut  lui  être  agréable  de  voir  qu'on  aime  mieux  sa 
surintendante  qu'elle...  Le  mari  de  cette  dame  est  le 
plus  grand  coquin  que  l'on  puisse  trouver  au  monde  : 
il  ruine  le  duc  de  Lorraine  à  fond.  Ma  fille  pourrait 
bien  prendre  son  parti   quant  à  l'affection  de  son 


DE   MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.      341 

mari,  mais  de  voir  ses  enfants  ruinés  par  ce  vilain 
c...  de  Craon,  c'est  là  ce  qui  TaflQige... 

Saint-Cloud,  le  21  juin  n-21. 

...  Je  ne  sais  rien  de  neuf  aujourd'hui.  Je  vais  donc 
vous  raconter  une  vieille  histoire  qui  m^est  arrivée 
quand  je  fus  pour  la  première  fois  à  Boisfontaine... 
J'étais  fort  jeune  alors,  j'avais  à  peine  vingt-trois  ans, 
j'étais  donc  assez  étourdie  encore.  Or  il  arrive  à  ces 
pauvres  moines  de  devenir  tout  à  fait  fous,  parce  qu'il 
ne  leur  est  jamais  peninis  de  parler.  Ma  pauvre 
Théobon  et  moi  donc  nous  nous  mîmes  à  courir  par 
tout  le  couvent,  et,  trouvant  une  porte  où  la  clef  était 
dans  la  serrure,  j'ouvris  et  entrai  dans  la  cellule.  Un 
moine  pareil  à  un  spectre  s'avança  vers  moi  ;  il  n'avait 
que  la  peau  sur  les  os,  étaitjaune  comme  un  coing  et 
d'une  taille  énorme;  il  avait  les  yeux  hagards,  les 
lèvres  blêmes;  cet  homme  se  jette  à  terre,  saisit  mes 
deux  pieds  et  les  tient  tellement  serrés  que  je  ne  pus 
remuer.  Moi  qui  ne  crains  rien  tant  que  les  fous!  Jugez 
de  ma  terreur.  Je  n'en  pris  pas  moins  mon  cœur  à 
deux  mains  etlui  dis:  «  Levez-vous,  je  vous  l'ordonne  » 
d'une  voix  résolue,  car,  me  disais-je,  «  ces  gens-là 
sont  habitués  à  obéir  »  ;  j'étais  venue  à  cheval  en 
habit  de  chasse,  il  me  prit  donc  pour  un  homme. 
Théobon  s'était  sauvée  pour  chercher  du  secours, 
disait-elle,  mais  je  crois,  moi,  que  c'était  parce  qu'elle 
avait  peur,  car  le  gaillard  avait  un  air  bien  terrible. 
Dès  qu'il  eut  lâché  mes  pieds,  je  me  sauvai  moi  aussi, 
car  en   ce  temps-là  je  savais  courir  encore.  Malgré 


342  CORRESPONDANCE 

tout,  cette  aventure  me  faisait  bien  rire.  Six  ans  après 
nous  retournons  à  Villers-Cotterets.  On  me  dit  un 
matin  que  le  procureur  de  la  Chartreuse  veut  me 
rendre  visite  et  me  faire  le  compliment  ordinaire  au 
nom  de  son  couvent;  les  chartreux  ont  l'habitude 
aussi  de  vous  faire  remettre  un  cadeau  :  de  petits 
écrans  et  des  balais.  J'étais  habillée,  et  dis  de  faire 
entrer.  Quand  il  vint  dans  ma  chambre,  je  le  reconnus 
immédiatement,  quoiqu'il  eût  pris  de  l'embonpoint  et 
qu'il  ne  fît  plus  des  yeux  égarés.  11  avait  l'air  raison- 
nable, mais  en  voyant  ma  stupéfaction,  il  devint  cra- 
moisi. Après  qu'il  m'eut  fait  son  compliment,  il  se 
mit  à  rire  et  dit  :  «  J'ay  pour  i  que  V.  A.  R.  me 
trouvera  bien  effronté  doser  reparoitre  devant  Elle 
après  lorrible  Estât  ou  Elle  ma  veûe  et  ou  je  luy  ay 
fait  grand  peur,  mais  il  est  de  ma  charge  de  venir  et 
cette  mortification  m'est  bien  deiie  pourveiie  que  je 
ne  fasse  pas  encore  peur  à  Madam.e.  «  —  «  Non  mon 
père,  lui  répondis-je,  quand  vous  me  parleres  aussi 
raisonablement  que  vous  faittes  pressentement,  je  ne 
poures  avoir  peur  de  vous,  mais  jl  est  vray  que  je  vous 
ay  veùe  bien  malade.  »  —  «  Madame  a  trop  de  bonté, 
dit-il  en  riant,  de  voulloir  mespargner  la  honte  d'avoir 
paru  si  fol  devant  ces  yeux.  »  —  «  Qu'est-ce  qui  vous 
a  guérie?  »  demandai-je.  —  «  La  charité  de  notre 
supérieur,  me  répondit-il,  qui  voyant  que  j'estois 
devenu  fol  manque  de  sosieté  ma  permis  de  m'entre- 
tenir  avec  le  monde  et  petit  à  petit  voyant  que  cela 
faissoit  vn  I)on  Effect  sur  mon  Esprit  ma  charges  des 

].  Peur. 


DE   MADAME,   DUCHESSE  D'ORLEANS.      343 

affaire  de  la  maison,  ou  jl  a  fallu  parler  tout  les  jours 
a  du  monde  ce  la  par  la  grâce  de  Dieu  tout  jndigne 
que  je  suis  m'a  rendu  le  peu  d'Esprit  que  j'avois  Au 
lieu  donc  de  cacher  le  malheur  que  j'avois  eiie,  je  dois 
Le  publier  par  tout  pour  rendre  grâce  a  Dieu  de 
m'avoir  remis  dans  mon  bon  sens.  »  Je  le  trouvai  si 
raisonnable  que  je  me  mis  à  causer  longuement  avec 
lui...  11  rit  de  sa  folie  et  convint  que  son  ordre  était  trop 
sévère,  mais  sans  vouloir  approfondir  la  chose,  se  con- 
tentant de  hausser  les  épaules  et  de  baisser  les  yeux... 

Saint-Cloud,  le  17  juillet  n-21. 

...  Si  votre  nièce  la  comtesse  de  Degenfeld  aime 
bien  son  mari,  elle  trouvera  que  tout  est  bien  et 
magnifique  en  Allemagne,  car  l'amour  est  une  sauce 
qui  fait  passer  tous  les  morceaux...  et,  comme  Ton 
chante  dans  le  prologue  de  Pourceauniac, 

Quand  deux  cœurs  s'aiment  bien. 
Tout  le  reste,   tout  le  reste  n'est  rien. 

Saint-Cloud,  le  24  juillet  Hil. 

...  Dieu  merci,  la  peste  perd  de  son  intensité  en 
Provence.  Elle  ne  rend  pas  les  gens  plus  pieux. 
Chose  étonnante  :  à  l'hôpital  de  Toulon  il  a  fallu 
marier  dix-huit  personnes,  parce  que,  malgréla  peste, 
elles  avaient  tenu  une  conduite  légère... 

11  est  certain  que  quiconque  a  vu  la  Hollande  trouve 
qu'en  yMlemagne  on  est  malpropre,  mais  pour  trouver 
l'Allemagne  propre  et  agréable,  il  faut  passer  par  la 
France  :  rien  n'est  plus  puant  et  plus  dégoûtant  que 
Paris... 


344  CORRESPONDANCE 

Cartouche  s'est  retiré  en  Flandre,  mais  je  ne  pense 
pas  qu'il  puisse,  malgré  toute  sa  genllllesse^  échap- 
per à  la  potence... 

Ma  fille,  Dieu  merci,  est  entièrement  remise.  Il  va 
y  avoir  une  noce  à  la  cour  de  Lorraine:  Un  prince  de 
la  maison,  qu'on  nomme  le  chevalier  de  Lorraine,  —  il 
est  fils  du  comte  de  Marsan  —  épouse  la  deuxième  fille 
de  M"'«  de  Craon.  Je  dis  bien  M""^  de  Craon,  car  pour 
sûr  elle  est  sa  fille  à  elle... 

Saint-Clûud,  1g  26  juillet  nSl. 

.,.  Hier  l'archevêque  de  Cambrai  vînt  ici  et  me  fit 
part  de  son  élévation  à  la  dignité  de  cardinal.  Voilà 
Alberoni  qui  a  un  copain... 

Saint-Cloud,  le  13  août  V~r2\. 

...  Je  connais  bien  quelqu'un  qu'il  m'est  impossible 
d'aimer;  mais  je  ne  lui  fais  pas  de  mal,  c'est  le  nou- 
veau cardinal  Dubois.  Il  a  empoisonné  toute  ma  vie. 
Dieu  veuille  le  lui  pardonner,  mais  il  pourrait  bien 
avoir  ù  en  répondre  dans  l'autre  monde... 

Saint-Cloud,  le  16  aoùtn-21. 

..,11  n'est  pas  de  mode  du  tout  d'aimer  sa  femme 
en  ce  pays-ci. ...  Mais  à  bon  chat  bon  rat  !  Les  femmes 
en  punissent  bien  les  hommes.  La  vie  que  tout  le 
m©nde  mène  ici  est  vraiment  étonnante.  Parmi  les 
gens  du  commun,  il  est  vrai,  l'on  trouve  encore  des 
hommes  qui  aiment  leurs  femmes.  L'un  de  mes  valets 
de  chambre,  par  exemple,  avait  l'une  des  plus  laides 


DE   MADAME,   DUCHESSE  D'ORLEANS.      3i5 

femmes  qu'on  puisse  voir  :  elle  parlait  comme  un 
canard,  avait  une  figure  comme  un  crapaud  sur  le- 
quel on  a  marché,  elle  était  plus  épaisse  que  haute 
et  toujours  mal  portante  et  voilà  le  pauvre  homme 
qui  est  au  désespoir  de  l'avoir  perdue  il  y  a  huit 
jours.  Mais  parmi  les  gens  de  qualité,  je  ne  connais 
pas  un  seul  couple  qui  s'aime  et  se  soit  tidèle... 


Saint-Cloud,  le  11  septembre  1721. 

...  On  se  raconte  ici  l'histoire  d'un  aide-apothicaire 
de  la  pharmacie  du  roi.  Cela  se  passa  du  temps  où  le 
roi  était  tout  jeune  encore.  On  venait  de  confier  à  ce 
garçon  des  lettres  qu'il  devait  porter  à  Lyon.  Il  passe 
par  la  rue  d'Enfer  et  y  rencontre  un  homme  qui  lui 
demande  où  il  allait  :  «  Je  pars  pour  Lyon,  répond 
l'apothicaire.  —  Et  combien  de  jours  comptez-vous 
mettre  ?  Dix.  —  Aimeriez-vous  y  être  dès  ce  soir  ? 
—  Pourquoi  pas,  si  cela  est  possible  »  répond  l'apo- 
thicaire en  riant.  L'autre  là-dessus  lui  donna  une 
bretelle  en  disant  ;  «  Nouez  ça  autour  de  votre 
cuisse  ».  Dès  que  ceci  fut  fait,  notre  homme  se  sen- 
tit soulever  dans  les  airs  et  le  soir  on  le  dépose  dans 
une  ville.  «  Où  suis-je,  demanda-t-il.  —  A  Lyon,  lui 
répondit-on.  11  alla  porter  toutes  ses  lettres,  mais 
ceci  fait  il  tomba  malade  de  frayeur.  De  sa  vie  les 
couleurs  ne  lui  sont  plus  revenues.  Je  crois  qu'il  vit 
encore.  Lorsqu'il  passait  au-dessus  d'une  ville,  il 
percevait  le  son  des  cloches,  a-t-il  dit... 

En   Suède  on  prétend  que  les  noyés   ne   sont  pas 


346  CORRESPONDANCE 

réellement  morts.  Ils  ont  un  moyen  d'en  ranimer 
beaucoup.  On  les  attache  sur  un  tonneau,  dans  une 
chambre  chaude  et  on  les  fait  rouler  jusqu'à  ce  qu'ils 
aient  rendu  par  le  haut  et  par  le  bas  toute  l'eau 
qu'ils  ont  absorbée.  Dès  que  le  corps  est  vidé  et  qu'il 
s'est  réchauffé,  le  noj'é  revient  à  la  vie.  Mais  il  ne 
faut  pas  qu'un  de  ses  proches  parents  assiste  à 
l'opération;  sans  cela  le  noyé  ne  peut  être  ranimé. 
Dès  que  le  parent  entre  dans  la  chambre,  le  patient 
perd  tout  son  sang  par  le  nez,  la  bouche  et  les  oreil- 
les. Plusieurs  personnes  m'ont  assuré  l'avoir  vu  de 
leurs  propres  yeux. 

Saint  -Cloud,  le  13  septembre  1721. 

...  Est-ce  que  Worms  a  été  rebâti,  chère  Louise, 
et  le  dôme,  n'a-t-il  pas  été  détruit  par  l'incendie? 
J'ai  bien  regretté  que  l'Hôtel  de  Ville  soit  devenu  la 
proie  des  flammes,  où  était  peinte  la  belle  histoire  du 
dragon  ^  qui  a  donné  son  nom  à  Worms. 

Saint-Cloud,  ce  jeudi  25  septembre  1721. 

...Tout  le  monde  ici  est  en  grand  habit,  car  j'ai 
une  cérémonie  à  trois  heures,  savoir  la  réception  de 
ce  maudit  cardinal  Dubois  ;  le  pape  lui  a  envoyé  la 
barrette  et  il  faut  que  ie  le  salue,  que  je  l'invite 
à  prendre  place  et  l'entretienne  pendant  quelque 
temps.  Ce  me  sera  une  corvée,  mais  les  corvées  et  les 
désagréments,  c'est  là    mon   pain  quotidien.    Mais 

1.  Lindwurm.  Madame  conoaissait,  paraît-il,  la  Nibcluns«nsase. 


DE   MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.      347 

voici  notre  cardinal  qui  s'avance;  il  faut  donc  que  je 
fasse  une  pause. 

Le  cardinal  m'a  priée  d'oublier  le  passé,  il  m'a  fait  la 
plus  belle  harangue  qu'il  soit  possible  d'entendre.  Il 
est  certain  que  cet  homme  a  bien  de  l'esprit;  s'il  était 
aussi  bon  qu'intelligent,  il  ne  laisserait  rien  à  désirer... 

Saint-Cloud,  le  2  octobre  1~->1. 

...  Je  vous  écris  en  très  grande  hâte  ce  matin,  car 
il  me  faut  aller  à  Paris  pour  féliciter  mon  fils  et  sa 
femme  de  la  bonne  nouvelle  qui  leur  est  parvenue 
lundi  passé,  savoir  que  le  roi  d'Espagne  demande  la 
main  de  leur  fille  pour  son  fils  aîné,  le  prince  des 
Asturies.  M"*  de  Montpensier  n'a  pas  encore  de  nom. 
Avant  qu'elle  ne  parte  pour  l'Espagne,  cette  cérémonie 
aura  lieu;  le  roi  et  moi  nous  devons  la  tenir  sur  les 
fonts;  puis  on  l'instruira^  elle  communiera,  et  après 
la  communion,  elle  sera  confirmée;  c'est  ce  qui  s'ap- 
pelle recevoir  presque  en  même  temps  les  trois  sacre- 
ments... 

Saint-Cloud,  ce  samedi  4  octobre  1~21. 

...  J'ai  là  auprès  de  moi  un  brunet,  un  prêtre  que 
j'appelle  souvent  petit  fripon.  Il  m'emplit  la  tête  de 
ses  caquets,  tellement,  que  je  ue  sais  plus  ce  que 
j'écris.  Par  là  vous  devinerez  aisément  qui  je  veux 
dire.  C'est  mon  abbé  de  Saint-Albin.  Bientôt  il  va  être 
nommé  é\èquedeL(m^,d\icetpa\r  de  France.  J'en  suis 
bien  aise,  car  dès  sa  plus  tendre  enfance,  j'ai  préféré 

1.  De  Lao:i. 


348  CORRESPONDANCE 

le  pauvre  petit  à  tous  ses  frères  et  sœurs,  étant  per- 
suadée que  de  tous  les  enfants  de  mon  fils,  tant  légi- 
times qu'illégitimes,  c'est  lui  qui  m'aime  le  plus... 

Saint-Clûud,  1- -23  octobre  ]T21. 

...  Ci-joint  la  lettre  du  roi  de  Bohème  à  la  reine  sa 
femme.  J'avais  promis  de  vous  l'envoyer.  C'est  une 
pièce  rare. 

LETTRE    DU    ROI    FRÉDÉRIC    DE    COHÉME. 

De  Strabach',  ce  21/31  de  marce  1G32. 

Mon  très  cher  coeur.  Jay  repondue  a  vos  chères 
lettres  du  Zi/i/i  de  Mars,  le  '25  de  Kitirngen  -,  depuis 
je  nay  point  eu  de  vos  lettres  ny  Commodité  de  vous 
Escrire,  ce  qui  me  fâche  le  plus.  Est  que  nos  Lettres 
sont  si  souvent  intercepté,  ce  qui  fait  craindre  d'écrire, 
Et  ne  faut  rien  dire  que  ce  qu'on  ne  se  soucie  que 
tout  le  monde  sache ,  jl  me  tarde  Extrêmement 
d'auoir  de  vos  lettres  Et  destre  assuré  de  votre  santé, 
pour  moy,  je  me  porte  For  bien,  je  suis  tout  le  long 
du  jour  en  Campagne  avec  le  Roy  ^,  qui  est  fort  hon- 
nesteEnuermoy  :  le '26  nous  Sommes  venue  à  Pfrum*, 
le  27  à  Wjnlen,squi  est  situé  en  vne  fort  belle  cam- 
pagne, —  le  '28  le  Roy  fit  mettre  toutte  son  jnfanterie 
En  Bataille  près  de  la  ville,  elle  est  fort  belle,  le  29 

1.  Schwabach  ? 

2.  Kitzingen  ? 

3.  Gustave  Adolphe. 

4.  Iphofcn? 

5.  Windshcim. 


DE  MADAME,   DUCHESSE    D'O  lîLÉ  A  NS.       3i9 

nous  auons  logée  à  Wjlmorstort*  En  la  maison  dvn 
Baron  de  Milgzingen  c'est  celuy  qui  a  Epouzé  vne 
Contesse  Dortimbourg-,  elle  y  estoit  avec  sa  Soeur 
vne  Barone  de  Wolfestein  Et  sa  belle  fille,  je  croy 
qu'aués  bien  ouy  parles  deu  a  leur  feu  cousin  Le 
Comte  hanry  Dortemb  '.  Elle  a  un  bien  deplesant 
mary  qui  est  30  ans  plus  vieux  quelle.  Elle  ne  serait 
laides  si  elles  estoient  bien  coiffées,  Et  habillés.  Elles 
portent  des  Chapeaux  auec  des'  fort  grand  hors  Et 
tout  derrière  Sa  teste  Et  des  cheveux  qui  leurs  cache 
presque  tout  le  visage,  Ivne  auait  un  pourpoint 
d'homme  de  Couppé  a  la  Chemise  avec  un  Cotillon, 
Elles  estoient  fort  bigarement  accomodées,  hier  le 
Roy  est  venti  a  fert^  Et  le  matin  jl  est  allée  à  Nu- 
ramberg,  jl  dit  n'auoir  jamais  veu  vne  plus  belle  ville, 
aussi  l'estelle  Extraimiuement  Et  fort  peuplée.  Le 
Majistrat  la  tresté  fort  bien  En  la  maison  ou  jay  esté 
logéautrefois,  je  suis  allé  voir  la  Comtesse  de  Holoch* 
Schillingsfurst.  Elle  a  été  fort  aise  de  me  voir  Et  sou- 
hetce  fort  de  vous  venir  Seruir  En  ce  pays,  nous  y 
eûmes  les  nouvelles  de  la  inort  du  bon  Comte  henvy 
cle  Solmes,  qui  est  mort  de  Sa  blessure  iy  ay  bien 
perdu,  car  jl  mestoit  fort  affectioné,  après  le  disner 
Le  Roy  a  fait  le  tour  de  la  ville  a  pied,  je  metonne 
qu'il  peut  faire  tant  dexercice,  card  jl  est  bien  gras,  Le 
Soir  nous  sommes  ariués  issy  ou  nous  auons  trouvé 
les  deux  fils  du  feu  marquis  Danspach  ■'  Et  le  Sura- 

1.  Wilmersdorf, 

•>.  D'Oitemberg? 

y.  Fiirth,  près  Nuremborg. 

4.  Hùhcnluhe. 

5.  D'Ansbach. 

11.  20 


350  CORRESPONDANCE 

ger^  qui  est  aussi  Surt  que  aveugle,  je  voudrais  qu'il 
eust  excusé  Son  frère.  Le  Royattendle  Duc  Guillaume 
de  VVeinmar  demain  jl  aura  alors  po  le  moins 
iîZiOOO  hommes  a  pied  Et  12000  a  Cheval,  je  souhete 
de  voir  207  mais  Tilly  se  retire  jl  est  venu  hier  avec 
son  Armée  à  Neumarc,  jl  y  a  apparence  qu'il  prendra 
Son  chemin  vers  le  Danuble,  je  Croy  que  120  (Ro-) 
visitera  132  (R  Ba^)  S'il  est  posssible.  Le  marquis 
Christofle  de  Badin  *  Kt  le  Duc  jean  de  Holsteinn  sont 
arriué  icy  ainsy  que  je  nay  faute  de  compagnie  de 
toutte  sorte  je  crains  que  pour  quelque  temps  les 
affaires  en  158  (bas  Palatinat)  niront  trop  bien,  mais 
pourveu  que  cette  marche  succède  bien,  cela  se 
raccommodera  bien.  Le  dit  Duc  de  Holstein  dit  que 
les  pierreries  Et  argent  de  notre  grand  mére^  doivent 
estre  bientost  partagée  En  cinq  partie  Et  qu'on  parle 
de  remettre  toutte  la  partie  de  la  Reine  vôtre  mère  au 
Roy  d'Angleterre  qui  serait  bien  jnjuste.  Et  le  123 
retiendrait  par  ce  moyen  tout  pour  luy  a  cause  de  ce 
que  116  luy  doit,  je  croy  que  luy  dévoriez  Escrire  Et 
le  prier  de  vous  faire  tenir  la  moittié  qui  vous  est  deu 
et  luy  remontrer  que  cela  n'a  rien  de  commun  avec 
ce  que  116  luy  doit,  je  metonne  que  personne  ne  me 
mande  ce  que  Percka  vous  aporté  En  cest  affaires  ni 

1.  ? 

'i.  Lo  Roi? 

3.  Lire  au  lieu  de  R  :  H  ce  qui  donnerait  H  Ba,  c'est-à-dire  Haute- 
Bavière.  Le  17  mai  1632,  en  «fl'et,  Gustave-Adolplie,  après  avoir  batt» 
Tilly  sur  le  Lacli  lo  15  avril,  eutraità  Munich.  Frédéric  vraccompagaait. 

4.  Baden. 

5.  La  reine  do  Danemark.  Jacques  l"  d'Angleterre  avait  épousé,  la 
princesse  Anne  do  Danemark, 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLÉANS.       351 

ce  que  123  (Rven)  vous  a  Escrit  j'ay  peure  que  seres 
aussi  peut  heureux  En  cette  succession  quend  celle 
de  feu  la  Reine  votre  Mère,  pour  mes  alTaires  je 
ne  say  que  vous  Endire  Dieu  veillie  quelles  aillent 
bien  Et  que  je  puisse  avoir  bientost  le  Contentement 
de  vous  voir  Et  de  vous  pouvoir  témoigner  Combien 
perfoitement  je  Suis 

Mon  chère  vnique  coeur, 
Votre  très  fidelle  amy 

Et  très  affectionné  Serviteur 

FRIDERIC. 

Ceux  de  Nuremberg  ont  fait  praissant  au  Roy  deux 
gouppes  ^  en  forme  de  Globes  ïereste  Et  Celleste  extrê- 
mement curieusement  fait. 

Saint-Cload,  lo  30  oct  ibre  HSl. 

...  La  princesse  Ragotzki-  parle  poliment  et  est  de 
bon  sens.  Je  sais  la  vie  qu'elle  mène,  il  me  faut  donc 
convenir  que  je  rougis  d'elle  plus  ou  moins,  car  tout 
le  monde  ici  sait  les  aventures  qu'elle  a  eues.  J'ai  bien 
fait  rire  mon  fils  en  lui  disant  de  ne  pas  rester  seul 
avec  elle,  s'il  ne  voulait  pas  qu'elle  le  violât,  comme 
elle  a  fait  du  czar,  prétend-on... 

Saiiit-Cloud,  le  29  novembre  1721. 

...  En  rentrant  de  la  chapelle  j'ai  trouvé  chez  moi 
le   comte    Iloïm    et   le   chevalier  Schaub.  Ils  m'ont 

1.  Coupes  7 

2.  Ncc  princesse  de  Brunswich-Wolfonbultel.  Sa  sœur  avait  épousé 
le  czarcwitsch  Alexci. 


352  CORRESPONDANCE 

raconté  que  Cartouche  a  été  roué  hier.  Cela  m'a  tenue 
bien  longtemps... 

Saint-Cloud,  le  6  décembre  11-21. 

...  On  ne  peut  pas  dire  que  M""  de  Montpensier  soit 
laide...  mais  c'est  bien  l'enfant  la  plus  désagréable 
qu'on  puisse  voir,  dans  sa  façon  de  manger,  de  boire, 
de  parler.  Elle  vous  impatiente  bien;  aussi  n'ai-je 
pas  versé  de  larmes,  ni  elle  non  plus,  quand  nous 
nous  sommes  dit  adieu.  J'ai  trois  femmes  de  ma 
famille  en  Espagne  qui  ont  été  reines  en  ce  pays,  ou 
qui  vont  l'être  :  une  belle-fille^  la  fille  d'une  autre 
belle-fille-,  et  présentement  donc  cette  petite  fille. 
C'est  la  première  que  j'aimais  le  plus.  Je  la  chérissais 
comme  si  elle  avait, été  ma  sœur;  elle  n'aurait  d'ail- 
leurs pas  pu  être  ma  fille,  car  je  n'avais  que  neuf  ans 
de  plus  qu'elle.  J'étais  bien  enfant  encore  en  arrivant 
en  France,  et  nous  jouions  souvent  ensemble,  avec 
feu  Charles  Louis  et  le  petit  prince  d'Eisenach,  nous 
faisions  un  tel  tapage  qu'on  ne  pouvait  l'endurer.  Il  y 
avait  à  la  cour  une  vieille  dame,  elle  s'appelait 
M""'  de  Hene,  que  nous  avons  horriblement  tour- 
mentée. Elle  n'aimait  pas  entendre  tirer,  et  nous 
passions  notre  temps  à  lui  lancer  des  pétards  dans  les 
jupes.  Cela  la  mettait  hors  d'elle,  elle  nous  courait 
après  pour  nous  battre,  c'était  justement  là  le  plus 
amusant... 

1.  Mq.ric-Louise  d'Orléans,  première  femme  de  Charles  II. 

2.  Marie-Louise-Gabrielle  de  Savoie,  première  femme  de  Philippe  V, 
fille  d'Anne-Maric  d'Orléans,  duchesse  de  Savoie,  puis  reine  de  Sicile, 
et  pntinri.'ine  de  Sardaignc. 


DE  MADAME,   DUCHESSE   D'ORLEANS.       353 

Paris,  le  21  février  1"'22. 

...  Les  gens  gros  et  grands  ne  vivent  pas  plus  long- 
temps que  les  autres  :  nous  l'avons  bien  vu  par  la 
pauvre  princesse  Ragozki,  mercredi  passé.  Dimanche, 
elle  était  alerte  et  bien  portante;  lundi,  après  qu'elle 
se  fut  fait  arracher  une  dent,  11  lui  vint  un  abcès  à  la 
bouche  et  de  la  fièvre  ;  on  lui  a  tiré  du  sang  au  bras 
à  deux  reprises,  une  fois  au  pied.  Elle  semblait  aller 
mieux  à  la  suite  de  cette  dernière  saignée,  mais  un 
instant  après  elle  dit  :  «  Je  me  trouve  mal  »,  et  rend 
Tâme  là-dessus.  Hier,  on  l'a  enterrée  dans  son  cou- 
vent. vSes  gens  m'ont  raconté  une  singulière  histoire 
sur  son  compte.  Quand  elle  derîieurait  encore  à  Var- 
sovie, elle  rêva  une  nuit  qu'un  étranger  entrait  chez 
elle,  dans  une  petite  chambre  qu'elle  n'avait  jamais 
vue;  il  lui  présente  une  coupe  et  lui  dit  de  boire. 
«  Je  n'ai  pas  soif,  répond-elle.  —  Buvez,  car  c'est  la 
dernière  fois   de  votre  vie  que  vous  boirez.»,    dit 
l'homme;   et  là-dessus   elle  se  réveille.  Ce  rêve   lui 
trottait  toujours  par  la  tête.  Quand  elle  vint  ici,  elle 
alla  se  loger  à  l'hôtel  :  elle  ne  se  sentit  pas  bien  et 
demanda  un  médecin.  On  lui  en  chercha  un  qui  est 
médecin  du  roi  par  quartier  et  qui  se  nomme  Helvé- 
tius.  Son  père  est  Hollandais;  ce  sont  des  gens  fort 
savants  et  très  estimés  ici.  Quand  elle  aperçoit  le  doc- 
teur, elle  est  toute  surprise  et  promène  ses  yeux  de 
tous  côtés  dans  la  chambre.  Le  comte  Schlieben  lui 
demande  ce. qui  lui  cause  un  tel  étonnement.  «  Ce 
qui    m'étonne,   répond -elle,    c'est   qu'Helvétius   est 

20. 


354  CORRESPONDANCE 

riiomme  même  que  j'ai  vu  en  rêve  à  Varsovie  ;  cepen- 
dant, ajoute-t-elle  en  riant,  je  ne  mourrai  pas  de 
cette  maladie-ci,  car  ce  n'est  pas  là  la  chambre  où  je 
me  trouvais  en  songe  r.  Mais  quand  elle  arriva  dans 
le  couvent  de  Chasmidij  \  où  on  lui  avait  loué  un 
appartement  sans,  qu'elle  l'eût  vu  elle-même,  elle  dit 
à  ses  gens  :  «  D'ici  je  ne  sortirai  pas  vivante,  car  c'est 
là  la  chambre  même  que  je  vis  en  rêve  en  Pologne, 
la  chambre  où  je  bus  pour  la  dernière  fois.  »  Et  ainsi 
advint-il.  Mais  il  me  semble  que  ces  choses-là  arri- 
vent plutôt  aux  princes  et  princesses  de  la  maison  de 
Hesse  qu'aux  autres  gens.  Dieu  sait  d'où  cela  peut 
bien  venir.  Nous  autres  comtes  palatins  nous  sommes 
tout  l'opposé  :  jamais  nous  n'entendons  ni  ne  voyons 
d'esprits,  jamais  nous  ne  faisons  de  rêves... 

Paris,  le  2G  mars  17-22. 

...  Je  ne  pense  pas  qu'il  soit  possible  de  trouver  au 
monde  une  enfant  plus  gentille  et  plus  intelligente 
que  notre  petite  Infante  -.  Elle  fait  des  réflexions 
comme  une  personne  de  trente  ans.  C'est  ainsi  qu'elle 
disait  hier  :  «  On  dit  que  quand  on  meurt  à  mon 
âge  qu'on  est  sauvée  et  va  droit  en  paradis  que  je 
serois  heureuse  donc  si  le  bon  Dieu  me  vouUoit  pren- 
dre. »  Je  crains  qu'elle  n'ait  trop  d'esprit  et  qu'elle 
ne  vive  pas;  on  est  toute  saisie  quand  on  l'entend 
parler.  Elle  a  les  plus  gentilles  façons  du  monde.  J'ai 

1.  Cherche-Midi? 

2.  Maric-Anne-Victoire  qui  devait  épouser  Louis  XY  et  que  M^'c  de 
Prie  fît  renv03-cr  par  M.  le  Duc.     • 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       355 

gagné  ses  bonnes  grâces  :  elle  court  au-devant  de 
moi,  les  bras  ouverts,  jusque  dans  son  antichaml)re 
et  m'embrasse  de  tout  cœur. 

Je  ne  suis  pas  mal  non  plus  avec  le  roi.  Hier,  j'ai 
joué  un  tour  à  ses  gouverneurs  qui  m'a  bien  divertie. 
Ils  sont  tellement  jaloux  du  roi  qu'ils  s'imaginent 
toujours  qu'on  lui  dit  quelque  chose  contre  eux;  je 
les  ai  bien  attrapés.  Avant-hier,  le  roi  avait  eu  une 
colique  venteuse,  et  hier  j'allai  vers  lui  avec  l'air  le 
plus  sérieux  et  lui  glissai  un  billet  dans  la  main.  Le 
maréchal  de  Villeroy  était  tout  embarrassé  et  me  de- 
manda fort  sérieusement  :  «  Quel  billiet  donnez-vous 
là  au  Roy  »?  Moi  je  lui  réponds  avec  le  même  sé- 
rieux :  i<  C'est  vn  remède  contre  la  colique  des 
vents.  —  Le  maréchal  :  «  Il  n'y  a  que  le  premier  mé- 
decin du  Roy  qui  luy  propose  des  remèdes  ».  A  quoi 
je  réponds  :  «  Pour  cekiy-cy  je  suis  sur  que  mons 
Dodart  Laprouvera,  jl  est  mesrae  Escrit  en  vers  et  en 
chanson.  »  Le  roi,  tout  embarrassé  aussi,  se  met  à  le 
lire  et  immédiatement  éclate  de  rire.  Le  maréchal 
dit:  «  Peut-on  le  voir?  —  0  ouy,  répondis-je;  jl  n'y 
a  point  de  secret  «.  Voici  ce  qu'il  y  trouva  : 

«  Vous  qui  dans  le  Mczantairc 

Avez  vents  impétueux 

Jl  son  dangereux 

Et  pour  vous  en  défaire 

P.    .    .    Z,    etc.   il 

...  Il  se  passe  d'étranges  histoires  ici.  Lue  dame, 
non  mariée,  a  tenu  une  conduite  bien  intrépide  et  a 
tué  un  homme.  Cet  homme  avait  mis  à  mal  sa  sœur 
et  ne  la  voulait  pas  épouser.  Il  avait  tué  un  de  ses 


356  CORRESPOINDANCE 

frères  en  le  tirant  par  une  fenêtre,  et  balafré  le  visage 
au  plus  jeune,  et,  pour  déshonorer  toute  la  famille, 
il  prélendait  qu'ayant  été  l'amant  de  la  mère,  il  ne 
pouvait  épouser  la  fille.  M""^  de  Saint-Étienne,  voyant 
que  celui  de  ses  frères  qui  vivait  encore  n'avait  pas 
assez  de  cœur  pour  venger  la  honte  de  la  famille,  est 
allée  trouver  M.  des  Escarts.  «  Vous  avez  deshonoré 
ma  famille   tout  entière,  lui  dit-elle,  vous  pouvez  le 
reparer  en  Espoussant  ma  sœur;  prenez  garde  à  ce 
que  vous  me  respondrez.  Car  si  vous  ne  me  Respon- 
dez  pas  bien,  pourez  vous  en  respentir.  Reguardez- 
moy  bien,   me  recognoissez  vous?  —  Ouy,  je  vous 
Cognois  bien,  répondit-il;  vous  estes  M^'""  de  Saint- 
Étienne    mais  je     n'espouss;erez    pas    vostre    sœur 
quoy  qu'elle  soit  grosse  de  raoy  ».  Alors  M"*^  de  Saint- 
Étienne  saisit  un  pistolet  chargé  qu'elle  avait  dans  sa 
poche  et  lui  loge  une  balle  dans  la  tête.  11  a  vécu 
quelques  heures  encore;  il  donnait  à  entendre,  par 
signes,  qu'il  lui  pardonnait  sa  mort.  On  sollicite  pour 
elle;  je  trouve  que  cette  honnête  fille  mérite  bien  sa 
grâce.  Autre  étrange  histoire  que  nous  avons.  C'est 
celle  d'un  jeune  prêtre  de  vingt  et  un  ans.  Il  avait  fait 
de  fort  bonnes  études,  c'est  pourquoi  on  l'avait  mis 
auprès  de  M""  de  Vermandois  pour  lui  montrer  le  la- 
tin. Il  en  est  tombé  amoureux  et  cela  lui  a  dérangé  la 
cervelle.  Il   a  écrit  à  M'"*"  la  duchesse  qu'il  voulait 
épouser  sa  fille,  et  à  celle-ci  il  a  écrit  lettres  d'amour 
sur  lettres  d'amour.  L'abbesse  n'a  pas  remis  les  lettres 
à  la  princesse;  elle  a  envoyé  le  confesseur  du  cou- 
vent à  l'abbé  pour  qu'il  lui  rendît  ses  lettres  et  lui  fît 
défense  expresse  de  jamais  approcher  du  couvent. 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       357 

«  Je  vois  bien,  lui  répondit  le  jeune  abbé,  que  c'est 
toi  mon  rival  et  que  tu  veux  m'enlever  la  princesse, 
il  est  permis  de  tuer  un  rival  »  et  ce  disant  il  prend  un 
pistolet  qu'il  avait  en  poche  et  brûle  la  cervelle  au 
pauvre  confesseur  qui  tombe  raide  mort.  On  l'a  con- 
damné à  être  roué,  mais  M""'  la  princesse  sollicite 
bien  fort  la  grâce  du  pauvre  fou... 

Il  arrive  des  choses  ici  si  monstrueuses  que  jamais 
Salomon,  à  ce  que  je  crois,  n'en  a  vu  de  pareilles. 
C'est  ainsi  par  exemple  que  la  Solignac  a  dit  à  son 
mari  :  «  Je  suis  grosse,  vous  savez  bien  que  'ce  n'est 
pas  de  vous,  je  vous  conseil  de  n'en  pas  fairede  bruit 
car  si  on  mest  cela  en  procès  vous  perdrez  parceque 
vous  savez  qu'il  est  dans  les  lois  de  ce  pais  cy  que 
tout  enfant  né  dans  le  mariage  appartient  au  mary, 
ainsi  il  sera  à  vous  de  plus  je  vous  le  donne»... 

Paris,  ce  jeudi  10  avril  1723. 

...  Hier  j'ai  vu  des  gens  bien  tristes,  j'en  ai  le  cœur 
tout  gros,  savoir  Madame  la  princesse  et  sa  petite 
fille  la  jeune  princesse  de  Conti.  Celle-ci  est  obligée  de 
faire  un  procès  à  son  mari.  Il  la  veut  ravoir  à  toute 
force  et  pourtant  il  lui  a  fait  subir  de  tels  traitements 
qu'elle  veut  être,  à  tout  prix,  séparée  de  lui.  Cette 
histoire  fait  un  bruit  affreux... 

Saint-Cloud,  le  14  mai  11-2-2. 

...  Je  ne  sais  si  je  vous  ai  déjà  mandé  le  beau  dialo- 
gue que  les  marquises  de  Polignac  et  de  Sabrau  ont  eu 
il  y  a  quelques  mois  avec  deux  duchesses  qui  ne  sont 


358?  CORRESPONDANCE 

pas  d'aussi  bonne  maison  qu'elles.  Au  bal  de  Lautel  de 
ville  ces  dames  ne  voulurent  pas  permettre  que  les 
deux  duchesses  se  missent  au  dessus  d'elles.  Elles  leur 
dirent  :  «  vous  vouliez  vous  mettre  au-dessus  de  nous 
pour  montrer  vos  beaux  habits  qui  sont  de  la  bout- 
tique  de  vostre  père.  »  Les  duchesses,  piquées  de  ce 
discours  répondent  :  «  Si  nous  ne  sommes  pas  d'aussi 
bonne  maison  que  vous,  au  moins  nous  ne  sommes 
pas  des  p.  ...  s  comme  vous.  —  Ouy  nous  sommes 
des- p.  ...  s,  répondirent  les  Dames,  et  nous  le  voul- 
ions bien  être,  car  cela  nous  divertit.  «... 

Saint-Cloud,  le  16  mai  1722. 

...  Je  vous  remercie  bien  chaudement,  chère  Louise, 
de  prier  si  assidûment  pour  moi.  J'en  ai  grand  besoin. 
Non  pour  mon  bonheur  en  ce  monde,  cela  est  bien  fini, 
pourvu  que  le  Dieu  tout-puissant  me  conserve  mes 
enfants,  et  je  suis  contente.  Mais  j'en  ai  grand  besoin 
pour  le  bonheur  éternel  et  pour  mon  fils  aussi.  Dieu 
veuille  le  convertir,  c'est  la  seule  joie  que  je  lui  de- 
mande pour  moi.  Je  ne  crois  pas  que  dans  tout  Paris 
on  trouve  tant  parmi  les  ecclésiastiques  que  parmi 
les  gens  du  monde,  cent  personnes  qui  aient  la  vraie 
foi  chrétienne  et  même  qui  croient  en  notre  Sauveur; 
cela  me  fait  frémir... 

Saint-Cloud,  le  6  août  r.-22. 

Je  viens  de  causer  avec  un  homme  qui  me  fait  tel- 
lement pitié  que  les  larmes  m'en  sont  venues  aux 
yeux...  Il  y  a  quatre  ans,  il  a  marié  l'aîné  de  ses 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.        359 

petits-fils,  le  duc  de  Rais^  fils  du  duc  de  Villeroy,  à 
la  fille  du  duc  de  Luxembourg.  Celle-ci  s'est  jetée  de 
suite  tête  baissée  dans  toute  sorte  de  débauches,   si 
bien  que  pour  faire  plaisir  au  duc  de  Richelieu,  elle 
a  soupe  avec  lui  et  ses  amis  dans  le  plus  simple  appa- 
reil. Quelques  mois  après  elle  s'est  mise  avec  ce  vilain 
Rion-  qui  a  l'air  d'un  ondin.  Mais  elle  ne  s'est  pas 
contentée  de  lui,  elle  a  pris  aussi  son  frère,  son  beau- 
frère  plutôt,  le  chevalier  Dédie '.Rioms  lui  en  ayant  fait 
des  reproches, elle  lui  dit  :  «  Vous  vous  figuriez  donc 
que  vous  me  suffiriez;   avec  le  tempérament  que  j'ai 
vous  devriez  me  savoir  gré  de  vous  ménager  et  d'avoir 
d'autres  amantsàcôté  de  vous.. .Tout  d'un  coup  l'en-vie 
lui  prit  de  se  remettre  avec  le  duc  de  Richelieu.  Mais 
celui-ci  ayant  pris  la  ferme  résolution  d'avoir  toutes 
les  jeunes  dames,  il  a  déclaré  à  son  amie  que  si  elle 
voulait   redevenir  sa   maîtresse,  il  faudrait  d'abord 
qu'elle  lui  livrât  sa  belle-soeur  la  marquise  de  Dalin- 
court^.  Elle  le  lui  promit.  Mardi  dernier  donc  la  du- 
chesse de  Rais  invita  sa  belle-sœur  à  venir  faire  un 
tour  dans  les  jardins,  à  Versailles;  l'autre  accepta, 
mais  à  peine  étaient-elles  dans   le  petit   bois   que 
Rioms  et  le  duc  de  Richelieu  survinrent;  la  vilaine 
duchesse  se  saisit  des  mains  de  sa  belle-sœur,  mais 
celle-ci  se  mit  à  crier  au  secours  avec  une  telle  forée 
que  des  gens  qui  se  promenaient  dans  le  jardin  purent 
arriver  à  temps  encore... 


I.  Retz. 
•2.  Rioms. 

3.  D'Aydic,  le  chevalier  de  M"'  A.lssé. 

4.  Marquise  d'Alincourt. 


360  COR  RE  S  POND  A  NCK 

Saint-Cloud,  ce  jeudi  13  août  1722. 

...  Il  y  a  quelques  jours  le  vieux  maréchalde  Ville- 
roy  n'a  pas  voulu  permettre  à  mon  fils  d'entretenir 
le  roi  en  particulier.  Gela  lui  a  fait  tellement  monter 
la  moutarde  au  nez  qu'il  a  fait  arrêter  le  maréchal  et 
l'a  fait  conduire  à  Villeroy.  Le  duc  Dscliare^  le  rem- 
place comme  gouverneur  du  roi. 

Saint-Cloud,  ce  jeudi  5  novembre  l~rH  ^. 

Bien-aimée  Louise,  depuis  avant-hier  je  suis  de 
retour  ici,  mais  en  fort  piteux  état... 

Durant  notre  voyage  j'ai  reçu  cinq  de  vos  chères 
lettres.  Je  vous  en  remercie  bien,  car  dans. le  triste 
état  où  je  suis,  elles  m'ont  réellement  réconfortée.  Je 
n'ai  pu  y  faire  réponse  tant  à  cause  de  mon  état  de 
faiblesse  qu'à  cause  du  remue-ménage  continuel  où 
je  vivais.  Car,  outre  les.  cérémonies  elles-mêmes, 
j'avais  mes  enfants  toujours  autour  de  moi. et  de  plus 
énormément  de  princes,  .comtes,,  .évêques,  archevê- 
ques et  cardinaux;  mais  je  ne  crois, pas  que  dans  le 
monde  entier  on  puisse  imaginer  quelque  chose  de  plus 
beau  que  le  couronnement  du  roi.  On  m'a  promis  la 
description  des  fêtes  pour  samedi  ;  si  Dieu  me  prête 
vie  et  santé  jusqu'à  ce  jour,  je  vous  Tenveirai  com- 
plète. Ma  fille  a  été  surprise  en  me  voyant  :  elle  n'a- 
vait pas  voulu  me  croire  et  elle  s'imaginait  que  ma 
maladie  n'était  qu'un  prétexte;  mais  quand  elle  m'a 

1.  Duc  de  Charost.  •  -       • 

2.  Le  voyago  à  Reims  dura  du  10  ootolire  au  10  novembre.  . 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.      361 

vue  à  Reiras,  elle  a  été  tellement  saisie  que  les  larmes 
lui  sont  venues  aux  yeux  :  cela  m'a  serré  le  cœur.  Elle 
a  des  enfants  bien  faits.  J'ai  peur  que  l'aîné  ne  soit  un 
géant,  car  il  a  déjà  six  pieds  de  haut  et  n'est  âgé  que 
de  quinze  ans.  Les  quatre  autres  ne  sont  ni  grands  ni 
petits  pour  leur  âge.  Le  plus  jeune,  le  prince  Charles, 
est  ce  que  S.  G.  feu  notre  père  appelait  un  singulier 
patron  1  :  toujours  le  bec  ouvert,  toujours  joyeux,  tou- 
jours se  disputant  avec  ses  soeurs  et  fort  drôle  avec 
cela... 

Saint-Cloud,  le  12  novembre  1722. 

J'espère  pouvoir  vous  envoyer  après-demain  la 
grande  relation  du  sacre.  En  fait  de  nouvelles,  je  n'en 
sais  qu'une  qui  m'a  réjoui  le  cœur  :  mon  fils  a  rompu 
avec  sa  maîtresse-;  il  trouve  qu'une  semblable  vie  était 
un  trop  mauvais  exemple  pour  le  roi,  et  qu'avec  le 
temps  on  pourrait  lui  en  faire  un  reproche.  Il  a  donc 
entièrement  rompu.  Dieu  l'assiste  et  le  maintienne 
dans  ces  bonnes  dispositions  et  dispose  tout  pour  son 
bonheur  en  ce  monde  et  en  l'autre.  Qu'à  moi  il  m'ac- 
corde aussi  ce  qui  contribue  à  la  béatitude  éternelle. 
Je  ne  suis  pas  inquiète  du  tout  ;  au  contraire,  je  suis 
fort  tranquille,  et  attends  ce  que  le  Tout-Puissant 
décidera  de  moi. 

Saint-Cloud,  ce  samedi  21  novembre  1722, 

...  Chère  Louise,  je  baisse  d'heure  en  heure  et  je 
souffre  nuit  et  jour.  Tous  les  remèdes  qu'on  fait  ne 

1.  Ein  wunderlichor  Heiliger. 

2.  M™«  d'Avernc  (Journal  do  Marais,  II,  p.   157,  159,  367). 

II.  21 


362  CORRESPONDANCE 

me  soulagent  en  rien.  Que  le  Tout-Puissaut  me  donne 
de  la  patience,  j'en  ai  grand  besoin  ;  mais  c'est  un 
bonheur  pour  moi  qu'il  me  délivre  de  mes  souffrances 
et  me  retire  de  cette  vallée  de  larmes.  Ne  vous  affli- 
gez donc  pas  trop  si  vous  veniez  à  me  perdre  :  ce  se- 
rait le  plus  grand  bonheur  qui  pût  m'arriver... 


Saint-Clûud,  ce  jeudi  26  novembre  172-2. 

...  En  sus  de  ma  maladie,  j'ai  autre  chose  encore 
qui  me  chagrine  fort  :  notre  pauvre  vieille  maréchale 
de  Glérembault  est  gravement  malade... 


Saint-Cloud.ce  samedi  29  novembre  17221. 

Bien-aimée  Louise,  vous  ne  recevrez  aujourd'hui 
qu'une  bien  courte  lettre  de  moi,  car,  premièrement, 
je  suis  plus  mal  que  je  n'ai  encore  été,  —  je  n'ai  pu 
fermer  l'œil  de  toute  la  nuit;  —  et,  secondement, 
nous  avons  perdu  hier  matin  notre  pauvre  maréchale. 
Elle  est  morte  subitement  ;  non  pas  qu'elle  ait  eu  une 
attaque  d'apoplexie,  non  :  la  chaleur  vitale  l'a  aban- 
donnée. On  dit  qu'elle  s'est  refroidi  l'estomac  en  pre- 
nant trop  d'aigre  de  cèdre.  Cette  mort  me  cause  un 
véritable  chagrin,  car  c'était  une  dame  d'une  haute 
intelligence  et  douée  d'une  excellente  mémoire  ;  elle 
était  fort  savante,  mais  elle  n'en  laissait  rien  paraître. 
Jamais  elle  ne  faisait  montre  de  sa  science,  à  moins 
qu'on  ne  lui  posât  une  question.  Elle  a  nommé  son 

1.  Madame  mourut  le  S  décembre, 


DE  MADAME,   DUCHESSE  D'ORLÉANS.       363 

héritier  le  fils  de  son  frère  aîné.  Quoiqu'il  n'y  ait 
rien  de  surprenant  à  voir  mourir  une  personne  âgée 
de  quatre-vingt-huit  ans,  il  est  douloureux  quand 
même  de  perdre  une  amie  avec  laquelle  on  a  vécu 
cinquante  et  un  ans.  Mais  je  termine,  chère  Louise; 
je  suis  trop  malade  pour  pouvoir  en  dire  davantage 
aujourd'hui.  En  quelque  misérable  état  que  je  sois  et 
jusqu'à  ce  que  je  reçoive  le  coup  de  grâce,  je  vous 
aimerai,  chère  Louise,  de  tout  mon  cœur. 

ELISABETH  CHARLOTTE. 


FIN 


INDEX 


Abraham  A  s A\CTA  Clara.  II.  33. 

Albermale   (mylord).  I,    278, 

293. 
Alberoni  (le  cardinal).  II,  217, 
232,  236,  2i2,  243,  252,  258, 
291,  292,  293,  294,  296,  299, 
304,  311,  315,  344. 
Albret  (le  duc  d').  II,  269. 
Albret  (la  duchesse  d').   II, 

219,  268. 
Alençon  (le  duc  d'),  fils   du 

duc  de  Berry.  II,  127. 
Alexei  (le  czaréwitsch).  II,  38, 

218. 
A^iNCOURT  (la  marquise  d').  II, 

359. 
Allart  (le  coiffeur).  I,  71. 
Altheim  (le  comte  d').  II,  291. 
Altoviti  (M.).  I,  345. 
Ambotten  (M.  d').  I,  128. 
Amélie  Elisabeth  (la  raujrrave). 
I,  141.  II,  21,  23,  28,30.33. 
Ancre  (le  maréchal  d').  I,  292< 
Ange  (le  frère).  I,  90. 
Angleterre    (  roi    d'  ) .    \ 'oy 


Charles  II,  Jacques  II,  Guil- 
laume III  et  Georges  P"". 
Angleterre   (reine   d').    Voy. 
Marie  -  Béatrix  -  Éléonore 
d'Esté;   Marie,    femme   de 
Gcilladme  III  ;  Anne. 
Angleterre  (princesse  d').  fille 
de  Jacques  II  et  de  Marie- 
Béatrix.  I,  148. 
Anhalt  (prince  de).  I,  316.  Il, 

181. 
Anjou  (le  duc  d').   Voy.  Phi- 
lippe V,  roi  d'Espagne. 
Anjou     (  le    duc    d'  )  .    Voy. 

Louis  XV. 
Anne  d'Autriche.  II,  214. 
AN>iE  (reine  d'Angleterre).  I, 
163,  267,  293,  294.  II,  22, 
87,  91,   98,  107,  114,  123, 
142,  1.53,  162. 
Anne  de  Gonzague  (princesse 
Palatine).   I,  16,  17,  49.  II, 
19,  215,  333. 
Ansbach   (le  margrave  d').  I, 

223. 
Ansbacii  (le  prince  d').  I,  221. 
Ansbach  (la  princesse  d').  Voy. 
Galles  (princesse  de). 


366 


INDEX. 


ANTiN(duecl').I,218.II,2,108, 

113,  300,  320. 
Antoine -Ulrich    (le    duc    de 

Brunswick  Wolfenbuttel).  I, 

348. 
Aquaviva  (le cai'dinal).  II,  loi, 
Arco  (le  comte  d').  11,  39,  il. 
Arcy  (M.  d').  I,  21. 
Argenson  (M.  d').  I,  307.11,19. 
Arcenton  (M">«  d^).  II,  292. 
ARGYLE(leducd').  II,  176,177. 
Armagnac  (Louis  de  Lorraine, 

comte  d'),  dit  M.  le  Grand. 

I,  10,  78.  II,  28,  106. 
ARjiAGNAc(M'"'d').  1,217,223. 
Ari'AJOn  (la  duchesse  d').  I,  82. 
Auguste  (le  roi  de  Pologne). 

Voy.  Frédéric-Auguste. 
AuMONT  (le  duc  d').  î,  13. 
AvAUX  (M.  d').  I,  249. 
Aydie  (le  chevalier  d').  II,  359. 
Aye.\  (le  comte  d').  I,  2  !7,  218. 
Ayen  (M»"^  d').  I,  218. 
AzoEiNi  (le  cardinal).  I,  97. 

B 

Bade  -  DuRLACH  (le  margrave 

de).  I,  375.  II,  268. 
Bade-Durlach   (le    margrave 

Frédéric  de).  II,  234. 
Bade-Durlach  (le  prince  de). 

II,  234). 

Bade  (le  prince  Louis  de).  I, 

81,  327. 
Bade  (la  margrave  de),  veuve 

du  prince  Louis).  II,  259. 
Barbézieox  (M.  de).  I,  100, 101, 

105. 
Barillon  (M.  de),  I,  212. 
Barrière  (31'"=).  I,  372. 
Bassompierre  (le  maréchal  de). 

I,  292. 


Bavière  (Maximilien  II,  Em- 
manuel, électeur  de).  I,  90, 
316,  319,  325,  3.j2.  II.  39, 
40,  41,  42,  55,  83,  84,  136, 
137,  1.38,  143,  150,  190,315, 
329. 

Bavière  (le  prince  de).  II, 
260. 

Bayreuth  (le  margrave  de).  II, 
340. 

Bazinière  (M""^  de  La).  II,  72, 
73. 

Beaubrun  (l'abbé  de).  I,  213. 

Beaumont  (l'abbé  de)  I,  212. 

Beausobre  (Isaac  de).  II,  251, 
258. 

Beauvais  (le  baron  de).  I,  28. 

Beauvilliers  (le  duc  de),  II, 
25. 

Beauvilliers  (évèque  de  Beau- 
vais). II,  216,  217. 

Béchamel  (M.  de).  I,  228,  257. 

Begond  (M'"-^).  II,  299,  300. 

Bellefonds  (le  maréchal  de). 
I,  11,  117. 

Bellefonds  M"«  de).  I,  69. 

Bellefonds  (le  marquis  de).  I, 
110. 

Bellegarde  (le  duc 'de).  II, 
302. 

Bellemond  (M'"^  de).  I,  328. 

Belosi  (M.).  I,  254. 

Bennigsen  (]VI""=  de).  Il,  132. 

Benserade.  II,  221. 

Benterider  (M.).  II.  297. 

Bentheim  (le  comte  de).  II,  7. 

Bentink..  Voy.  Portland. 

Berabas(M.  de).?  II,  292. 

Berleps  (la  comtesse  de).  I, 
152. 

Bernard  (Samuel).  I,  292. 

Bernstorf  (M.  de).  II,  210,214. 

Berry  (Charles  de  France,  duc 
de).   I,    166,  214,  215,  218, 


INDEX. 


367 


219,  239,  260,  261,  268.  II, 
10,  12,  13,  36,  42,  48,  52. 
53,  58,  67,  69,  77,  88,  97, 
112,  113,  127,134,  135,  144, 
145,  146,  147,  148, 

Bep.ry  (Marie-Louise  Elisabeth 
d'Orléans  duchesse  de).  I, 
166,  167,  182,  183,  205.  II. 
36,  52,53,56,61,67,  77,  80^ 
83,  88,  89,  90,  91,  94,  95,  96, 
106,  112,  113,  118,  119, 120, 
121,  123,  127,  134,  145, 146, 
156.  168,  170,  176,  19 J,  202, 
204,  205,  207,  208,  209,  212, 
216,  246,  247,  2.51,253,  254, 
255,  257,  263,  264,  267,  268, 
270,271,  272,  273,  276,  277, 
278,279,  280,  281,  282,  334. 

Berthet  (l'abbc).  II,  307. 

Bertière  (M.  de  La).  I,  110. 

Berwick(1c  maréchal,  duc  de). 
I,  142,  144,  366,  367,  370, 
373. 

BÉTUUNE  (M.  de).  I,  79,  89, 
336. 

Beuvron  (M.  dé).  I,  28,  36. 

Beuvron  (la  comtesse  de).  Vo}'. 
Théobom  (M"''  de). 

BiRKEXFELD  (Ic  princo  de).  I, 
209,  243.  II,  51,  241. 

BiRON  (le  marquis  de).  II,  252. 

BiRON  (M"«  de).  I,  69. 

B1.AINVILLE  (i\I.  de).  I,  299. 

Bi-ASPiEL  (M"'").  II,  239. 

Bi.ois  (M""  de).  Voy.  Orléans, 
(la  duchesse  d'). 

liOERSTEL  (M.)  II,  328. 

Ijoileau  (Desi)réaux).  I,    117. 
Boii.KAU  (l'abbé).  I,  124. 
Boisjou  (M.  de).  II,  188. 
BoissiÈRE  (M.  de).  I,  195. 
BoissiÈRE  (M'""  de  la).  I,  158. 


BoLiNGBROCKE  (mylord).  II,  118. 

BossuET  (évêque  de  Meaux).  I, 
123,  197,  202,  203,  206,  207, 
210,  292,  313.  II,  87. 

BouFFLERS  (le  maréchal  duc 
de)  I,  128,  129,  170,  II,  26, 
32,  37. 

Bouillon  (M.  de)  I.  13 i,  135, 
136. 

Bouillon  (M"'"  de)  I.  95.  II, 
160. 

Bouillon  (le  cardinal  de)  I, 
136,  2.55,  256,  344.  II,  54, 
59,  61,  161. 

Bouillon  (le  chevalier  de).  I, 
133,  134,  135,  136.  II,  54. 

Bourbon.  Voy.  Condé. 

BOURDELOT  (M.).  II,  172. 

Bourgogne  (Louis  de  France, 
duc  de).  1.67,  105,148,  149, 
160,  166, 181, 182,  183,  184, 
212,  214,  217,  229,  239,  252, 
261,  266,  268,274,290,  291, 
295,  324,  325,  327,  355,  365. 
II,  10, 12,  13,  35,  41,  42,  46, 
47,  53,  69,  79,  83,  87,  98, 
99,  100,  101,  104,  105,  107, 
108. 

Bourgogne  (Marie  Adélaïde  de 
Savoie,  duchesse  de).  1, 149, 
15.5,  156,  157,1.58,  160,  177, 
182,  183,  184,  207,  209,  210, 
218,  2.35,  240,  265,  269,  274, 
28 i,  308,  340,  355,  365.  II, 
8,  10,  12,  13,  34,  35,  36,  45, 
4(),  52,  67,  77,  80,  83,  87, 
88,  91,  98,99,100,101,103, 
107,  108,  260,  2()7,  318,  319, 
320. 

Boyer  (l'abbé).  1, 124. 

Bracciano.  Voy.  Ursins  (prin- 
cesse des). 


368 


INDEX. 


Brandebourg    (l'électeur    de). 

Voy.  Frédéric  I. 
Brandedouug   (l'électrice    do). 

Voy.  SopuïE  Charlotte. 
Brandebourg  (la  princesse  élec- 
torale de).  I,  223,  252. 
Brégis   (M""'   de).    I,  328.   II, 

165,  166. 
Bretagne  (N...  de  France,  duc 

de).  I.  315,  333. 
Bretagne  (Louis  de  France,  duc 

de),  le  2"  Dauphin.  Il,  103. 
ri04,  107. 

Brigault  (l'abbé).  II,  235. 
Brink  (M"^«).  II,  71. 
Brinvilliers  (la  marquise  de). 

II,  72. 
Brionne  (le  comte  de).   I.  78, 

217,  218.  II,  28. 
Brissac    (le  duc  de).   I,    213, 

214. 
Broglio  (le   marquis   de).  II, 

278. 
Broglio  (le  comte  de).  II,  140. 
Brousseau  (M.).  I,  314. 
Brunswick    (le    duc   Auguste 

de).  I,  207. 
Brunswick  (l'électeur  de)  Voy. 

Georges  I. 
Brunswick  (l'électrice  de)  Voy. 

Sophie  de  Hanovre. 
Brusseau  (M.).  I.  53. 
Byng  (l'amiral).  II,  225,  264. 


Cadaval  (M.  de).  I,  97. 
Caillemotte  (M.  de  la).  I,  341. 
Cambrai  (l'archevêque  de).  Voy. 

FÉNELON. 

Cambrai  (1  archevêque  de).  Voy. 
Dubois. 


Campistron.  II,  218. 
Capucins  (Les).  II,  187,  269. 
Carlier  (le  bourreau).  I,  261. 
Caroline  (la raugrave), duchesse 

de  Schomberg.   I,    27.  101, 

122,  143,  144,  148,  150. 
Carrer  (le  chirurgien),  II,  151. 
Cartouche.  II  ,-344,  352. 
Catinat  (le  maréchal   de).    I, 

275,  377,  378. 
Cavalier  (le   chef   des  Cami- 

sards).  I,  318,  350. 
Cavoie  (M.  de).  II,  25. 
Chaise  (le  père  de  La).  I,   118 

II,  263,  338. 
Chamillard(M.  de).  I,  358,  377. 

II,  12,  13,  25,  26,  27. 
Chamillard  (lVI""^de).  II,  26. 
Champmeslé  (la).  I,  124. 
Chardon  (M.).  II,  92. 
Charles -Quint  (l'empereur). 

II,  323. 
Charles    VI   (l'empereur).    I, 

259,  266,  303,  321,  323,  349, 

351.  II,  60,85,197,198,  291, 

299,  302,  313. 
Charles  II  (roi  d'Angleterre). 

I,  44,  94,  154,  160.'^ 
Charles  II  (roi  d'Espagne).  I, 

60,  70,  230,  ^52,  259,  266. 
Charles  XII  (roi  de  Suède).  I, 
2i9,  263,  303,  ,359,  370,  375. 

II,  38,  152,  237. 
Charles-Louis  (l'électeur  pa- 
latin) père  de  Madame.  I,  3, 
8,  18,  22,  24,  51,  75,  77,  89, 
90,  116,  150,  165,  242,  277, 
279,  308.  II,  92,  116,  188, 
213,  220,  221,  234,  236,  249, 
267,  281,  302,  361. 

Charles    (l'électeur   palatin), 
fière    de    Madame.   I,    51, 


INDEX. 


3C9 


89,  90,  300.  II,  7.  H6,  274. 

Charles  -  Phiuppe  (  l'électeur 
palatin).  II,  185,  281,  288, 
290,  300,  302,  303,  313,  332. 

Charles-Louis  (le  rau^rave). 
1,24,  25,  43,  51,66,  67,  131, 
175, 193,  300.  II,  h,  182,  3.52. 

Charles-Maurice  (le  raugrave). 

I,  80, 140, 148,  225,  227,  2i2, 
264,  275,  280,  300.  II.  221. 

Charles -Frédéric  (le  prince)? 

II,  72. 

Charlotte  (  l'électrice  pala- 
tine), mère  de  Madame.  I, 

.  46,  90.  II,  234,  268. 

Charolais  (le  comte  de).  II, 
139,  202,  298,  303,  339. 

Charolais  (M""  de).  II,  253, 
287. 

Charost  (le  duc  de).  II.  360. 

Chartres  (le  duc  de).  Voy.  Or- 
léans  (Philippe  II   duc  d'). 

Chartres  (la  duchesse  de).  Voy. 
Orléans  (la  duchesse  d'). 

Chartres  (le  duc  de),  petit-fils 
de  Madame.  II,  42,  44,  48, 
163,  164,  205,  213,  243,  282, 
288,  293,  301,  340. 

Chartres  (M"''  de).  Voy.  Berry 
(la  duchesse  de). 

Chartres  (M"«  de).  Voy.  Or- 
léans (M""*  d')  Louise  Adé- 
laïde. , 

Chartres  (M""  de)  la  plus  jeune 
des  petitcs-fiUcs  de  Madame. 
II,  244. 

Chartres  (l'évêque  de).  I,  176. 

Chateauneuf  (M.  de).  I.  363. 

Ciiateautiiiers  (M'""  de).  I,  20, 
294,  365.  II,  43,  2.54,  276, 
312,  322. 

Chatillon  (M""  de).  I,  217. 


Chaulnes  (la  duchesse  de).  I, 

213. 
Chausseraie  (M""  de).  II,  296. 
Chétardie  (M.  de  La).  I,  70. 
Chevreuse  (le  duc  de).  II,  25. 
Chiverny  (M.  de).  I,  20. 
Chivry  (M.  de).  I,  292. 
Choin  (M'"=).  I,  120.  II,  82. 
Choiseul  (la  duchesse  de).  I, 

59. 
Choiseul  (M"«  de).  II,  179. 
Chrétien  (le  comte  palatin).  I, 

221. 
Christian  V  (roi  de  Danemark). 

I,  242. 
Cellamarè   (le  prince  de).   II. 

225,  226,  232,  233. 
Celle  (le   duc  de).  Voy.    II a- 

novre-Celle. 
CiLLY  (M.  de).  I,  366. 
CiNQMARS  (M.  de).  I,  292. 
Clément  XI  (le  pape).  I,  298, 

341.  II,  25,  26,  61,  136,  183, 

186,  198,  339. 
Clément  (le  Hongrois).  II,  238, 

240. 
Clérémbault  (la  maréchale  de). 

I,  19,  28.  II,  43,  76,  77,  129, 

362. 
Clermont  (M.  de).  I,  20. 
Clermont  (le  chevalier  de).  I, 

322. 
Clermont  (l' évoque  de).  Voy. 

Massillon. 
Clos  (M.)  II,  7. 
Coche  (M.)  I,  367. 
Coetquen   (M"»"   de).    II,   30i, 

305. 
CoEUVRES  (la  maréchale  de).  II, 

47. 
CoiSLiN  (le  cardinal  de).  1, 182. 

344. 

21, 


370 


INDEX. 


CoLBERT.  I,   47,  48,  240,  320. 

CoLBERT  (de  Ci'oissy).  I.  15, 
21. 

Cologne  (l'électeur  de).  II,  40, 
55,  143. 

CoLo.\NE  (M""').  Voy.  Ma.\'Cini 
(Marie). 

CoMMERCY  (le  prince  de).  I,  66. 

CoNDÉ  (le  prince  de),  dit  le 
grand  Condé.  I,  00,  61,  291, 
375.  II,  19,  68,  73,  198. 

Condé  (le  prince  Henri-Jules 
de),  dit  M.  le  duc,  puis  M.  le 
prince,  fils  du  grand  Condc. 
I,  58,  59,  69,  105,  106,  111, 
183.11,  19,  73,  190. 

Condé  (la  princesse  de),  dite 
M"""  la  duchesse,  M'"'^  la 
princesse,  M""^  la  pr'ncesse 
douairière  de  Condé.  1,  59, 
61,  182.  II,  190,  198,  230, 
236,  333,  357. 

Condé  (le  prince  Louis  m  de), 
dit  M.  le  duc.  I,  201,  227. 
11,4. 

Condé  (la  princesse  de),  M""  de 
Nantes.  1, 114-,  157, 161,  182, 
195,  218,  227,  281.  II,  36, 
68,  75,  78,  80,  82,  108,  113, 
198,  206,  236,  298,  320,  339, 
350. 

Condé  (le  prince  Louis-Henri 
de),  dit  M.  le  duc.  II,  97, 
198,  202,  238. 

CoNTi  (le  prince  Louis-Armand 
de).  I,  36,  50,  122. 

CoNTi  (la  princesse  de),  M"''  de 
Blois.  I,  55,  59,  61,  78,  120, 
126,  129,  153,155,  161,  176, 
182,  217,  232,  245.  II,  36, 
75,  78,  80,  82,  84. 

CoNTi  (le  prince  François-Louis 


de).  I,  106,   111,  170,   171, 

172,  176,  177,  178.  199,  200, 

201,213,  216,290,298.  H,  4. 
CoNTi(la  princesse  de).  I,  114, 

156,  227,  338. 
CoNTi    (le    prince    Louis- Ar- 
mand II  de).  II,   298,  299, 

357. 
CoNTi  (la  princesse  de).  II,  219, 

298,  299,  357. 
Corneille  (Pierre).  I,  293,  343. 
CORNUEL    (M'"'^).    I,    105,    113, 

317. 
CossEL  (la  comtesse).  II,  liO. 
CouLANGES  (M.  de).  II,  129. 
CouRCiLLON  (M.  de).  II,  33,  56, 

233,  285. 
CouRCiLLON  (M'"''  de).  II,  56. 
CouRLANDE  (la    princcsso   de), 

abbesse  d'Herford.  I,  254. 
CouRTENVEAU  (M.    de).  I,  100, 

101. 
CoYPEL  (le  peintre).  I,  249. 
Craon  (M.  de).  II,  246,252,  340, 

3  il. 
Craon  (M"'"  de).  II,  203,  204, 

242,  243,  244,  246,  252,  340, 

341,  344. 
Créqui  (le  duc  de).  II,  184,  215, 

289. 
Créqui  (la  marquise  de).  I,  60. 
Croneck  (le  baron  de).  II,  234. 
Cronstrom  (M.)  I,   311. 
CzAR    (le).     Voy.     Pierre    le 

Grand. 

D 

Danemark    (le   roi    de).    Voy. 

Christian  v  et  Frédéric  iv. 
Danemark  (la  princesse  de)  .Voy . 

Anne,  reine  d'Angleterre. 


INDEX. 


371 


Danceau  (le  marquis  de).  1,20. 
II,  4,  56,  197,  230,  233. 

Da\geau  (M'""  de).  I,  218,  266, 
267.  II,  33,  56,  120,  197, 
228,  233,  263,  285. 

Darmstadt  (la  margrave  de). 
II,  33. 

Dauphin  (le),  Louis  de  France, 
fils  de  Louis  xiv.  Est  bien 
le  fils  de  sa  mère.  I,  9.  Son 
mariage,  15,  17,  18.  Ses 
menins,  19.  Propos  que  lui 
tient  Madame,  50.  Ne  se 
soucie  de  rien  au  monde,  se 
débauche,  58.  Une  des  filles 
de  la  Dauphine  prétend  être 
sa  maîtresse,  68,  69.  Part 
pour  le  Palatinat,  74,  75. 
Ne  veut  pas  se  remarier,  98. 
Tremble  devant  M"^^  de 
Maintenon,  100.  La  succes- 
sion de  la  grande  Made- 
moiselle, 113,  114.  Projet 
de  mariage.  M™»  de  Mainte- 
non  intervient,  120.  Inter- 
vient entre  Madame  et  le 
chevalier  de  Bouillon,  134. 
Sa  compagnie  ordinaire, 
153.  Joue  à  colin-maillard 
avec  la  petite  duchesse  de 
Bourgogne,  156.  La  vie  qu'il 
mène,  161.  Va  à  Meudon, 
163.  Son  caractère,  165,235, 
240,  247.  Le  prince  de  Con- 
ti  et  M.  de  Vendôme  se 
disputent  sa  faveur,  170.  Ne 
verse  pas  une  larme  au  ma- 
riage de  M""  d'Orléans,  209. 
N'est  pas  malti-c  de  ses 
actions,  216.  Danse  au  bal 
masqué,  217.  Ses  fils,  239. 
N'a  pas  reçu  de  soufflet  du 


prince  de  Galles,  250.  Le 
duc  d'Anjou,  roi  d'Espagne, 
262.  A  peur  de  mourir,  268, 
Son  aventure  avec  la  mar- 
quise de  Richelieu,  286. 

Remarque  météorologi  - 
que.  II,  7.  Est  cause  que 
Madame  s'enrhume  ,  10. 
Mariage  secret,  13.  N'aime 
pas  le  duc  de  Bourgogne, 
35.  Le  mariage  du  duc  de 
Berry  ,  52-54.  N'est  pas 
ignorant,  69.  Cause  peu,  70. 
Sa  maladie,  75-76.  Sa  mort, 
77-82.  Avait  été  parfait  pour 
son  père ,  81.  Laisse  une 
fille  naturelle,  82.  Le  café, 
84.  Son  contrat  avec  M™"  du 
Roure  ,  140.  Son  titre  de 
Jlonseigneur,  196.  Remar- 
que gastronomique,  289. 

Dauphine  (la)  Marie -Anne- 
Christine-Victoire  de  Ba- 
vière. I,  20,25,26,29,58,66, 
67,  68,  75,  80,  81,  82,  90, 
157,  215,  233,  267,  272,  308, 
309.  II,  140,  189. 

Dauphin  (le  deuxième).  Voy. 
Bourgogne  (le  duc  de). 

Dauphine  (la  deuxième).  Voy. 
Bourgogne  (la  duchesse  de). 

Dauphin  (le  troisième).  Voy. 
Bretagne  (le  deuxième  duc 
de). 

Degenfeld  (M.  Ferdinand  de). 

I,  54. 

Degeni'eld  (M™«  de).  I,  234. 
Degeneeld  (M""  de).  I,  200. 
Degenfeld  (M""^  Louise  de).  La 
raugrave  palatine.  1,220, 221. 
Degënfeld-Schomuerg  (M.  de). 

II,  260,  280,  343. 


372 


INDEX. 


Degenfeld-Schombeug  (M™^  de) . 

II,  260,  279,  343. 
Descartes.  I.  128,  15i,  294. 
Desmares  (La).  II,  137-292. 
Despréaux.  Voy.  Boileau-Des- 

PRÉAUX. 

Deux-Poivts  (le  comte  palatin 
de).  II,  152,  240,  248. 

Deux-Ponts  (le  prince  de).  II. 
188. 

DiBAGNET  (concierge  du  Palais- 
Royal).  I,  318. 

DoDART  (M.).  I,  232,  233. 

DoDART  (M.),  médecin  du  roi. 
II,  355. 

DoHNA  (le  comte  de).  I,  289. 

DoHNA  (la  comtesse  de).  I,  289. 

DoNDORFF,  (M.  de).  I,  1. 

Douglas  (mylord).  II,  175. 

Dubois  (l'abbé).  II,  134,  135, 
136,  214,  243,  297,  317,  327, 
338,  344,  346,  347. 

Duc  (M.  le).  Voy.  Coxdé. 

Duchesse     (M""=      La).     Voy. 

COXDÉ. 

DuFRÉNOY  (M"").  I,  339.  II,  73. 

DiiMONT  (M.).  II,  248. 

Duras  (le    maréchal    de).    II, 

326. 
Durer  (Albert).  II,  323. 
Durfort  (M-»»  de).  11,326,327. 
DuRNBERG  (M.  de).  II,  296. 

E 

ÉCHELLE  (M.  de  L').  I,  212. 
Effern  (le  comte  d')  II,  3. 
Effiat  (le  marquis   d').   I,  7, 

32,  33,  42,  71,  72,  79,  82-89. 

11,265,266. 
EiSENACH  (le  pi'iucc  d').  II,  5, 

352. 


Elbeuf  (le  prince  d'),  I,  358. 

ELISABETH-CHARLOTTE(COmteSSe 

palatine  du  Rhin,  deuxième 
femme  de  Monsieur,  frère  du 
roi  Louis  XIV)  dite  Madame. 
Elle  pleure  de  Strasbourg 
à  Châlons.  I,  1.  Son  petit, 
2.  Son  caractère,  ses  méde- 
cins, 3.  Saute  de  joie  à  la 
nouvelle  de  la  défaite  des 
Français  à  Consarbruck,  4. 
Chute  de  cheval,  6.  Fait 
médianoche  avec  M""'  de 
Montespan,  7.  Met  à  la  mode 
les  palatines,  7.  La  cabale, 
7.  Son  portrait,  8.  Veut 
marier  sa  filleule  Sophie- 
Charlotte  avec  le  Dauphin, 17 
La  mort  de  son  père,  21. 
Colère  contre  le  roi  ,  22 
Envoie  de  l'argent  à  son 
demi  -  frère  Charles  -  Louis  , 
24.  On  ouvre  ses  lettres,  26. 
On  lui  enlève  M'"=  de  Théo- 
bon,  28.  On  l'accuse  d'avoir 
une  galanterie,  29-36.  Elle 
veut  se  retirer  au  couvent 
de  Maubuisson,  36.  Le  roi 
le  lui  interdit,  39-40.  La 
réconcilie  avec  Monsieur , 
40-42.  Elle  veut  marier  sa 
filleule  avec  le  roi,  47.  Se 
plaint  des  mauvais  traite- 
ments du  roi,  50-52.  Plaint 
ses  demi-frères  et  sœurs,  52. 
Trouve  mauvais  que  Mon- 
sieur soit  le  maître  de  la 
communauté,  52, 180.  A  quoi 
elle  passe  son  temps,  54. 
Elle  envoie  des  gravures  à 
sa  tante,  57.  Nouvelles  me- 
nées  de   la   cabale,   61-64. 


INDEX. 


373 


Mariage  du  duc  de  Char- 
tres, 71.  Elle  n'est  plus  sur 
un  bon  pied  avec  le  roi,  73. 
Propos  qu'elle  tient  au  sujet 
de  la  guerre  du  Palatinat, 
74,  75,  76.  Les  incendies  de 
Heidclberg  et  de  Mannheim, 

76.  L'invasion  du  Palatinat, 

77,  89.  Ses  dettes,  80,  97. 
Elle  s'oppose  à  ce  que  d'Effiat 
soit  nommé  gouverneur  de 
du  duc  de  Chartres,  82-89. 
Mort  de  la  Dauphine,  90. 
Elle  est  un  peu  mieux  vue 
que  par  le  passé,  97.  Mort 
de  Louvois.  Souhaits  pieux, 
99.  Sa  conduite  lors  du 
mariage  de  son  fils,  103.  Sa 
bru,  104.  Elle  n'est  pas  du 
particulier  du  roi,  104.  Est 
heureuse  de  ce  que  M.  du 
Maine  n'épouse  pas  sa  fille, 
104-10.5.  Espèi^e  que  celle-ci 
épousera  le  duc  de  Bour- 
gogne, 105.  N'aime  que 
ceux  qui  l'aiment,  106.  Est 
en  peine  de  son  garçon,  108. 
Son  fils  est  blessé,  109.  Elle 
ne  trouble  pas  Monsieur 
dans  ses  divertissements , 
115.  Ne  danse  plus,  116.  Dia- 
logue avec  le  roi  à  propos 
de  la  comédie,  118;  à  pro- 
pos de  sa  toilette,  120.  L'A- 
madis  la  divertit,  123.  Elle 
ne  joue  ni  ne  danse,  124. 
Ses  dévotions,  125.  Elle  a  le 
cœur  allemand  ,  131.  Ses 
portraits,  sa  laideur.  131. 
Elle  fait  une  avanie  au  che- 
valier de  Bouillon,  133-136. 
Ses  idées   sur  le   mariage 


136,  171,  174,  228;  sur  le 
jubilée,  137.  La  détresse  où 
la  laisse  Monsieur,  138.  Le 
roi  Guillaume  III,  145,  165. 
La  mission  des  rois,  146.  La 
métemspycose,  147.  Elle  est 
derechef  en  disgrâce,  150. 
Fait  des  vœux  pour  le  réta- 
blissement du  roi  ,  153. 
Reçoit  la  petite  duchesse  de 
Bourgogne  à  Fontainebleau, 

155.  Joue  à  colin-maillard 
avec  elle,  156.  Voudrait  que 
sa  fille  épousât  Guillaume  III, 

156,  159,  162,  173.  Ne  sait 
pas  un  mot  des  mathémati- 
ques, 158.  Son  crédit,  159. 
Les  trois  églises  chrétiennes, 
161, 162, 312.  Lamalechance, 
163.  Sa  religion,  164.  La 
comédie  est  sa  distraction 
favorite,  165.  Prophétie  à 
propos  de  Louis  XIV,  165. 
Elle  vit  à  part,  167.  Se  casse 
le  bras,  108-169.  Ne  peut 
sortir  du  royaume  ,  174. 
N'aime  pas  les  compliments, 
175.  La  Pologne  et  les  Polo- 
nais, 177,  178,  185.  Elle  n'a 
pas  eu  un  liard  de  l'argent 
du  Palatinat,  180.  Le  ma- 
riage du  duc  de  Bourgogne, 
181-185.  Réponse  qu'elle  fait 
à  Monsieur  à  propos  de 
mylord  Portland,  188.  Elle 
intercède  auprès  du  roi  et 
de  Monsieur  en  faveur  des 
raugraves,  189, 190.  Les  por- 
traits, 191,  204,  228,  257. 
Son  genre  de  vie,  194.  Les 
pharmacies  françaises  ;  les 
pasteurs  de  Francfort,  195. 


374 


INDEX. 


La  comédie,  196.  Sa  conver- 
sion au  catiiolicisme,  198. 
La  querelle  entre  Bossuct  et 
Fénelon,  199,  20.3,  206.  La 
grand'messe  ;  son  peu  d'in- 
dépendance,202.  Elle  tait  son 
portrait,  204.  Son  aversion 
pour  le  café,  le  thé,  le  cho- 
colat, 204,  345.  Elle  fait  des 
chansons  françaises,  205.  Son 
chagrin  au  sujet  du  départ 
de  sa  fille,208.  Elle  ne  croit 
pas  que  celle-ci  sera  heu- 
reuse, 211.  Gronde  le  duc  de 
Berry,  215.  Sa  colère  contre 
M"'"  de  Maintenon,  215.  Le 
bal  masqué  à  Marly,  217.  Ce 
qu'elle  pense  des  grandeurs, 
des  mésalliances,  221.  Sa  dé- 
tresse, si  Monsieur  venait  à 
mourir,  222.  La  duchesse  So- 
phie est  ce  qu'elle  a  de  plus 
cher  au  monde,  22i.  Elle  ne 
permet  pas  qu'on  saigne  son 
fils,  225.  Le  Télémaque,  229. 
Les  Anglais,  230,  270,  354. 
Elle  aime  les  plaisirs  cham- 
pêtres, 233.  Remet  à  sa  place 
la  duchesse  de  Bourgogne, 
236.  N'aime  pas  la  cuisine 
française,  236.  Ses  dettes, 
son  argent  de  poche,  241.  Les 
pèlerinages,  2i6.  Ses  étren- 
nes,  246,  326.  Pourquoi  la 
politesse  a  disparu  de  la  cour, 
247.  Elle  plaint  les  Réformés, 
250.  Sollicite  les  juges  pour 
son  gendre  et  pour  le  duc  de 
Schomberg,  251.  N'approuve 
pas  que  le  roi  prenne  méde- 
cine tous  les  mois,  253.  S'en- 
dort en  écrivant,  254.  Félicite 


le  duc  d'Anjou  de  son  éléva- 
tion au  trône  d'Espagne,  260. 
Avanie  que  lui  fait  le  roi,  2r)4, 
265.  Ses  médailles,  268,  363. 
Elle  regrette  d'être  femme, 
270.  La  mort  de  Monsieur, 
270,  271.  Elle  se  réconcilie 
avec  le  roi  et  M"'^  de  Main- 
tenon,  271,  272.  Brûle  les 
lettres  de  Monsieur,  272.  N'a 
jamais  songé  à  entrer  dans 
un  cxtuvent  ;  n'a  pas  de  riche 
douaire  ;  est  contente  de  son 
fils,  273.  Est  à  la  charge  du 
roi,  273,  274.  Son  contrat  de 
mariage.  276,  279.  Elle  lit  la 
Bib!e,^280,  333,  362.  N'a  pas 
d'ambition,  281.  Ne  peut  souf- 
frir que  les  dames  prisent, 
281.  On  ne  veut  pas  d'elle 
dans  le  particulier  du  roi, 
283,  289.  Histoire  d'une  nou- 
velle Jocaste,  286,  287.  Elle 
fait  fi  de  la  beauté,  288.  Son 
procès  à  Rome,  290,  293,  298. 
Son  perroquet,  ses  chiens, 
29i,  299,  305.  Les  fêtes  de 
Pâques,  295,  311.  La  mort 
du  roi  Guillaume,  prophétie, 
295.  Elle  ne  possède  pas  l'af- 
fection des  Français,  29y. 
N'aime  que  le  grand  habit, 

302.  Est  fière  que  Charles  XII 
soit  de  la  maison  palatine, 

303.  Est  hors  d'elle  qu'on 
n'estime  pas  assez  cette  mai- 
son, 305.  Son  mariage,  308. 
Contestation  d'étiquette,  308, 

309.  Les  femmes  coquettes, 

310.  Elle  n'a  pu  ni  manger  ni 
dormir  parce  qu'elle  ci'oyait 
sa  tante  malade,  31 1 .  La  Fête  - 


INDEX. 


375 


Dieu,  313.  Elle  n'oublie  pas 
les  cantiques  luthériens,  32.5, 

330,  333,  334.  Mort  de  la 
reine  de  Prusse,  329,  330. 
Elle  appelle  Torcy  un  cra- 
paud, 330.  Console  sa  tante, 

331.  S'est  habituée  au  cha- 
grin comme  Mithridate  au 
poison,  332.  Les  médecins, 
248,  333,  335.  Elle  prend  du 
cachou  indien  contre  la  toux, 
336.  Dort  à  l'église,  337.  Tria- 
non,  337.  Les  reliques,  341. 
Elle  fait  venir  des  emplâtres 
de  Nuremberg,  343.  Se  foule 
le  pied,  345.  Visites  et  comé- 
dies, 346.  Le  sanctuaire,  348. 
Jacques  Stuart  n'est  pas  un 
enfant    supposé,   348.    Elle 
prête  des  livres  qu'on  ne  lui 
rend  pas,  350.  Départ  de  son 
fils  pour  l'armée  d'Italie,  352. 
Histoire    d'un  Suisse  qui  a 
deux  maréchaux  de  France 
sur  le  cœur,  352,  353.  Elle 
est  toujours  coiffée  de  ti'a- 
vers,  354.  Turin,  356,  357. 
Elle  s'indigne  de  la  lâcheté 
du  roi  Auguste,  359.  Ses  repas 
solitaires  ;  les  soupers  du  roi, 
360.  Les  petits   enfants  de 
France,  361.  Départ  de  son 
fils  pour  l'armée  d'Espagne, 
362.  Elle  aime  les  histoires 
de    revenants,    362.    Chou- 
croute, 369.  Prise  de  Lérida, 
374.  Elle  s'informe  de  Heidel- 
berg  et  de  Mannheim,  376. 
N'est  pas  d'humeur  flatteuse, 
377. 

Elle    est  heureuse  qu'on 
restaure  Heidelberg.  II,  1. 


Fait  l'éloge  de  son   fils,  4. 
Son  idéal,  6.  Ses  créanciers, 
7.    Souvenirs  d'IIeidelberg, 
7.  Elle  se  réconcilie  avec  la 
duchesse  de  Bourgogne,  8. 
Son  médaillier,  9,  Î09.  Elle 
s'enrhume  à  cause  de  M.  le 
Dauphin,    10.     L'hiver    de 
1709,  11,  12.  Ses  chiens,  14. 
Elle  perd  sa  tante,  l'abbesse 
de  Maubuisson,  14.  Cancans 
de  la  cour  de  Danemark,  15. 
Son  nouveau   médecin,  16. 
Misère  à  Paris,  16,  18,  24. 
Gens  qui  prédisent  l'avenir, 
17.  Les  tours  que  lui  joue  la 
poste,  18.  Elle  se  moque  de 
son  confesseur,  19,  20.  Pen- 
sées sur  la  mort,  21.    Elle 
approuve  un  jeune  homme 
de  faire  campagne  contre  la 
volonté  de  son  père,  21.  Ses 
médecins.    Elle    n'est    pas 
libre  de  ses  actions,  24.  Ap- 
prouve le  roi  de  ne  pas  ac- 
cepter les  conditions  de  paix 
des  alliés,  27.  Sa  toux,  27. 
Son    trésorier  la  vole ,  29. 
Mort  de  la  raugrave  Amélie- 
Elisabeth,    30.     Révolte    à 
Paris,  30,  32.  Ovation  que 
lui   font  les   Parisiens,  32. 
Elle  défend  dans  son  testa- 
ment de  faire  son  autopsie, 
33.    Misère;   intrigues  à  la 
cour,  35,  36.  Les  blessés  de 
Malplaquet,    38.  L'Électeur 
de  Bavière,  39,40.  Elle  s'en- 
dort aux  opéras  deLulli,  41. 
La  rapacité  des  prêtres,  42. 
Elle   rit  aux    larmes  de  la 
chute  que  fait  la  maréchale 


376 


INDEX. 


de  Clérembault,  42,  43.  Ne 
prend  pas  de  médecine,  à 
moins  d'être  gravement  ma- 
lade, 45.  Donnait  la  verge  à 
son  fils,  48.  Les  procès,  51. 
Mariage  de  sa  petite-flUe 
avec  le  duc  de  Berry,  52-54. 
Les  princes  de  la  maison 
royale  sont  des  esclaves  cou- 
ronnés, 58,  71.  Elle  boit  du 
Champagne,  61.  Les  prome- 
nades dont  elle  ne  se  lasse- 
rait pas,  62.  Elle  ne  com- 
prend pas  qu'on  se  remarie, 
62.  Accident  de  chasse  qui 
arrive  à  son  fils,  63,  64.  Elle 
ne  vend  pas  la  charge  de 
secrétaire,  elle  la  donne,  64. 
Se  donne  une  entorse,  65. 
Indisposition  de  la  duchesse 
de  Berry,  67.  Le  café,  70. 
Le  fard,  71.  Elle  ne  quittera 
pas  la  cour,  71.  Ne  peut 
voyager,  73.  Maladie  et  mort 
du  grand  Dauphin ,  75-80. 
Elle  dort  aux  sermons,  80, 

81.  Ne  peut  parler  au  roi, 

82.  Se  plaint  de  l'Électeur 
de  Bavière,  84.  Portrait  de 
la  duchesse  de  Berry,  88. 
Semonce  à  la  duchesse  de 
Berry,  89-91.  L'Académie 
française,  91.  Lecture  de  la 
Bible,  91.  Comédies  anglai- 
ses traduites  en  allemand, 
92.  Elle  est  malade,  93,  96, 
97.  Intercède  pour  M"'=  de 
Berry,  94-97.  Envoie  une 
bague  à  sa  sœur,  97.  Mort 
de  la  duchesse  de  Bour- 
gogne, 98-100.  Accusation 
d'empoisonnement      lancée 


contre  son  fils,  100-104.  Elle 
est  admise   au    sanctuaire, 
10.5,  107.  Sa  bru,  112,  113. 
La  paix;  son  maître  d'écri- 
ture, 115.  Le  médaillier  de 
sou   père,    116.    Prise    de 
Landrecies  ,    117.     Remon- 
trances faites  à  la  duchesse 
de   Berry,    118,   120.    Elle 
redoute  la  mort  du  roi,  121. 
Le  thé,  le  café,  le  chocolat, 
121.  Lait  de  poule,  122.  La 
succession  d'Angleterre,  123. 
Ce  qui  advient  d'une  lettre 
de  Hanovre,  124.  Elle  prend 
du  café,  125,  130,  151.  Les 
diamants  bleus,  126.  La  paix, 
127,  128.  Sa  santé,' 128.  Sa 
façon  de  payer  ses  fournis- 
seurs, 129.  La  phthisie  de 
mylord  Harwich,   129,   133. 
M"«    de    Stubenvoll,    130. 
Les  Allemands  qui  méprisent 
leur  langue  maternelle,  130. 
L'ambre,  le  tabac,  131.  La 
Bible,    136.    Ragoûts    fran- 
çais, 137.  Ce  qui  lui  arriva 
au  mariage  du  Dauphin,  141. 
La  réunion  des  évoques,  141. 
Bague  contre   la    sciatique, 
144.  Maladie  et  mort  du  duc 
de  Berry,  144-148.  Mort  de 
la  duchesse  Sophie,  149-151. 
Elle  prend  du  sel  d'Epsom, 
152.  Perd  une  de  ses  chien- 
nes, 153.  Éloge  de  Fontaine- 
bleau, 155.  Indisposition  de 
son  fils,  156.  Ses  bestioles, 
157.  Les    pharmacies'  fi-an- 
çaiscs,  les  voyages  sur  mer 
et  les  Anglais,  157.  Disgrâce 
de  la  princesse  des  Ursins, 


INDEX. 


377 


158,  159.  Mort  de  Fénelon, 

159.  Ladrerie  du  roi  Georges, 
159, 184.  L'ambassadeur  per- 
san, 160, 161. Oraison  funèbre 
du  cardinal  de  Bouillon,  161. 
Ses  belles-filles,  161,  162.  Ce 
qui  doit  s'être  passé  au  théâ- 
tre, à  Londres,  162.  Sing-es 
et  chiens  savants,  163.  Sa 
haine  contre  M""^  de  Main- 
tenon,  163.  Éclipse  de  soleil, 
petits-enfants  légitimes  et 
illégitimes ,  représentations 
théâtrales  chez  les  jésuites, 
164.  Esther  et  Athalie,  165. 
Pensées  philosophiques,  165, 
166.  Ses  correspondantes, 
166.  Maladie  et  mort  de 
Louis  XIV,  167-169.  Son  fils 
est  déclaré  régent,  169-172. 
M.  Bourdelot,  172.  Intercède 
en  faveur  des  réformés  aux 
galères,  173,  174,  176.  Entre 
en  correspondance  avec  la 
princesse  de  Galles,  174. 
Conspiration  contre  la  mai- 
son de  Hanovre,  les  Anglais, 
175.  Ses  réceptions,  - 176. 
Idées  religieuses,  176.  Chou- 
croute, etc.,  178.  Visite  du 
czar,  183, 18i.  Elle  prend  de 
l'huile  de  copahu,  185.  Le 
hocca,  185.  Les  cerises  de 
Ileidelberg,  186.  Elle  relève 
vertement  le  duc  de  Saint- 
Simon,  188.  Communie  cinq 
fois  l'an,  189.  L'hombre 
en  France,  189.  Le  petit 
Louis  XV  ne  l'aime  pas, 
191, 195.  Pourquoi  ellehah'ite 
Paris  l'hiver,  192.  L'éduca- 
tion  de.  ses   petits-enfants. 


192.  Profession  de  foi,  193. 
Luther  et  Calvin,  194.  Le 
caractère  français,  194.  Elle 
obtient  la  grâce  de  trente 
galériens  réformés,  195.  In- 
quiétudes maternelles,  196, 
212.  Anglais  ou  Allemands, 
197.  Elle  essaye  de  détourner 
sa  petite-fille  d'entrer  au  cou- 
vent, 199.  Craint  le  séjour  de 
Paris  pour  sa  fille,  200.  Éba- 
hissement  de  la  duchesse  de 
Lorraine,  203.  Ses  petits-en- 
fants, 205.  Comment  on  écrit 
l'histoire,-  205,  206.  Elle  ne 
comprend  pas  que  sa  fille 
ne  soit  pas  jalouse,  207.  Les 
mésalliances,  208.  Mort  de 
la  reine  d'Angleterre,  209, 
211.  Pensées  sur  la  mort, 
209.  Les  nœuds,  210.  Le  ju- 
gement de  Paris,  212.  Acci- 
dent qui  lui  arrive  chez  les 
jésuites,  213.  Law,  la  Fête- 
Dieu,  le  vin  du  Rhin,  son 
contrat  de  mariage,  215. 
L'évêque  de  Beauvais,  216. 
Le  czar  et  le  czaréwitsch, 
218,  223.  Law,  219.  Les  en- 
fants en  nourrice,  219.  Sei'- 
vice  rendu  à  la  mère  des 
raugraves,  220,  221.  Les  cou- 
vents, lit  de  justice,  duc  et 
duchesse  du  Maine,  222.  Ses 
domestiques,  223.  Tient  sur 
les  fonts  un  Israélite,  224. 
Romans  préférés,  227.  Mort 
de  Louvois,  229.  Souvenir  de 
Schwetzingen,  230.  Études 
au  microscope,  231.  Conju- 
ration de  Cellamare,  232, 
233.  Comment  son  mariage 


378 


INDEX. 


avec  le  prince  de  Bade  fut 
rompu,  284.  Un  podomètre, 
235.  Elle  ne  peut  prendre 
du  bouillon,  236.  Incendie 
du  château  de  Lunéville, 
237,  238,  2i2.  Moines  et  prê- 
tres, 243.  Elle  n'aime  pas 
la  musique  italienne,  244. 
Goûts  champêtres,  245.  Les 
sorcières,  249.  Le  métier  de 
reine,  250.  Elle  craint  de 
tomber  en  enfance,  253.  Ses 
bibles,  2.59.  Pieux  souhaits 
au  sujet  de  trois  de  ses  pe-' 
lites-filles,  260.  Elle  n'est 
pas  papiste.  M"^  de  Valois, 
262.  Mort  du  marquis  d'Ef- 
fiat,  265.  Ses  voitures,  266. 
Les  écrouelles,  267.  Les  ci- 
gognes, 270.  Mort  de  la  du- 
chesse de  Berry,  271-273. 
Histoire  d'un  Suisse,  272. 
L'almanach  de  Liège,  275. 
Les  femmes  françaises,  276. 
Les  serpents,  281.  Les  céré- 
monies do  Chelles,  282-285. 
Les  réformés  du  Palatinat, 
264,  265,  267,  269,  286,  288, 
289,  290,  294,  295,  302,  303, 
313.  Ses  finances,  286.  Les 
bâtards  du  régent,  291,  292. 
Les  cerises  de  M.  de  Lan- 
dasz,  295.  Le  Notre-Père  de 
M'"''  de  Landasz,  295.  Le 
prince  Eugène,  297.  Mariage 
de  M""  de  Valois,  298,  299, 
303,  306,  319.  La  cuisinière 
de  M""=  Begond,  299,  300. 
Pourquoi  elle  est  venue  en 
France,  302,  Empoisonne- 
ment de  la  première  Ma- 
dame, 304,  305.  Les  princes 


die  la  maison  royale,  306. 
Aventures  de  l'abbé  d'En- 
tragues,  308,  309.  Le  papier- 
monnaie,  312,  314.  321.  Le 
comte  de  Ilorn,  313,  314. 
La  fin  du  Sijxtème,  322,  323, 
.32,5,  326,  328,  331.  Le  peintre 
Rousseau,  324.  Lettres  ano- 
nymes, 327.  Neuhof  (le  i-oi 
Théodore  de  Corse),  329, 330. 
Les  modes,  339.  Aventure  à 
la  Chartreuse  de  Bois-Fon- 
taine, 341,  342,  343,  Étrange 
histoire  d'un  aide-apothicaire 
du  roi,  345.  Elle  reçoit  le 
cardinal  Dubois,  346,  347. 
Mariage  de  M"'=  de  Montpen- 
sier,  347.  Elle  revient  de 
Reims,  360.  Sa  dernière  ma- 
ladie, 361,  363. 

Elisabeth  Stuaut,  grand'mère 
de  Madame.  II,  205,  206, 
293,  348. 

Elisabeth  Farnèse,  deuxième 
femme  du  roi  d'Espagne 
Philippe  V.  II,  151',  153, 
154,  158,  159,  163,  243. 

Eltz  de  Quaadï  (M"'').  II,  231. 

Entragues  (l'abbé  d').II,  308, 
309,  311. 

Epinoy  (M'"«  d').  I,  190,  203, 
204. 

EscARTS  (M.  d').  II,  356. 

Espagne  (le  roi  d').  Voy. 
Charles  ii.  Philippe  V. 

Espagne  (la  reine  d').  Voy. 
Orléans  (Marie  Louise  d'). 
Marie  Anne  de  Neubourg, 
Marie  Louise  Gabrielle  de 
Savoie  ,  Elisabeth  Farnèse. 

EsTRÉES  (le  cardinal  d').  I, 
213. 


INDEX. 


379 


EsTRÉES  (le   maréchal   d').    I, 

218,  II,  197,  320. 
EsTRÉES    (la   comtesse   d').   I, 

218. 
Eugène  (le  prince).  I,  275,  327. 

II,  22,  27,  49,  bO,  73,  114, 

115,  117,  240,  297,  330. 


Fabricius  (M.).  I,  131. 
FAGO.\(le  docteur).  1,  147,213, 

216,  369.  II,  28,  148. 
FÉivELOiN.  I,  198,  201,  202,  203 

206,  207,  211,  212,  229,  292. 

II,  59,  86,  87,  159. 
Ferté  (le  père  de  la).  II,  274. 
Fesch  (M.).  II,  268. 
Feuillade  (le  duc  de  la).  1, 199, 

356,  358. 
Feuillet    (le     chanoine).    II, 

290. 
Fientes  (M'»"^  de).  I,  14,  160, 

230,  231.  II,  84. 
FiLDING  (M.).  I,  96. 
Fleury  (M»"  de).  II,  82,  83, 
Flottes  (M.  de).  II,  29. 
Florance  (La).  II,  292, 
Florensac  (M.  de).  I,  20. 
FoNTANGE  (M">«  de).  I,  291.  II, 

226. 
Fontenelle.  II,  134,  135. 
Force  (le  duc  de  la).  II,  320, 

327. 
Force  (M""  de  la).  I,  69. 
François  (l'empereur).  II,  361. 
Frédéric  I  (le  roi  de  Prusse), 

électeur  do  Hrandebourg.  I, 

102,  112,  171,  185,  186, 187, 

223,  256,  262,  264,  289,  320, 

330,  375.  II,  127. 
Frédéric-Guillaume    I    (le    roi 


de  Prusse).  I,  321,  330,  354, 
II,  38,  65,  116,  138,  183, 
239,  245,  267,  280,  288,  302, 
331. 

Frédéric-Auguste  1  (le  roi  do 
Pologne)  électeur  de  Saxe,  I, 
178,  185,  221,  359,  II,  15, 
1  iO. 

Frédéric  IV  (le  l'oi  de  Dane- 
mark). 1,  202.  II,  15,  109. 

Frédéric  V  (le  roi  de  Bohème) 
électeur  palatin,  grand-père 
de  Madame.  II,  205,  206, 
348. 

Frèteville  (M.  de).  II,  2. 

Frèteville  (le  page).  II,  189. 

Fourneaux  (M.  des).  I,  13. 

Fronde  (M"'^).  Il,  180. 

FuRSTEiiBERG  (le  Cardinal  de), 
I,  221,  312,  345.  II,  197, 
206. 

FuRSTEMBERG  (le  comtc  de).  I, 
345. 

FuRSTEMBERG  (la  comtcssc  de). 
I,  312,  345. 


Gacé  (M.  de).  II,  2. 

Galles  (le  prince  de),  fils  de 
Jacques  II.  I,  15'i,  175,  250, 
27.5,  276,  348,  3i9.  IJ,  119, 
123,  162,  175,  177,  178,  180, 
181,  186,  211. 

Galles  (le  prince  de)  Voy. 
Georges  II. 

Galles  (la  princesse  de)  femme 
de  Georges  IL  I,  310,  321. 
II,  154,  162,  165,  174,  178, 
188,  199,  201,202,  209,  210, 
213,  214,257,  274,  275,  278, 
301,  317. 


380 


INDEX. 


Gemmingen  (  M.  de).  II,  297. 

Genday  (M.).  I,  215. 

Genest  (l'abbé).  1,321,  322,  323. 

Georges  I  (le  roi  d'Angleterre), 
électeur  de  Hanovre.  I,  4,  5, 
224,296,297,  335,  341,  351, 

360.  II,  107,  153,  154,  1.5.5, 
159,  175,  176,  177,  181,  184. 
186,  199,  201,  202,  203,  204, 
210,  211,  213,  214,  269,  286, 
288,  301,  302,  317,  331. 

Georges  II  (le  roi  d'Angleterre), 
électeur  de  Hanovre.  I,  310, 

361,  363.  H,  132,  154,  162, 
199,  201,  202,  203,  210,  213, 
214,  301,  317. 

Georges  (le  prince   de   Dane- 

mai'k)    époux    de    la  reine 

Anne.  II,  22. 
Gesvres  (le  marquis  de).  I,  200. 
Goertz  (le  baron  de).  II,  248, 

255,  331. 
Goertz  (le  comte  de).  II,  248, 

255,  257. 
Go\'zague.  Voj'.  Anne. 
Gordon  (M'"").  I,  7,  31. 
Gramont  (le  duc  de).  I,  10,  11, 

12.  H,  32. 
Gramont  (la  duchesse  de).  II,  6. 
Gramont  (le  comte  de).  I,  142. 

II,  110,  111. 
Gramont  (la  comtesse  de).  I, 

143,  315. 
Gramont  (M"'=  de).  I,  69. 
Grancey  (M'""  de).  I,  7,  30,  42, 

62,  63,  86. 
Grand  (M.  le).  Voy.  Armagmac. 
Grande   (duchesse,    la).   Voy. 

Orléans. 
Grignan  (le  chevalier  de).  I,  20. 
Guéménée  (la  princesse  de),  II, 

72. 


Guiche  (le  duc  de).  II,  50. 

Guillaume  III  (le  roi  d'Angle- 
terre, prince  d'Orange,  I, 
92,  94,  101,  100,  108,^109, 
122,  123,  128,  130,  142,  144, 
145,  156,  164,165,  170,  172, 
173,  185,  188,  191,  192,  226, 
228,  229,  252,  267,  276,  278, 
281,  284,  285,  292,  293,  295, 

■    296,  297,  367.  II,  197. 

GuiON  (M""^).  I,  197,  198,  199, 
202,  292,  313.  II,  86. 
Guise  (M""=de).Voy.  Orléans. 

Gustave -Adolphe  (le  roi  do 
Suède).  II,  348,  349,  350, 
351. 

H 

Halifax  (M.).  I,  351. 

Hamilton  (mylord  Antoine).  II, 
110,  111. 

Hanau  (le  comte  de).  Il,  56, 
57. 

îIanau  (la  princesse  de).  II,  70, 
83,  84. 

Hanovre  (le  duc  Ernest -Au- 
guste de),  oncle  de  Madame. 
ï,  3,  4,  5,  47,  51,  52,  107, 
123,  188,  224.  II,  204,  302. 

Hanovre  (la  duchesse  Sophie). 
Voy.  Sophie. 

Hanovre  (le  duc  de  Hanoyre- 
Celle).  I,  188. 

Hanovre  (le  duc  Georges  de). 
Voy.  Georges  I'-"'". 

Hanovre  (le  prince  électoral 
de).  Voy.  Georges  H. 

Hanovre  (la  princesse  électo- 
rale de).  Voy.  Galles  (prin- 
cesse de). 

Hanovre  le  prince  Charles  de). 
I,  54,  57. 


INDEX. 


381 


Hanovre   (le    prince   Maximi- 

lien  de).  I,  GG. 
Hanovre  (la  duchesse  de)  veuve 
de  Jean-Frédéric.  I,  14,  106, 
134.  II,  54,  333,  334. 
Harcourt  (le  duc  d').  I,  292. 
Harcourt  (le  comte  d').  I,  375. 
Harcourt  (TM.  de).  I,  25. 
Harcourt  (la  princesse  de).  I, 

62,  64,  156. 
IIarlay    de   Chanvallon  (l'ar- 
chevêque de  Pai-is).  I,  118. 
Harlay  (les).  II,  98. 
Harley   (comte  d'Oxford).   II, 

98,  121., 
Harling  (M.  de).  II,  216. 
Harling  (M'"''  de).  I,  4. 
Hassemberg  (M.).  II,  108,  113. 
Harwich  (mylord).  II,  21,  23, 

129,  133. 
Hautan  (M.  de  la)?  II.  G3. 
Hautefort  (M.  de).  I,  78. 
IIautefort  (M""^  de).  I,  78. 
llAw  (M.)  II,  266. 
Haye  (M.  de).  II,  323. 
Hedwige-Eléonore    (la    reine 

douairière  de  Suède).  I,  249. 
Helmont  (Van).  I,  149. 
Helvétius  (MM.)  n,  353. 
IIe\e  (M™'^  de).  II,  352. 
Henri  III  (le  roi  de  France).  I, 

292. 
Henri  (le  jeune,  duc  de  Bruns- 

wick-Wolfembuttel),  I,  259. 
Henriette    (d'Angleterre),    la 

première  Madame.  I,  37,  4i. 

II,  304,  305. 
IlEiiFORD  (l'abbcssc  de),  tante 

do  Madame.  I,  128,  129.  II, 

2.53,  201. 
Herwey  (le  conspirateur),  II, 

175. 


Hesse  -  Cassel    (  le    landgrave 

Charles  de).  I,  246. 
Hesse-Cassel   (le   prince    Fré- 
déric de),  roi  de  Suède.  I, 

307.  II,  237,  244. 
Hesse -Darmstadt    (le    prince 

Georges  de).  I,  374. 
Hesse-Philippstahl  (le  prince 

Charles  de).  II,  335. 
Hohenzollern (la  princesse  de). 

I,  362,  369. 
HoiM  (le  comte).  II,  351. 
Holderness  (lady).  II,  261. 
HoLSTEiN  (le  duc  de).  II,  257. 
HoMBERG  (le  chimiste).  II,  100, 

101,  106. 
IIoMBOLRG  (la  princesse  de).  II, 

51,  56. 
HoQuiNCouRT  (M.  de).  I,  153. 
HoRN  (le  comte  de).   II,    313, 

314,  315,  316. 
IIlmières  (le  maréchal  d').  H, 

17. 


I 


Imhof  (M.  d').  II.  167. 
Impératrice    oouAiniiiRE.   Voy. 

WiLHELMiN  Amélie. 
IsEN'GHiEN  (le  prince  d').  II,  92. 


Jacques  II  (le  roi  d'Angleterre). 
I,  92,  93,  94,  95,  96,  105, 
lOG,  108,  122,  142,  146,  147, 
154,  160,  184,  188,  209,  241, 
252,  258,  275,  279.  II,  III, 
162,  167. 

Jacques  Stuart  (le  prétendant). 
Voy.  Galles  (le  prince  de). 

Janson  (le  cardinal).  I,  295. 


382 


INDEX. 


Jansénistes  (les).  II,  84,  85,  86. 

Jean  Guillaume  (l'électeur  pala- 
tin). I,  270,  274.  II,  1,  187. 

JÉSUITES  (les).  I,  23,  341,  3.56. 
II.  62,  84,  8.j,  16i,  165,  181, 
183,  186,  187,  213,  238,  269. 

JoNQUiÈRE  (M.  de  la).  II,  2.58. 

Joseph  P''  (l'empereur),  roi  des 
Romains.  I,  147,  149,  164, 
216.  II,  66,  74,  85. 

JouRDAN  (le  père).  I,  336.  II,  19, 
269. 

K 

Kapel  (M.).  I,  192. 

Keversberg  (M.  de).  II,  29. 

Klenk  (M'»"  de).  I,  1L7,  137. 

KoENiGSMARK  (le  comte  Philippe 
Christophe  de).  1, 297.  II,  162, 
316. 

KoENiGSiHARK  (le  comte...  de). 
II,  316,  317. 

KœMGSMAUK  (la  comtesse  Au- 
rore de).  I,  221. 

KoLB  (M"''),  la  g-ouvernante  de 
Madame.  I,  5. 

KuRTz  DE  Can  (M.).  II,  239. 


Lafayette  (M""  de).  I,  347. 
La  Fontaine.  I,  292. 
Lambert  (le  marquis  de).  II,  4. 
Landasz  (M.  de).  II,  295. 
Landasz  (M'»"  de).  II,  295. 
Langallerie  (M.  de).  II,  63,  92, 

178. 
Langeais  (M.  de).  II,  221. 
Langéli  (le  fou).  II,  68. 
Langeron  (l'abbé  de).  I,  212. 
Lasali.e   (le   commissaire).   I, 

132. 


Lassay  (M.  de).  II,  339. 
LaV ALLÉE  (M.).  I.  10.  IL 
Lavardin  (M.  de).  I,  280. 
LAUzrN(M.  de).  I.  72, 113,  H  i. 
Law  (M.).  II,  21.5,  219,  278,  281, 

287.  288,  290,  296,  302,  314. 

31.5,  319,  322,  323,  325,  328, 

330,  331. 
Law  (M"").  II,  326. 
Leak  (l'amiral).  I,  334. 
Lebel  (M.).  I,  345. 
Lebrun  (le  peintre).  I,  292. 
Leibnitz  (M.).  I,  132,  154, 158, 

159,  213,  29  i,  340,  344.  II, 

179. 
Len'Clos  (M"<=  de),  Ninon.  I, 

193,  194. 
Lenfamt  (M.).  II,  2.50,  258. 
Lenôtre  (M.).  I,  292. 
LÉopoLD  (l'empereur).  I,  45, 

149,  216,  253,  263,  266,306, 

335. 
Leplat  (M.).  II,  134. 
Lesdiguières   (le   duc   de).  I. 

298. 

LiNENSCHLOSS  (MM.).  II,   7. 

Linières  (le  P.  de).  II,  19.  20, 
246,  247,  251. 

Lintz  (M.).  II,  7. 

Lionne  (M.  de).  II,  206. 

Lislebonne  (M""'  de).  I,  65, 153. 

LiSLEBONNÉ  (M'"'  de).  I,  217. 

Loccum  (l'abbé  de).  I,  123. 

Longueil(M.  de).  II,  17,  335. 

LoNGUEViLLE  (la  duchessc  de). 
II,  254. 

LoNGUEviLLE  (le  chcvalier  de). 
I.  106. 

Lorraine  (le  duc  Charles  de). 
1,6. 

Lorraine  (la  duchessc  douai- 
rière de).  I,  185. 


INDEX. 


383 


Lorraine  (le  duc  Léopold  de), 
gendre  de  Madame.  I,  147, 
164,185,  187,  205,211,  241, 

245,  251.  253,  266,  319.  II, 
8'î,  200,  204,  207,  242,  243. 

246,  251,  321,  340. 
Lorraine  (la  duchesse   Elisa- 
beth -  Charlotte   de).    Voy. 
Orléans. 

Lorraine  (le  prince  François 
de),  petit-fils  de  Madame. 
Voy.  François  (l'empereur). 

Lorraine  (  le  prince  Charles 
do),  petit- fils  de  Madame). 
II,  361. 

Lorraine  (le  prince  Camille 
de).  I,  217,  218. 

Lorraine  (le  prince  Charles  de) . 
II,  336,  337. 

Lorraine  (la  princesse  Charles 
de).  II,  336,  337. 

Lorraine  (le  chevalier  de).  I. 
11,  23,  28,  33,  35,  36,  42, 
47,  71,  72,  86.  II,  182,  304, 
305. 

Los-vé  (le  tapissier).  I,   209. 

LouBES  (M'"=  de).  I,  62,  63,  64. 

Louis  XIII  (le  roi).  I,  346.  II, 
149. 

Louis  XIV  (le  roi)  veut  que 
Madame  l'accompagne  à  la 
chasse.  I,  2.  Lui  témoigne 
de  l'intérêt  lors  d'une  chute 
de  cheval,  6.  Mariage  du 
Dauphin,  17.  18.  Fait  écrire 
par  Madame  à  la  duchesse 
Sophie,  20.  L'amant  qui 
lanço  la  foudre,  26.  Inter- 
vient entre  Monsieur  et  Ma- 
dame, 31-39.  Défense  à  Ma- 
dame do  se  retirer  diins  un 
couvent,  39,  40.  Réconcilie 


Monsieur  avec  Madame,  40- 
42.  Rend  justice  à  Madame, 
43.Scrcmariei'apeut-être,47, 
11  fait  réprimander  Madame 
au  sujet  de  propos  trop  libres 
qu'elle  a  tenus,  50.  Change 
horriblement,  51.  Propos 
qu'il  tient  au  sujet  de  Saint- 
Cyr,  55.  Il  est  devenu  très 
sérieux,  .56,  57.  Intervient  de 
nouveau  entre  Jlonsieur  et 
Madame,  62,  64.  Son  mariage 
avec  M'""  de  Maintenon,  65, 
72.  Sa  piété,  67.  Mariage  de 
M""  de  Blois  avec  le  duc  de 
Chartres,  71.  Il  en  veut  à 
Madame  d'un  propos  tenu 
sur  la  guerre  du  Palatinat, 
76.  Ne  répond  pas  à  une 
lettre  de  Madame,  88,  89. 
Promet  de  choisir  un  gou- 
verneur pour  le  duc  de  Char- 
tres, 89.  Fait  défense  à 
Madame  de  répondre  à  une 
lettre  de  la  comtesse  de 
Soissons,  95.  Envoie  deux 
mille  pistoles  à  Madame, 
97.  N'est  pas  incommodé 
de    la    mort    de     Louvbis. 

100.  Est  incapable  de  faire 
empoisonner  Guillaume  III, 

101,  108,  142.  Le  pouvoir 
qu'a  M""=  de  Maintenon  sur 
lui,  107.  Il  a  la  goutte,  108. 
S'enferme  avec  M'""  de  Main- 
tenon, 109.  Elle  le  rend 
cruel,  115.  Sa  dévotion,  117. 
Dialogue  qu'il  a  avec  Madame 
à  propos  de  la  comédie,  118; 
A  propos  de  sa  toilette,  120. 
Il  ne  songe  pas  à  la  monar- 
chie universelle,  127.  Trcm- 


384 


INDEX. 


ble  décolère,  128.  Est  chan- 
sonné,  129.  Préfère  tous  ses 
bâtards  à  Madame,  139.  On 
ne  peut  lui  parler  que  quand 
il  est  de  bonne  humeur,  145. 
Il  est  niais  en  fait  de  religion, 
145.  Ne  voit  âme  qui  vive, 
si  ce  n'est  aux  repas,  152. 
Son  anthrax,  153.  Il  a  un 
éclaircissement  avec  ses 
filles,  157.  La  passion  que  lui 
inspire  M'""  de  Maintenon, 
157. 11  aurait  encore  des  Alc- 
mènes,  158.  Vivra  longtemps, 
165.  Son  entretien  avec  le 
prince  de  Conti,  élu  roi  de 
Pologne,  171,  172.  Il  est 
obligé  d'attendre  une  demi- 
heure  à  la  porte  de  son 
appartement,  184.  Sa  réponse 
ordinaire  aux  requêtes,  189, 
190.  Il  gâte  la  duchesse  de 
Bourgogne,  207.  La  dispute 
du  Seculum,  212,  216.  Il  fait 
mettre  aux  arrêts  le  duc  de 
Berry,  214.  Difficultés  de 
cérémonial  avec  le  duc  de 
Lorraine,  241.  Il  avoue  qu'il 
y  a  des  fautes  dans  l'archi- 
tecture de  Versailles,  243. 
Le  roi  de  Maroc  lui  demande 
la  main  de  la  princesse  de 
Conti,  245.  A  seul  conservé 
la  politesse,  247.  Sa  santé 
est  parfaite,  252.  Il  fait 
assister  M""  de  Maintenon 
au  conseil,  260.  Accepte  la 
couronne  d'Espagne  pour  le 
duc  d'Anjou,  260,  262.  Fait 
une  avanie  à  Madame,  264, 
265.  Mort  de  Monsieur  ;  il  se 
réconcilie  avec  Madame,  271, 


272.  S'attendrit  chaque  fois 
qu'il  parle  de  Monsieur,  273. 
Pourquoi  on  fait  son  éloge 
dans  tous  les  livres,  285.  Il 
envoie  deux  mille  pistoles  à 
Madame,  288.  Suit  la  chasse 
eu  calèche,  298.  Fait  faire  des 
changements  à  Marly,  300. 
A  Versailles,  301.  Attribue 
ses  succès  à  la  Sainte  Vierge, 
303.  Est  tout  à  fait  serein 
malgré  la  défaite  du  Vigo, 
305.  Combien  il  est  juste, 
308.  Fait  recommencer  une 
ode  en  musique  composée 
en  son  honneur,  321.  Per- 
sonne en  France  n'est  aussi 
poli  que  lui,  327,  359.  La 
rinçure  de  ses  verres,  336. 
Son  entrevue  avec  Cavalier 
350.  Sa  fermeté  d'âme,  357. 
Il  possède  toutes  les  mé- 
dailles du  temps  du  roi  Guil- 
laume, 363. 

Le  mariage  secret,  II,  13. 
Il  est  décidé  à  continuer  la 
guerre,  24.  Envoie  sa  vaisselle 
d'or  à  la  Monnaie,  28.  Prend 
sa  part  des  bénéfices  que  fait 
M'"'=  de  Maintenon,  35.  Béré- 
nice et  M°"=  Colonne,  37.  Sa 
politesse,  41.  Le  tableau 
mouvant,  47.  Sa  générosité 
vis-à-vis  de  la  comtesse  de 
Soissons,  50.  Le  mariage  du 
duc  de  Berry,  52-55.  Il  change 
d'une  façon  inouïe,  54.  A  tout 
changé  et  modifié  dix  fois  à 
Versailles,  55.  Ne  permet  pas 
qu'on  attaque  ses  ministres, 
03.  Ne  permettrait  pas  que 
les  dames  lui  baisent  la  main, 


INDEX. 


385 


66.  Ne  songe  plus  à  la  gran- 
deur, 69.  Cause  peu,  7!*.  S'en- 
ferme avec  le  dauphin,  75. 
Quitte  Meudon  sans  voir  le 
Dauphin  mourant,  78.  Sa 
tristesse,  78.  Sa  résignation, 
79.  Son  ignorance  des  choses 
religieuses,  81,  269,  275.  Son 
portrait,  89.  Il  punit  M'""  de 
Berry,  lui  pardonne,  chasse 
une  de  ses  femmes  de  cham- 
bre, 94-97.  Perd  la  duchesse 
de  Bourgogne,  le  duc,  le 
petit  Dauphin,  99.  Ne  croit 
pas  que  son  neveu  les  ait  em- 
poisonnés, 100,  101,  108.  Ne 
cause  pas  avec  les  courtisans, 
106.  Travaille  chez  M'"'^  de 
Maintenon  avec  les  ministres, 
106.  La  disgrâce  du  comte 
de  Gramont,  110.  Sa  passion 
pour  M'"^  de  Maintenon,  112. 
Il  passe  en  revue  les  demoi- 
selles de  Saint-Cyr,  120.  La 
famille  royale,  121.  Ses  con- 
versations, 122.  Il  ne  prend 
pas  le  deuil  de  Frédéric  P'' 
de  Prusse,  127.  Son  équité, 
132.  Les  parfums,  133.  Bon 
mot,  138. 11  ne  parle  plus  du 
tout,  143.  Mort  du  duc  de 
Berry,  146.  Sa  colère  contre 
une  demoiselle  noble  qui 
change  de  religion,  148.  Sa 
maladie  et  sa  mort,  167-172. 
Ses  dettes,  187.  Pourquoi  il 
fil,  la  paix  avec  la  Hollande. 
Pourquoi  il  lui  déclara  la 
guerre,  206.  Empoisonne- 
ment de  la  première  Madame, 
304,  305.  Ne  portait  pas  de 
ciliée,  312. 
II. 


Louis  XV  (le  roi).  II,  103,  104, 
155,  168,  170,  180,  181,  195, 
227,  228,  234,  24i,  288,  336, 
347,  355. 

Louvois  (M.  de).  I,  17,  98,  99, 
100,  111,  330,  339.  II,  1,  50, 
73,  117,  189,  229,  338. 

LouviLLE  (M.  de).  I,  282. 

LuDE  (la  duchesse  du).  II,  322. 

LuDOLF  (M.).  I,  226,  227. 

LuDiiEs  (M.  de).  I,  291. 

LULLI.  II,  41. 

Lu^ATI  (31.).  I,  319.  II,  204. 

LuTZELBOURG  (le  comtc  de).  II, 
331. 

Luxembourg  (le  maréchal  duc 
de).  1, 111,  219,  290,  292, 326, 
II,  51. 

Luxembourg  (M.  de).  I,  251. 

M 

Madaillan  (M.  de).  I,  98. 

BIadame.  Voy.  Henriette  (d'An- 
gleterre), et  Elisabeth-Char- 
lotte. 

Madame  douairière.  Voy.  Marie- 
Jeanne  de  Savoie-Nemours. 

Mademoiselle.   Voy.  Orléans. 

Mademoiselle  (la  grande).  Voy. 
Orléans. 

Maine  (le  duc  du),  l,  35,  71, 
72,  73,  83,  lOi,  126,  268, 
269.  II,  4,  73,  108, 113,  123, 
154,  172,  190,  214,  222,  224, 
226,  228,  229,  235,  2.36,  238, 
241,  242,  261,  307,  310, 
311. 

Maiee    (la   duchesse    du),    I, 

208,  269.   II,    73,  152,  191, 

214,  222,  224,  226,  235,  236, 

238,  241,  307,  310,  311,  310. 

22 


386 


INDEX. 


Matntenon  (M™"'  de),  I,  42,  50, 
55,  56,  57.  59,  65.  68,  69, 
71,  72,  73,  83,  99,  100,  lOi, 
105,  107,  108,  109,  115,  126, 
139,  145,  149,  151,  155,  157, 
160,  161,  172,  184,  185,  193, 
198,  199,  201,  203,  206,  210, 
212,  215,  234,  235,  243,  248, 
260,  266,  267,  271,  272,  273; 
283,  289,  291,  292,  321,  325, 
348,  356,  357,  365,  377. 

II,  13,  26,  32,  35,  36,  39,  43, 
54,  77,  78,  88,  89,  96,  106, 
108,  112,  117,  120,  163,  167 
170,  171,  224,  226,  227,  229, 
230,  238,  242,  258,  263,  269, 
286,  301,  318,  319,  320,  340. 

Malause  (M'"'  de),  I,  162,  191, 

238.  II,  23,  57,  326. 
Malborough  (mvlord),  I,  324, 

338.  II,  27.  49,  98. 
Malboroug  (lady),  II,  87,  98. 
Maléziel-  (M.  de).  I,  269. 
Malherbe.  I,  291. 
31ANCEVI  (Marie).  II,  37. 
Ma\s  (l'évêque  du).  Voy.  Tres- 

SA\. 

Maasard.  II,  2. 

Ma>sfeld  (le  comte  de).  I,  60. 

Marcelli  (M.).  II,  334. 

Maréchal  (le  chirurgien).  II, 
36. 

Marie  Thérèse  (la  reine  de 
France).  I,  46,  53,  261,  308, 
309.  335.  II,  23,  312. 

Marie  An\e  (de  Neubourg:), 
reine  d'Espagne,  puis  reine 
douairière  d'Espagne.  I,  81, 
91,  152,  254,  259.  II,  6,  166, 

239,  240. 

Marie  Louise  Gabrielle  (de 
Savoie),     reine     d'Espagne 


l"  femme  de  Philippe  V.  I, 
278,  282,  283,  28  i,  332.  II, 
8,  52,  69,  142,143,1.59,352. 

Marie  Béatrix  Eléonork 
(d'Esté),  reine  d'Angleterre, 
2'""  femme  de  Jacques  II.  I, 
9i,  95,  132,  14i,  155-,  18i, 
188,  209,  218,'2i3,  2.58,270, 
296.  328,  3i8,  349.  II,  80, 
118,  123,  142,  1.53. 

Marie  (d'York),  reine  d' Angle- 
terre,femme  deGuillaume  III 
I,  96,  122,  14i,  278. 

Marie  Aîvne  Victoire  (l'in- 
fante) II,  354,  355. 

IMarie  JEANNE  (de  Savoie-Ne- 
moui's),  dite  Madame  douai- 
rière. II,  71. 

Marillac  (le  maréchal  de).  I. 
292, 

Marion  (M.).  II,  304. 

Maroc  (le  roi  do).  I,  244,  245, 

Marot  (Clément).  II,  81. 

Mar  (mylord).  II,  211. 

Marsaivj  (le  comte  de).  II,  344. 

Marsillac  (M.  de).  I,  11. 

Marsin  (le  maréchal  de).  I,  352, 
356.  .357,  358.  II,  6. 

Martim  (M.).  II,  164,  335. 

Massillon  (l'évêque  de  Clcr- 
mont).  n,  2i9. 

Masson  (M-"').  II,  87. 

Matignon  {M.  de).  I,  298. 

Matta  (M.).  II,  111. 

3IAUBUISS0N  (l'abbesse  de). 
Louise-HoUandine,  conjtesse 
Palatine,  tante  de  Madame. 
I,  29,  173,  238.  II,  14,  259, 
266. 

Maulevrier  (le  chevalier  de).  I, 
376. 

Mauroy  (M.  de).  Supérieur  des 


INDEX. 


387 


Pères  de  la  Mission  des  In- 
valides. I,  10'2,  103. 
Mazarin  (le  cardinal).  II,  214, 

317. 
Mazarix  (M-""  de).  I,  238,  308, 
Meaux  (M.  de).  Voy.  Bosslet. 
Mecklembourg  (le  duc  de).  I, 

221. 
Meckleaibol'rg  (31"""  de).  I,  16- 

II,  51. 
Medina-Céli  (le  duc  de).  I,  303. 
Meilleraye  (la  duchesse- de  la). 

II,  296. 
MÉLAC  (M.  de).  I,  302. 
3Ielcn(M"'--  de).  I,  218.  11,241. 
Mercy  (le  général).  I,  34. 
MÉRLUM  (le  graveur).  II,  259. 
Medve  (la  marquise  de)?  II, 

247. 
Meuvius  (M.).  I,  226,  232. 
Miec  (le  vice-chancelier).  1, 303. 

11,7. 

3IlG\ARD.    I,     292. 

Modène  (le  prince  de).  II,  298, 

306. 
MoDÈ^iE  (la  princesse  de).  Voy. 

Valois  (M""  de). 
MoDÈXE  (la  princesse  de).  II, 

303. 
MoLAXL's  (l'abbé)  I,  118. 
Molière.  I,  3i2.  II,  lil 
Mo.NACo  (M.    de).  I,  217,  253, 

255,  256. 
MoKGEON  (3I"'«  de).  I,  218. 
Mo.\TMouTn  (le  duc  de)  I,  44. 
MoxsEiGNELR.     Voy.     Daupiii\ 

(le). 
Monsieur.  V03'.  Orléans  (Gas- 
ton d'). 
Mo.NsiEDR.   Voy.  Orléans  (Plii- 

li[)pe  I,  d'). 
MoNTAUsiER  (le  duc  de).  I,  75. 


MoxTCHEVREUiL  (M™"  de).  1, 68, 

69. 
MoNTESPAN  (M""=  de).  I,  7,  35, 

71,  72,  288,  291,  337.  U,  2, 

50,  113,  191,  206,  226,  246, 

269,  300,  301,  318,  319,  320. 
Montmorency  (le  duc  de).    I, 

292. 
MoNTsiORENCY  (M"^  de).  I,  69. 
jMontpensier  (M""  de),  fille  du 

régent.  II,  43,  347,  352. 
McRANGis  (M.  de).  I,  44. 
MoRAS   (M.   de).    Voy.    IMorel 

(l'abbé  de). 
MoREAu  (Fanchon).  I,  210,  244. 
MoREAU  (31.).  I,  291. 
MoREL  (l'abbé  de).   I,  51,  52, 

54,  59,  89,  274. 
3I0THE  (la  maréchale  de   la). 

I,  13,  155,  1.58.  II,  110. 
MoTHE  (le  comte  de  la).  II,  2, 

110. 
MoTHE  (M"'--  de  la).  II,  110. 
MoucHY  (M.  de).  II,  277. 
MoucHï  (M"''^  de).  II,  264,  276, 

277,  279,  280,' 281. 

N 

Naxgis  (le  marquis  de).  I,  25. 
Nassau-Weilrourg  (les  comtes 

de).  I,  226,  227,  230,  231. 
Nassau  -  SiEGE\  (le  prince  de). 

II,  332. 

Nassau  -  Siëgen  (  la  princesse 
de).  II,  296,  321,  332. 

Navailles  (M.  de).  I,  320.  II, 
233. 

Necel  (l'apothicaire).  II,  16. 

Neitzschutz  (M"=  de).  II,  243. 

Nemours  (M"'"  de).  I,  155.  II, 
138. 


388 


INDEX, 


NEUHOF(M.de).  11,29,329,330. 
Neuville  (M"'^  de  La).  II,  94. 
Nevers  (M.  de).  I,  201. 
Nevep.s  (M»'"  de).  I,  337. 
NiMBTscii  (lecomte).  11,291,297. 
Ninon.  Voy.  Lenclos  (M"'=  de). 
NocÉ  (M.  de).  II,  278. 
NoAiLLES  (le  duc  de).  I.  271, 

309.  II,  336. 
NoAiLLES   (la  duchesse  de).  Il, 

109. 
NoAiLLES  (le  cardinal  de).  II, 

283,  28i,  321. 
NoGE^T  (M""=  de).  I,  114. 

0 

O  (le  comte  d').  II,  9. 

Obrecht  (M.).  I,  273. 

Oglithorpe  (mylord).  II,  133. 

Olbreuse  (Éléonore  d'),  du- 
chesse de  Hanovre,  femme 
de  Georges  -  Guillaume  de 
Lunebourg-Cellc.  I,  297. 

Oldembourg  (princesse  d').  II, 
259. 

Orange  (prince  d').  Voy.  Guil- 
laume III. 

Orange  (prince  Maurice  d').  II, 
206. 

Orléans  (Gaston  d'),  frère  du 
roi  Louis  XIII,  appelé  Mon- 
sieur. I,  246. 

Orléans  (Anne -Marie -Louise 
d'),  fille  du  précédent,  ap- 
pelée la  grande  Mademoi- 
selle. I,  72,  73,  111,  113, 
114,  246. 

Orléans  (Marguerite -Louise 
d'  ) ,  grande  duchesse  de 
Toscane,  fille  du  précédent. 
I,  16,  58,  157,  II,  60,  65. 


Orléans  (Elisabeth    d'),   du- 
chesse de    Guise ,   fille  du 
précédent.  I,  58,  141,  142. 
H,  141. 
Orléans  (Philippe  I"d'),  frère 
du    roi    Louis    XIV,  appelé 
Monsieur.   Impression  qu'il 
fait  sur  Madame,  1.  Joue  à 
la  bassette,  3.  Son  goût  pour 
la  parure,  1 6.  Congédie  la  ma- 
réchale de  Clérembault,  19. 
Propose  à  la  reine  de  faire  un 
vœu,  23.  Chasse  M"'=  de  Théo- 
bon,  27.  La  cabale,  31-33, 
Se  réconcilie  avec  Madame, 
40-42.   Est  innocent  de   la 
mort  de  sa  première  femme, 
44.  Est  plus  en  faveur  que 
Madame,  47.  Est  le  maître 
de  la  communauté,   52.  Sa 
principale  occupation  est  de 
jouer,  54.  Il  n'aime  pas  don- 
ner de  l'argent,  54.  Sa  con- 
duite vis-à-vis  de  Madame, 
58.  II  aime  l'argent,  59.  La 
cabale,  61-G4.    Mariage  du 
duc  de  Chartres,  71.  Affaires 
du  Palatinat,  7.5,  76.  Il  veut 
donner  d'Eflîat  pour  gouver- 
neur à  son  fils,  82-89.   Dia- 
logue  avec  Jacques  II,   93, 
94.  Il  est  dévot  parce  qu'il 
aime   les    cérémonies,   103. 
Son  appartement,  111.  Il  est 
l'esclave  de  son  frère,  112, 
225.   La    succession   de    la 
grande  Mademoiselle,    113, 
114,   Ses  mœurs,  114,  138. 
Superstition  de  joueui-,  119. 
Il  donne  tout  son  bien  à  ses 
mignons,  121.  Ressemble  à 
Henri  III,  125.  Détresse  dans 


INDEX, 


389 


laquelle  il  laisse  Madame  et 
ses  enfants,  138.  Ce  qu'il 
fait  de  l'argenterie  venue 
du  Palatinat.  Discours  qu'il 
tient  à  Madame,  140.  Il  ne 
paie  pas  un  peintre  qui  tra- 
vaille pour  lui,  143.  Joue  à 
Collin-JIaillard  avec  la  pe- 
tite duchesse  de  Bourgoii'ne, 
156.  Ses  gros  diamants,  181. 
11  n'aime  pas  qu'on  témoigne 
de  la  considération  à  sa 
femme,  188.  A  une  très- 
bonne  santé,  216.  Gaspille 
deux  cent  mille  écus  venus 
du  Palatinat,  220.  Est  plus 
à  plaindre  qu'à  haïr,  237. 
La  goutte,  255.  Ne  prodigue 
pas  les  louanges  aux  dames, 
259.  Proteste  contre  le  tes- 
tament du  roi  d'Espagne, 
266.  Sa  mort,  270-272. 

Les  médailles  d'Hcidelberg 
II,  116.  Use  bat  avec  IVi""  de 
Bouillon,  160.  Bonne  réponse 
que  lui  fait  un  chanoine, 
290.  L'empoisonnement  de  la 
première  Madame,  394,  305. 

Orléans  (duchesse  d'),  appelée 
Bladame ,  voyez  Elisabeth- 
Charlotte. 

Ori.kams (Philippe  II  d'),  appelé 
d'abord  le  duc  de  Chartres. 
Son  horoscope,  I,  2.  Son  ca- 
ractère, 56.  Il  a  honte  des 
sottises  faites  à  l'armée,  101. 
Son  mariage,  103,  104.  Il 
est  blessé,  109.  Steinkerke, 
110.  Necrwinde,  115.  Il  s'oc- 
cupe de  balivernes,  121.  A 
la  fièvre,  127.  Son  père  le 
plonge  dans  les  débauches, 


138.  Il  est  gi'and  ami  de  Ni- 
non, 193.  Danse  au  bal  mas- 
qué, 217,  218.  Peint  une 
Antigone,  237.  A  le  génie  de 
la  peinture,  249.  Chagrin 
qu'il  cause  à  sa  mère,  249. 
II  ne  retire  que  honte  de 
son  mariage,  269.  Est  un 
brave  garçon,  273.  Laisse  sa 
mère  sans  argent,  304.  Fait 
un  opéra,  314.  N'est  pas  de 
l'avis  de  Leibnitz,  344.  Sa 
joie  d'aller  en  Italie  pour  y 
commander  en  chef,  351, 
353.  Prend  la  chose  à  cœur, 
355.  Turin,  356,  357,  Ses 
lettres  à  Madame,  364,  366, 
368,  370,  373,  II 0.  Campagne 
d'Espagne,  364-375,  II,  3. 

Ses  qualités,  II,  4.  Ses 
goûts,  13.  Il  est  calomnié 
par  la  princesse  des  Ursins, 
28,  29.  Brise  avec  sa  maî- 
tresse, 44.  Mariage  de  sa 
fille  aînée  avec  le  duc  de 
Berry,  53,  54.  Il  fait  une 
chute  de  cheval,  63,  64. 
Assiste  à  une  semonce  que 
Madame  fait  à  la  duchesse 
de  Berry,  89.  Est  trop  in- 
dulgent pour  celle-ci,  91. 
Intercède  pour  elle,  94-96. 
Est  accusé  d'empoisonne- 
ment, 100-108.  Aime  les 
sciences,  101.  Les  fées  de 
son  baptême,  101,  102.  Il 
est  détesté  à  Paris,  105-107. 
Ce  qu'on  affiche  au  Palais- 
Royal,  107.  Il  s'enivre,  109. 
Reconnaît  ses  torts,  mais  ne 
se  corrige  pas,  112.  Se  ruine 
à  cause  de  M""  de  Berry,  123 

22. 


390 


INDEX. 


Jirouille  avec  M">«  de  Beriy, 
134, 135.  L'abbé  Dubois,  136. 
11  ne  vient  voir  sa  mère 
qu'une  demi -heure,  156. 
S'évanouit,  156.  Inimitié  do 
M'"'^  des  Ursins,  1G3.  Mort 
durci,  168, 169.  La  Régence, 
169-172.  Relations  avec  l'An- 
gleterre, 175,  176,  178.  Est 
parrain  d'une  princesse  de 
Prusse,  183.  Remet  de  l'or- 
dre dans  les  finances,  187. 
Pourquoi  il  n'est  pas  aimé, 
190.  Il  ne  se  garde  pas  assez 
des  méchantes  gens,  191.  Ses 
maîtresses,  ses  débauches 
194-196.  Sa  fille  aînée  et  sa 
femme,  202,203.  11  n'est  pas 
assez  riche  pour  marier  ses 
filles  à  des  princes,  208.  In- 
tervient entre  le  roi  d'An- 
gleterre et  le  prince  de  Gal- 
les, 214.  Le  Parlement,  214. 
Son  désintéressement,  216. 
Le  Parlement,  le  duc  et  la 
duchesse  du  Maine,  222.  Il 
tient  un  israélite  sur  les 
fonts,  224.  Souvenir  d'Es- 
pagne, 228.  Menées  du  duc 
du  Maine,  229.  Conjuration 
de  Cellamare,  232,  233,  235, 
236,241.  Sa  femme,  245,  2i6. 
11  tiavaille  horriblement, 
247.  S'amuse,  251.  Fait  arrê- 
ter le  duc  de  Richelieu,  252. 
Les  finances,  256.  Complot 
contre  sa  vie,  258.  Il  est  trop 
bon,  261.  Mort  de  la  duchesse 
de  Berry,  271,  273.  Les 
dettes  de  M'""  de  Berry,  276. 
Il  exile  M""'  de  Mouchy , 
277.    Ses     compagnons    de 


plaisir,  278.  Il  augmente  le 
revenu  de  sa  mère,  281. 
Cérémonies  de  Chelles,  282- 
285.  Ses  bâtards,  292.  Le 
bal  de  l'Opéra,  294.  Propos 
du  populaire,  314, 315.Fin  du 
système,  322,  323,  325,  326, 
328,  331.  Il  est  très  bien 
avec  sa  mère,  338.  Mariage 
de  M""  de  Montpensier,  347* 
Il  rompt  avec  sa  maîtresse, 
361. 

OiiLÉANS  (IM""'  la  duchesse  d'). 
M"'^  DE  Blois.I,  71,103,  lO'f, 
114,  116,  139,  151,  1.57,  182, 
205,  218,  281,305,  314,  317. 
II,  4,  10,  36,  43,  53,  5i,  89, 
9i,  95,  96,  97,  112,  113,  135, 
146,  15i,  170.  170.  190,  192, 
203,  207,  208,  209.  210,  226, 
228,  235,  241,  2i2,  243,  245, 
246,  252,  262,  267,  271,  282, 
293,  298,  301,  303,  318,  320, 
331,  347. 

Orléans  (Marie-Louise  d'),  ap- 
pelée Mademoiselle ,  reine 
d'Espagne.  I,  9,  19,  25,  60, 

,.  70,  76,  80,  81,  91,  152,  162. 
11,  352. 

Orléan'S  (Anne-!Marie  d'),  appe- 
lée Mademoiselle,  duchesse 
de  Savoie,  reine  de  Sicile, 
puis  de  Sardaigne.  I,  15,  17, 
70.  II,  .52,  98,^99,128,  161,, 
162,  166,  217,  225,  278,  352. 

Orléans  (Elisabeth -Chariot te 
d'),  appelée  Mademoiselle, 
duchesse  de  Lorraine.  I,  10  V, 
105,138.  139,  147,  149,  151, 
156,  159,  162,  16i,  167,  181, 
185,  187,  205,  208,  209,  224. 
226,  242,  245,  248,  324,  355, 


INDEX. 


3131 


II,  51,  55,  82,  1G6,  169,  192, 
200,  202,  20 i,  207,  238,  242, 
243,  291,  327,  3i0,  360,  301. 

Orléa\'h  (M"''  il'),  abbesse  de 
Chelles,  deuxième  fille  du 
régent.  I,  205.  II,  180,  182, 
199,  205,  228,  26i,  206,  207, 
281,  282-285,  298. 

OuLÉANS  (le  chevalier  d'),  bâ- 
tard du  régent.  II,  IG'i,  291, 
29  i,  303. 

Or.MOND  (le  duc  d').  II,  133. 

OsTFRiESLAND  (la  duchcssc  d'). 
I,  147. 


Paume  (le  duc  de).  II,  293. 

Parme  (la  princesse  de).  Voy. 
Élisabeïu  Far.\'èse. 

Palatine  (la  priucesse).  Voy. 
Anne  me  Gonzague. 

Palatine  (l'électrice  douai- 
rière) ,  veuve  de  Philippe- 
Guillaume.  II,  34. 

Pape  (le).  Voy.  Clément  XI. 

Paris  (l'archevêque  de).  Voy. 
Harlay  de  Cuanvallon. 

PÉLETIER  (M.).   I,  40. 

Pélisson.  I,  342. 

Peterborougu  (mylord).  1,351, 
li,  159,  180,  188. 

Pflug  (M"'«  de).  I,  216. 

Philippe  V  (le  roi  d'Espagne), 
duc  d'Anjou.  1,67, 106,  182, 
183,  217,  239,  253,  260,261, 
262,  268,  282,  283,  284,  288, 
303,  304,  319,  349,  351,357. 
II,  29,  ,50,  01,62,66,09,  83, 
103,142,  143,  149,  151,  153, 
1.59,173,  181,  183,  197,217, 
218,  229,  243,  347. 


Philippe-Guillaume  (l'électeur 

palatin).  I,  77. 
Piémont  (le  prince  de).  II,  225. 
Piennes  (M"«de).  I,-25,  26. 
Pierre  II  (le  roi  de  Portugal). 

I,  2il,  319. 

Pierre   (le  czar).  I,  171,  224. 

11,37,  38,183,184,197,218, 

257. 
Platen   (le  comte  de).  I,  363. 

II,  144. 

Platen  (M'"'--  de).  I,  128. 

PoELLNiTz(le  baron  de).  II,  114, 
124,  241. 

Poisson  (M.).  1,313. 

POLIER  (M.).  II,  230. 

PoLiGNAC  (la  marquise  de).  II, 
357,  358. 

PoLiGNAc  (l'abbé  de).  I,  172, 
178. 

Pologne  (le  roi  de).  Voy.  Frédé- 
ric-Auguste. 

PoMEREU  (M.  de).  I,  289. 

PoMPADOUR  (le  marquis  de).  II, 
233. 

Pontcallec  (le  marquis  de).  II, 
296. 

PONTCHARTRAIN     (M""*     dc).       I, 

156. 

PoRTLAND  (mylord).  I,  170, 187, 
188,  189,  229. 

PoRTSMOuTii  (M""^  de),  I,  55, 
9i. 

Portugal  (le  roi  de).  Voy. 
Pierre  II. 

Précontal  (M.  de).  I,  307. 

Pressenville  (M"*-"  de).  I,   lO't. 

Prusse  (le  roi  de).  Voy.  Fré- 
déric I. 

Prusse  (la  reine  de).  Voy.  So- 
phie-Chah  lotte  et  Sophie- 
Louise. 


392 


INDEX. 


Prusse  (le  roi  de).  Voy.  Fré- 
déric-Guillaume I.  j 

Prusse  (le  prince  royal  de). 
Voy.  Frédéric -Guillaume  I. 

Prusse  (la  reine  de).  Voy.  So- 
phie-Dorothée. 

Prusse  (la  princesse  royale  de). 
Voy.  Sophie-Dorothée. 

PUY  (M.  du).  I,  212. 

0 

QuÉLDS  (M""  de).  II,  120. 
Quenaudt  (M.).  II,  128. 
QuESNEL  (le  père).  II,  1.3G. 

QUINAULT.   I,   331. 

R 

Rabelais.  I,  292. 

Racine.  I,  292.  II,  37,  16.5. 

Ragotzki  (le  prince).  II,  227. 

Ragotzki  (la  princesse).  II, 
3.51,  353,  35i. 

Raimond  (M'"'=).  11,315. 

Raisin  (Ba).  I,  268. 

Rathsamhausex  (M""^  de).1, 295, 
301.  II,  20,  181,  329. 

Rathsamhausen  (M"«  de).  1, 168. 
II,  148. 

Raugrave  (La).  Voy.  Degenfeld 
(M""  Louise  de),  Caroline 
et  Amélie-Élisareth. 

Raugrave  (Le).  Voy.  Charles- 
Louis  et  Charles-Maurice. 

Razilly  (M.  de).  I,  214,  215. 

Regnard.  I,  117. 

RÉGNIER  (l'abbé).  II,  132. 

Reims  (l'archevêque  de).  Voy. 
Tellier. 

Reine  (La).  Voy.  Marie-Thé- 
rèse. 


Reine-Duchesse  (La).  Voy.  Lor- 
raine. 
Retz  (le  duc  de).  II,  359. 
Retz  (la  duchesse  de).  II,  359. 
Revnie  (M.  de  La).  I,  116. 
Richelieu  (le  cardinal  de).  I, 

292.  II,  230. 
Richelieu  (la  duchesse  de).  I, 

286. 
Richelieu  (la  marquise  de).  I, 

238,  286.  II,  58. 
Richelieu  (le  maréchal  duc  de). 

IL  252,  253,  260,  261,  262, 

263,  286.  287,  3.59. 
RicKARD  (M"'=  de).  II,  216.  217. 
RioMs  (M.  de).  II,  279,  280, 

281,  359. 
Robert  (le  comte  palatin),  oncle 

de  Madame.  I,  328.  IL  111. 
Rochebrune  (M.  de).  I,  5. 
Rochefoucauld  (le  duc  de  La). 

II,  137,  138. 
Rochegude  (le  marquis  de).  II, 

173. 
RocHE-suR-YoN   (le   prince    de 

La).  I,  25. 
RoHAN  (le  cardinal  de).  IL  241. 
RoHAN  (le  prince  de).  II,  261. 
RoHAN  (le  chevalier  de).  II,  72. 
Roi   (Le).  Voy.  Louis  XIV  et 

Louis  XV. 
Romains    (le    roi    des).    Voy. 

Joseph  I. 
Romains  (la   reine   des).  Voy. 

Wilhelmine-Amélie. 
RoMY  (M"-^  de).  I,  162. 
RoNGÈRE  (M.  de  La).  I,  92,  93. 
Rosière  (M™<=  de).  II,  179. 
RouRE  (la  comtesse  du).  II,  140. 
j  Rousseau  (le  peintre).  II,  324, 

328. 
I  Roye  (la  comtesse  de).  II,  180. 


INDEX. 


393 


RoYE  (le  chevalier  de).  Il,  180. 
RoE  (le  père  de  La).  Il,  288. 
RussEL  (mylord).  I.  351. 
RuviGNY  (M.  de).  I,  318,  341. 


Sabran  (la  marquise  de).  II, 

257,  2.jS. 
Sativt-Albin  (l'abbé  de).  II,  288, 

291,  294,  297,  347. 
Saint-Chamand(M.  de).  1, 25,26. 
Saint-Étiewe  (1M"«  de).  II,  355, 

350. 
Saint-Évremond  (M.  de).  I,  238, 
.    308. 
Saint-Georges  (le  chevalier  de). 

Voy.  Jacques  Stuart. 
SAiNï-PrERRE  (le  père  de).  II, 

19,  180,  209. 
Saint-Pierre  (l'abbé  de).  II,  86, 

180. 
SAiNT-SnioN  (le  duc  de).  II,  188. 
Sale  (Saint-François  de).  1, 329. 
Sanzay  (M.  de).  II,  128. 
Sardaigne  (la  reine  de).  Voy. 

Orléans  (Anne-Marie  d'). 
Sassetot  (M""^  de).  II,  270. 
Savoie  (le  duc  de).  Voy.  Victor- 

Ajiédée  II. 
Savoie  (la  duchesse  de).  Voy. 

Orléans  (Anne-Marie  d'). 
Savoie  (la  princesse  de).  Voy. 

Bourgogne  (la  duchesse  de). 
Savoie  (le  prince  Philippe  de). 

I,  55. 

Saxe  (le  prince  électoral  de). 

II,  331. 

Saxe  (l'électrice  douairière  de). 

H,  193. 
Saxe-Gotha    (le    prince    de). 

I,  221. 


Saxe  (le   comte  Maurice   de), 

I,  221,  II,  353. 

ScHAUB  (le  chevalier).  II,  351. 
ScHLLM  (M"'"  de).  I,  234. 
Schlieben  (le  comte   de).   II, 

240,  353. 
ScHOJiBERG   (le   maréchal   duc 

de).  I,  27,  92.  II,  92. 
ScHOMBERG   (le   duc  Meinhard 

de).    I,  101,  148,  174,   '248, 

251,  252,318.11,  21,57,132, 

133,  158,  274,  279. 
ScHOMBERG  (le  comte  Frédéric 

de).  I,  251. 

SCHULLEMBOLRG     (M""     de).    Il, 

203 
SCHULTES  (M.).  I,  354. 
SCHUTZ  (M.).  II,  7. 
ScuDÉRY  (M"«  de).  I,  342. 
ScuDÉRV  (M'"''  de).  II,  88. 
SÉBASTIEN  (le  père).  II,  47. 
Ségur  (le  marquis  de),  II,  292. 
SÉHU  (Tertulien).  I,  250. 
Seignelay   (M.    de).    II,    103, 

141. 
Sek^ton  (M.).  I,  307. 
SÉMÉAC  (M"«  de).  I,  69. 
SÉRY  (M"«  de).  II,  164,  292. 
Sessac  (M.  de).  I,  167. 
Seyler  (M.).  II,  7. 
Shrewsbury  (la  duchesse  de). 

II,  157,  204. 

SiAM  (le  roi  de).  I,  323. 

Sicile  (la  reine  de).  Voy.  Or- 
léans (Anne-Marie  d'). 

Sicile  (le  prince  de).  II,  161, 
166. 

SiNSANCT  (M.  de).  ?  I,  30,  36. 

Sintzendorff  (la  cortitesse  de). 
I,  302. 

Sophie  (la  duchesse),  de  Ha- 
novre.   L'opinion    qu'on    a 


394 


INDEX. 


d'elle  à  la  cour.   I,  5.    Elle 
souhaite   que  le  diable  em- 
porte  tous   ceux   de   la  ca- 
bale, 7.  L'opinion    qu'en    a 
le  roi,  14.  Elle  réclame  ses 
lettres   qui  sont  à   Ileidel- 
berg,  52.  Porte  des  fontan- 
ges,  65.  Veut  savoir  si  Mon- 
sieur est  dévot,  103.  Propos 
qu'elle  tient  sur  le  compte 
du  roi  Guillaume,  130.  Com- 
munique   à    Madame     une 
lettre  de  Leibnitz,  132,  154. 
Parle  l'anglais  et  le  hollan- 
dais dans  la  perfection,  187. 
Est  malade,  223,  224.  Com- 
pare la  France,  l'Anglegle- 
terre  et  la  Hollande  àla  sainte 
Trinité,  254.  Fait  cadeau  à 
Madame  d'un   cachet  qu'ad- 
mirent tous  les   savants   de 
Paris,    258.    La    succession 
d'Angleterre  lui  échoit,  267. 
Rit   de  bon  cœur  en  voyant 
son  neveu  ivre,  280.  On  lui 
envoie  trois  savants  pour  la 
distraire  pendant  qu'on  fait 
les   obsèques  de  sa  fille,  la 
reine  de  Prusse,  332.  Propos 
qu'elle  tient  à   l'électeur  de 
Bavière,  II,  40,  41.  A  quatre- 
vingts  ans  elle   danse   une 
allemande   avec   son   petit- 
fils,    65.    Les   mémoires  de 
Gramont  l'amusent,  111.  Sa 
mort,  149.   Elle   tient   une 
mort  subite  pour   la   meil- 
leure, 150.  N'était  pas  bien 
avec  son  petit-fils  Georges, 
199. 
SoPHiE-CHtVRLOTïE  (la  rcinc  de 
Prusse),  2*=  femme  de   Fré- 


déric I.  I,  17,  47,  97,  256. 
262,  264,  289,  311,329,330, 
331,  332.  II,  41,  114. 
Sophie-Louise  (la  reine'  de 
Prusse),  3"  femme  de  Fré- 
déric L  II,  126,  127. 

SoPHiE-DonoTHÉE  (la  princesse 
d'Ahlden),  femme  de  Geor- 
ges I.  I,  297,  II,  201. 

SopHiE-DonoTHÉE  (la  princesse 
royale,  puis  reine  de  Prusse), 
femme  de  Frédéric-Guil- 
laume I,  fille  de  Georges  I. 
I,  354.  II,  126,  130,  201. 

SoissoNS  (Olympe  Mancini, 
comtesse  de).  I,  95,  II,  50. 

SoLiGNAC  (M'"«  de).  II,  357. 

SoLMS  (la  comtesse  de).  II,  245. 

SouBiSE  (le  prince  de).  II,  261. 

SouRDis  (M.  de).  I,  5 

Spanheim  (M.),  1, 185, 186, 187, 
189. 

Spanheim  (Mlle).  I,  306. 

Spinosa.  I,  354. 

Squinquia'elle  (la  danseuse  de 
corde).  I,  303. 

Stairs  (mylord).  II,  160,  174, 
178,  225,  226,  263,  315. 

Stanhope  (mylord).  II,  66. 

Stanislas  (Leczinski,  le  roi  de 
Pologne).  I.  370.  II,  151. 

Stubenvoll  (Mlle  de).  Il,  130. 

Suède  (le  roi  de).  Voy.  Ciiah- 

LES   XII. 

Suède  (la  reine  douairière  de). 

Voy.  Hedwig  Éi.éonore. 
Sdnderland  (mylord).  II,  87.- 

ï 

Tarente  (la  princesse  de),  I, 
6i,  82,  347.  II,  259. 


INDEX. 


395 


Tarente  (la  princesse   de),  la 

jeune.  I,  347. 
Tallard    (le  maréchal  de).  I, 

307,     315,    316,    317,   319, 

325. 
Tellier      (  l'archevêque      de 

Reims  Le).  I,  60.  II,  185. 
Tellier  (le  père  Le).  II,  288. 
TÉr.AT  (le  chancelier).  I,  87,  88. 
Teseu  (l'abbé  de).  I,  211,  216, 

219,  225,  257,  267,  295,  298. 
Tessé  (le  maréchal  de).  I,  353. 

II,  26,  144,  227. 
Testard  (Mlle).  II,  134. 
TiiÉOBON  (Mlle   de).  I,  20,  32, 

33,   34,   35,   36,  83,  84.    II, 

341. 
Thiange   (le    marquis  de).  II, 

317. 
Thdrigny  (M.  de).  I,  20. 
Tilladet  (le  chevalier  de).  I, 

13. 
TionET(M.).  I,  222,223,  231. 
TiQUET  (Mme).  I,  223,  231. 
TOELNER  (M.)  I,  255. 
Tonnerre  (M.  de).  II,  57. 
ToRCY  (M.  de).   I,    308,   314, 

316,  330.   II,  24,  189,   297, 

327,  338. 
Toscane  (la  grande  duchesse 

de).  Voy.  Orléans. 
Toscane    (la   princesse  de).  I, 

98. 
Toulouse  (le  comte  de).  I,  139, 

149,  269,  317.    II.    4,    122, 

123,  154,  190,  226. 
Tourbes  (Mlle  de).  I,  218. 
Townsend  (mylord).  II,  24. 
Trkmoille  (le  prince  de  la).  I, 

81,82,  347.  11,213. 
Tressan  (Louis  de).  Évoque  du 

Mans.  I,  60. 


Trêves  (l'électeur  de).  II,  204, 

290. 
Trévoux  (Mme  de).  II,  330. 
Turenne  (le  maréchal  de).  I,  2. 

292,  II,  304,  305. 
Turenne  (le  prince  de).  I,  IJO. 

u 

Ulrique  Éléonore  (la  reine  de 
Suède).  II.  244. 

Urbain  (le  père).  I,  322,  323. 

Ursins  (la  princesse  des).  I, 
126.  284,357.11,  28,  29.  69, 
101,  142,  149, 153, 158,  159, 
163,  233,  238,  242,  293. 

UssiNGEN  (la  princesse  de).  II, 
256. 

UzÈs  (le  duc  d').  I,  253. 

UzÈs  (la  duchesse  d').  I,  253. 

UzÈs  (Mlle  d').  I,  100. 


Valbel(M.  de).  I,  9. 

Valentinols  (le  duc  de),  I, 
217. 

Vallière  (M.  de  la).  I,  217, 
218,  317. 

Vallière  (Mme  de  la).  I.  288- 
II,  304, 

Valois  (Mlle  de),  fille  du  ré- 
gent. II,  164,  165,  191,  205, 
213,225,  262,267,282,285, 
292,  298,  299,  303,  306,  319, 
334, 

Valsemé  (M.  de).  I,  318. 

Varenne  (M.  de).  I,  304. 

Vaudemont  (le  prince  de).  II 
177. 

Vaudemont  (M"«  de).  I,  65. 

Vaucresson  (m.  de).  11,185. 


396 


INDEX. 


Vendôme  (le  duc  de).  I,  10,  12, 
170,  201,  301,313,  351,353. 

11,  9,11,  34,54,  55,59,  61, 
117,  293. 

Vendôme  (la  duchesse  de).  II, 

55,  59,  117,  152. 
Vendôme  (le  grand  prieur  de). 

I,  195,199,200,  201,244. 
Ventadour  (le  duc  de).  1, 13. 
Ventadolr  (la  duchesse  de).  I, 

12,  13,  110,  156,  270.  II,  103, 
191. 

Vermandois  (le  comte  de).  1,35. 

Vermandois  (M"*^  de).  II,  356. 

Verneuil  (le  duc  de).  I,  35. 

'Verneuil  (la  duchesse  de).  I, 
183. 

VERUE(le  comte  de).  I,  317. 

Vezian  (M"").  II,  174. 

Victor -Amédée  II  (le  duc  de 
Savoie),  roi  de  Sicile,  puis 
de  Sardaigiie.  1,  91,  157, 
158,  184,  266,  371,  374.  II, 
49,  161,  217. 

ViEUYiLLE  (le  duc  de  La).  II, 
292. 

ViLLAROEL  (M.  de).  II,  252. 

ViLLARS  (le  maréchal  duc  de). 
I,  315,  318,  338,  349,  369, 
377.  II,  5,  6,  36,  140,  143, 
264. 

ViLLARS  (M"'«  de).  I,  369. 

ViLLARS  (M"«^  de),  abbesse  de 
Cheiles.  II,  264,  359. 

ViLLEFORT  (M""=  de).  II,  103. 

ViLLERoy  (le  maréchal  de),  le 
père.  I,  329. 

V11.LEROY  (le  maréchal  duc  de). 
I,  12,  126,  127,  128,  129, 
218,  276,  290,  298,  315,  349, 
351,  352,1353.  II,  81,  106, 
221,  327,  355,  360. 


ViLLEROY  (la  duchesse  de).  I, 
217.  II,  81. 

Violette  (La),  piqueur  du  Dau- 
phin. I,  117. 

ViscoNTi  (Annibal).  I,  301. 

VizÉ  (M"«^  de).  I,  53. 

Voisin  (M.).  II,  25,  27. 

Voltaire.  II,  231. 

Vrillière  (M'"'=  de  La).  II,  46. 

w 

WALDECK(le  prince  de).  I,  221. 
Wangen  (M.  de).  II,  38. 

Vl^ARTEMBERG  (M'""  de).    I,  1. 

Wartembeug  (le  comte  de).  I, 

289. 
Wartemberg  (la  comtesse  de). 

I,  289.  II,  138,  139. 
Wassenaer  (M.  de).  I,  191. 
Webenheim  (le  colonel).  1, 164. 

II,  220,  221. 

VVeber  (le  résident).  II,  149. 
Weilbourg.  Voy.  Nassau-Weil- 

BOURG. 

Weissenbach  (M.  de).  II,  56. 

Wendt  (M.),  écuyer  de  Ma- 
dame. I,  43,  95,  116.  II,  256, 
266,  329. 

Wetzel  (le  maître  de  poste). 
II,  286. 

VVilhelmine-Amélie  (l'impéra- 
trice), femme  de  Joseph  P"". 
I,  220.  II,  66,  85,  333,  334. 

WiLDER  (la  famille).  Il,  274, 
275. 

WiLLiCH  (le  baron).  I,  251,  252. 

WisER  (le  comte).  II,  232. 

WiSER  (la  comtesse).  II,  259, 
273. 

WiTTGENSTEIN  (le  cointc  de).  II, 
7. 


INDEX, 


397 


WoLF  (le  père).  I,  178. 
WoLFENBUTTEL  (le  princc  de). 

II,  5. 
VVoLFENBUTTEL    (  la    priiicesse 

Charlotte -Christine-  Sophie 

de),   femme  du  czarewistch 

Alexei.  II,  38. 
WoLFENBUTTEL    (la    princessc 

Louise  de).  II,  167. 


Wurtemberg  (le  prince  de).  I, 
221. 

Wurtemberg  (le  prince  héré- 
ditaire de).  II.  221. 


Z 


Zachmann  (M.).  II,  186,  190. 
Zachmann  (M"'«).  II,  186. 
I  Zweyfel  (le  notaire).  I,  2S9. 


FIN 


23 


DC      Orléans,  Elisabeth  Charlotte 

130        Correspondance  de  Madame 

07A414.   duchesse  d'Orléans 

1880 

t.2 


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